‹ DantonChapitre 77 sur 208 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

au peuple -une Constitution, en assurant à la bourgeoisie la possession paisible de ses biens; à tous, la République. C'était impardonnable.

Robespierre, sans doute, jouissait d'une grande influence aux Jacobins, mais il n'était pas homme d'action, on le savait médiocre orateur, son influence était toute morale; en septembre 92 il n'aurait pas recruté cent hommes pour marcher avec lui; Robespierre pour les Girondins n'était donc pas à craindre. C'est Danton qu'il fallait dépopulariser. En conséquence, soit de concert, soit sentiment instinctif de conservation, il se trouva que dès les premiers jours de la Convention, toute la Gironde était liguée contre un seul homme. Les prétextes spécieux ne vont pas manquer, les fédérés étaient trop habiles pour se trouver en défaut sur ce point; nous allons voir qu'ils descendirent jusqu'aux calomnies. Danton se justifiera , des pièces appuieront ses justifications, et c'est quand nous aurons tout entendu, tout lu que nous pourrons nous flatter de connaître l'homme.

Le 25 septembre, jour convenu par les Girondins pour faire expulser du sein de l'Assemblée la députation de Paris, Lasource résumait en ces termes ce qu'il appelait la conjuration des trois principaux députés, Marat, Robespierre et Danton.

Je répète, à la face de la République, ce que j'ai dit au citoyen Merlin en particulier. Je crois qu'il existe un parti qui veut dépopulariser la Convention nationale, qui veut la dominer et la perdre, qui vont régner sous un autre nom, en réunissant tout le pouvoir national entre les mains de quelques individus. Ma prédiction sera peut-être justifiée par l'événement, mais je suis loin de croire que la France succombe sous les efforts de l'intrigue, et j'annonce aux intrigants, que je ne crains point, qu'à peine démasqués ils seront punis, et que la puissance nationale, qui a foudroyé Louis XVI, foudroiera tous les hommes avides de domination et de sang. (On applaudit.)

Cette première accusation ne manquait pas d'habileté. Au moment où l'on venait de proclamer d'enthousiasme la République, dévoiler un complot tendant à la dictature c'était évidemment soulever tous les patriotes contre les coupables, or, ces coupables étaient précisément les trois hommes les plus influents parmi les révolutionnaires. Ils sont trois, autre habi-

Dantoh. 10

DAÎfTON (J792).

leté de la part des dénonciateurs, car ils dissimulaient ainsi leur animosité personnelle contre Danton; leur accusation portait le caractère du républicanisme le plus désintéressé.

Danton sentit le coup, mais, calme au milieu de l'orage qu'avait soulevé cette violente provocation, il demande la parole gravit lentement les degrés de la tribune, et se tournant vers la droite de l'Assemblée :

Citoyens,

C'est un beau jour pour la nation, c'est un beau jour pour la République française, que celui qui amène entre nous une explication fraternelle. S'il y a des coupables, s'il existe un homme pervers qui veuille dominer despotîquement les représentants du peuple, sa tête tombera aussitôt qu'il sera démasqué. On parle de dictature, de triumvirat. Cette imputation ne doit pas être une imputation vague et indéterminée; celui qui l'a faite doit la signer; je le ferais moi, cette imputation dût-elle faire tomber la tête de mon meilleur ami. Ce n'est pas la députation de Paris prise collectivement, qu'il faut inculper; je ne chercherai pas non plus à justifler chacun de ses membres, je ne suis responsable pour personne; je ne vous parlerai donc que de moi.

Je suis prêt à vous retracer le tableau de ma vie publique. Depuis trois ans j'ai fait tout ce que j'ai cru devoir faire pour la liberté. Pendant la durée de mon ministère j'ai employé toute la vigueur de mon caractère, j'ai apporté dans le conseil toute l'activité et tout le zèle du citoyen embrasé de l'amour de son pays. S'il y a quelqu'un qui puisse m'accuser à cet égard, qu'il se lève, et qu'il parle. Il existe, il est vrai, dans la députation de Paris, un homme dont les opinions sont pour le parti républicain, ce qu'étaient celle de Royon pour le parti aristocratique; c'est Marat. Assez et trop longtemps l'on m'a accusé d être 1 auteur des écrits de cet homme. J'invoque le témoignage du citoyen qui vous préside (Pétion). Il lut, votre président, la lettre menaçante qui m'a été adressée par ce citoyen; il a été témoin d'une altercation qui a eu lieu entre lui et moi à la mairie. Mais j'attribue ces exagérations aux vexations que ce citoyen a éprouvées. Je crois que les souterrains dans lesquels il a été enfermé ont ulcéré son àrae... 11 est très vrai que d'excellents citoyens ont pu être républicains par excès, il faut en convenir; mais n'accusons pas pour quelques individus exagérés une députation tout entière. Quant à moi je n'appartiens pas à Paris; je suis né dans un département vers lequel je tourne toujours mes regards avec un sentiment de plaisir; mais aucun de nous n'appartient à tel ou tel département, il appartient à la France entière. Faisons donc tourner cette discussion au profit de l'intérêt public.

II est incontestable qu'il faut une loi vigoureuse contre ceux qui voudraient détruire la liberté publique. Eh bien! portons-la cette loi, portons une loi

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