DISCOURS
des Délégués belges et liégeois à la Convention nationale,
le 3 décembre 1792.
(Moniteur, n« 341, 6 décembre 1792.)
On admet dans l'enceinte de l'Assemblée une députation des Belges et des Liégeois.
Vorateur de la députation. — Citoyens Législateurs, Bruxelles
députe auprès de vous trois de ses représentants ; cette cité, flère de sa liberté, que lui ont conquise les armées victorieuses de la République française, a nommé, pour vous porter ses vœux, les mêmes citoyens qui, au mois de juillet dernier, vinrent au nom des patriotes belges et liégeois unis, vous demander du fer et du pain en faveur de leurs frères qui avaient quitté leur patrie asservie pour venir combattre avec les Français et répandre leur sang pour la même cause, celle delà Liberté et de l'Égalité.
Les députés de la ville de Mon s et de toutes les villes et communes qui composent la province du Hainaut, la ville de Tourna) et du Tournaisis se joignent à nous, et bientôt vous auriez ceux de toutes les villes de la Belgique, si les circonstances impérieuses du moment nous permettaient de différer davantage l'exécution de notre mission près de vous.
Les tyrans de Berlin et de Vienne ont disparu devant les soldats de la Liberté.
Ils ont appris, dans le désordre tumultueux de leur défaite, qu'il est insensé d'opposer des armées d'esclaves au courage stoïque des nations indépendantes ; et ces braves soldats, devenus nos frères, serrés dans nos bras, arrosés de nos larmes, jouissent à nos yeux d'un triomphe d'autant plus cher, que la loyauté française n'a d'autre objet que de briser nos chaînes et de nous rendre indépendants.
Non, Législateurs ! non, peuple français I les Belges ne seront point ingrats, et leur reconnaissance vous offre en tribut tout leur sang, toutes leurs fortunes ; cette reconnaissance même, chaque jour plus active par les effets de notre enthousiasme, vous atteste que les Belges sont mûrs pour la liberté.
Des calomniateurs, qui se targuent du beau nom de démocrates, chercheraient en vain à peindre sous des rapports infidèles notre esprit, nos mœurs, nos manières. Nous avons connu, exercé les droits de la liberté pendant quatorze siècles; et si les tyrans en ont paralysé les effets depuis le duc d'Albe jusqu'à l'époque présente, nous n'avons jamais cessé de combattre par l'insurrection les injustices et l'oppression des successeurs de Phillipe IL
La maison d'Autriche, durant 200 années que son despotisme a gouverné, n'a pas cessé de nous voir indépendants par principes, et prêts à lui opposer la résistance de la force, et nous pouvons dire qu'avant la fin du xvi« siècle, il n'y avait que les Belges et les Suisses qui connussent la liberté en Europe.
C'est donc avec l'expérience que nous ont transmise nos ancêtres, c'est avec l'amour de l'indépendance qu'ils nous ont légué avec la vie, que nous venons assurer, de la part du peuple
belge, à la République française, à ses représentants, son entier dévouement à la cause de la Liberté et de l'Égalité ; et surtout, pour le maintien de cette conquête si chère, un éternel, un inviolable attachement au peuple magnanime qui répand son sang, prodigue ses trésors pour renverser les trônes des tyrans et y substituer la souveraineté des Nations. Soyez, citoyens, les dépositaires de nos sentiments auprès de nos frères les Français, et que les accents de notre gratitude nous peignent dignes de leurs sacrifices, de leur courage et de leurs victoires.
Nous sommes aussi chargés, par le peuple qui nous envoie, de rendre un témoignage éclatant et pur à, la valeur, à, l'activité incompréhensible de l'armée française, à son républicanisme qu'auraient enviés, dans leurs plus beaux jours, le courage de • Sparte et tous les talents de Rome.
Que d'éloges ne devons-nous pas à l'esprit véritablement républicain de Dumouriez ? Cet ami de la liberté communique à tout ce qui l'entoure le feu sacré qui l'anime ; et s'il moissonne des lauriers, c'est que, émule du vertueux Washington, il veut décorer de victoires le bonnet de la Liberté, cette Liberté désormais invincible, puisqu'elle réunit pour sa défense tous les bras des peuples contre les oppresseurs couronnés.
Si déjà dans la Belgique l'aristocratie a cessé d'organiser les États souverains, nous devons ce bonheur à Dumouriez, qui s'est montré l'ennemi des ordres et de tout système qui aurait empêché les Belges d'être libres et égaux.
Cependant, citoyens Législateurs, l'aristocratie expirante environne de craintes vaines et d'inquiétudes mal fondées l'esprit du peuple; et, pour les faire cesser, nous sommes chargés de vous inviter à déclarer solennellement :
« Que la nation française s'engage envers les Belges et les Liégeois à ne conclure aucun traité, âne pas même entendre à la moindre composition de la part d'aucune puissance, à moins que l'indépendance absolue de la Belgique et du pays de Liège ne soit formellement reconnue et établie. »
Alors nous compterons sur les bases éternelles sur lesquelles repose votre République ; alors nos propriétés deviendront inaccessibles à la politique criminelle et aux armes de nos ennemis ; alors, jusqu'au dernier individu sera dévoué à la sublime cause que vous défendez si victorieusement par vos forces nationales et par les armes de la raison; alors 40,000 Belges se rangeront sous les drapeaux de la Liberté ; ils iront combattre, de concert avec vous, les persécuteurs, les fléaux du monde \eU comme vous et avec vous, ils ne dèpo^towX. \fc& «rsw» ^&
lorsque le despotisme aura disparu, et que les droits de la nature et de la raison seront généralement respectés.
Législateurs, les Belges attendent avec confiance votre résolution, qui va confondre l'intrigue et électriser les hommes timorés, mais bons républicains. Ils comptent, les Belges, sur la justice et la générosité de la nation française; ils vous jurent de maintenir la Liberté, l'Égalité de tout leur pouvoir; et, à votre exemple, ils sauront braver ou subir la mort pour les défendre. Nous vouons à tous les tyrans une haine éternelle, une guerre qui ne doit finir que lorsqu'ils ne seront plus.
PÉTITION
des Délégués des Amis de la Liberté et de V Égalité (Jacobins)
de la ville de Bruxelles à la Convention nationale,
séance du 6 février 1793.
[Moniteur, n<> 39, 8 février 1793.)
Citoyens Législateurs,
La Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité de la ville de Bruxelles nous avait chargés de venir vous demander de maintenir votre bienfaisant décret du 15 décembre.
Elle avait senti que ce n'est point attentera la liberté d'un enfant que de travailler à le guérir, même malgré lui, d'un ulcère dangereux ; que la nation française, pour mériter le titre auguste de bienfaiteur (sic) des Belges, devait exercer sur eux V autorité d'une mère.
Les représentants provisoires du peuple de Bruxelles s'étaient laissé égarer un instant et avaient prolesté contre votre déci'et.
Législateurs!
Cette protestation n'existe plus ; nos représentants l'ont annulée sur la demande et en présence de la Société des Amis de la Liberté et de l'Egalité; il ont, en outre, promis de donner aux
généraux et aux commissaires français toutes les connaissances locales qui peuvent faciliter l'exécution du décret. Sans doute ils vous ont donné avis de leur rétractation.
Sans doute ce décret nous eût été bien plus avantageux si les prêtres et les moines n'avaient pas eu le temps d'en prévenir l'effet en cachant, dilapidant ou emportant hors du pays une grande partie de leurs richesses mobilières. Cette sorte de ménagement qu'on a eu pour eux, en leur laissant en mains tous les moyens de séduction, a été la seule cause de l'état d'apathie dans lequel la Belgique paraît plongée depuis deux mois. Ces ménagements ont fortifié l'esprit de l'aristocratie : la faction orange, anglaise et prussienne intriguait publiquement dans la Belgique, et la classe éclairée du peuple, qui n'apercevait point de plan fixe dans la marche des Français, se tenait enfermée, ne prenait aucune part aux affaires de la patrie et se laissait aller à la crainte de voir encore rentrer les Autrichiens qu'elle a en horreur.
Nous avons souvent entendu calomnier les Belges; on croit avoir tout dit, quand on a dit que les Belges sont fanatiques et qu'ils ne sont point encore murs pour la liberté.
Législateurs, n'attribuez ces diatribes qu'au funeste modérantisme, qui croit parvenir par ces moyens à ses vues particulières et rendre étrangers l'un à l'autre deux peuples que les mœurs et le climat doivent rendre amis. H y a moins de différence entre Paris et Bruxelles qu'entre Marseille et Paris. Dirat-on que les Marseillais et les Parisiens ne doivent pas être amis? Quant au fanatisme, ne croyez point que le Belge le porte à un degré qui le rende incurable. N'avons-nous pas vu en février 1791 le peuple de Bruxelles bafouer ses moines par l'instigation du gouvernement autrichien (sic) f
Le Belge soutient ses nobles et ses moines parce que depuis 1787 ces corporations usurpatrices ont eu l'art de persuader à ce peuple que la destruction d'un baillage ou d'une abbaye entraînerait la ruine d'une constitution à laquelle il est attaché, parce qu'on lui a fait croire faussement que l'état d'aisance dans lequel il vit lui est attribué. 11 ne sait pas, ce peuple, qu'il ne doit cet état qu'à la fertilité de son sol et qu'une constitution plus sage le ferait jouir de plus grands avantages. Sans doute l'ouverture de l'Escaut et la libre circulation du commerce entre des provinces jusqu'ici divisées ne tarderont pas à lui dessiller les yeux.
On accuse le peuple belge d'inertie : un peuple qui s'est si bien montré en 1787 et en 1789 n'est point un peuple sans énergie.
Lorsque les Belges auront lu dans les instructions données aux commissaires du pouvoir exécutif qu'il peut s'abandonner avec
confiance à la loyauté française, vous le verrez bientôt enthousiaste de la liberté.
Peuple français, le nombre apparent de vos partisans dans la Belgique est petit; mais combien vous en compterez qui n'attendaient, pour se déclarer, que le moment où la nation française se montrerait avec ce caractère de fermeté qui annonce la puissance, et dont votre sagesse vous a fait une loi I Peuple français, poursuis tes hautes destinées : d'autres peuples avant toi ont conquis des empires ; il t'était réservé d'étendre sur tout l'univers l'empire de la raison !
Bientôt le peuple souverain de Brabant sentira que la réunion est le seul moyen que nous ayons de nous soustraire à la maligne influence de la maison d'Orange, et de tirer les plus grands avantages de notre sol et de notre position.