CHAPITRE V
célèbre et lant calomniée, il faut que cette cité qu'on aurait renversée pour servir nos ennemis qui redoutent son brûlant civisme, contribue par son exemple à sauver la patrie. Je dis que cette ville est encore appelée à donner à la France l'impulsion qui, l'année dernière, a enfanté nos triomphes. Comment se fait-il que vous n'ayez pas senti que, s'il est bon de faire les lois avec maturité, on ne fait bien la guerre qu'avec enthousiasme? Toutes les mesures dilatoires, tout moyen tardif de recruter détruit cet enthousiasme, et reste souvent sans succès. Vous voyez déjà quels en sont les misérables effets.
Tous les Français veulent être libres. Ils se sont constitués en gardes nationales. Aux termes de leurs serments ils doivent tous marcher quand la patrie réclame leur secours.
Je demande, par forme de mesure provisoire, que la Convention nomme des commissaires qui, ce soir, se rendront dans toutes les sections de Paris, convoqueront les citoyens, leur feront prendre les armes, et les engageront, au nom de la liberté et de leurs serments, à voter la défense de la Belgique. La France entière sentira le contre-coup de cette impulsion salutaire. Nos armées recevront de prompts renforts ; et, il faut le dire ici , les généraux ne sont pas aussi répréhensibles que quelques personnes ont paru le croire. Nous leur avions promis qu'au 1" février l'armée de la Belgique recevrait un renfort de 30,000 hommes. Rien ne leur est arrivé. Il y a trois mois qu'à notre premier voyage dans la Belgique, ils nous dirent que leur position militaire était détestable, et que, sans un renfort considérable, s'ils étaient attaqués au printemps, ils seraient peut-être forcés d'évacuer la Belgique entière. Hâtons-nous de réparer nos fautes. Que ce premier avantage de nos ennemis soit, comme celui de l'année dernière, le signal du réveil de la nation. Qu'une armée, conservant l'Escaut, donne la main à Dumouriez, et les ennemis seront dispersés. Si nous avons perdu Aix-la-Chapelle, nous trouverons en Hollande des magasins immenses qui nous appartiennent.
Dumouriez réunit au génie du général, l'art d'échauffer et d'encourager le soldat. Nous avons entendu l'armée battue le demander à grands cris. L'histoire jugera ses talents, ses passions et ses vices; mais ce qui est certain, c'est qu'il est intéressé à la splendeur de la République. S'il est secondé, si une armée lui prête la main, il saura faire repentir nos ennemis de leurs premiers succès.
Je demande que des commissaires soient nommés à l'instant. (Moniteur du 10 mars 93.)
Il est évident que la proclamation de la Commune de Paris est inspirée de ce discours; c'est pourquoi nous en avons donné des fragments bien qu'elle n'ait pas été dictée par Danton même. Ne laissons pas passer, sans le faire remarquer, le courage que montra Danton en cette circonstance. On sait que Dumouriez commandait en ce moment l'armée du Nord ; il était sur le point de voir ses troupes coupées par l'ennemi, parce
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qu'il se trouvait trop faible pour résister; mais c'était la faute de la Convention; Danton ose le lui dire à la tribune, la rendre devant toute la France responsable du danger où se trouve la patrie; il ose défendre un général qui est peut-être à la veille , d'être vaincu, il ne pousse pas l'homme près de tomber; courage plus rare qu'on ne le pense. Mais c'est qu'attaquer le général en ce moment, ou sous le rapport du talent militaire ou sous le rapport du patriotisme, c'était impolitique, c'était ôter la confiance aux troupes, compromettre le salut du pays. Mais repro- • cher à la Convention de ne lui avoir pas envoyé assez de soldats, c'était dire aux Parisiens, levez-vous en masse encore une fois, et tout le mal est réparé. Pour prix de cette pénétration, on l'accusera bientôt , après le danger , d'avoir été de connivence avec le général, d'avoir voulu le d'Orléans pour roi, d'avoir été traître aussi.
Il profite de l'élan qu'il vient d'imprimer pour proposer un décret qui rendait la liberté à une classe de citoyens, plus nombreuse et plus injustement opprimée que jamais dans ces moments de misère générale et forcée.
Sur la proposition de Danton, il a été décrété que tons les prisonniers pour dettes seraient mis en liberté.
(Moniteur du 10 mars 93.)
Danton avait parlé en ces termes :
Non sans doute, citoyens, l'espoir de vos commissaires ne sera pas déçu. Oui, vos ennemis, les ennemis de la liberté seront exterminés, parce que vos efforts ne vont point se ralentir. Vous serez dignes d'être les régulateurs de l'énergie nationale. Vos commissaires, en se disséminant sur toutes les par- • lies de la République vont répéter aux Français que la grande querelle qui s'est élevée entre le despotisme et la liberté, va être enfin terminée. Le peuple français sera vengé: c'est à nous qu'il appartient de mettre le monde politique en harmonie, de créer des lois concordantes avec cette harmonie. Mais avant de vous entretenir de ces grands objets, je viens vous demander la déclaration d'un principe trop longtemps méconnu , l'abolition d'une erreur funeste, la destruction de la tyrannie de la richesse sur la misère. Si la mesure que je propose est adoptée, bientôt ce Pitt, ce Breteuil de la diplomatie anglaise, et ce Burke, l'abbé Maury de parlement britannique qui donnent aujourd'hui au peuple anglais une impulsion si contraire à la liberté, seront anéantis.
Que demandez-vous? Vous voulez que tous les Français s'arment pour la défense commune. Eh bien, il est une classe d'hommes qu'aucun crime n'a