VI
contre le bonheur du monde, la commune de Namur a choisi deux Français pour porter à la Convention nationale le vœu qu'elle a exprimé de se réunir à la France.
Charles-sur-Sambre, Fleuras, Ham, Vaissaignes s'étaient déjà empressées de se placer sous l'égide d'un peuple libre, persuadées que là viendraient s'amortir tous les traits lancés par les despotes.
Il était utile, citoyens Législateurs, que Namur fut lente à se prononcer, afin d'attester aux tyrans que ses habitants avaient mûrement réfléchi et qu'une nation ne se donne pas aveuglément
Les Namurois, entourés des partisans des anciens États, divisés par des factions, dont l'une, en apparence amie des réformes, mais, dans le fond, guidée par un intérêt sordide, par l'esprit de vengeance et la fureur du royalisme, l'autre, dévorée par l'esprit de domination, égarant le peuple par les fausses lueurs de l'indépendance; mais cruellement instruits par la trahison de Van der Nott, et ne voulant plus que la démocratie, séduits par les insinuations perfides de ces faux apôtres dont l'existence, dans un pays libre, était un crime, ils avaient conçu des craintes pour le maintien de la religion qu'ils professent. Ajoutant à tous ces obstacles vingt-quatre corporations qui avaient des privilèges exclusifs, le peuple enchaîné dans tous les sens par les combinaisons de l'aristocratie, était-il étonnant que la liberté ait éprouvé les douleurs de l'enfantement le plus laborieux ?
De là l'espérance chimérique de former une république particulière, incapable de se soutenir par elle-même, qui aurait été radicalement vicieuse par son organisation essentiellement dépendante, et aurait fini par retomber dans les fers auxquels ils voulaient se soustraire.
Cependant, éclairés sur les véritables motifs de la Convention, et reconnaissant que le libre exercice des cultes était consacré par la Déclaration des Droits de V Homme; entraînés par leur penchant naturel vers la liberté; soupirant après la Constitution qui va sortir plus brillante de vos mains et, surtout, brûlant du désir de chasser à jamais l'aigle germanique de leur territoire, ils sont venus avec enthousiasme inscrire leurs noms sur le registre contenant leur renonciation à tous les privilèges, leur adhésion aux décrets des 15, 17 et 22 septembre dernier, et leur vœu de réunion à la République française.
Oui, citoyens Législateurs, l'amour sacré de la patrie règne aussi dans le cœur des Namurois; nous avons lu dans leurs yeux le républicanisme, la sincérité dans leurs embrassements, la force dans leurs bras enlacés avec les nôtres ; nulle province de la Belgique n'avait porté plus de haine à la tyrannie et n'avait défendu avec plus d'énergie le droit incontestable qu'a
une nation d'appliquer au soulagement de tous des biens donnés abusivement et envahis par l'avarice de quelques-uns.
Ils ont senti que les privilégiés formaient une masse monstrueuse dans un État, que les corporations devaient être anéanties, et qu'il fallait que le peuple rentrât dans la plénitude de ses pouvoirs.
Élevés à la hauteur de vos principes, convaincus de la nécessité de s'attacher à une nation généreuse et puissante, ils veulent, les Namurois, que la France leur appartienne, ils veulent être de la grande famille !
Les repousserez-vous de votre sein? Non, citoyens Législateurs : nous en avons pour garant l'adoption que vous avez faite de plusieurs provinces.
Incessamment vous recevrez le vœu général dupaysdeNamur; mais nous vous jurons, sous les voûtes de ce sanctuaire, que vous affligeriez les communes qui l'ont émis, si vous jugiez convenable dans votre sagesse, de ne pas leur accorder sur-le-champ la faveur qu'elles demandent par l'organe de leurs députés.
Nous vous en supplions, veuillez associer îi la République une ville précieuse par son influence, par l'éclat de sa conversion, par la pureté de ses sentiments, par l'ardeur avec laquelle elle s'empresse de grossir l'armée française ; elle est pleine de confiance dans le général Harville, dont elle apprécie la sagesse et la valeur, dans les commissaires du Conseil exécutif, Bexon et Rigaud, qu'elle chérit, qu'elle appelle ses maîtres en révolution, ses guides dans la carrière civique; elle nous a chargés, comme dépositaires de sa confiance après ces deux citoyens vertueux, de solliciter vivement le décret qui doit combler son vœu.
Ce vœu n'est pas douteux, d'après trois mille signatures portées dans le registre que nous devons vous remettre en son nom, et le procès-verbal dont nous allons vous faire lecture.