‹ Danton émigré;Chapitre 16 sur 31 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

sel, etc., c'est-à-dire la première atteinte décisive portée à la coalition.

C'est plus que nous n'avions d'abord voulu montrer.

Néanmoins, nous ne pouvons manquer de rappeler, en terminant, que le puissant politique auquel est dû cet immense résultat, rendit, à l'intérieur, un service encore plus décisif, par une création au moins équivalente : l'institution du gouvernement révolutionnaire, la dictature provisoire du comité de Salut public, venant subordonner, en pleine anarchie, toutes les individualités, toutes les autonomies, communales, de district et de département, tous les pouvoirs publics et la Convention elle-même, pour les faire concourir inflexiblement à la défense nationale et le maintien de la République.

Voilà, avec la grande réquisition (août 1793), qui permit aussitôt de faire face partout à l'ennemi et de répondre à son attaque par les victoires de l'an 11(1), voilà l'ensemble des mesures de salut qui assurèrent l'indépendance et l'intégrité de la patrie au moment le plus critique peut-être de son histoire, et cpii permirent à la France de triompher de cette coalition qui avait juré sa perte et qui s'en était d'avance partagé les lambeaux (2).

D'une action politique aussi forte, aussi étendue, aussi rapide et aussi tutélaire, le grand Français n'a jusqu'ici retiré que la plus froide ingratitude, les diffamations les plus outrées, les dédains les plus méprisants, une mort que Ton a voulu rendre ignominieuse... Notre génération ne le connaît même pas I et tandis qu'elle prodigue ses statues, le bronze et le marbre, à des littérateurs, à des versificateurs, à des amuseurs, à de faux philosophes, à de faux hommes d'Etat, à de

(1) Wattignies et Fleurus ; la reprise des lignes de Wissembourg et le déblocus de Landau ; la reprise de Lyon, de Marseille et de Toulon ; l'occupation de Bellcgarde, de Villefranche et du fort Saint-Elme; les batailles du Mans et de Savenay, etc.

(2) V. La Révolution française, par M. P. Laffitte, l'Introduction de notre Procès des Dantonistes, la Préface de la 3 e édition de notre Mémoire sur la vie privée de Danton, et la pièce n° 2i.

faux hommes de guerre, eelui à qui nous devons d'être restés Français attend encore de son pays cette marque de réparation.

C'est un signe des temps.

Le 7 février 1882, un décret du président de la République a autorisé une souscription nationale pour élever une statue au conventionnel à Arcis-sur-Aube, sa ville natale.

Voilà quatre ans! Et la Chambre des députés, le Sénat, les ministres, les départements et les communes, la presse, le public, en un mot toute la France politique n'ont encore su parfaire la moitié de la somme modique rigoureusement indispensable pour donner ce témoignage tardif et parcimonieux de reconnaissance à celui qui disait : « J'embrasserais mon ennemi pour la patrie, à laquelle je donnerais mon corps à dévorer », et qui tint parole.

Aussi bien eut-il raison, sans compter ni sur ses Contemporains ni sur la postérité, de prendre pour principe de sa conduite publique cette autre maxime encore inspirée par sa magnanimité naturelle :

Il faut qu'un vrai patriote, en révolution, fasse le bien et Voublie à peu près comme l'autruche, qui dépose ses œufs dans le sable sans s'inquiéter de leur sort.

LETTRE de Français de Nantes à Danton.

Paris, 29 mai 1791.

Monsieur,

La ville de Paris va donner un grand spectacle au monde et de grandes espérances à ceux qui s'occupent de la confédération et du bonheur des nations. Ce sera pour la première fois qu'on verra un peuple se réunir pour se réjouir du bonheur d'un autre peuple. Vous prévoyez que je veux parler du rassemblement des sections pour délibérer sur la révolution de Pologne, qui a été tout ce qu'elle pouvait être dans un pays où les lumières philosophiques ne sont pas généralement répandues.

Il serait digne de vous, monsieur, et des véritables amis des peuples, de demander que la cité de Paris fit une députation à la cité de Londres. J'ai déjà rempli cette mission au nom d'une grande société; mais la ville de Paris donnerait une autre importance et un grand caractère à cette démarche unique dans les annales du monde.

M. Dagne, et M. Cristie, élève et ami du docteur Price, que j'ai connu à Londres, et qui sont à Paris, m'ont assuré que tous les Whigs, toutes les sociétés constitutionnelles et de révolution, en Angleterre, en adhérant aux principes de Charles Fox, sont amis de notre Constitution, et que le nombre des souscripteurs pour la fête qui sera célébrée à Londres le 14 juillet est déjà si nombreux, que nulle taverne ne pourra les contenir. Le lord Stanhope doit présider cette fête. Combien la présence des députés de la ville de Paris la rendrait plus imposante! J'ai l'honneur de vous adresser le rapport que j'ai fait de la députation dont j'ai été chargé en Angleterre dans le môme but Comme vous jouissez d'une grande influence dans les sections, j'ai cru devoir m'adresser à vous, et ne m'adresser qu'à vous.

Français,

Député extraordinaire de Nantes, hôtel de Bretagne, rue Croix-des-Petits-Cbamps.

i% DANTON ÉMIGRÉ.

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