CHAPITRE V
rendre dans la Belgique, nous rejoignîmes à Bruxelles nos collègues Gossuin, Treilhard et Merlin de Douai.
Notre mission, comme vous le voyez n'était plus militaire, clleétait devenue purement politique. Éloignés de 20 et 30 lieues de l'armée, nous ne devions
plus nous oceuper que des moyens d'éclairer le peuple (suit le récit de la
fâcheuse position dans laquelle se trouvaient les différents corps de l'armée. • Il fallait des mesures extraordinaires, la Convention seule pouvait les prendre. Je fus donc envoyé avec Danton pour vous présenter le tableau fidèle, mais effrayant de la position de l'armée de la Belgique.
Les deux commissaires revinrent quelques jours après la mort de madame Danton. Lacroix continue en ces termes :
Vous vous en souvenez, citoyens, nous vous avons tout dit ; nous ne vous avons rien dissimulé. Vous n'avez pas oublié que les meneurs du côté droit attaquèrent notre rapport, qu'ils révoquèrent en doute les faits, qu'ils nous accusèrent de vouloir répandre l'alarme et l'effroi, par l'exagération de nos revers, et de vouloir faire partager à la Convention la terreur panique qui, selon eux, s'était emparée de nous.
(Monter du 22 février 94.)
On peut lire, en effet, au Moniteur du 9 mars, le rapport collectif des commissaires: le tableau était effrayant, Lacroix terminait ainsi :
Voilà la position où nous en sommes; il paraît, d'après les dépèches que le ministre de la guerre vient de vous lire que la réunion de l'armée de Valence avec celle de Miranda peut être regardée comme un avantage ; elle n'est rien moins que telle, presque l'avanl-garde n'a pu abandonner sa position devant Liège sans abandonner à l'ennemi et cette ville et une partie de nos magasins. Il faut donc prendre les mesures les plus promptes et les plus efficaces pour faire lever la nation, pour la faire marcher contre l'armée des despotes.
Après ce récit de Lacroix, sur la proposition de Danton, les dispositions suivantes lurent décrétées.
La Convention nationale décrète que des commissaires, pris dans son sein, se rendront ce soir dans les 48 sections de Paris pour leur faire part de l'état des armées françaises en Belgique ; rappeler à tous les citoyens en état de porter les armes, les serments qu'ils ont prêtés, et les sommer, au nom de la liberté et de l'égalité, de voler au secours de leurs frères dans la Belgique.
Décrète, en outre, que des commissaires seront envoyés dans les départements pour le même objet.
Quatre-vingt-seize commissaires ont à l'instant été nommés pour l'exécution de ce décret dans Paris.
DANTON (l793)
11 a été donné communication d'un arrêté des commissaires de la Belgique, portant réquisition aux gardes nationaux du déparlement du Nord, du Pasde-Calais, de l'Aisne, de la Somme et des Ardennes,de fournir les secours les plus prompts pour remplacer les garnisons des différentes places du pa\s.
(Moniteur du 9 mars 93.)
Aussitôt une proclamation est affichée de tous côtés :
Aux armes, citoyens! aux armes!
Si vous tardez, tout est perdu.
Lne grande partie de la Belgique est envahie; Aix-la-Chapelle, Liège, Bruxelles doivent Pire maintenant au pouvoir de l'ennemi. La grosse artillerie, les bagages, le trésor de l'armée, se replient avec précipitation sur Yalenciennes, seule ville qui puisse arrêter un instant l'ennemi. Ce qui ne pourra suivre sera jeté dans la Meuse. Dumouriez fait des conquêtes en Hollande; mais si des forces considérables ne le soutiennent pas, Dumouriez et avec lui l'élitédes armées françaises peuvent être engloutis.
Parisiens, c'est contre vous surtout que cette guerre est dirigée 11 faut
que cette campagne décide du sort du monde; il faut épouvanter, exterminer les rois. Hommes du l i juillet, du 3 octobre, du 10 août, réveillez-vous.
Vos frères, vos enfants poursuivis par l'ennemi, enveloppés peut-être, vous appellent... Levez-vous, il faut les venger.
Que toutes les armes soient portées dans les sections; que tous les citoyens s'y rendent ; que l'on y jure de sauver la patrie ; qu'on la sauve ; malheur à celui qui hésiterait; que dès demain des milliers d'hommes sortent de Paris ; c'est aujourd'hui le combat à mort entre les hommes et les rois, entre l'esclavage et la liberté.
{Moniteur du 10 mars 93.) Commune de Paris.
Après un discours de Robespierre sur l'état des choses, Danton reprend la parole :
Nous avons plusieurs fois fait l'expérience que tel est le caractère français, qu'il lui faut des dangers pour trouver toute son énergie. Eh bien, ce moment est arrivé. Oui, il faut dire à la France entière : « Si vous ne volez pas au secours de vos frères de la Belgique, si Dumouriez est enveloppé en Hollande, si son armée était obligée de mettre bas les armes, qui peut calculer les malheurs incalculables d'un pareil événement ? La fortune publique anéantie, la mort de 600,000 Français pourraient en être la suite!
Citoyens, vous n'avez pas une minute à perdre; je ne vous propose pas en ce moment des mesures générales pour les départements, votre comité $e défense vous fera demain son rapport. Mais nous ne devons pas attendre notre salut uniquement de la loi sur le recrutement; son exécution sera nécessairement lente, et des résultats tardifs ne sont pas ceux qui conviennent à l'imminence du danger qui nous menace. 11 faut que Paris, celle cité