‹ DantonChapitre 70 sur 208 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

s'est opposé aux mesures que voulait prendre la Commune, donc c'est un réactionnaire ; et pour concilier le tout, l'histoire moderne a décidé : qu'il avait le tempérament révolutionnaire, mais l'âme vénale. Et lui, prévoyant ce jugement des histoires, disait : périsse ma mémoire pourvu que la France soit sauvée ; et la France sortit victorieuse de l'épouvantable crise de septembre 92.

Cependant la Législative allait terminer sa session; toute la France était appelée à nommer des représentants à la nouvelle assemblée.

On croit aisément que le ministre de la justice n'allait pas être oublié.

Le 8 septembre, en effet, le Moniteur annonçait la nomination de Danton comme représentant à la Convention nationale. {Moniteur du 8 septembre 1792.)

Faisons observer cependant qu'il fut un des derniers élus; ses amis purent craindre un instant que les intrigues des divers partis ne parvinssent à mire commettre à la révolution cette injustice, que celui qui venait de montrer tant de dévouement a la chose publique, ne serait pas nommé. Les hommes qu'on va bientôt désigner sous le nom de Girondins, ne lui pardonnaient pas d'avoir été plus grand qu'eux ; les partisans fanatiques de la Commune avaient aussi des raisons que nous n'avons plus besoin de rappeler après ce que nous venons de raconter; les ex-constituants enfin et leurs adhérants, plus connus sous la dénomination de Lafayettistes, ne lui pardonnaient pas de les avoir réduits au rôle de Cassandre.

Aussi Fréron exprimait-il en ces termes son indignation de ces menées :

Il ne fallait qu'un Danton pour pénétrer l'intention de nos ennemis, et on s'est bien gardé de l'associer à des hommes dont il aurait bridé la méchanceté. Tous ceux qui sont a la tète du gouvernement ont dit : Danton connaît tous les vices de la constitution; il a en main le fil de nos intrigues , nous n'avons jamais pu le corrompre, nous n'avons jamais pu le perdre, il a toujours triomphé de nos noirceurs, de nos trahisons. U est cause que nous avons mangé un argent immense pour subjuguer les hommes que nous avons crus propres à le diffamer dans l'opinion publique.

Parisiens, on vous bercera donc toujours Danton manque à votre bonheur, il avait en patriotisme et en lumière ce que Mirabeau avait en scéléra-

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tcsse. Ah ! si la France, quand elle a commencé à se régénércravait pu metlre Danton en opposition avec Mirabeau; si, dis-je, il eût été député à la première législature, Mirabeau n'eût pas réussi à faire passer en faveur du monarque les décrets destructeurs de l'humanité dont vous sentez déjà toute l'horreur.

(Fréron, VOraleur du peuple, n* 16, 8' volume.)

Le journal de Prudhomme examine de son côté les aptitudes des différents candidats; on ne croirait jamais, si on ne lisait ce qui suit, sous quel prétexte il propose d'évincer Danton.

Danton. La voix forte et qui a le véritable accent de la liberté ne se serait sans doute jamais fait entendre en faveur du royalisme, pendant la Convention. Mais peut-être que Danton est plus propre encore à veiller à l'exécution des lois qu'à les délibérer. Il a toute l'àpreté, toute la fermeté requise dans un ministre de la justice. C'est le gardien, le cerbère des tribunaux. Les magistrats et les coupables tremblent à sa vue, et c'est ce qu'il nous faut en ce moment.

{Révolution de Paris, n* 1 6 i . )

Madame Roland ne peut lui pardonner d'avoir quitté la chancellerie pour influencer les élections dans le sens révolutionnaire. Elle mesurait la supériorité d'un ministre à la quantité de ses signatures.

Le corps électoral de Paris avait été évidemment soumis à Robespierre et Danton; ses nominations étaient leur ouvrage ; on sait comment Robespierre pérora contre Priesllev et pour Marat ; on sait qu'il produisit son frère. On vit Danton s'échapper des fonctions du ministère pour y exercer son empire, et l'on n'a point oublié que ce sont ces meneurs du corps, qui lui ont fait élire d'Orléans. . . On vit dans la députation de Paris les membres de ce fameux comité de surveillance de la Commune qui avaient dirigé les massacres de septembre, qui avaient exhorté les départements à les imiter, dans une circulaire bien connue , que Danton faisait expédier sous son couvert; on y voit des hommes accusés de vols et qui sont demeurés sur le sommet de la montagne (Sergent et Panis)

(Appel à V impartiale postérité, par le citoyenne Roland, in-8', 2 parties. — Extrait de la V page 69.)

Mercier calomnie ; c'est son métier.

Au reste, Danton député de Paris à la Convention nationale, Danton chargé de décrets de prise de corps et de dettes, rejeté du sein des avocats au conseil, s'était fait tripoteur d'affaires, et avait donné le signal en grand à tous les

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