OBSERVATION GENERALE
sur k mouvement de sympathie pour la France.
Le dépouillement de la correspondance, aux Affaires étrangères, surtout le tome 582 de la Correspondance ^Angleterre, démontre que la hardiesse des peuples voisins de la France, à l'égard de leurs gouvernements, ainsi que leur enthousiasme pour la Révolution en 1792 et 1793, croissaient ou décroissaient proportionnellement à nos victoires ou à nos revers ; et que si nous étions restés vainqueurs en Belgique, en Hollande et dans le Palalinat, comme en Savoie et à Nice, la République était faite en Occident.
Tout avait donc bien dépendu de Dumouriez t
Il est triste de penser que, même à ce moment, à l'apogée du grand siècle, la force faisait l'opinion et gouvernait seule le monde politique.
A l'appui de cette façon d'envisager les choses, voici un dernier document.
Il complétera la série des extrait qv& \uro& ^stm tas&Bfe*<i w.
le même sujet, dans le corps de cet ouvrage, et permettra, en outre, d'apprécier à quel point la philosophie révolutionnaire, le catéchisme des Droits de l'Homme, — quoi qu'on puisse penser des défaillances du parti whig, — avaient pénétré, en Angleterre, chez tous les esprits avancés.
Peut-on s'en étonner, lorsqu'on sait avec quelle ardeur s'y était faite la propagande démocratique depuis 1789 : par les pamphlets, par les chansons, par les clubs, par les images et les médailles, enûn par la franc-maçonnerie, dont les tenues étaient si fréquentées des artisans et des petits bourgeois, et surtout par la corporation si nombreuse des tisserands (1) ?
Il ne faut jamais oublier, non plus, que bien avant la Révolution française, Gromwell avait donné l'exemple des moyens de réforme politique sérieux : la république et le régicide :
ADRESSE
de félicitation à la Convention nationale de France
par la Société des Amis du Peuple,
à Aldgale,
à L'occasion des victoires remportées par tarm.ee française
dans la Belgique (2).
A la Convention nationale de la République française :
Amis éclairés, patriotes et Législateurs,
Réunis sous le titre d'Amis du Peuple, et dans la vue de cultiver et propager des connaissances politiques, nous regardons tous la liberté des opinions et une participation égale aux droits de l'Homme, comme la seule base de la liberté et de l'égalité.
Nous vous saluons donc sous un nom que vous avez ennobli
(l) Correspondance d'Angleterre, T. 583, pièce 18, Noël à Lebrun, Londres, octobre 179«.
(2) Correspondance d'Angleterre, T. &%*,\f\fettft \v&, ^. E?3.
et que nous sommes fiers de porter, celui de citoyens de l'Univers, de protecteurs de la grande famille de la race humaine, dont les vues généreuses et bienfaisantes ne tendent qu'à briser les fers de l'esclavage et à donner à l'homme la vie, la santé et la force politiques dans toutes les parties du monde.
Nous avons appris, avec le plus grand plaisir et la plus haute admiration, la magnanimité de vos résolutions en déclarant à l'Europe, au moment qu'elle vous insultait, que vous renonciez à toute conquête, et que, sans égard au climat, à la situation ou à la couleur, vous vouliez rendre à l'homme ses droits trop longtemps méconnus, et les privilèges impérissables de la nature, que le sublime auteur de tous biens lui avaient accordés, mais dont l'avaient privé trop longtemps la tyrannie féodale et un barbare despotisme.
Ces sentiments magnanimes que vous avez montrés nous transportent d'admiration comme hommes et comme Anglais dévoués à la grande cause de la liberté générale, liberté que la politique étroite et tortueuse des rois, ainsi que l'orgueil et la perversité de leurs détestables agents, ont toujours empêchée, en excitant et fomentant sans cesse de funestes .divisions.
Aussi, Représentants de la République française, aussi frères et amis, — permettez-nous de vous appeler de ces noms civiques, — ce n'est pas assez pour nous de rester spectateurs indifférents et oisifs de vos efficaces et glorieux efforts; mais, bravant les menaces de la tyrannie, nous avons combattu les préjugés avec une ardeur infatigable, et nous voyons, avec une joie aussi vive que pure, le soleil de la liberté, par le moyen de vos armes triomphantes, dissiper les nuages et les ténèbres du fanatisme, de l'orgueil insolent et de la folie, et chasser devant lui, avec une rapidité miraculeuse, cette horde de barbares qui étaient venus pour l'obscurcir et l'éteindre,
A l'instant où nous étions réunis pour vous transmettre cette félicitation cordiale et sincère sur l'heureuse tournure qu'ont prise les affaires en France, nous avons reçu l'agréable nouvelle du succès de votre invincible armée sous les ordres du citoyen général Du mouriez, près de Mons.
L'expression nous manque pour vous peindre la joie et l'admiration que nous avons éprouvées. Tout bon Français peut en juger par celle que, sans doute, il a ressenti à cette occasion.
Puisse le sang des braves citoyens qui y ont péri en faisant voir aux despotes cette énergie et cette magnanimité que la liberté seule peut donner ; puisse ce sang généreux produire une abondante moisson de paix et de liberté dans le monde, et la raison prévenir la nécessité d'une conquête m\\âta&re\ \titaft& Wsass^N^
lité <ic la République française être une éternelle et imposante leçon à tous les tyrans de la terre, quels qu'ils soient. Signé par ordre de la Société des Amis du P.euplc, à Atdgate.
John Hall, président; François Page, secrétaire.
A Londres, le 12 novembre 1792.
Les imprimés attachés au bas de l'adresse sont : 1° un arrêté; 2° des avis; 3° une ode à la Liberté, dans lesquels la Société des Amis du Peuple, à Aldgate, a exposé ses sentiments sur les projets de la ligue combinée des rebelles, des princes et des rois.