DÉCHET
de V Assemblée législative du 26 août 1792,
déférant le titre de citoyen français
aux Etrangers qui se sont signalés au service de l'Humanité.
(Moniteur, n» 241.) -
Guadet propose, au nom de la Commission extraordinaire, et l'Assemblée adopte à l'unanimité le décret suivant :
« L'Assemblée nationale, considérant que les hommes qui, par leurs écrits et par leur courage, ont servi la cause de la liberté et préparé l'affranchissement des peuples ne peuvent être regardés comme étrangers par une nation que ses lumières et son courage ont rendue libre ;
« Considérant que si cinq ans de domicile en France suffisent pour obtenir à un étranger le titre de citoyen français, ce titre est bien plus justement dû à ceux qui, quel que soit le sol qu'ils habitent, ont consacré leurs bras et leurs veilles à défendre la cause des peuples contre le despotisme des rois, à bannir les préjugés de la terre, et à reculer les bornes des connaissances humaines;
« Considérant que s'il n'est pas permis d'espérer que les hommes ne forment un jour devant la loi, comme devant la nature, qu'une seule famille, une seule association, les amis de la liberté, de la fraternité universelle, n'en doivent pas être moins chers à une nation qui a proclamé sa renonciation à toute conquête et son désir de fraterniser avec tous les peuples ;
« Considérant enfin qu'au moment où une Convention nationale va fixer les destinées de la France et préparer peut-être celles du genre humain, il appartient à un peuple généreux et libre d'appeler toutes les lumières et de déférer le droit de concourir à ce grand acte de raison à des hommes qui, par leurs sentiments, leurs écrits et leur courage, s'en sont montrés si éminemment dignes :
« Déclare déférer le titre de citoyen français à Priestley, Paine, Bentham, Wilberforce, Clarkson, Makinstosh, David Williams, Gorani, Anacharsis Cloots, Campe, Corneille Paw, Pestalozzi, Washington, Hamilton, Maddison, Klopstock, Kosciusko, Schiller.»
No 2.
ADRESSE
des Fédérés prussiens à V Assemblée législative, lue en séance
par Anacharsis Cloots le 12 août 1792 (1).
Législateurs ,
11 n'y aurait plus d'esclaves sur la terre, si le texte de vos lois était compris par les troupeaux-d'hommes qui gémissent sous la verge de quelques individus appelés rois.
Les Irônes des monarques sont de misérables tréteaux aux yeux de Phomme qui a lu les dix-sept articles de la Déclaration des Droits. Un porte-couronne, un pouvoir exécutif couronné fut toujours un pouvoir désorganisateur.
Le délire des tyrans nous oblige de répandre la lumière les armes à la main. Vous avez sagement conçu le projet de former différentes légions étrangères. Ces phalanges d'interprètes, ces drogmans belliqueux donneront la mort aux oppresseurs et la vie aux opprimés; traducteurs de la loi universelle, ils dissiperont les ténèbres qui dérobent aux nations la vue des impostures royales.
• Les pétitionnaires qui fixent dans ce moment votre attention, ont juré la délivrance de leurs pénates; Prussiens, ils se promettent d'attirer à eux les satellites du Sardanapale brandebourgeois. Législateurs, nous vous offrons une légion prussienne.
Ce brave Vandale, que vous voyez couvert de cicatrices honorables, est un colonel dont Frédéric le Grand a su distinguer le mérile dans des guerres longues et fameuses. L'insouciance et l'ingratitude de Frédéric-Guillaume, la haine que nous' portons héréditairement à la maison d'Autriche, l'amour que nous avons héréditairement pour les Français, l'horreur naturelle du despotisme, inspirent la plus juste des vengeances à ce guerrier dont le nom est cher aux conquérants de la Silésie.
Tous les Prussiens éclairés partagent les sentiments du prince Henry, des généraux Mallendorf, Kalkreuth et Sheffen. L'opinion du ministre Hertzberg, d'abord flottante, est décidément favo-
(1) Brochure in 8, imprimée et envoyée aux 83 départements par ordre de l'Assemblée. — De l'imprimerie nationale.
rable à la France. Berlin et Paris s'accordent parfaitement dans l'aversion des tyrans lorrains. A mesure que le trésor de la Sprée s'épuisera, l'opinion publique se fortifiera, et l'héroïsme du peuple français triomphera de l'idiotisme de la cour de Potsdam.
La philosophie de Voltaire et de Rousseau a jeté de trop profondes racines, sous un règne glorieux de quarante-six années, pour que la patrie de Copernic, le chef-lieu et le refuge des réformateurs de l'Allemagne et de la France, s'alliât cordialement avec l'Autriche pour le rétablissement du papisme et du machiavélisme sur les rives de la Seine.
Un murmure sourd se fait entendre dans toutes les contrées protestantes. Le duc de Brunswick lui-même est accablé de pensées sinistres sur le sort de sa religion et de sa principauté. Le roi de Prusse, plus galant que son prédécesseur, persistera-t-il à se ruiner pour deux femmes, pour Antoinette de Lorraine et Catherine de Russie? Les ofhViers prussiens sont trop raisonnables et trop instruits pour ignorer le véritable intérêt du Brandebourg; ils déplorent l'ineptie d'un roi illuminé, en invoquant les mânes d'un roi philosophe, et en tournant leurs regards vers l'héritier présomptif, qui proteste franchement contre l'absurde ligue de Pilnitz. Le soldat prussien combattra mollement pour des impériaux qu'il abhorre et pour des émigrés qu'il méprise. Il n'y a pas une seule famille en Prusse qui n'ait à se venger de la politique barbare de Vienne, de Versailles et de Pétersbourg.
Deux grandes erreurs enfantent la plupart de nos maux : la souveraineté frauduleuse des princes et la souveraineté partielle des peuples.
Voici le moment de rapatrier tous les membres de la famille humaine par la promulgation du principe éternel de la souveraineté indivisible du genre humain. Les Droits de Vhomme sont les mêmes partout : loi unique, souverain unique. Sans ce principe salutaire, le moindre hameau pourrait s'ériger en souverain, s'isoler tristement et semer la zizanie sur la terre. Mais avec ce principe lumineux et fécond, avec ce premier commandement de la nature, une harmonie inaltérable couvrira le globe de tous les bienfaits de la paix perpétuelle.
Législateurs ! Les fédérés prussiens vous demandent un régime militaire. Nous connaissons les détours et les issues de la forêt Hercinie. nous serons plus heureux que Varus : vous ne nous redemanderez jamais une légion invincible, par l'ascendant de la vérité sur le mensonge, de la liberté sur l'esclavage ! Dites, et nous partons.
(Suivent les signatures.)
No 3.
LETTRE d'un Mayençais à la Convention nationale (octobre 1792).
(Archives de la guerre, d'après G. Avbnel.)
« Pères de la patrie cosmopolite,
« Les Mayençais ont enfin vu le jour heureux qui les dégage des chaînes de leur despote qu'ils ont si longtemps portées et qui leur donne enfin la liberté de mettre aux yeux de l'univers les preuves des infractions aux droits de l'homme et du citoyen commises par leur prince-prêtre.
<» Je me trouve dans le nombre de ceux qui sont en état d'accuser l'électeur de Mayence au tribunal de l'Humanité, et qui s'en font un devoir pour le bonheur de leurs frères opprimés.
« Mais pour mettre au grand jour ces plaintes, il faut que j'aie une patrie, que j'aie la France pour patrie, puisqu'elle est la seule patrie dans l'Europe; il y a déjà longtemps que j'ai admiré votre nouvelle religion politique, que je me suis empressé de me rendre digne de cet honneur. Le citoyen général Custine, vainqueur de Mayence, et plusieurs autres hommes illustres de votre nation, peuvent faire témoignage de mes opinions. Ainsi, je vous prie de faire usage de mon zèle pour votre bonne cause...
« Représentants de la République française, le plus beau titre pour un homme digne de ce nom est, à mes yeux, celui de citoyen français. Je demande à la nation française le titre de citoyen français, et de m'adopter au nombre de ses enfants.
« Écrit au jour de la prise de Mayence.
« Georges Wedekind.
« P. S. — Pardonnez des fautes de style, je suis étranger et je dois écrire dans les moments les plus troublés par le bruit de vos armes heureuses. »
M. Avenel a fait précéder ce document, à la fois si naïf et si probant, de l'interpellation que l'on va. lire, empreinte d'un véritable patriotisme et du sentiment profond de l'esprit de ces temps héroïques; il s'adresse à M. de Sybel, auteur d'une histoire allemande de la Révolution française :
« Ah 1 combien vos sinistres invasions ressemblent peu à nos
marches triomphales de 92, et comme nous comprenons que l'historien ait caché à ses lecteurs ces fêtes du Droit. Car c'étaient bien les Allemands qui soupiraient alors après nous et qui nous criaient: Délivrance! Spire, Mayence, Trêves, Coblentz nous espéraient, et c'était sans combattre que nous avancions.
« Que d'appels et que de remerciements quand nous nous rendions à leurs vœux!
« Votre gouvernement, monsieur, a-t-il reçu, depuis la prise de Strasbourg (1870), une lettre, une seule lettre d'option pareille à la suivante (celle qu'on vient de lire) (1)?
No 4.
ADRESSE
des Corps administratifs de la ville et ci-devant comté de Nice
à la Convention nationale, présentée le 4 novembre 1792 (2).
Législateurs,
Les corps administratifs provisoires de la ville et ci-devant comté de Nice, en permanence, réunis à la maison commune, considérant que le plus précieux bien pour l'homme est de vivre libre, offrent à la République française l'hommage pur de leur reconnaissance, à cause de leur affranchissement.
Depuis l'arrivée des Français dans leur pays, le drapeau de la liberté décore toutes les places publiques. Avant le 29 septembre, cette liberté était concentrée dans leurs cœurs; ils en sentent tout le prix : délivrés du tyran qu'ils abhorrent, ils vous jurent, Français, qu'élevés par vos soins à toute la 'dignité d'hommes, ils sauront soutenir les droits imprescriptibles de la nature et s'ensevelir sous les cendres et les ruines de leur pays, plutôt que de casser d'être libres.
Français, représentants d'une grande République dont les gé-
(1) Lundis révolutionnaires, p. 414.
(2) Brochure in-8, imprimée et envoyée aux départements par ordre de l'Assemblée.
néreux efforts jettent l'épouvante dans les cœurs des tyrans et des oppresseurs de la terre, vous qui voulez le bonheur des peuples et la liberté du monde, nous vous déclarons, en présence de l'Eternel, que nous partagerons toutes vos peines; qu'armés, ainsi que vous, pour une si belle cause, nous sacrifierons tout ce que nous avons de plus cher pour vous aider à faire arborer partout l'étendard sacré de la liberté.
Nous avons juré de vivre libres ou de mourir; nous attendons de VOUS la Vie OU la mort : hâtez-vous de prononcer notre agrégation à la République française. Nous vous disons avec cetle franchise qui convient à un peuple libre, que si notre prière d'être Français n'était pas accueillie, nous ne transigerions jamais avec nos persécuteurs, et nous embraserions plutôt toutes nos possessions dans cette terre de proscription, pour aller vivre dans la terre de la liberté que vous habitez.
Nous députons vers vous deux citoyens recommandables par leur patriotisme (1) : ils vous exprimeront avec quelle impatience les citoyens de cette importante contrée attendent la nouvelle de leur adoption à leur primitive patrie (sic), la République française, dont ils n'auraient jamais dû être séparés.
Signé : PAUL BARRAS, président; LOUIS SALVY, CAUVIN, CHA- BAUD, Leclerc, Giacobi, maire, MOUQUIN, Deilfy, Lévi Vaine, Héraud, Veillon, André Faraudy, Jean-Baptiste Grosson, Louis St-Pberre, David Moïse, André Gastaud, Blanqui Dominique. Pierre-Honoré Roassal, Victor Tiranty, Bernardin Clévicy, AsdA, JAUME, procureur de la Commune.
No 5.