‹ DantonChapitre 78 sur 208 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

qui prononce la peine de mort contre quiconque se déclarerait en faveur de la dictature ou du triumvirat; mais après avoir posé ces bases qui garantissent le règne de l'égalité, anéantissons cet esprit de parti qui nous perdrait. On prétend qu'il est parmi nous des hommes qui ont l'opinion de vouloir morceler la France; faisons disparaître ces idées absurdes, en prononçant la peine de mort contre leurs auteurs. La France doit être un tout indivisible. Elle doit avoir unité de représentation. Les citoyens de Marseille veulent donner la main aux citoyens de Dunkerque. Je demande donc la peine de mort contre quiconque voudraient détruire l'unité en France, et je propose de décréter que la Convention nationale pose pour base du gouvernement qu'elle va établir l'unité de représentation et d'exécution. Ce ne sera pas sans frémir que les Autrichiens apprendront cette sainte harmonie ; alors, je vous jure, nos ennemis sont morts. (On applaudit.)

(Moniteur du 26 septembre

L'Assemblée déclare à l'unanimité que la République française est une et indivisible.

Les Girondins ne furent pas heureux pour leur coup d'essai. Il n'était plus possible après un discours aussi explicite de remettre en avant cette pitoyable accusation de dictature; il fallut recourir à d'autres. Mais avant de les rappeler, citons le passage de la réponse de Marat qui a trait à Danton ; elle ne manque pas de grandeur.

Marat disculpe en ces termes Danton d'aspirer à la tyrannie :

Je dois à la justice de déclarer que mes collègues, nommément Robespierre, Danton, ainsi que tous les autres, ont constamment improuvé l'idée, soit d'un tribunat, soit d'une dictature. Si quelqu'un est coupable d'avoir jeté dans le public ces idées, c'est moi. J'appelle sur ma tête la vengeance de la nation ; mais avant de faire tomber l'opprobre ou le glaive , daignez m'entendre.

(Moniteur du 11 septembre Wi.)

Nous espérons démontrer un jour que Marat n'a pas plus été connu que Danton. Nous avons à notre disposition pour ce travail la belle collection de M. F. Chévremont; nous espérons surtout être aidé de ses connaissances dans cette partie si importante de l'histoire de notre grande Révolution.

On a dit que ce qui anima le plus les Girondins contre Danton et les rendit irréconciliables , ce fut le trait amère qu'il lança contre le ministre de l'intérieur, au moment où celui-ci offrait de

donner sa démission pour conserver son titre de député. Voici le passage :

Personne ne rend plus justice que moi à Roland ; mais je vous dirai, si vous lui faites une invitation, faitcs-là donc aussi à madame Roland, car tout le monde sait que Roland n'était pas seul dans son département. Moi j'étais seul dans le mien... (Murmures.) Puisqu'il s'agit dc*dire hautement sa pensée, je rappellerai, moi, qu'il fut un moment où la confiance fut tellement abattue qu'il n'y avait plus de ministres et que Roland lui-même eut l'idée de sortir de Paris.

Duhem. — Oui, j'en ai été témoin.

La seconde partie de cette allocution prouve la vérité de ce que nous a appris Fabre d'Églantine à propos des journées de septembre. L'histoire ne doit pas l'oublier : les ministres voulaient fuir!

Quoi qu'il en soit, les deux amis de la liberté trouvait l'ironie de Danton fort déplacée. Il faut les entendre :

Un des griefs allégués contre le ministère du citoyen Rofand , c'est qu'il insultait sa femme. C'est Danton lui-même qui a eu le courage de se charger de ce reproche, et qui ne craignit pas de le faire avec une ironie déplacée, dans la tribune de la Convention nationale. Nous dirons au citoyen Danton qu'une telle dénonciation était au dessous de lui. Sans doute il est ridicule et dangereux que les hommes en place se laissent influencer par des femmes; mais il fallait admettre quelque différence entre la citoyenne Roland et la Staël, par exemple.

Dans tous les cas, ce n'était point au citoyen Danton à lever publiquement le voile qui couvre l'intimité si naturelle qui existe entre deux époux honnêtes, ne faisant rien sans se consulter. Il serait à désirer que le citoyen Danton eut été aussi bien entouré dans ses bureaux que le confrère Roland. (Révolution de Paris, n* 170.)

Il faut, en vérité, que ce trait ait bien choqué les deux amis pour leur faire oublier la seconde allégation du tribun ; celle qui aurait dîf surtout les préoccuper comme historiens sérieux. Avouons pourtant que Y honnête Roland méritait bien que Danton lui décochât ce trait. S'est-il levé une seule fois pour rendre justice à son collègue après la fameuse affaire de septembre? Et pourtant que fut-il advenu sans Danton? Au contraire, il se taira hypocritement dans toutes les circonstances où il devrait le défendre, et son silence paraîtra confirmer toutes les accusations. Encore une fois : honest Iagoi

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