L'OPPOSITION LES PREMIÈRES ESCARMOUCHES
Le nouveau Comité de Salut public avait pris le pouvoir dans des conditions beaucoup plus difficiles encore que l'ancien. En ce mois de juillet 1793, l'insurrection vendéenne triomphait, la révolte girondine, encouragée par les tergiversations dantonistes, prenait un développement redoutable. Lyon, Marseille, Caen, toutes les grandes villes lèvent des armées contre la Convention. Toulon et la Corse se donnent aux Anglais. Les Alliés prennent nos places fortes. On apprend coup sur coup, à la fin de juillet, les capitulations de Mayence, de Condé, de Valenciennes. Les lignes de Vissembourg seront bientôt menacées et forcées, l'Alsace envahie.
Devant l'immensité du péril, des âmes pusillanimes auraient plus que jamais essayé de négocier. Heureusement pour la France, Danton n'était plus au gouvernement et Robespierre y entrait.
Tout ce qui restait du parti girondin à la Convention appelait ouvertement la paix, et Danton, sous main, secondait la manœuvre.
Quand vint en discussion, le 18 juin, le célèbre article constitutionnel proposé par Hérault deSéchelles «Le peuple français ne fait point lapaix avec un ennemi qui occupe son territoire », le député Sébastien Mercier, l'auteur populaire du Tableau de Paris, en réclama le rejet: «De tels articles, dit-il, s'écrivent ou s'effacent avec la pointe de l'épée ; on peut sur son territoire faire des traités avantageux. Vous flattez-vous d'être toujours victorieux? Avez-vous fait un traité avec la victoire? » Basire lui lança l'interruption héroïque : « Nous en avons fait un avec la mort ! » Mais Basire ne fut applaudi que sur les bancs de la Montagne. Il fallut que Robespierre et Barère répondissent à Mercier, qui s'obstina. « A peine, avait dit Mercier, avez-vous des idées justes sur la liberté et déjà vous osez vous placer au niveau des Romains. Je demande la radiation de cet article, parce que la génération présente n'est point encore à la hauteur où elle devrait être. » Robespierre lui répliqua dédaigneusement en faisant bon marché des Romains : « Je n'aurais jamais cru qu'un représentant du peuple français osât professer ici une maxime d'esclavage et de lâcheté. Je n'aurais jamais cru qu'il osât contester la vertu républicaine du peuple qu'il représente. Où a-t-il vu, cet homme, que nous fussions inférieurs aux Romains? Où a-t-il vu, cet homme, que la Constitution que nous allons terminer, fût au-dessous de ce Sénat despotique, qui ne connut jamais la Déclaration des droits de l'homme? Où a-t-il vu que ce peuple qui verse son sang pour la liberté universelle fût au-dessous des Romains, qui furent, non pas les héros de la liberté, mais les oppresseurs de tous les peuples? ...Qu'ils sachent, tous ceux qui ne savent pas deviner l'énergie d'un peuple libre, qu'ils sachent que cet article est l'expression de sa volonté. Un peuple qui traite sur son territoire avec des ennemis est un peuple
déjà vaincu et qui a renoncé à son indépendance... » Mercier le prit de haut avec Robespierre : « Je n'ai parlé que de la génération actuelle, et je soutiens que quiconque veut assimiler les Français d'aujourd'hui aux Romains d'autrefois n'offre que le témoignage de son ignorance. Celui qui n'a pas étudié les lois de ce peuple n'est pas fait pour en parler. » Mais Barère évoqua le courage des soldats républicains, leur belle conduite devant l'ennemi : « C'est la France, en un mot, qui a déjà décrété cet article.» Il répéta les arguments de Robespierre contre les Romains et le mot de Basire sur le pacte avec la mort. L'article fut voté. Il créait une difficulté de plus à la reprise des négociations avec l'ennemi.
Mais les Girondins ne s'avouaient pas vaincus. L'un d'eux, Carra, qui avait déjà été mêlé aux pourparlers avec les Prussiens après Valmy, soutint dans son journal, au lendemain même de la chute de Danton, que la paix était possible, au moins avec la Prusse. Les Prussiens avaient employé la formule « Le Roi de Prusse à la République française » en tête d'un cartel d'échange de prisonniers sur le front de l'armée du Rhin. Carra découvrait dans cette banale formule de politesse la preuve que la Prusse reconnaissait la République. « On voit donc, continuait -il, qu'il n'y a qu'un pas à faire pour détacher le Roi de Prusse de la coalition, et qu'il ne s'agit que de la sagesse et de l'habileté d'une tête politique, en qui la nation et la Convention nationale auraient assez de confiance pour la charger de cette négociation (i). » Carra ne s'expliquait pas sur cette « tête politique », mais il faisait valoir longuement ses raisons de croire que les coalisés étaient divisés, et il terminait ses déductions par cette conclusion menaçante pour ses contra-
(i) Annales patriotiques du 12 juillet 1793. Notons que Sébastien Meroier était codirecteur du journal.
dicteurs : « Si le Roi de Prusse, dont l'intérêt véritable est de se détacher au plus tôt de la coalition, montre un désir sincère de faire la paix avec la République, nous verrons alors quels seront les partisans assez osés de l'Autriche pour s'y opposer. » Chose curieuse, parmi ces « partisans de l'Autriche », que Carra accusait d'avance d'être hostiles à toute paix séparée, il avait rangé dix jours auparavant : « Pa[che], Bou- [chotte], Audfoin], Has[senfratz] et consorts de la Commune de Paris (1) », autrement dit tout le parti hébertiste, qui derrière Anacharsis Cloots, réclamait en effet la guerre à outrance, la guerre jusqu'à la victoire. Dans le même article il rangeait, parmi « les instruments aveugles ou clairvoyants du parti anglais, Dan[ton], Mar[at], Lac[roix], Rob[espierre] et consorts et les Jac[obins] ». Enfin il découvrait un parti espagnol, dont les chefs étaient « Gus[man~, Pi[o], Per[eira] et consorts et les Cor[deliers] ».
A l'offensive girondine en faveur de la paix, s'opposa promptement une contre-offensive hébertiste pour la continuation de la guerre. Les Hébertistes ne repoussaient pas seulement la paix par fierté patriotique. Ils la repoussaient aussi dans l'intérêt de leur clientèle, qui comprenait la plupart des réfugiés bataves, belges, liégeois, rhénans, genevois, savoisiens, qui ne pouvaient rentrer dans leurs foyers et réaliser leur rêve d'affranchissement qu'au prix de la victoire complète de la République (2). Ils s'appuyaient sur le ministre de la Guerre Bouchotte et sur'ses bureaux. Beaucoup d'entre eux avaient fait une brillante carrière dans l'armée révolutionnaire et dans les états-
(1) Annales patriotiques du Ier juillet 1793, article intitulé* Les On-dit ». Nous complétons les noms désignés, dont les syllabes manquantes sont représentées par des points dans le journal.
(2) Voir notre livre la Révolution et les Etrangers, notamment les pages 44-47, 128-129, I44-I45-
majors. La guerre devenait pour ceux-là une carrière fructueuse à laquelle ils n'avaient aucune envie de renoncer. Il est remarquable que toutes les grandes mesures révolutionnaires : la levée en masse, les greniers d'abondance, la loi des suspects, le maximum, l'épuration des autorités, le gouvernement révolutionnaire, furent réclamées par les Hébertistes qui les imposèrent à une Convention d'abord hostile. Toutes avaient le même but, la même signification : la lutte à mort contre l'ennemi.
Le courant hébertiste était si fort que Danton et \ ses amis n'osèrent pas d'abord le remonter ouverte- \ ment. Mais leurs attaques obliques contre les mesures de défense nationale (1), leurs menées obscures dans les couloirs ou au sein des Comités, ne tardèrent pas à éveiller la défiance de leurs adversaires. Aux approches au 10 août, quand le bruit courut que Danton voulait profiter de la grande Fédération, fixée au iour anniversaire de la chute de la royauté, pour réclamer une amnistie générale, cette amnistie que le ministre Lebrun avait déjà proposée avec la rentrée des émigrés pour négocier avec l'Angleterre, les hébertistes prirent l'alarme. A la séance du 2 août, en effet, comme une députation de Nantais demandait l'indulgence de la Convention en faveur du général Beysser et du député Coustard compromis dans la révolte fédéraliste, Danton avait insinué en ces termes l'idée d'une amnistie : « La Convention sait que les hommes égarés se réuniront toujours à la masse, mais elle a cru différer à la conversion de ceux qui veulent fédéraliser le peuple... Elle désire que le 10 août vous resserriez le nœud de la fraternité » (2).
(1) Voir, dans notre livre la Révolution et les Étrangers, leur opposition tenace aux lois sur le séquestre et l'arrestation des sujets ennemis.
(2) « Danton voulait une amnistie pour tous les coupables, il
Hébert se déchaîna aussitôt, dans son numéro 26g paru la veille de la fête, contre les nouveaux Brissotins, dont les chefs avaient défendu Dumouriez et partagé avec lui les dépouilles de la Belgique. L'allusion à Danton était claire : « On veut, dit-il, à force de trahisons et de malheurs, forcer le peuple à désirer l'ancien régime et à le redemander... Quand la moitié de la France sera ravagée par les brigands du Nord, ces J... f... se flattent que les Sans-Culottes seront trop heureux de recevoir la paix à genoux. C'est alors que ces hommes d'État, pour mettre fin à tous les maux qu'ils auront occasionnés, nous proposeront la royauté comme le seul remède. C'est alors qu'ils iront donner la clef des champs au petit avorton du Temple... » Hébert ne pouvait pas concevoir une politique de paix qui ne serait pas en même temps une politique de restauration monarchique. Il était clair, en effet, quand nos armées battues reculaient partout, qu'on ne pouvait obtenir la paix qu'au détriment de la République. Il tombait sous le sens que les rois, qui touchaient à la victoire, n'exigeraient pas seulement, pour traiter, des indemnités territoriales et pécuniaires, mais des mesures de réparation en faveur de tous ceux que la Révolution avait lésés. Dans ce terrible été de 1793, les républicains ne pouvaient recevoir la paix qu'à genoux.
La guerre, dès lors, fut déclarée entre Hébertistes et Dantonistes. Un ami de Danton, Guffroy, venait de fonder un journal en style poissard, Le Rougyff (1) ou le Frank en vedette, qui se proposait de faire concurrence au Père Duchesne dans les milieux populaires et de ruiner adroitement les meneurs et les
s'en est expliqué ouvertement ; il voulait donc la contre-révolution. » (Notes de Robespierre contre les Dantonistes, dans les Annales révolutionnaires, t. X, p. 459.)
(1) Anagramme du nom de GufEroy. Le Rougyff commença à paraître en juillet r793.
mesures hébertistes. Le Rougyff avait attaqué à plusieurs reprises les réfugiés belges et bataves, dont il avait mis en doute le civisme. Le Batave, qui était l'organe des réfugiés et qui était inspiré par Anacharsis Cloots, répliqua aux attaques de Guffroy en prenant l'offensive. Dans son numéro du 10 août, sous la signature d'Alexandre Courtois (1), il fit chorus avec Hébert en ces termes menaçants : « Je sais qu'il y a un système de calomnie qu'on étend aux Belges et qui tient au dessein de renoncer à la Belgique. Je sais qu'il y a des gens qui ont intérêt à ce qu'on n'y retourne pas ; ces gens seront dévoilés ! »
La question de la paix se trouvait ainsi posée devant l'opinion publique.
Danton et ses amis se turent pour le moment. Mais ils allaient bientôt être forcés de sortir de leur prudente réserve.
L'influence hébertiste était représentée dès l'origine dans le nouveau Comité de Salut public par Hérault de Séchelles, qui était chargé avec Barère de la partie diplomatique. Le 5 septembre, quand la Terreur fut mise à l'ordre du jour, sous la pression de la Commune et des sections, Billaud Varenne et Collot d'Herbois entrèrent à leur tour au Comité pour y représenter la politique terroriste.
Le fuyant Barère se mit d'abord à la remorque de Hérault de Séchelles, comme il s'était mis auparavant à la remorque de Danton. Au premier Comité de Salut public, il avait interprété le décret du 13 avril comme une autorisation de négocier avec l'ennemi. Il l'interprète maintenant comme une interdiction d'abandonner les peuples réunis. Les négociations commencées s'arrêtèrent brusquement.
(1) Alexandre Courtois fut chargé de missions du Conseil exécutif à diverses reprises. Il ne faut pas le confondre avec le député Edme-Bonaventure Courtois, ami de Danton.
Vers le milieu de juillet, un Anglais du nom d'Archibald Mitchell, qui se disait l'un des vingt-quatre magistrats chargés de la police de Westminster, s'était présenté au nouveau ministre des Affaires étrangères Deforgues avec un passeport de Grenville et s'était offert de porter à Londres les dépêches qui lui seraient confiées pour le gouvernement britannique. Comme gage de sa bonne foi et comme preuve de sa mission secrète, il se disait prêt à emmener un Français avec lui. A en croire le mémoire qu'il remit, le seul obstacle à la paix de la part de l'Angleterre était l'absence d'un gouvernement fort en France. Non seulement Deforgues n'osa pas donner suite aux propositions de Mitchell, mais il le dénonça comme un espion et refusa d'avoir avec lui aucunes relations (1).
Quand Matthews, précédemment envoyé en Angleterre par l'ancien Comité, revint en France au mois d'août, il eut beaucoup de mal à atteindre Paris. Il fut un moment arrêté à Vervins. Deforgues refusa de le recevoir et le renvoya à un de ses commis, Otto, qui l'interrogea longuement à trois reprises. L'Anglais annonça que le duc d'York se préparait à assiéger Dunkerque,et l'avis se trouva confirmé par l'événement. Il déclara ensuite que la paix était possible avec l'Angleterre si la France sacrifiait Tabago, si elle acceptait la médiation anglaise, si elle restituait la Savoie et Nice, si elle indemnisait le pape pour Avignon et les princes allemands possessionnés en Alsace et si elle renvoyait la famille royale à la frontière. Moyennant ces conditions, l'Angleterre reconnaîtrait la Répu-
(1) On considère souvent Deforgues comme une créature de Danton. Il s'est défendu avec vivacité contre cette accusation dans une lettre écrite à Robespierre de sa prison, le 14. germinal an II (Papiers inédits, 1828, t. II, p. 189-193). Il prétend dans cette lettre que, depuis sa nomination aux Affaires étrangères, il ne vit Danton qu'une seule fois.
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blique et garantirait son territoire (i). Il se faisait fort enfin, si le Comité de Salut public lui confiait ses pouvoirs, de faire agréer au cabinet britannique un agent français régulièrement accrédité pour négocier sur ces bases. Otto l'écouta.maisne lui fit aucune réponse. Matthews, après bien des démarches, réussit à rencontrer Hérault dans l'antichambre du Comité de Salut public. Hérault le repoussa durement (2). Bien plus, il le fit arrêter, le 6 septembre, en vertu de la loi sur les étrangers sujets ennemis votée le jour même. Matthews fut consigné à l'hôtel du traiteur Rose, rue Grange-Batelière, sous la surveillance de deux gendarmes (3) . Il y avait quelque chose de changé au Comité de Salut public depuis que Danton avait cessé d'y siéger ! Les historiens, qui font d'Hérault de Séchelles le bras droit et l'ami de Danton (4), auraient, j'imagine, quelque peine à expliquer le mauvais accueil qu'il réserve à Matthews, quand celuici croyait pouvoir compter sur le concours de Danton, auquel il adressait des appels répétés. Pour rentrer en France à son retour d'Angleterre, c'était à Danton qu'il avait demandé un passeport dans une lettre datée d'Hirson le 20 août : « Citoyen Danton, j'ai écrit par un courrier de cet endroit à mon ami confidentiel (5)... qui, s'il est chez lui, ira vous trouver sur-le-champ, mais dans la crainte qu'il n'y soit pas, je vous prie de m'envo3Ter par le porteur un passeport pour aller
(1) Voir les pièces justificatives publiées par Robinet en annexe de son Danton émigré, p. 258-269.
(2) Aulard, La diplomatie du Comité de Salut public, dans la Révolution française, t. XVIII, p. 164.
(3) L'arrêté est signé Hérault, Thuriot, Prieur de la Marne, Barère, C.-H. Prieur (de la Côte-d'Or) et Carnot.
(4) Nous avons démontré que Hérault de Séchelles ne fut pas l'ami, mais la victime des Dantonistes. Voir la seconde série de nos Etudes robespierristes.
(5) M. Aulard, qui a publié cette lettre, dit que le nom de cet ami est raturé et illisible. C'est vraiment dommage.
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à Paris, où je vous expliquerai ce qui est nécessaire pour le bien de la République... » Matthews avait donc à Paris un ami confidentiel qui avait ses entrées chez Danton. La remarque est déjà curieuse, mais il y a mieux. Danton, qui n'était plus au gouvernement, s'intéresse cependant à la requête de l'agent anglais, car celui-ci obtient son passeport. La correspondance continue. Quand Matthews fut mis en arrestation dans son hôtel, il se tourna de nouveau vers Danton comme vers son protecteur naturel. Il lui rappela, le 9 septembre, les services qu'il avait rendus à la France, et il lui demanda son appui pour obtenir du Comité de Salut public « une mesure d'exception et de sûreté, ainsi qu'un passeport pour s'en retourner s'il ne pouvait être plus longtemps utile (i) »...
Le ton de familiarité et de confiance qui règne dans les lettres de l'agent anglais à Danton a déjà de quoi étonner. Mais il faut se souvenir qu'entre Danton et l'Angleterre les' liens étaient anciens. Il est fâcheusement question de Danton dans une dépêche de notre ambassadeur à Londres, La Luzerne, en date du 29 novembre 1789 : « J'ai dit [au duc d'Orléans alors en mission extraordinaire à Londres] qu'il y avait à Paris deux particuliers anglais, l'un nommé Danton et l'autre nommé Paré, que quelques personnes soupçonnaient d'être les agents lés plus particuliers du gouvernement anglais... Je ne sais si on a fait des recherches pour savoir s'ils existaient réellement à Paris (2)...» A cette date la notoriété de Danton, ne dépassait pas encore l'enceinte du district des Cordeliers. La Luzerne, qui ne le connaît que par ses infor-
(1) Cette lettre de Matthews a été publiée in extenso dans le Danton émigré du Dr Robinet, p. 265-267.
(2) Cette dépêche de La Luzerne à Montmorin a été pour la première fois signalée par M. O. Havard dans son Histoire de la Révolution dans les ports de guerre, t. II, p. 79.
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mateurs anglais, le croit lui-même Anglais et prononce sans doute son nom à l'anglaise Dantonne. Il est remarquable qu'il lui associe le nom de Paré, qui est son principal clerc. Ce texte est déjà inquiétant. Mais il y en a un autre plus grave encore. C'est, sous les scellés de Danton aux Archives nationales, une lettre par laquelle un agent du Foreign Office informe le banquier Perregaux qu'il peut avancer différentes sommes d'argent importantes à différents personnages qui ont rendu à l'Angleterre des services signalés « en soufflant le feu et en portant les Jacobins au paroxysme de la fureur (i) ». 18 ooo livres devaient être distribuées au seul C. D. Comment cette lettre du Foreign Office, adressée à Perregaux, est-elle sous les scellés de Danton? N'est-ce pas cette pièce qui a été communiquée en chambre du Conseil aux jurés du Tribunal révolutionnaire pour déterminer leur conviction? On ne peut à ce sujet que poser des points d'interrogation, mais il faut avouer que, si Danton était réellement un agent anglais, bien des choses qui sont obscures dans sa vie deviennent claires. On comprend qu'il se soit réfugié en Angleterre après l'affaire du Champ de Mars ; qu'il arÇ essayé, au dernier moment, après la mort du roi, de prévenir la guerre avec l'Angleterre et qu'il ait été r êlé aux négociations in extremis tentées par Dumouriez et par de Maulde ; on comprend ses continuelles avances à l'Angleterre pendant son passage au Conseil exécutif et au Comité de Salut public ; on ne s'étonne plus que Carra l'ait rangé dans la faction anglaise ; on comprend mieux encore que W. A. Miles ait porté sur son caractère le jugement sévère que nous avons relaté ; enfin la familiarité qui règne dans les lettres de Matthews n'a plus rien que de fort naturel.
(i) Voir le document in extenso dans la seconde série de mes Etudes robespierristes, p. 132-133.
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Mais l'influence de Danton, en ce mois de septembre 1793, avait déjà beaucoup baissé. Matthews ne put obtenir le passeport qu'il avait sollicité. D resta consigné dans son hôtel jusqu'après le 9 thermidor. Il ne s'y ennuyait pas trop, si on en croit les Robespierristes. La cuisine du traiteur Rose était délicieuse. Danton l'appréciait ; il fit avec l'Anglais des repas à 100 écus par tête (1). Je suppose qu'au nombre des convives figurait aussi le baron d'Esebeck, l'interlocuteur de Desportes à Metz, qu'un arrêté du Comité de Salut public avait transféré, lui aussi, à l'hôtel de la rue Grange-Batelière.
D'Esebeck ne s'était -il pas mis, comme Matthews, sous la protection de Danton? Ne lui avait-il pas écrit, le 12 juin 1793, par l'intermédiaire de son ami Desportes, cette charmante missive : « Citoyen, j 'ai entendu tellement vanter votre justice et votre humanité que je me jette dans vos bras et vous supplie de me faire tirer de la situation affreuse où l'on m'a plongé. Ma confiance et mon espoir ne seront pas déçus, puisque je m'adresse au plus grand homme de la République française. Si j'en crois mon cœur, il doit être aussi le plus généreux et, si je m'en rapporte à la justice de ma cause, je ne l'aurai point en vain choisi pour mon protecteur. C'est donc avec l'espérance la plus douce que je vous supplie, citoyen, de faire valoir auprès du Comité de Salut public le mémoire que j'ai l'honneur de vous adresser. Je n'ose point vous parler du sentiment de reconnaissance dont je paierai votre généreux appui ; il me suffit de vous dire qu'il égalera le sentiment d'admiration dont je
(1) Rapport de Saint-Just, dans Bûchez et Roux, t. XXXII, p. 99. Le traiteur Rose ou Rosse était âgé de quarante ans. Son hôtel était au n° 26 de la rue Grange-Batelière (Tuetey, Répertoire, t. XI, n° 213). Un citoyen Rose présidait en novembre 1793 la société populaire du Club Electoral siégeant à l'Évèché (Arch. nat. W 342)-
suis pénétré pour votre grand caractère (1). » Hélas ! le temps n'était plus où Danton pouvait faire droit à des suppliques aussi flatteuses. Il ne pouvait plus que se consoler de son impuissance en sablant avec leurs auteurs les excellents vins du traiteur Rose.
Non seulement le nouveau Comité de Salut public fermait la porte à toute négociation avec l'ennemi, mais Hérault de Séchelles, qui y exerçait l'influence prépondérante sur la diplomatie (2), s'efforçait de ranimer la propagande et de reprendre la politique annexioniste qui avait été celle des Girondins à l'automne de 1792 et qu'ils avaient abandonnée ensuite. Ami d'Anacharsis Cloots, Hérault avait autrefois poussé à la guerre et aux conquêtes (3). Il n'avait pas, comme Danton, brûlé ses anciennes idoles. Dans les mois de juillet à septembre 1793, il est au Comité l'espoir du parti hébertiste, l'homme de la lutte jusqu'au bout (4).
Sur son initiative, le Comité envoie à Mulhouse, le 18 août, un agent secret, Pons de Boutier de Catus, un de ses amis, pour préparer la réunion à la France de cette petite république manufacturière, alliée aux cantons suisses (5). Vers le même temps, il fait confier à l'hébertiste Dubuisson une mission en Suisse « pour
(1) Aulard, article cité, p. 245.
(2) Au cours de son procès devant le Tribunal révolutionnaire, le président Herman reprocha à Hérault de s'être approprié la direction de la diplomatie et d'avoir fait dominer ses opinions au Comité de Salut public (Bûchez et Roux, t. XXXII, p. 143).
(3) Voir la Révolution et les Etrangers, p. 62 et 74.
(4) Il définira en ces termes devant le Tribunal révolutionnaire la politique étrangère qu'il suivit alors : « Toute correspondance était interrompue avec l'ennemi, et nous n'avions autre chose à lui dire que : nous vous méprisons et ne vous redoutons nullement ; nous n'avons rien de commun avec vous ; battons-nous •> (Bûchez et Roux, t. XXXII, p. 143).
(5) Charles Schmidt, Une Conquête douanière, Mulhouse, et le compte rendu de cet ouvrage dans les Annales révolutionnaires, 1913, p. 123-125.
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ranimer les partisans de la France (1) ». Pareilles missions risquaient d'être interprétées comme des intrusions dans les affaires intérieures de nos voisins. Mais Hérault ne voulait retenir du décret du 13 avril que l'interdiction d'abandonner les peuples « réunis ». Il s'expliqua avec toute la netteté désirable, le 25 août, dans un rapport qu'il fit au nom du Comité sur la situation de la Savoie.
Le département du Mont-Blanc, pendant le siège de Lyon, qui avait dégarni la frontière, avait été envahi par les Piémontais, qui avaient pénétré dans le Faucigny, la Tarentaise et la Maurienne. « Une erreur fatale s'est introduite, dit Hérault, et ne contribue pas peu dans le Mont-Blanc à affaiblir nos moyens, à décourager les bras qui s'armeraient pour la défense du territoire. Des ennemis perfides, des malveillants de tout genre ont répandu (et cette opinion n'est que trop accréditée) que la France allait abandonner un pays qui s'est donné bien moins à la France qu'à la liberté. Il n'y a rien de plus essentiel que de détruire irrévocablement une rumeur aussi funeste, aussi désespérante pour eux, aussi indécente pour nous... C'est à vous à vous rappeler qu'au mois d'avril dernier, temps où ces mêmes soupçons semblaient avoir déjà quelque consistance, vous rendîtes un décret formel pour garantir aux peuples réunis que jamais vous ne consentiriez à les abandonner... Toute la République est créancière des secours que nous devons au département du Mont-Blanc. » Hérault conclut que la Convention, «considérant qu'elle devait à toutes les parties de la République une et indivisible la même protection pour repousser les despotes et leurs vils satellites », devait envoyer sans délai deux représentants, Simon et Dumas, à l'armée
(1) Les instructions de Dubuisson sont datées du 22 août (Kaulek, t. II, p. 466 ; t. III, p. 9, 69, 109, etc.)
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des Alpes pour organiser la défense et chasser les Piéraontais.
Les partisans de la paix furent effrayés par l'exposé de principes du rapporteur du Comité de Salut public. Si la République s'engageait solennellement à ne déposer les armes qu'après avoir délivré de nouveau de la domination étrangère tous les peuples réunis au moment des victoires de l'automne précédent, la guerre s'éterniserait. Il ne faudrait pas seulement reconquérir le Faucigny et la Tarentaise, mais la Belgique, mais la rive gauche du Rhin.
Un Montagnard, que le Comité de Salut public avait rappelé de sa mission à l'armée du Nord pour le punir de sa faiblesse et qui marchait alors avec Danton, le médecin Duhem combattit les conclusions de Hérault de Séchelles : « Je demande l'ajournement de ce projet de décret, car le rapporteur a fait l'éloge des habitants de Mont-Blanc. Pour savoir si cet éloge est mérité, il faut que nous connaissions le nombre des communes qui ont accepté la Constitution... » C'était, en jetant le soupçon sur le civisme des Savoyards et sur la légitimité des réunions, en préparer le désaveu.
Un autre Montagnard, Gossuin, qui avait été le collègue de Danton dans sa mission de Belgique, appuya Duhem : « La majorité l'a acceptée [la Constitution], mais un très grand nombre l'a rejetée. » Alors l'hébertiste Simon, qui avait contribué avec Hérault de Séchelles à la réunion de la Savoie, prononça un vif éloge du patriotisme des habitants du Mont-Blanc : « Il n'y a pas un seul régiment en France où vous ne trouviez des Savoisiens ; ils vous diront que la légion des Allobroges donna des preuves de valeur avec le général Carteaux; ils vous diront que, sans en être requis, ils ont formé six bataillons de volontaires. » Tallien appuya Simon, déclara que ce serait une
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lâcheté que d'abandonner les Savoisiens : « La France se déshonorerait aux yeux de l'univers. J'ai été surpris que Gossuin ait élevé une question digne d'un aristocrate... » Mais l'Assemblée restait froide. Deux membres du Comité de Salut public durent intervenir pour soutenir Hérault. Prieur de la Marne avec indignation : « Le département du Mont-Blanc n'est-il pas une partie intégrante de la République?... Souvenons-nous de nos serments ; punissons Lyon et secourons le Mont-Blanc ! » Barère avec plus d'habileté en faisant sentir le mauvais effet que ferait cette discussion à l'étranger : « C'est par de semblables discussions que nous servons les rois coalisés ; c'est ainsi que l'on prépare le démembrement de la République. La Russie vient de faire un traité avec l'Angleterre, par lequel cette dernière puissance s'engage à ne point finir la guerre avec la France qu'elle n'ait restitué ses conquêtes; mais la Savoie n'est point sa conquête ; la nature et le vœu de ses habitants l'ont unie à la France... » L'argument entraîna l'Assemblée.
Duhem battit en retraite : « Qu'on ne me suppose point l'intention d'avoir voulu démembrer la France, mais, effrayé de ce système de don Quichotte qui, l'année passée, nous a préparé de grands maux, j'ai demandé l'ajournement du projet du Comité. » Le décret proposé par Hérault fut voté. Le Mont-Blanc serait secouru. Les peuples qui avaient cru en nos promesses ne seraient point déçus. C'était annoncer par un fait matériel l'orientation nouvelle de notre politique étrangère.
Pendant toute cette discussion si grave, Danton, l'auteur du décret du 13 avril, Danton qui avait le premier réclamé la réunion de la Savoie, Danton s'était tu. N'ayant pas osé défendre son ancien point de vue, il l'avait répudié par son silence, et ses amis avaient parlé pour lui. Il se taira de même
dans les discussions diplomatiques qui vont suivre.
Les Hébertistes et le Comité de Salut public ne se méprirent pas sur la signification de ce silence. Ils sentirent que le tribun muet était devenu le chef véritable du parti de la paix.
Le Batave et le Père Duchesne accentuèrent leur campagne contre les nouveaux Brissotins, contre les Endormeurs, contre les Hommes d'État ; c'est de ces noms variés qu'ils appellent désormais les Dantonistes.
Le Batave du 23 août publiait un grand discours qu'Anacharsis Cloots avait prononcé quatre jours plus tôt contre toute idée de paix (1). L'orateur du genre humain réclamait plus- que jamais les frontières naturelles et assurait que la levée en masse, qui venait d'être décrétée, en permettrait la facile conquête. Le même journal, dans son numéro du 16 septembre, revenait longuement à la charge, à l'occasion du bruit qui courait que « deux commissaires anglais venaient d'arriver près du Comité de Salut public, chargés de faire des propositions de paix ».
« Depuis quelque temps, disait le journal, on parle beaucoup de paix. Tous nos modérés, nos feuillans et nos royalistes, car tous ces hommes sont très fort d'accord, s'efforcent à nous persuader que les puissances coalisées, lasses de la guerre, ne seraient pas éloignées d'entrer en négociation avec la France pour rendre la tranquillité à l'Europe (les bons apôtres !), pourvu seulement qu'elles fussent assurées que les Français se prêteraient à des conditions raisonnables ; mais ils ne nous disent pas quelles seraient ces conditions ; et peu nous importe ; nous savons très bien que les despotes conjurés contre la liberté française sont très las de la guerre ; que leurs finances sont épuisées, qu'ils sont fort embarrassés pour trouver
(1) Voir le Journal de la Montagne.
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les moyens de subvenir aux frais immenses qu'occasionne cette nouvelle croisade contre la sainte Égalité. Mais nous savons aussi que les mesures vigoureuses du Comité de Salut public, que la levée en masse, que nos aimables ont cherché à tourner en ridicule (1), et qui s'est effectuée dans plusieurs départements avec le plus heureux succès, déconcertent tous les ennemis du dehors et du dedans, renversent tous leurs plans et font évanouir leurs criminelles espérances. Ne nous arrêtons pas en si beau chemin, ne soyons pas la dupe de ces prétendues dispositions pacifiques, dont on ne nous berce que pour figer de nouveau notre énergie républicaine qui fait trembler les tyrans sur leurs trônes ébranlés; on voudrait ralentir nos élans révolutionnaires et gagner du temps, voilà le fin mot, voilà l'unique objet qui occupe actuellement les aristocrates, ces ennemis éternels de la prospérité publique. Occupons-nous plus que jamais à battre les armées des coalisés; profitons des succès pour assommer les despotes, pour les chasser au delà du Rhin, cette barrière majestueuse et naturelle de la République française. Point de traités, point d'alliance avec le despotisme ; une nation qui a la gloire d'avoir proclamé la première la souveraineté des peuples ne peut ni ne doit traiter avec les usurpateurs de cette souveraineté. » Et, reprenant un mot du Père Duchesne, le Batave estimait qu'il serait assez tôt pour faire la paix le jour où les Anglais auraient renversé leur roi et auraient proclamé la république.
Les journaux hébertistes n'étaient plus seuls à faire cette campagne contre la paix, le plus grand journal d'alors, le Moniteur, à la rédaction duquel le Comité de Salut public venait d'attacher un chef de
(1) Danton lui-même, à la séance du 20 août, avait trouvé * mal digéré » le rapport de Barère sur la levée en masse et l'avait fait renvoyer au Comité de Salut public.
bureau des Affaires étrangères, Ducher, leur faisait longuement écho dans son numéro du 20 septembre : « On a déjà pu remarquer, à plusieurs époques, une singulière affectation à répandre des bruits de paix. Ces bruits se renouvellent en ce moment d'une manière très suspecte ; peut-être ont-ils pour but l'attiédissement du patriotisme et du courage dans nos jeunes concitoyens en réquisition ; mais le piège est trop grossier pour qu'ils s'y laissent prendre. Non, la paix n'est ni nécessaire, puisque nous pouvons, cette année comme l'année dernière et l'an prochain comme cette année, tenir tête à toute l'Europe, ni vraisemblable, puisqu'il reste encore des moyens aux puissances coalisées contre notre liberté. Républicains, n'oublions pas que c'est une guerre à mort entre nous et la tyrannie ; n'oublions pas que nous avons d'autre moyen de forcer les tyrans à la paix, que de les réduire par notre valeur et nos succès à l'impossibilité de faire la guerre (1). t>
Une telle campagne ne se serait pas produite si les partisans de la paix ne s'étaient agités et n'avaient préparé, dans le secret des couloirs, quelque sourde manœuvre contre le Comité de Salut public, coupable de vouloir défendre la Savoie contre ses anciens maîtres. Déjà, le 20 septembre, aux Jacobins, au cours d'une discussion sur le général Houchard, un ami de Danton, Dufourny, faisait observer que ce général « semblait s'occuper des conquêtes, tandis que nous devons y renoncer et nous borner à notre défense (2) ».
(1) Dans ses numéros suivants, le Moniteur s'efforçait de rendre confiance à ses lecteurs sur l'issue victorieuse de la guerre. Il représentait « les peuples d'Allemagne fatigués d'une guerre injuste, l'Autriche épuisée d'hommes...» (numéro du 22 septembre); «le roi de Piémont accablé de revers et dépouillé de la moitié de ses Etats ne subsistant plus que par les aumônes de l'Angleterre... » (numéro du 23 septembre), etc.
(2) D'après le Journal de la Montagne.
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En même temps, un journal très lu par les modérés et les aristocrates, l'Observateur de l'Europe, menait une campagne alarmante de nature à faire douter du succès et à dégoûter les Français de la guerre (1).
Les initiés, ceux qui étaient derrière cette campagne pacifiste, devaient savoir que le Comité de Salut public avait justement commencé de délibérer sur les principes directeurs de notre diplomatie, et ils ne durent pas être satisfaits des cinq bases que le Comité adopta, sur la proposition de Barère, dans son arrêté du 24 septembre :
«Première base: Pendant la guerre et jusqu'à ce que la Constitution soit mise à exécution, il n'y aura pas, auprès des puissances étrangères, des ministres plénipotentiaires ni des ambassadeurs. Le Comité de Salut public et le Conseil exécutif provisoire n'emploieront que des agents secrets, des secrétaires de légation et des chargés d'affaires.
« Deuxième base : Revoir le tableau de tous les employés diplomatiques au dehors et les réformer ou les rappeler.
« Troisième base : Il n'y aura plus d'instructions écrites données aux agents diplomatiques pour être
(1) « Le journal l'Observateur continue à donner des détails de nature à révolter même les modérés. A l'entendre, l'ennemi a des avantages continuels : les Français trouvent la mort partout où ils vont combattre. On ne conçoit pas qu'un pareil écrit souille encore les Français » (Rapport du policier Rolin en date du 21 septembre 1793, dans Tuetey, Répertoire, t. X, n° 1371). — « La citoyenne Robert, auteur du journal l'Observateur, a été saisie ces jours derniers. Une marchande libraire au Palais-Egalité m'a assuré que, dix minutes plus tôt, on eût surpris les deux rédacteurs de ce journal à écrire leurs notes. Elle assure que l'un de ces citoyens est député à la Convention nationale et l'autre de la société des Jacobins. » (Rapport de Rolin du 16 septembre dans P. Caron, Paris sous la Terreur, t. I, p. 115). — M. P. Caron assure que la citoyenne Robert, qui rédigeait ce journal défaitiste, était la femme du député de ce nom, très ami de Danton, qui l'avait aidé à payer ses dettes et qui l'avait pris dans son cabinet après le 10 août.
emportées avec eux (1); elles seront connues d'eux avant leur départ et déposées aux Archives des Affaires étrangères. Il ne leur sera donné que des pouvoirs et des lettres de crédit.
« Quatrième base : Il n'y aura d'exception à l'article premier que pour les deux peuples libres, les Américains et les Suisses.
« Cinquième base : Le Comité de Salut public et le Conseil exécutif provisoire ne traiteront avec aucun des agents et ministres étrangers qui n'auront pas un caractère positif auprès de la République française. »
De pareilles bases marquaient la volonté irréductible du Comité de poursuivre la guerre jusqu'à la complète victoire. Elles coupaient court à toutes les communications officieuses avec l'ennemi auxquelles Danton s'était si longtemps complu.
Par une coïncidence curieuse et qui donne à réfléchir, c'est le lendemain du jour où il avait arrêté sa politique extérieure que le Comité fut l'objet, le 25 septembre, d'une violente attaque de la part de tous ceux qui tenaient à Danton. L'attaque fut menée par ce même Briez qui avait ouvert avec Cobourg une discussion sur la trahison de Dumouriez au début d'avril et dont l'Assemblée avait blâmé l'initiative imprudente et humiliante. Courtois (2), Thuriot, Duhem, Merlin de Thionville, Fabre d'Églantine, Aimé Goupilleau, toute la famille dantoniste, figuraient au premier rang des assaillants. Il ne s'agissait en apparence que de la conduite des opérations militaires dans le Nord et en Vendée. On critiquait la destitution de Houchard et la nomination de Rossignol. Mais la question de la paix se trouva implici-
(1) Ceci afin d'éviter que ces instructions ne tombassent aux mains de l'ennemi, comme c'avait été le cas pour celles confiées à Maret et à Sémon ville.
(2) M. Madelin l'appelle justement « l'âme damnée de Danton ».
tement posée. Répondant à Duhem, Robespierre lui reprocha à deux reprises « d'avoir osé ouvrir l'avis d'abandonner un territoire réuni à la République, dont les habitants dénoncés par lui se défendent aujourd'hui avec énergie contre les fanatiques et les Anglais (1). » Cette allusion à l'opposition que Duhem et ses amis avaient faite un mois plus tôt à la conservation de la Savoie montrait que le Comité ne se faisait pas d'illusion sur le but secret poursuivi par ses adversaires. Si le Comité avait succombé — et il ne triompha qu'à grand'peine (2), — ses successeurs auraient repris la politique pusillanime de négociations avec l'ennemi, qui avait été la leur quand ils avaient occupé le pouvoir.
Ici encore Danton avait laissé agir ses amis. Il n'avait pas paru, mais on soupçonnait sa main derrière la toile.
La lecture de la correspondance de son ami Noël, qui représentait alors la France à Venise, est instructive sur ses vrais sentiments. Noël lui écrivait le 24 août : « S'il y avait sur le tapis quelque négociation de paix, j'imagine que vous ne me laisserez pas dans une oisiveté qui me pèse. » Pas de lettre où le mot paix ne figure. On lit dans celle du 14 septembre : « Je joins ici un des journaux italiens pour que vous jugiez comme nous y sommes traités. Vous remarquerez cependant que c'est la première fois que j'y vois le mot de paix. » Dans celle du 20 septembre : «On peut faire marcher de front les opérations militaires et diplomatiques, qui se secondent ordinairement, » et Noël de prodiguer ses conseils : il faut
(1) Un peu plus loin, Robespierre s'indigna encore contre ceux qui, «à cette tribune, avaient osé proposer froidement d'abandonner le Mont-Blanc aux Piémontais ».
(2) Il avait subi un échec au début de la séance, quand la Convention lui avait adjoint Briez. Celui-ci donna sa démission, quand le Comité obtint finalement un vote de confiance.
décider les États-Unis à attaquer le Canada et la Louisiane, faire déclarer Tippou-Sahib, envoyer une flotte aux Dardanelles pour décider les Turcs (i). Jusqu'ici Noël ne faisait rien que de licite en se laissant aller à ses imaginations et à ses désirs. Mais, où il était vraiment très imprudent, c'est quand il continuait de correspondre avec W. A. Miles, l'agent de Pitt, qu'il avait connu dans sa mission de Londres à l'automne précédent. Oubliant que la France était en guerre avec l'Angleterre, il écrivait à Miles pour l'intéresser au sort de Maret, son ami, alors interné à Milan par les Autrichiens, qui lui avaient volé ses papiers. Miles, heureux de l'aubaine, lui répondit le 17 septembre, et lui demandait ce qu'il pensait de la proclamation par laquelle lord Hood avait promis aux Toulonnais de rétablir la monarchie constitutionnelle. Noël continua la conversation. En remerciant son correspondant, le 27 septembre, de son intervention en faveur de Mme de Montgeroult.qui avait été arrêtée avec Maret, il se lamentait sur le malheureux sort de ses amis restés en France : « Brissot est en prison à l'abbaye, et son jugement est imminent ; Condorcet est en fuite et se cache; Petion est arrêté; Biron est à l'abbaye; je ne sais ce qu'est devenu Dumouriez. Un de ses commissaires qu'il a livrés était parmi mes meilleurs amis. Lebrun est traduit au Tribunal révolutionnaire et je le crois en danger... » Je ne sais pas si les règles diplomatiques d'aujourd'hui permettraient de telles confidences entre les agents des nations belligérantes. Mais il est juste de reconnaître qu'après les avoir faites, Noël avait le bon sens de terminer sa lettre par des déclarations patriotiques. Les Français, à l'en croire, périraient jusqu'au dernier plutôt que de subir la loi de l'étranger. Miles en conclut
(1) Les lettres de Noël à Danton ont été publiées parM. Avlard dans la Révolution française, 1893, t. I.
que, si Noël accueillait ainsi la proclamation de lord Hood, il fallait perdre tout espoir de rallier les révolutionnaires modérés à la cause des Bourbons. Il transmit la lettre de Noël à Long, qui était le principal collaborateur de Pitt. Mais n'est-il pas curieux qu'un homme qui avait fréquenté Noël et qui le connaissait aussi bien que Miles ait pu se méprendre à ce point sur la sincérité de son républicanisme que de lui demander son avis sur le rétablissement de la monarchie?
Si prudent qu'il fût, Danton n'avait pas laissé de faire connaître à ses intimes ce qu'il pensait du gouvernement de Robespierre.
Avant de partir pour Arcis-sur-Aube, au début d'octobre, pour soigner sa santé, qu'il disait ébranlée, il avait confié à son ami Duplain, sur un ton de mau vaise humeur, qu'il était très mécontent de ce qui se passait. « En conduisant Marie-Antoinette à l'échafaud, disait-il, on détruit l'espoir de traiter avec les puissances étrangères. » Il ajoutait que « Custine avait été jugé trop légèrement et que cette conduite envers nos meilleurs généraux nous mettait dans l'impossibilité de vaincre ». Duplain ne garda pas la confidence pour lui-même. Il la répéta au Robespierriste Arthur, qui avait une grande influence à la section de Piques (1). On sut ainsi que Danton désapprouvait la politique du Comité de Salut public, qu'il désespérait de la victoire et qu'il persistait à souhaiter la paix.
Les Hébertistes, bien entendu, triomphèrent de l'insuccès des attaques menées, le 25 septembre, contre le Comité de Salut public. Anacharsis Cloots lança de la tribune des Jacobins, dix jours plus tard, le 5 octobre, un manifeste de guerre à outrance qui eut un grand retentissement. Il lui donna la forme
(1) Voir, à la séance des Jacobins du 16 germinal, les déclaratiors d'Arthur.
d'une adresse aux Sans-Culottes bataves : « Citoyens opprimés, vous me demandez si les principaux membres de la Convention nationale et des sociétés populaires sont toujours pénétrés de l'importance de joindre les bouches du Rhin à celles du Rhône? Ma réponse sera claire et satisfaisante. Ceux-là seraient des membres très peu recommandables qui, à l'instar de Brissot et consorts, et sous prétexte de la trahison de nos ci-devant généraux et ministres, s'opposeraient au développement d'un plan de campagne qui remet la France dans les limites naturelles de la Gaule. Car, à moins de prouver que notre situation géographique a changé depuis l'année dernière, je ne vois aucun argument plausible en faveur de nos imbéciles et de nos fripons qui prêchent lâchement le système perfide de Roland et de Beurnonville. Déjà l'opinion publique fait justice de quelques individus qui voudraient, aux dépens de la Savoie et de Nice, de Liège et de Jemappes, nous faire signer une paix plâtrée... Je le demande au plus habile, comment il terminera notre procès avec l'Europe, si les Français se contentent de rester sur la frontière factice des derniers rois de France ?...
« Rassurez- vous, Belges et Bataves, et vous Allobroges, dont les muscadins ont éprouvé la valeur civique dans six batailles mémorables... C'est bien le moment de nous parler de paix à nous qui, par la réquisition de nos jeunes gens et par le démonnayage de nos assignats (1), venons de construire deux bastions devant lesquels se briseront tous les efforts de la ligue royale (2) !... » Les Jacobins ordonnèrent l'impression du manifeste de Cloots. Le parti pacifiste paraissait écrasé.
(1) Les assignats à face royale, supérieurs à cent livres, venaient d'être démonétisés.
(2) Moniteur, t. XVIII, p. 296. L'aeresse de Cloots fut reproduite aussi dans le Batave.
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Ainsi, pendant les trois mois tragiques qui s'étaient écoulés depuis sa chute du pouvoir, pendant ces trois mois de juillet, d'août et septembre 1793, qui virent les progrès de l'invasion et l'extension de la guerre civile, la levée en masse, le maximum et l'organisation de la Terreur, Danton ne s'était pas ressaisi. Alors que le nouveau Comité de Salut public, le Comité Robespierre, coupait court à toute négociation avec l'ennemi et ne comptait que sur la force des armes pour contraindre l'ennemi à reconnaître la République, Danton continuait à réclamer une paix de compromis. Pour l'obtenir, il aurait abandonné la Savoie ainsi qu'une partie du programme révolutionnaire. Danton doutait de la Révolution. Il restait le suprême recours des agents de l'ennemi dans l'embarras. C'est à lui que s'adressaient l'Anglais Matthews, l'Allemand d'Esebeck. Autour de lui se groupaient tous les adversaires du Comité de Salut public. Il était le chef de l'opposition, mais un chef muet qui ne s'épanchait que dans le privé.
Les historiens expliquent parfois la lassitude et la dépression de Danton en cet été de 1793 par des raisons d'ordre privé. Il s'était remarié en juillet, cinq mois après la mort de sa première femme, qu'il adorait, disent-ils. Sa seconde femme, Louise Gély, âgée de seize ans, était très pieuse. Pour l'épouser, Danton avait dû accepter de faire bénir secrètement son union par un prêtre réfractaire, l'abbé de Keravenant, qui avait échappé aux massacres de septembre. On veut que ce soit ce mariage qui ait affaibli Danton et on explique son départ pour Arcis-sur-A.ube par le seul souci de sa santé, qu'une courte maladie avait ébranlée à la fin de septembre. C'est possible. Mais je constate que Danton n'a pas attendu d'être remarié pour incliner vers la paix. Il n'a fait que continuer dans l'opposition la politique étrangère pusillanime qu'il
avait pratiquée au pouvoir. On savait si bien que Danton désirait la paix qu'à la veille même de son départ pour Arcis, le bruit courut que le Comité de Salut public lui avait confié la mission de négocier avec les puissances coalisées, et on prétendit qu'il se rendait en Suisse ou en Autriche pour remplir cette mission (i).
Ces bruits fâcheux n'empêchèrent pas Danton de demander un congé, qui ne lui fut accordé, dit le Moniteur, qu'après quelques légers débats, un congé qui allait fournir de nouveaux prétextes à l'attaquer.
Pour quitter Paris dans ces conditions, il devait avoir des raisons majeures. Les pièces d'archives m'ont révélé que précisément, à la fin de septembre et au début d'octobre, quand ces bruits couraient, Danton avait été accusé, au sein même du Comité de Salut public, d'intrigues fédéralistes et royalistes.
Un agent du Comité, un certain Louis Comte, qui avait été chargé d'une mission secrète dans la Normandie soulevée par les Girondins, avait réussi, à son retour à Paris, à se mettre en rapports avec un adjudant du général Wimpffen, qui avait commandé la petite armée insurrectionnelle levée par les départements fédéralistes de l'Ouest. Cet adjudant, qui se cachait dans la capitale, avait été présenté par Comte à Hérault de Séchelles d'abord, à Billaud-Varenne ensuite. Il leur avait révélé que Danton avait envoyé à Wimpffen un agent secret, l'acteur Xaudet, et que celui-ci avait ouvertement déclaré que Danton voulait rétablir la royauté et traiter avec l'Angleterre en donnant la couronne de France au duc d'York (2).
(1) Voir, dans la Feuille du Salut public du 4 octobre 1793, l'article signé A. R., initiales d'Alexandre Rousselin de Saint -Albin; cet article a été reproduit dans les Annales révolutionnaires, t. VII, 1914, p. 570.
(2) Voir, dans la seconde série de nos Études robespiemstes, le chapitre intitulé « Danton et Louis Comte ».
La dénonciation de cet adjudant fédéraliste, un certain Mézières (ou Mésaize), était d'autant plus grave que déjà le Père Duchesne avait formulé la même accusation contre Danton dans son numéro 274, qui portait cette manchette : « Grande découverte d'un nouveau complot pour sauver le traître Brissot et sa grande colère [du Père Duchesne] contre certains bougres à double face qui veulent marier la fille de Louis le traître avec un des fils du roi d'Angleterre. » La politique pacifiste de Danton n'aurait donc été qu'un aspect de son royalisme caché.
La dénonciation de l'adjudant fédéraliste s'était produite juste au lendemain du grand assaut que les Dantonistes avaient livré au Comité de Salut public, le 25 septembre. L'assaut avait échoué. Le Comité tenait une belle vengeance. Hérault fit avertir Danton et, pour lui prouver qu'il avait eu tort d'encourager l'opposition, il fit mettre l'agent Comte en arrestation. Politique généreuse et habile, qui devait réduire Danton au silence.
C'est alors en effet que Danton demanda un congé. Au beau geste du Comité, qui ensevelissait la dénonciation dans l'oubli et qui arrêtait le dénonciateur, Danton répondait en quittant Paris. On ne l'accuserait plus de conduire l'opposition contre le Comité !
Nous retiendrons qu'au moment où le démagogue part pour Arcis, au début d'octobre, il se sent déjà suspect et que l'accusation de royalisme sous laquelle il succombera a déjà été portée contre lui jusqu'au sein des Comités de gouvernement. Son départ a la signification d'une trêve. Comment fut observée cette trêve et combien durera-t-elle?
Danton s'absente de Paris pendant six semaines environ, du 12 octobre au 21 novembre. Était-il las et découragé, comme le disent ses admirateurs? C'est possible, mais il songeait surtout à sa sûreté personnelle. Il se savait dénoncé et suspect. Il voulait rassurer le Comité de Salut public sur la pureté de ses intentions. Le grand assaut du 25 septembre contre le Comité avait été conduit par ses amis. En se réfugiant à Arcis-sur-Aube, il désavouait toute solidarité avec l'opposition.
Mais Danton et les siens avaient plus d'un tour dans leur sac. Avant même qu'il partît pour Arcis, ses amis Dufourny et Fabre d'Églantine s'avisèrent d'une manœuvre habile qui avait pour but de séparer le Comité de Salut public du parti hébertiste, en semant entre eux la discorde et les défiances. Dénoncés comme défaitistes par les Hébertistes, ils répliquèrent que leurs dénonciateurs étaient des « agents de l'étranger », des agents de l'ennemi. La manœuvre faillit réussir.
Parmi les Hébertistes, figuraient de nombreux sujets ennemis qui se faisaient passer pour des réfugiés
politiques et même pour des « martyrs de la liberté », victimes des tyrans et des aristocrates. Anacharsis Cloots, l'orateur du genre humain, qui poussait plus que tout autre à la guerre à outrance, était sujet prussien. Le Batave, son journal, avait, parmi ses bailleurs de fonds, le banquier hollandais De Kock, familier d'Hébert. Un sujet anglais du nom de Stanley, grand partisan des mesures extrêmes, était membre du Comité révolutionnaire de la section de Mutins Scévola. Ce cas n'était pas isolé. Il y avait de nombreux sujets ennemis dans les comités révolutionnaires qui étaient chargés de surveiller les suspects, et en premier lieu les étrangers. Pio, qui avait dénoncé Lebrun, était sujet napolitain. Chabot, qui marchait en ce temps-là avec les Hébertistes, était très intime avec deux sujets autrichiens, Junius et Emmanuel Frey, dont il finira par épouser la sœur (i). LesFrey, dont le vrai nom était Dobruska, avaient quitté Vienne après la déclaration de guerre. Ils recevaient fréquemment des lettres de change venues de l'étranger, et on ne leur connaissait pas de ressources avouées. D'autre part, Hérault de Séchelles, qui dirigeait la politique étrangère au Comité de Salut public, prêtait le flanc à de faciles attaques par ses relations intimes avec le banquier belge Proli, qui, après l'échec de ses négociations avec l'Autriche au mois d'avril, était devenu un des bras droits d'Hébert et poussait maintenant avec son ami Desfieux aux mesures les plus exagérées. Hérault avait ramené de sa mission de Savoie la brune Adèle de Bellegarde, femme d'un colonel au service de la Sardaigne. Il en avait fait sa maîtresse. Par là il était vulnérable. Rien de plus aisé que d'insinuer que ce ci-devant entretenait avec l'ennemi des correspondances occultes par le
(i) Voir mon livre la Révolution et les Étrangers, p. 111-119, 142, 166, 176, 179.
m o j'en de Proli et par le moj'en de sa maîtresse.
Le lendemain même du jour où la politique d'Hérault avait triomphé devant la Convention, les amis de Danton se partagèrent les rôles. Ils décidèrent de tourner contre leurs adversaires la loi des suspects et la loi sur les étrangers qui venaient d'être votées. Dufournj-, qui présidait le département de Paris, lança un mandat d'arrêt, à la fin de septembre, contre Proli et, du même coup, il fit arrêter le Jacobin Desfieux,son inséparable (i). De son côté, Fabre d'Églantine s'efforçait de ruiner Hérault de Séchelles, leur protecteur, dans l'esprit de Robespierre et de Saint- Just. Dans une dénonciation secrète qu'il portait contre lui et contre Chabot, il réveillait les défiances de l'Incorruptible contre la propagande. Il lui montrait Hérault en train de brouiller les choses en Suisse au moyen des agents secrets qu'il entretenait dans ce pays pour y provoquer la révolution.. Il évoquait les inquiétudes des Suisses, qui pourraient bien passer à la coalition si on ne les rassurait pas au plus vite en rappelant les agents d'Hérault et en désavouant celui-ci. Puis Fabre jetait le soupçon sur les mesures révolutionnaires réclamées par les Hébertistes, sous prétexte de défense nationale. Il prétendait qu'elles leur étaient inspirées par les agents de l'étranger qu'ils comptaient dans leurs rangs et qu'elles n'avaient pour but que de dépopulariser la Révolution dans l'esprit du peuple en la rendant odieuse.
Les agents de l'étranger, qui entouraient Hérault et Chabot, ne voulaient, par leurs surenchères démagogiques, que tout désorganiser, provoquer le désordre et amener la contre-révolution par l'anarchie (2).
(1) Ils furent presque immédiatement remis en liberté sous l'influence d'Hérault de Séchelles et de Collot d'Herbois.
(2) Voir, dans la seconde série de nos Études robespierristes, le chapitre sur « Fabre d'Églantine inventeur de la Conspiration de
En un mot, Fabre et Dufuurny visaient, par -cette
manœuvre adroite, à rejeter sur les partisans dr la guerre à outrance le grief d'antipatriotisme et de défaitisme qui pesait uniquement jusque-là sur euxmêmes, car eux seuls s'étaient révélés comme les partisans des négociations et de la paix. Ils étaient, l'un et l'autre, trop liés avec Danton pour qu'on puisse croire qu'ils aient agi à son insu. Quand il quitta Paris, le 12 octobre, le mouvement tournant esquissé contre les Hébertistes donnait déjà ses premiers résultats. Proli, Desfieux, Maillard, Louis Comte, Rutledge, tous les hommes d'action du parti extrême venaient d'être mis en état d'arrestation.
Il n'avait pas été difficile à Fabre d'exciter les préventions de Robespierre contre Hérault de Séchelles. Hérault avait été Feuillant ; il s'était converti brusquement au brissotisme et avait poussé plus que quiconque à la déclaration de guerre, que Robespierre aurait voulu éviter. Il s'était moqué de Robespierre aux Jacobins quand celui-ci, au printemps de 1792, avait essayé de faire tomber la mode des bonnets rouges. Puis Hérault était noble. Il était riche. Il menait une vie prodigue et dissipée. Ses liaisons étaient équivoques. Robespierre, qui avait une excellente mémoire, n'avait pas oublié que parmi les chefs hébertistes qui poussaient maintenant de toutes leurs forces à la lutte sans merci contre l'Europe, il y en avait comme Proli, comme Desfieux, comme Dubuisson, comme Cloots lui-même, qui avaient applaudi aux pourparlers engagés avec la Prusse après Valmv, qui avaient longtemps défendu Dumouriez contre
l'Étranger. > Voiraussile curieux rapport anonyme de Fabre d'Églantine contre les Hébertistes, publié dans les Annales révolutionnaires, t. VIII, p. 250-268. Les notes de Robespierre contre les Dantonistes prouvent que ce rapport est bien de Fabre (Annales révolutionnaire, t. X, p. 459, note 5).
les justes défiances de Marat, qui avaient conseillé la paix après sa trahison et qui avaient été directement mêlés aux pourparlers que Danton engagea alors* avec l'ennemi pour l'obtenir. Robespierre pouvait se demander si la conversion de ces défaitistes d'hier était bien sincère. Il savait que plusieurs étaient des hommes d'argent, que d'autres étaient des sujets ennemis. Il fut d'autant plus facilement la dupe de Fabre d'Églantine qu'il avait eu avec lui et avec Danton les meilleures relations, au temps de la Constituante, quand ils menaient ensemble la dure lutte contre La Fayette et contre les Feuillants. Récemment encore Fabre d'Églantine l'avait secondé pour faire voter les lois de répression contre les sujets ennemis. Robespierre crut à la bonne foi patriotique de Fabre et de Dufourny. Ce n'est que plus tard qu'il s'apercevra que leurs dénonciations contre les Hébertistes n'étaient qu'une manœuvre de parti.
On assiste donc, au début d'octobre, juste au moment du départ de Danton, à une orientation nouvelle de la politique extérieure du Comité de Salut public. L'ondoyant Barère quitte les bannières d'Hérault pour se ranger sous celles de Robespierre. Hérault perd toute influence. Il sera bientôt suspect. Pour commencer, ses agents employés à la propagande sont rappelés les uns après les autres.
Dès le 7 octobre, le ministre des Affaires étrangères, Deforgues, écrivait à notre ambassadeur en Suisse, Barthélémy, pour le mettre en garde contre les rapports qu'avait pu lui faire Dubuisson, qui venait de rentrer d'une mission que Hérault lui avait confiée au delà du Jura. « Le citoyen Dubuisson, disait le ministre, m'a fait part d'une lettre que vous lui avez écrite. J'en prends occasion de vous prier de n'entretenir aucune correspondance avec les agents particuliers, à moins que vous n'y soyez expressément auto-
risé et que l'on ne vous ait informé du degré de confiance qu'on peut avoir en eux (1). » Et comme si cet avertissement, pourtant très clair, ne suffisait pas, un chef de bureau du ministre, Colchen, le renouvela le 16 brumaire (6 novembre) : « La personne à laquelle le ministre vous a recommandé de ne pas répondre (c'est-à-dire Dubuisson) lui a fait voir une lettre qui vous était destinée. Le ministre me charge de vous renouveler sa recommandation et de vous avertir de vous défier d'une foule d'intrigants qui, sous le masque du patriotisme, de l'intérêt pour la chose publique et pour vous-même, travaillent à tout gâter, n'agissent que pour leur compte et cherchent à supplanter ceux qui les gênent (2) . »
Vers le même temps, Catus, envoyé à Mulhouse par Hérault pour révolutionner cette petite cité manufacturière, recevait contre-ordre et était bientôt rappelé. Nul doute que ce rappel n'ait été décidé à la suite d'une délibération du Comité de Salut public où Hérault fut mis en minorité. On lit en effet, dans le discours que Robespierre prononcera le 27 brumaire, 18 novembre, les phrases suivantes : « Afin que vous puissiez apprécier encore mieux la foi anglaise et autrichienne, nous vous apprendrons qu'il y a plus d'un mois il avait été fait, au Comité de Salut public, une proposition qui offrait à la France un avantage infiniment précieux dans les circonstances où nous étions ; pour l'obtenir, il ne s'agissait que de faire une invasion dans un petit État enclavé dans notre territoire et allié de la Suisse ; mais cette proposition était injuste et contraire à la foi des traités ; nous la rejetâmes avec indignation. »Si on songe que Catus avait été envoyé à Mulhouse par Hérault et que les instructions que lui avait fait remettre celui-ci, le 18 août
(1) Kaulek, Papiers de Barthélémy, t. III, p. 121.
(2) Kaulek, t. III, p. 199.
1793 (1), lui prescrivaient de préparer la réunion, il n'est pas douteux qu'une réaction s'était produite au Comité, au début d'octobre, à la suite de la campagne de Fabre d'Églantine. Robespierre et ses amis, qui avaient sans doute ignoré les premières instructions remises à Catus (2), furent assez forts pour le faire rappeler. Hérault fut désavoué. Il ne fallait pas alarmer les Suisses.
La même prudence dictait désormais nos rapports avec les États-Unis.
Notre représentant en Amérique, Genêt, qui avait déplu à Washington par ses allures séditieuses, par ses liaisons avec les chefs de l'opposition, par sa prétention de délivrer des lettres de marque aux corsaires français qu'il voulait armer dans les ports américains, Genêt fut désavoué, les lettres de marque qu'il avait délivrées annulées et, le 11 octobre, le Comité donna l'ordre de le mettre en arrestation (3).
Le mot d'ordre était maintenant de rassurer les neutres,]et cela se comprend. Robespierre et le Comité préparaient d'immenses achats de denrées et de matières premières pour équiper la première réquisition qu'on venait d'enrôler, nourrir les armées renforcées, les villes constamment menacées de la famine, fabriquer le matériel et les munitions dans des proportions jusque-là inconnues. Pour mener à bien l'œuvre du ravitaillement et de l'approvisionnement, l'amitié de la Suisse et des États-Unis était chose absolument indispensable. Tous les autres marchés, ou à peu près, nous étaient fermés. La prudence de la diplomatie de
(1) Ces instructions sont reproduites dans le recueil de M. Ch. Schmidt, Une Conquête douanière, Mulhouse, p. 106-108.
(2) Ni Robespierre ni aucun de ses amis ne signèrent les instructions de Catus.
(3) Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VII, p. 359. Sur la mission de Genêt aux États-Unis, voir Paul Mantoux, dans la Revue d'histoire moderne, 1909-1910.
LE COMPLOT DE L ETRANGER 20y
Robespierre n'était pas dictée par un renoncement, par l'espoir d'arriver à la paix en employant les neutres comme intermédiaires. Bien au contraire ! Robespierre n'était si sage que pour mieux continuer la guerre, que pour préparer plus sûrement la victoire que les folies du propagandisme menaçaient de compromettre.
Dans le même esprit, le Comité songeait à se procurer des alliés parmi les neutres. Le jour même où 11 avait donné l'ordre d'arrêter Genêt, il avait jeté les bases de pourparlers à engager avec la Turquie en vue de la conclusion d'un traité d'alliance.
Cette politique n'était nouvelle que par ses moyens. Elle ne l'était pas dans ses fins. C'était toujours le programme du 24 septembre. Mais c'était tout le contraire de la politique qu'avait pratiquée Danton sous le premier Comité. On ne négociait pas dans le but de mendier la paix. On négociait pour intensifier la guerre et pour en assurer le succès.
Les cinq bases posées le 24 septembre n'étaient pas répudiées. On se bornait à les élargir. Deforgues définissait à merveille le but poursuivi dans cette dépêche qu'il adressait à Barthélémy le 18 octobre : « La République française ne veut point composer avec ses ennemis. Forte de sa propre puissance, elle prétend les réduire à demander la paix ou les écraser... Dans cet état de choses, il ne peut pas être question d'entrer en négociation avec aucune des puissances liguées contre la France. Mais on doit prévoir le moment où quelques-unes de ces puissances, soit par insuffisance de moyens, soit par lassitude ou opposition de vues et d'intérêts, chercheraient à se détacher de la ligue. Ce moment ne paraît pas éloigné. En tout cas, il est possible de l'accélérer, soit en répandant des germes de division entre les puissances coalisées, soit en développement ceux qui existent déjà entre elles.
Si on faisait entrevoir à telle puissance la possibilité de la dédommager de ses pertes, à telle autre celle de s'agrandir aux dépens de l'un de ses alliés ; si l'on faisait concevoir à toutes les espérances ou les craintes les plus propes à les saisir ou à les rappeler effectivement à leurs vrais intérêts, il est vraisemblable qu'on parviendrait bientôt à les désunir... Pour parvenir à ce but, il s'agirait de se ménager des relations avec les ministres et les autres personnes en crédit dans les différentes Cours. On enverrait vers eux non des négociateurs,— il ne peut être question encore de négocier, — non des Français, ils ne trouveraient accès nulle part, mais des étrangers dont le dévoûment à la République française serait bien constaté. Ces citoyens recevraient leur mission des ministres de la République en pays étranger. Leur objet serait de s'assurer par tous les moyens qu'ils jugeraient convenables des véritables dispositions des gouvernements, soit à notre égard, soit à l'égard des puissances coalisées, de chercher à pénétrer leurs vues et de faire les ouvertures propres à ralentir, d'une part l'effet des mesures hostiles dont nous serions l'objet et, de l'autre, à provoquer des sujets de défiance entre les puissances liguées et à faire croiser leurs intérêts... En fin ces agents, qui n'agiraient qu'en leur propre nom, sans mandats,... recevraient les propositions ou insinuations qui leur seraient faites et en rendraient compte aux ministres qui m'en transmettraient le résultat... »
C'était très clair. La République n'aurait de diplomatie officielle que dans les pays neutres, mais elle organiserait, à l'aide d'agents étrangers sans caractère, une vaste agence d'espionnage et de propagande dans les pays ennemis.
Il apparut sans doute au Comité de Salut public qu'Hérault de Séchelles, diminué par les désaveux
successifs qui venaient de lui être infligés dans l'affaire de Mulhouse et dans l'affaire Genêt, rendu suspect par les dénonciations secrètes de Fabre d'Églantine, n'était plus l'homme qualifié pour diriger le nouveau cours. On l'éloigna en douceur en lui confiant, le 23 octobre, une mission en Alsace. Robespierre prit sa succession aux côtés de Barère. On redoutait tellement ses écarts que Colchen fut chargé de mettre en garde Barthélémy pour le cas où Hérault chercherait à le voir sur la frontière. Le 16 brumaire, 6 novembre, Barthélémy fut donc prévenu qu'Hérault, qui était à Huningue, avait appelé auprès de lui l'agent Darbelet, «qui était revenu à Paris et dont l'exagération vous a souvent déplu. Il faut espérer que le citoyen Hérault saura distinguer en lui ce qui appartient à son patriotisme de ce qui est le produit d'une imagination exaltée». Les temps de la propagande étaient bien finis !
Quelques jours plus tard, Hérault eut une entrevue sur la frontière avec Barthélémy. Il n'avait pas encore renoncé à son idée d'annexer Mulhouse. Il dit à Barthélémy que le corps helvétique ne prenait aucun intérêt à cette petite république. L'ambassadeur, dûment stylé par le Comité de Salut public, le détrompa. Il essaya de lui démontrer que les cantons protestants, qui étaient les plus riches de la Confédération, devaient être ménagés. Il lui déclara que ce serait commettre une grande faute que de réunir Mulhouse par la force, car cette violence rejetterait la Suisse vers les coalisés. Il lui fit valoir enfin que la réunion serait suivie de l'émigration des capitalistes mulhousiens en Suisse. Il valait mieux temporiser jusqu'à la paix (1).
(1) M. Charles Schmidt a résumé la dépêche de Barthélémy en date du 20 novembre 1793, d'après les Affaires étrangères. (Voir ;=orj Jjvre.p. 20, note 2). Cette dépêche manque au recueil de Kaulek.
Cette conversation fut rapportée par Barthélémy au Comité de Salut public. Elle acheva de rendre Hérault plus suspect encore, car Hérault n'ignorait pas que ses collègues du Comité étaient hostiles à la réunion. Il devait payer cher ses imprudences.
A son arrivée à Belfort, au début de sa mission, le 14 brumaire, Hérault avait essayé de communiquer avec ses deux collègues Saint-Just et Lebas, qui venaient d'être envoyés à Strasbourg. Il leur avait demandé de lui faire connaître « leurs principales intentions », afin « de lier ensemble la correspondance des deux armées et la défense générale des deux départements [du Rhin] ». Saint-Just et Lebas ne lui firent mêmepas l'honneur d'une réponse. Sur la lettre même où Lebas exprimait à Robespierre sa « surprise extrême » de la lettre d'Hérault, Saint-Just écrivit ce post-scriptum méprisant : « La confiance n'a plus de prix lorsqu'on la partage avec des hommes corrompus (1). » Quand Hérault rentrera d'Alsace, ses collègues du Comité refuseront de délibérer en sa présence et lui feront écrire, par la plume de Robespierre, la lettre la plus dure pour l'inviter à ne plus paraître à leurs séances. Hérault périra avec la faction de l'étranger, qu'on composera pêle-mêle de ses amis et de ses ennemis.
En attendant, Dufourny et Fabre d'Ëglantine purent s'applaudir du succès de leur astucieux mouvement tournant. En portant secrètement contre leurs adversaires politiques l'accusation d'intelligences avec l'ennemi, ils avaient fait diversion à l'accusation de défaitisme que ceux-ci avaient précédemment lancée contre eux-mêmes. Le Comité, épousant leurs défiances, frappait les Hébertistes depuis le début d'octobre, et il éliminait Hérault, qui repré-
(il Voir, dans la seconde série de nos Études robespierristes, le chapitre sur «Hérault de Séchelles».
sentait leur politique de propagande et de conquêtes.
Hébert, subitement assagi, désavoua la propagande. Le 16 brumaire, aux Jacobins, il reprocha au rédacteur du Journal de la Montagne, Charles Laveaux, d'avoir élevé des nuages dans sa feuille sur la bonne foi des Suisses. Il fit l'éloge de leur neutralité. Par cette palinodie, il voulait évidemment regagner les bonnes grâces de Robespierre et du Comité. Alors Fabre d'Églantine, qui n'entendait pas laisser à Hébert le mérite de son initiative, se mit à renchérir sur sa subite sagesse. « On a voulu faire perdre à la France, dit-il, l'ouverture de 70 lieues de terrain qui nous restent du côté de cette frontière. » Hébert allait-il se laisser dépasser? Il reprit la parole pour proposer d'adresser aux Suisses une proclamation pour leur promettre, au nom des Jacobins, amitié et fraternité. Charles Laveaux s'excusa en rejetant la faute commise sur les intermédiaires qui l'avaient trompé : « J'ai écrit d'après les extraits donnés par les agents du gouvernement. » Ces agents, c'étaient ceux d'Hérault. L'excuse frappait les Hébertistes. Alors Chaumette, à son tour, dénonça notre représentant à Genève, l'ex-abbé Soulavie, comme un boutefeu qui nous brouillerait avec les habitants. Un Jacobin inconnu dénonça aussi les exagérations de Genêt en Amérique. C'était à qui désavouerait la propagande et prêcherait la modération !
Les palinodies des Hébertistes firent croire aux Dantonistes qu'ils avaient cause gagnée. Ils s'imaginèrent qu'ils pouvaient désormais reprendre sans danger leur programme pacifiste, qu'ils avaient laissé de côté depuis le départ de leur chef. Ils suggérèrent à l'oreille, dans les groupes, qu'il était facile de gagner les États-Unis, de s'en faire des amis, des alliés ou tout au moins des médiateurs auprès des coalisés, si on leur cédait nos colonies des Antilles ou si seulement
on leur accordait, dans ces colonies, la liberté entière du commerce. Mais le Comité de Salut public, si persuadé qu'il fût de l'immense utilité de gagner l'amitié des États-Unis, n'entendait pas lui sacrifier une partie intégrante de notre domaine colonial, pas plus que les intérêts de notre commerce maritime, qui reposait en ce temps-là sur les produits des Antilles. Il fit paraître, sous la signature de son commis Ducher, dans le Moniteur du 8 brumaire, 29 octobre 1793, une ferme protestation contre les bruits qui couraient. La République ne céderait aucune colonie et n'abandonnerait pas les intérêts de son commerce. Dans un nouvel article, paru le 28 brumaire, dans la même feuille, Ducher soutint que la neutralité des États- Unis nous était plus avantageuse que ne le serait leur alliance. « Pitt voit avec peine, disait-il, que la neutralité des Américains est plus avantageuse aux Français que leur intervention dans la guerre actuelle. Par cette neutralité, les colonies françaises seront approvisionnées, les grains et les provisions navales abonderont en France. Il n'y a point de puissances maritimes dont la neutralité soit autant utile à notre commerce et autant funeste à nos ennemis. Les États-Unis n'ont point de marine militaire à joindre à la nôtre ; leurs corsaires ôteraient moins au commerce des Anglais que leur neutralité ne donne à celui des Français. » Robespierre se souviendra, quelques mois plus tard, de l'imprudente campagne menée sous main par les Dantonistes pour livrer nos colonies aux Américains. On lit cette phrase dans les notes fameuses qu'il remit à Saint-Just : « Danton m'a dit un jour : Il est fâcheux que l'on ne puisse pas proposer de céder nos colonies aux Américains ; ce serait un moyen de faire alliance avec eux (1). »
f (1) Annales révolutionnaires, t. X, p. 458
Tout l'intervalle qui sépare la politique du nouveau Comité de celle de l'ancien se reflète dans cet épisode. Pour obtenir des alliances ou la paix, Danton, en prodigue qu'il était, faisait bon marché des intérêts permanents du pays. Robespierre était d'une autre trempe.
Le 27 brumaire, 17 novembre, dans un discours « politique et profond », selon le mot de Barère, Robespierre définit de très haut les principes directeurs de la diplomatie du Comité de Salut public. Répudiant les exagérations du propagandisme, il s'efforça de rassurer les Suisses, les Américains, les Danois, les Turcs, les neutres en général, sur la loyauté française. Il dénonça au monde les projets de conquête des coalisés ; il montra que l'existence d'une France forte était nécessaire à l'équilibre européen et à l'indépendance des petites nations. Chemin faisant, il ne manqua pas de s'en prendre aux Girondins, qui, après avoir déchaîné la guerre, réclamaient maintenant une paix prématurée : « Les lâches ! Ils avaient sauvé le despote prussien et son armée ; ils avaient engraissé la Belgique du plus pur sang des Français ; ils parlaient naguère de municipaliser l'Europe, et ils repoussaient les malheureux Belges dans les bras de leurs tyrans... » Le trait ne tombait pas seulement sur les Girondins, mais sur tous ceux qui, depuis la trahison de Dumouriez, avaient perdu confiance et ne voyaient le salut que dans de vaines négociations. Robespierre, lui, proclamait en terminant que la victoire était certaine : « Dût l'Europe entière se déclarer contre vous, vous êtes pins forts que l'Europe. La République française est invincible comme la raison ; elle est immortelle comme la vérité. Quand la liberté a fait une conquête telle que la France, nulle puissance humaine ne peut l'en chasser. Tyrans, prodiguez vos trésors, rassemblez vos satellites et vous hâterez votre
ruine. J'en atteste vos revers ; j'en atteste surtout vos succès. Un port et deux ou trois forteresses achetées par votre or ; voilà donc le digne prix des efforts de tant de rois, aidés pendant cinq années par les chefs de nos armées et par notre gouvernement même ! Apprenez qu'un peuple, que vous n'avez pu vaincre avec de tels moyens, est un peuple invincible ! » Robespierre ne s'en tenait pas là. Par delà la victoire de la France, il annonçait la victoire de l'humanité : « Ce n'est pas pour un peuple que nous combattons, mais pour l'univers, pour les hommes qui vivent aujourd'hui, mais pour tous ceux qui existeront. » La Convention coupa sa noble harangue d'acclamations enthousiastes. On sut dès lors à l'étranger que la France avait un gouvernement.
Trois jours après que Robespierre avait exposé avec cette belle clarté la politique extérieure de la République, Danton revenait d'Arcis-sur-Aube, rappelé brusquement à Paris par un grand scandale politicofinancier où il était compromis.
Le député Chabot, ancien capucin perdu de vices, était soupçonné, depuis quelque temps déjà, de trafiquer de ses fonctions de membre du Comité de Sûreté générale, dont il était le personnage important. Avec son ami Julien de Toulouse, il protégeait les fournisseurs aux armées, qu'il était chargé de surveiller. Il avait longtemps réussi à soustraire l'un d'eux, l'ex-abbé d'Espagnac, aux sévérités de Cambon. Avec Julien de Toulouse, avec Delaunay d'Angers, avec Fabre d'Églantine, il avait entamé une campagne de chantage contre la Compagnie des Indes, dont un décret venait d'ordonner la liquidation. Moyennant un versement de 500 000 livres pour lui et pour ses associés, il avait introduit frauduleusement dans le décret de liquidation, une clause qui favorisait la Compagnie. Chabot et ses amis protégeaient
les aristocrates et surtout les banquiers étrangers contre la rigueur des lois révolutionnaires qu'ils étaient chargés d'appliquer. Chabot avait fait suspendre pendant plus d'un mois le décret ordonnant le séquestre des biens des sujets ennemis. 11 avait procuré au banquier anglais Walter Boyd le passeport qui lui avait permis de quitter la France pour retourner en Angleterre, au moment où l'arrestation de tous les sujets anglais- venait d'être décrétée. Boyd était soupçonné avec raison d'être l'agent de Pitt. Le bruit courait que Chabot avait reçu ioo ooo livres pour le passeport qu'il lui avait fait délivrer. Les Jacobins s'émurent et, le 14 septembre, le Comité de Sûreté générale fut renouvelé. Chabot, Julien de Toulouse et leurs amis Alquier, Osselin, Basire en furent expulsés. Une perquisition faite chez Julien fit découvrir des pièces très compromettantes qui prouvaient l'intimité de ce dernier avec d'Espagnac et avec de nombreux aristocrates. Chabot n'en fut pas plus sage. Il commit l'imprudence, sans doute pour cacher le fruit de ses rapines, d'épouser la fille des Frey, réfugiés autrichiens qu'on soupçonnait avec vraisemblance d'être des agents de l'ennemi. La future lui apportait dans le contrat 200 000 livres. Le bruit courut immédiatement que cet apport était fictif et que Chabot avait fourni la somme. Attaqué avec violence aux Jacobins, au lendemain de ce mariage suspect, soumis à une commission d'enquête nommée par le club, Chabot prit le parti, pour se sauver, de dénoncer ses complices, les députés Delaunay et Julien de Toulouse, qui avaient fait chanter avec lui la Compagnie des Indes. Il raconta à Robespierre d'abord, le 24 brumaire, au Comité de Sûreté générale ensuite, le 26 brumaire, que Delaunay et Julien de Toulouse, aux entreprises desquelles il ne s'était joint en apparence que pour mieux les déjouer, ne voulaient
2l6 DANTON ET LA PAIX
pas seulement s'enrichir, mais qu'ils n'étaient que les agents du baron de Batz, agioteur aristocrate qui passait pour l'instrument des princes. Batz, à l'en croire, avec son ami Benoist, avait essayé de faire évader la reine et de sauver les Girondins. C'était lui qui rédigeait les rapports de Delaunay et de Julien de Toulouse. Il inspirait les mesures extrêmes que réclamaient les Hébertistes. Il se proposait de corrompre la Convention et de dénoncer ensuite les corrompus afin de dépopulariser l'Assemblée. Quand celle-ci serait perdue dans l'opinion publique, Batz exciterait contre elle une insurrection par le moyen des agents qu'il comptait parmi les meneurs hébertistes. Cette insurrection proclamerait le Dauphin. Pour preuve de ses dires, Chabot remit sur le bureau du Comité de Sûreté générale un paquet d'assignats de ioo ooo livres qu'il avait reçus, disait-il, pour prix du concours de Fabre d'Églantine qu'il avait été chargé de corrompre. Basire, l'ami de Chabot, confirma ses accusations.
La réputation des deux dénonciateurs était si mauvaise que le Comité de Sûreté générale ordonna leur arrestation en même temps que celle de leurs complices, qu'ils avaient dénoncés. Delaunay d'Angers fut arrêté, Julien de Toulouse parvint à s'enfuir, ainsi que Batz.
Danton se trouvait compromis dans ce scandale. Benoist, l'agent de Batz, avait été employé par lui dans des missions secrètes en Angleterre et auprès du roi de Prusse, après le 10 août et au moment de Valmy. Chabot avait été longtemps l'intime de Danton. Dans une phrase de sa dénonciation, il avait mis celui-ci directement en cause : « Benoist m'a dit : Danton a été des nôtres et il nous a abandonnés, et nous le conduirons à la guillotine. » Basire avait écrit sur l'original de sa dénonciation des phrases très
graves contre Danton, qu'il avait barrées ensuite, mais qu'on peut encore lire : « Julien me dit en substance que Delaunay lui avait annoncé un plan formé avec Danton de faire une fortune considérable et de la réaliser... On parle beaucoup de la motion de Danton que j'avais combattue (sur la démonétisation des assignats à face royale) comme d'une chose excellente pour l'association (1). » On comprend que Danton se soit hâté de rentrer à Paris.
Robespierre, qui était alors hanté par le péril que faisaient courir à la défense nationale les agents de l'ennemi, cachés sous un masque démagogique et embusqués à toutes les avenues du pouvoir, ceux qu'il appelait les contre-révolutionnaires à bonnets rouges, Robespierre, qui avait eu tant de peine à faire voter les lois sur la surveillance des sujets ennemis et sur le séquestre de leurs biens, Robespierre crut qu'il y avait quelque chose de fondé dans le récit de Chabot et de Basire. Le complot de corruption et de contre-révolution qu'ils dénonçaient lui parut très vraisemblable. Il se hâta de faire arrêter les plus notoires des agents de l'ennemi qui lui étaient déjà suspects : Proli, Dubuisson, Pereira, Desfieux, les Frey. Tous ou presque tous avaient été employés par Hérault de Séchelles à des missions diplomatiques secrètes.
Mais Robespierre ne voulut pas croire que tout le parti hébertiste fût compromis avec ces meneurs suspects. Chabot avait dénoncé Hébert et la Commune. Il les prit sous sa protection. Pour lui, Hébert, Chau-
(1) Un peu plus loin, Basire disait encore que Delaunay s'était plaint à lui que « Danton les abandonnait ainsi que Thuriot, qui s'étaient, disait-il, évidemment arrangés particulièrement avec les banquiers. » {Arch. nàt., W 342 et F' 4590). Les notes originales de Basire diffèrent de sa dénonciation officielle par la suppression des passages visant Danton. Cette suppression a dû lui être demandée par le Comité de Sûreté générale.
2l8 DANTON ET LA PAIX
mette et leurs amis n'étaient pas coupables. Ils n'étaient qu'égarés. Robespierre ne crut pas davantage, au premier abord, que Fabre d'Églantine, qui l'avait aidé à faire voter les lois sur les sujets ennemis, ait pu être le complice de Chabot et de Delaunay dans leurs manœuvres de chantage et de contre-révolution. Il hésita à admettre la complicité de Danton et, quand celui-ci fut violemment accusé aux Jacobins, le 13 frimaire, il prit sa défense et il le sauva, de l'aveu même de Camille Desmoulins.
Danton, qui avait compris du premier coup que le scandale dénoncé par Chabot pouvait, par ses développements, faire réapparaître au jour toutes les responsabilités de son passé trouble, Danton, pour se sauver, esquissa dès son retour un plan de campagne que son ami Garât, qui en reçut confidence, appelle justement une conspiration, car le plan ne tendait rien moins qu'à la ruine du gouvernement révolutionnaire et à un complet changement de régime.
«Le but et le plan de la conspiration de Danton, quoiqu'on prit assez de soin de le cacher, étaient très clairs tous les deux. Le but était de ramener le règne des lois et de la justice pour tous, celui de la clémence pour les ennemis ; de rappeler dans le sein de la Convention tous ceux de ses membres qui en avaient été écartés, en leur accordant et en leur demandant amnistie ; de soumettre aux examens les plus approfondis des représentants de la France, de la France elle-même et de l'Europe, cette constitution de 1793, rédigée par cinq à six jeunes gens dans cinq à six jours et qui devrait être le chef-d'œuvre des forces actuelles de l'esprit humain, puisqu'elle doit être le premier modèle d'une démocratie de vingt-cinq millions d'hommes ; d'offrir la paix aux puissances de l'Europe, en continuant à les battre ; de relever le commerce
et l'industrie de leurs ruines par une liberté sans limites, les arts et les sciences de leurs débris par des encouragements magnifiques, d'anéantir toutes les barrières qui séparent tous les départements des départements, toutes les inquisitions qui cherchent dans des portefeuilles et sur des cartes les preuves d'un civisme qui ne peut être réel que dans des âmes affranchies de toute inquisition, de regarder comme les uniques cartes de sûreté de la République de bonnes lois, un bon gouvernement, nos armées et leurs victoires.
« Les mesures d'exécution de la conspiration de Danton, c'était de préparer un heureux changement dans les esprits par des feuilles telles que celle de Camille Desmoulins, d'ouvrir des communications et des intelligences entre le côté gauche et ce qui restait des membres du côté droit de la Convention, pour faire cesser cette division qui les livrait tous au despotisme des deux comités ; de ne regarder comme attachés sans retour au système exterminateur que Collot, Saint-Just et Billaud ; de tenter de séparer d'eux Barère, en parlant à ce qu'on lui croyait d'humanité, Robespierre, en parlant à ce qu'on lui connaissait d'orgueil et d'attachement pour la liberté ; d'ajouter sans cesse aux moyens de force et de puissance du Comité de Salut public, parce que l'ambition, qui n'aurait plus à faire de vœux pour elle-même, pourrait enfin en faire pour le bien de la République et que si, au contraire, elle continuait à faire servir de nouvelles forces à de nouveaux crimes, sa puissance, devenue plus odieuse par sa grandeur même, se porterait aux forfaits avec cette insolence et cette effronterie qui sont toujours les derniers excès et le terme de la tyrannie; d'ouvrir enfin, ou par des mouvements gradués ou par un mouvement inattendu, impétueux, un renouvellement total ou partiel des deux comités,
pour faire entrer dans le gouvernement, par une heureuse irruption, les vues grandes, généreuses et vraiment nationales qui avaient tramé la conspiration. Voilà de cette conspiration, qui a conduit tant de citoyens à l'échafaud, ce que j'en ai pu voir ou savoir (i)... »
Ainsi, de l'aveu de Garât, son confident et son ami, Danton ne voyait le salut que dans une alliance avec les Girondins, alors en pleine révolte. Il se proposait de désorganiser le Comité de Salut public en le divisant, puis de le renverser. En attendant il grouperait derrière lui tous ceux que lésaient l'état de siège et les lois révolutionnaires. Il se poserait en adversaire de la Terreur, il battrait en brèche toutes les mesures gouvernementales. Il offrirait l'amnistie aux aristocrates et aux Girondins, la suppression du maximum à la classe commerçante, la paix à tous ceux qui étaient las de la guerre. Il s'agissait bien d'un changement de régime, d'une conspiration, et cela dans les pires périls que courait la patrie. Lyon et Toulon étaient toujours assiégées; la Vendée s'étendait au nord de la Loire; l'ennemi poussait ses succès au Nord et à l'Est. Après la prise de Mayence, il forçait les lignes de Wissembourg et menaçait Strasbourg. La première réquisition qu'on venait de lever n'était pas encore armée. Les fabrications de matériel, entreprises par Carnot et Prieur de la Côte-d'Or, sur une vaste échelle, n'étaient pas encore en pleine activité. La loi du maximum commençait à peine à entrer en application. Si Danton avait réussi, la défense nationale était compromise. Le pouvoir eût passé brusquement aux ennemis du régime. Une paix humiliante, une paix de vaincus eût été signée qui eût brisé la Révolution, renversé la République et arraché
(i) Mémoires de Garât, dans Buchlz et Roux, t. XVIII, p. 45^-
à la France le protectorat moral des peuples réunis qui avaient cru en elle.
Les projets que Garât prête à Danton étaient réels. Le plan s'exécuta comme il le raconte.
Quinze jours après le retour de Danton, Camille Desmoulins lançait le Vieux Cordelier, et l'offensive de paix se dessinait dès le second numéro, quoique enveloppée encore de quelques précautions. C'était d'abord une violente sortie contre Anacharsis Cloots et « son zèle infatigable à prêcher la République universelle une et indivisible des quatre parties du monde ». Ce n'était pas la faute d' Anacharsis, si les rois de Danemark et de Suède gardaient encore la neutralité. Jusque-là il ne s'était agi que de propagandisme, et Robespierre pouvait applaudir. Au lendemain de la publication de ce numéro, il fit rayer Cloots des Jacobins. Mais, dans son numéro 4, Camille Desmoulins s'enhardissait. Il insinuait que le comité de clémence qu'il proposait serait la préface d'une politique de paix. La paix à l'intérieur pour rendre possible la fin de la guerre. Dans ses lettres familières, il s'exprimait plus franchement. On lit, dans une lettre qu'il écrivait à son père, le 10 août 1793 : « Si nous avons la paix et du temps plus calme, comptez que nous irons vous embrasser, ma femme et moi... Je ne saurais m'empêcher de penser sans cesse que ces hommes qu'on tue par milliers ont des enfants, ont aussi leurs pères. Au moins je n'ai aucun de ces meurtres à me reprocher, ni aucune de ces guerres contre lesquelles j'ai toujours opiné, ni cette multitude de maux, fruits de l'ignorance et de l'ambition aveugles, assises ensemble au gouvernail (1). » On remarquera la dureté du jugement que Desmoulins portait dans le privé contre les hommes « assis au
(1) Œuvres de Desmoulins, édition Pespojs, t, II, p, 127, 128,
gouvernail », mais cela ne l'empêchait pas de courtiser Robespierre, qu'il s'agissait de détacher de ses collègues du Comité, selon le plan exposé par Garât. Desmoulins dénonçait secrètement l'ambition aveugle et l'ignorance des gouvernants, mais il était prudent la plume à la main. Ce n'est que dans son numéro 7 et dernier qu'il ose enfin avouer franchement la politique pacifiste de son parti, en répondant à Barère. Nous y reviendrons.
Pour l'instant, le pacifisme des Dantonistes ne s'échappait publiquement que par brusques éclairs. Ainsi, le 29 frimaire, Bourdon de l'Oise, l'un d'eux, terminait un furieux réquisitoire contfe Bouchotte et les bureaux de la Guerre par cette espérance aussi révélatrice que peu attendue : « La faction contrerévolutionnaire des bureaux delà Guerre est bientôt écrasée ; les agents des puissances étrangères sont déconcertés, et le fruit de vos travaux sera la paix, que les Anglais ne sont peut-être pas éloignés de vous offrir. »
Comme en septembre, les amis de Danton essayèrent de culbuter le Comité de Salut public. La campagne du Vieux Cordelier avait obtenu un grand succès. Elle avait ranimé les débris du parti girondin et du parti feuillant et donné des espérances aux aristocrates eux-mêmes. D'autre part, l'instruction de l'affaire Chabot était commencée. Il fallait se hâter de l'étouffer par un non-lieu, par une amnistie opportune. Le 22 frimaire, le même Bourdon de l'Oise, qui voyait la paix toute proche avec les Anglais, demanda un scrutin pour renouveler le Comité de Salut public et pour en exclure les membres qu'il n'aimait pas, c'est-à-dire ceux qu'on accusait de tendances hébertistes, Hérault de Séchelles, Billaud-Varenne, Collotd'Herbois, Jeanbon Saint-André, etc. Merlin de Thionville, ami très cher de Chabot et de Danton, appuya
Bourdon et demanda lui aussi que le Comité de Salut public fût renouvelé tous les mois. Après lui, Cambacérès intervint à son tour, montrant par là que les conspirateurs avaient travaillé la Plaine. L'opposition obtint gain de cause. Il fut décidé qu'on procéderait à un scrutin le lendemain. Mais les amis du Comité, tous ceux qui approuvaient sa vigoureuse politique nationale, tous ceux qui ne voulaient pas capituler ni devant l'ennemi intérieur, ni devant l'ennemi extérieur, tous ceux qui ne voulaient pas détendre le nerf révolutionnaire avant la victoire, travaillèrent dans la nuit pour ressaisir la majorité et, le lendemain 23 frimaire, après un discours de Jay de Sainte-Foy qui fit l'éloge du Comité, la Convention prorogea en bloc ses pouvoirs sans procéder à un scrutin. Les Cordeliers félicitèrent l'Assemblée de cette décision patriotique (1).
Cet assaut manqué contre le Comité de Salut public commença à ouvrir les yeux de Robespierre sur le véritable but poursuivi par les Dantonistes, qui avaient affecté jusque-là de lui décerner des louanges hyperboliques et exclusives. Le mot échappé à Bourdon de l'Oise quelques jours plus tard sur la paix prochaine avec l'Angleterre dut augmenter ses inquiétudes. Juste au même moment commençait, le 6 nivôse, devant le Tribunal révolutionnaire, le procès du ministre Lebrun qui était accusé, entre autres choses, d'être responsable de la perte de la Belgique et d'avoir humilié la République en essayant de faire la paix à des conditions déshonorantes en avril 1793. Cambon, qui déposa comme témoin à charge, lui reprocha d'avoir proposé au Comité de Salut public l'amnistie et la rentrée des émigrés. Le procès de Lebrun était le procès de la politique dantoniste, et on s'explique
(1) Voir la séance du Ier nivôse aux Archives parlementaires.
que Danton et Fabre d'Églantine, qui déposèrent à son procès, aient essayé de le disculper. Ils échouèrent. Lebrun monta à l'échafaud, leur montrant le chemin. Les révélations des débats furent autant d'enseignements pour Robespierre (i).
Mais surtout, ce qui acheva de l'éclairer sur la politique dantoniste et sur son véritable but, ce fut un coup de théâtre qui se produisit, le 15 nivôse, dans l'instruction du scandale politico- financier dénoncé par Chabot. Delaunay d'Angers avait tenu tête à son accusateur. La levée des scellés faite à son domicile, sur sa demande, avait fait découvrir l'original du premier projet de décret qu'il avait rédigé sur la liquidation de la Compagnie des Indes. L'original portait de la main de Fabre des corrections qui prouvaient, d'une façon indubitable, que celui-ci avait été d'accord avec Delaunay sur la rédaction du décret qui avantageait la Compagnie. Fabre d'Églantine était complice de la falsification qu'avait dénoncée Chabot. Fabre était, comme lui, un maître chanteur, et ce maître chanteur avait eu l'audace, depuis des semaines, de dénoncer secrètement à Robespierre et au Comité, comme agents de l'étranger, ses propres complices ! Ainsi, ce n'était pas le patriotisme qui avait inspiré à Fabre et aux Dantonistes leurs attaques perpétuelles et indignées contre les Hébertistes. C'était l'intérêt personnel le plus vil, le désir d'échapper au châtiment que méritaient leurs crimes. Ils voulaient briser les échafauds parce qu'ils craignaient d'y monter. Leur vertu de commande n'était qu'une adroite manœuvre pour égarer le Comité de Salut public sur de fausses pistes, pour diviser les patriotes et, à la faveur de ces divisions, s'emparer du pouvoir avec l'aide de tous les ennemis de la Révolution.
(1) Voir les notes d'audience du juré Topino-Lehmn dans les Annales révolutionnaires, 1917, p. 243 et suiv.
Devant la pensée de Robespierre repassait alors la vie trouble et équivoque de Fabre, ses dettes criardes de 1789 et sa richesse actuelle, ses maîtresses et ses marchés de fournitures, ses intrigues au 10 août avec la Cour, son rôle hideux pendant les massacres de septembre. Le bohème décrié, qui était le bras droit de Danton, lui apparut comme une sorte de Machiavel qui semait les embûches sur les pas des hommes qui avaient la responsabilité des destinées de la France (1). Robespierre avait failli tomber dans le piège. Il avait cru Fabre. Il l'avait défendu. Il se retourna contre lui avec toute la violence du patriotisme trompé.
Le 19 nivôse, quatre jours après la découverte faite sous les scellés de Delaunay d'Angers, il déclara la guerre aux deux factions des ultra et des citra-révolutionnaires, qui, par des moyens opposés, mais convergents, les uns en exagérant les meilleures mesures, les autres en prêchant l'indulgence et la fin de la Terreur, poursuivaient également la ruine de la République et la défaite de la France. Pour la première fois il s'en prit nettement aux Dantonistes : « Il existe une nouvelle faction, dit-il, qui s'est ralliée sous les bannières déchirées du brissotisme. Quelques meneurs adroits font mouvoir la machine et se tiennent cachés dans les coulisses. Au fond, c'est la même faction que celle de la Gironde, seulement les acteurs sont changés, mais ce sont toujours les mêmes acteurs avec un masque différent... Les fripons cherchent à faire croire que la liberté n'a plus d'autres ennemis que ceux que
(1) Sur Fabre d'Églantine et sur l'affaire Chabot, voir les deux séries de nos Etudes robespierristes. M. Madelin lui-même a écrit sur Fabre les lignes suivantes : « Il avait été le mauvais génie de Danton et, en même temps que le plus intime, le pire de ses amis. Il l'avait toujours poussé aux désordres, aux gaspillages, aux violences. Il avait, pendant son passage à la chancellerie, tripoté plus qu'aucun'des collaborateurs de Danton, et une affaire de fournitures à l'armée, mal connue mais soupçonnée, le discréditait. Sa réputation était détestable. «(Danton, p. 269).
les agents étrangers ont désignés comme tels, afin de trouver le moyen de s'en défaire... On était enfin parvenu à persuader, à une foule d'hommes faibles, que leurs ennemis étaient dans la Commune de Paris, dans le corps électoral, dans les sections, en un mot, dans tous les républicains de Paris... » A ce moment, Fabre d'Églantine, qui assistait à la séance, se sentit visé. C'était lui qui avait pris l'initiative de la campagne de presse et de tribune contre la Commune. Il se leva de son banc et se dirigea vers la tribune. Alors Robespierre d'un mot cinglant le cloua sur place : « Si Fabre d'Églantine a son thème tout prêt, le mien n'est pas encore fini, je le prie d'attendre. » Il continua son discours et il conclut en se retournant vers Fabre : « Je demande que cet homme, qu'on ne voit jamais qu'une lorgnette à la main et qui sait si bien exposer les intrigues au théâtre, veuille bien s'expliquer ici ; nous verrons comment il sortira de celle-ci. Quand je l'ai vu descendre de sa place, je ne savais s'il prenait le chemin de la porte ou de la tribune, et c'est pour s'expliquer que je l'ai prié de rester. » Fabre essaya une vague justification qui ne satisfit personne. Cinq jours plus tard, il était mis en arrestation pour sa participation à la rédaction du faux décret de liquidation de la Compagnie des, Indes. Le cercle se resserrait autour de Danton.
On retrouva dans les papiers de Robespierre, publiés après sa mort (i), un rapport qu'il avait préparé contre Fabre d'Églantine et dont il donna sans doute lecture au Comité de Salut public. Il commence par rappeler l'assaut dirigé par Fabre et ses amis à la séance du 22 frimaire. Rajoute que, sans la reprise de Toulon, qui se produisit peu de jours plus tard, le Comité aurait perdu la majorité et aurait été renversé.
(i)^EnYappendice du rapport de Courtois, 10 nivôse an III, p. 107, 200.
Il explique que les auteurs du complot, du « système de désorganisation », comme il dit encore, étaient « des hommes qui tous avaient un intérêt particulier et coupable de renverser le gouvernement républicain, de manière qu'on ne trouvait guère parmi les ennemis du Comité de Salut public et de [ses coopérât eurs que des fripons démasqués, dont la sévérité contrastait ridiculement avec les rapines que la voix publique leur reprochait ».
Fabre, continua-t-il, « était tourmenté par la crainte de voir la main sévère des patriotes déchirer le voile qui couvrait ses criminelles intrigues et sa complicité dans la conspiration dénoncée par Chabot et Basire. De là le plan conçu par cette tête féconde en artifices d'éteindre l'énergie révolutionnaire, trop redoutable aux conspirateurs et aux fripons, de remettre le sort de la liberté entre les mains du modérantisme ; de proscrire les vrais amis de la liberté pour provoquer une amnistie, en forçant les patriotes mêmes à la désirer et, par conséquent, de changer le gouvernement, dont les principes connus étaient de réprimer les excès du faux patriotisme, sans détendre le ressort des lois vigoureuses, nécessaires pour comprimer les ennemis de la liberté... ».
Ce texte nous éclaire sur la politique du gouvernement et sur la situation des partis à la fin de l'hiver de 1793.
L'adroite manœuvre des Dantonistes pour exciter les défiances du Comité contre les Hébertistes a d'abord réussi. Hérault de Séchelles, leur homme, dénoncé comme le protecteur des agents de l'étranger, a été écarté du pouvoir. Le propagandisme a été désavoué. Les partisans de la politique impérialiste, Anacharsis Cloots à leur tête, ont été dénoncés comme suspects de faire le jeu de l'ennemi. Mais, brusquement, le scandale financier dénoncé par Chabot est venu
compromettre les auteurs de la manœuvre et, finalement l'a fait échouer. Robespierre s'est rendu compte que les Dantonistes n'étaient pas sincères dans leurs dénonciations. Il a deviné leurs arrière-pensées personnelles. La campagne équivoque et dangereuse du Vieux Cordelier, les propos défaitistes échappés à Bourdon de l'Oise, l'assaut dirigé le 22 frimaire contre le Comité, puis le procès de Lebrun, enfin la découverte faite sous les scellés de Delaunay d'Angers prouvant la culpabilité de Fabre, tout cela lui a fait apparaître le péril que courait la République si elle se mettait à la remorque des fripons déguisés en apôtres de la clémence et de la paix. Il s'est ressaisi. Il a vu la désorganisation imminente du gouvernement révolutionnaire et, par suite, la défaite de la France et celle de la Révolution. Il s'est retourné violemment contre Fabre d'Églantine et contre son parti.
Les victoires maintenant s'acharnent contre les Dantonistes. On apprend coup sur coup, à la fin de décembre, la reprise de Toulon (25 frimaire), le succès de Hoche au Geisberg suivi bientôt du déblocus de Landau et de la prise de Spire (10 nivôse). La voie s'ouvre de nouveau pour l'affranchissement des Rhénans. L'idée d'une paix hâtive, sans profit comme sans honneur, ne peut plus que reculer. Pour sauver sa tête, Danton n'a plus une seule imprudence à commettre.
Le 24 nivôse, quand Amar, au nom du Comité de Sûreté générale, était venu faire ratifier par la Convention l'arrestation de Fabre d'Églantine, Danton avait essayé de prendre la défense de son ami. Il avait demandé qu'il fût autorisé à venir plaider sa cause devant l'Assemblée, mais il s'était attiré de Billaud- Varenne cette terrible réplique : « Malheur à celui qui a siégé à côté de Fabre d'Églantine et qui est encore sa dupe ! »
« Il fallait que Danton, remarque M. Madelin, se crût tenu à la prudence ou qu'il fût déjà quelque peu démoralisé pour qu'il n'ait point bondi sous cette menace. Il se contenta de réclamer derechef la lumière ; mais Amar, membre du Comité de Sûreté générale, étant venu défendre ses collègues, Danton recula : « Mon intention, dit-il, n'a pas été d'accuser le Comité, « je lui rends justice. » Et Fabre fut maintenu sous les verrous. Nouvelle et cruelle atteinte au prestige de Danton (1) ! »
Autrement dit, M. Madelin croit que Danton
(1) Madelin, Danton, p. 270.
aurait mieux fait de se taire que de se livrer à cette débile intervention qui ne fit que souligner son impuissance. Mais, si Danton s'était tu, il risquait de provoquer le mécontentement de ses amis et complices, les Chabot, les Basire, les Fabre d'Églantine, qui, de leur prison, pouvaient être tentés de se venger en l'entraînant avec eux. Sa situation était telle qu'il ne pouvait plus garder le silence. Il ne pouvait pas davantage entrer en lutte ouverte avec le Comité, où déjà Billaud-Varenne demandait son arrestation, à laquelle Robespierre presque seul s'opposait encore- Il était donc réduit à l'intrigue, à guetter l'occasion qui lui permettrait de renverser le gouvernement sans se compromettre.
Par malheur pour lui, le prestige du Comité grandissait tous les jours. L'insurrection fédéraliste était maintenant vaincue à l'intérieur. Au dehors, une offensive victorieuse était commencée. Même dans le domaine de la diplomatie, le grand Comité recueillait le fruit de sa politique aussi ferme que vigilante. Le temps n'était plus où la République demandait humblement l'ouverture des négociations. C'était maintenant les puissances coalisées qui se mettaient en posture de solliciteuses. La plus fière de toutes, l'Espagne, donnait l'exemple. Dès le début de décembre, son ministre à Copenhague, Musquiz, réclamait un entretien secret avec notre représentant dans cette ville, Grouvelle. Il lui expliquait qu'une négociation pouvait se nouer par l'intermédiaire du ministre danois, Bernstorff. Il revit Grouvelle à la fin du mois et confirma ses ouvertures, en ajoutant qu'il s'agissait de négocier non pas une paix séparée, mais une paix générale. Bernstorff garantit à Grouvelle que ces ouvertures étaient sérieuses.
Après l'Espagne, l'Angleterre. Miles écrivait à Noël, le 5 janvier 1794, pour lui offrir ses bons offices
en vue du rétablissement de la paix. Il priait Noël d'avertir Danton que, si la France exprimait le désir d'ouvrir des pourparlers, il se rendrait aussitôt à son vœu : « Communiquez mon adresse sans délai à Danton et demandez-lui de m'indiquer une ville en Suisse où jepourrai converser avec lui au sujet de la paix. » Il ajoutait, huit jours plus tard, que, si Danton ne pouvait pas se déplacer, il n'eût qu'à envoyer en Angleterre un agent de confiance qu'il recevrait dans sa propre maison à Londres. « Je le recevrai comme un hôte et, pour prévenir tout soupçon, il pourra être pourvu d'un passeport d'un habitant des Treize Cantons et voyager comme un négociant suisse. Ce sera mon affaire de lui obtenir un entretien avec le ministre. »
Miles agissait d'accord avec son gouvernement, ainsi que le prouve cette lettre que lui adressait le duc de Leeds, le 20 janvier, et qui ligure dans sa correspondance : « Je serai vraiment content d'apprendre votre réussite dans l'objet que vous désirez, que vous iriez à Bâle pour vous dévouer à obtenir la paix. »
L'ami de Pitt n'avait pas tort de songer à Danton pour l'aider à préparer la pacification. Il connaissait bien Danton. Mais il s'illusionnait sur l'autorité que Danton exerçait encore en France. Noël le lui fit sentir. Il lui répondit de Venise, le 23 janvier, qu'il ne pouvait s'occuper de négociations avant d'être formellement autorisé par le Comité de Salut public. Il transmit pourtant les ouvertures qui lui avaient été faites : « J'ai écrit avec la plus grande précaution à mes amis de Paris et j'attends leur réponse, mais je vous répète que mes compatriotes sont exaspérés. » Il écrivit, en effet, «sans délai »à Danton et à Barère (1),
(1) Voir sa lettre à Miles du 9 février. La lettre de Noël à Danton,
datée du 8 nivôse, a été publiée par M. Aulard, la Révolution fran-
aisc, 1893, t. I. Noël faisait observer à Danton que la lettre de Miles
et il admit, avec son correspondant, que la France ne s'abaisserait pas en faisant elle-même les premières ouvertures : « La France peut faire les premiers pas parce qu'elle a développé une énergie sans exemple dans les annales de l'histoire et parce qu'elle est victorieuse. » Noël ajoutait encore : «Je désire de tout mon cœur être capable de hâter le succès de vos désirs. »
Après l'Angleterre et l'Espagne, la Hollande donnait des signes de lassitude. Notre agent secret à Amsterdam, Caillard, écrivait àDeforgues le 2 pluviôse, 21 janvier 1794, que le gouvernement du stathouder lui avait fait des ouvertures par l'intermédiaire d'un Hollandais patriote, Lestevenon. Celui-ci proposait, au nom de ce gouvernement, de remettre au Comité de Salut public un sauf-conduit en blanc pour un négociateur à envoyer à La Haye (1).
De Bâle encore arrivaient à Paris des informations analogues. Notre agent Bâcher mandait à Deforgues, le 28 nivôse, 17 janvier 1794, que des personnes en relations avec la maison d'Autriche avaient cherché à le sonder « pour voir avec qui il faudrait traiter dans le cas où il y aurait des propositions de paix à faire. J'ai répondu, poursuit-il, que nous avions 100 000 négociateurs à l'armée du Rhin et autant à celle du Nord, sans compter ceux de la Moselle. Nous ne pouvons, en effet, dans ce moment, parler à nos ennemis qu'à coups de canon. On assure qu'il est question de te faire parvenir, citoyen Ministre, des propositions insidieuses qui consisteraient à reconnaître provisoirement la République française et à convenir d'une trêve de deux années pendant laquelle on étudierait sa constitution et organiserait un gou-
était antérieure à la reprise de Toulon et que cet événement ne pouvait qu'accroître le désir de paix de TAngleterre.
(1) Voir la lettre de Caillard dans H. -T. Colenbrander, p. 329.
vernement. Ce préalable rempli, on traiterait définitivement de la paix, et le traité conclu serait soumis à la ratification nationale (1)... »
Déjà, un peu de la fierté qui animait notre gouvernement^t^ait passé dans l'âme de quelques-uns de ses agents. Si un Noël et un Caillard, encore imbus de l'esprit de l'ancien Comité, se félicitaient des ouvertures de paix qu'ils recevaient et transmettaient avec empressement, un Bâcher répondait à l'ennemi avec la fermeté d'un vrai républicain. Le même agent écrivait encore au ministre quelques jours plus tard : « Des gens qui passent pour instruits m'ont encore répété hier que des propositions de paix seraient faites incessamment au gouvernement de la République française, et peut-être les puissances coalisées réclameront-elles l'intervention et la médiation de la Suisse. On se flatte même qu'un Congrès pourrait se tenir à Baden,où le citoyen Barthélémy occupe en ce moment le logement du prince Eugène, qui fut chargé, avec le maréchal de Villars, au commencement de ce siècle, de traiter les plus grands intérêts de l'Europe (2)... »
De toutes ces informations concordantes venues des quatre points de l'horizon, il résultait que les Coalisés tentaient une offensive de paix qui se trouvait répondre à la même campagne menée du dedans par les Dantonistes. Si ceux-ci avaient été au pouvoir, nul doute que la paix aurait été conclue rapidement. Ils se seraient jetés avec avidité sur les premières ouvertures des rois, et il est probable que les intérêts des peuples réunis n'auraient pas pesé lourd dans leur détermination. Danton ne confiait-il pas à Garât,
(1) Kaulek, t. III, p. 354.
(2) Kaulek, t. III, 359. C'est en effet à Baden que fut sign^ le traité qui mit fin entre la France et l'Empire à la guerre de succession d'Espagne.
un mois plus tôt, en frimaire, qu'il était résolu, pour obtenir la paix, à faire l'amnistie et à sacrifier au besoin la Constitution de 1793 ? Courtois, l'ami de Danton, ne reprochera-t-il pas à Barère, dans son fameux rapport sur la conjuration de Robespierre, d'avoir dit « que notre diplomatie ne devait se faire qu'à coups de canon ; et ces politiques ineptes n'ont pas senti, continue-t-il, qu'on ne pouvait faire la guerre sans négocier en même temps (1) ! ».
Par bonheur, Robespierre avait fini par pénétrer les secrets desseins de l'homme qui se disait encore son ami et qui n'était plus, dans son ambition effrénée et dans sa peur, que l'instrument de la Coalition. Hébertistes et Dantonistes, ultra et citra-révolutionnaires servaient également, par des voies différentes, les intérêts de l'ennemi, les premiers par leurs outrances démagogiques, les seconds par leurs faiblesses calculées. Entre les deux factions, entre les deux écueils, Robespierre se tint ferme, et le Comité de Salut public le suivit.
Aux premières ouvertures de Musquiz, transmises par Grouvelle, aucune réponse n'avait été faite. Grouvelle ne reçut pas les instructions qu'il sollicitait. Pas de réponse non plus aux ouvertures de Miles transmises par Noël. Celui-ci se décida à en avertir son correspondant anglais le 14 mars : «Au sujet de votre grand objet du rétablissement de la paix, je n'ai pas reçu la moindre réponse à mes lettres, et j'infère de ce silence qu'ils ne désirent pas que j'intervienne dans la chose. » Noël ajoutait, dans cette même lettre à Miles, que la prudence lui recommandait de renoncer au plaisir de lui écrire. Mais il continua cependant sa correspondance.
Caillard ne fut pas plus heureux que Grouvelle et
(1) Rapport de Courtois, an III, p. 99.
que Noël. Il n'obtint pas plus de réponse Ce n'était pas de la part du Comité sot orgueil et méfiance bornée, comme l'a jugé un peu trop vite M. Albert Sorel. C'était le résultat d'une connaissance parfaite des intérêts de la République et des résolutions que la sagesse commandait. A la diplomatie secrète, que Danton avait pratiquée avec le succès qu'on a vu, Robespierre et ses collègues entendaient substituer désormais une diplomatie au grand jour, seule digne d'une République véritable, seule capable de garantir les fruits de nos victoires.
Le Comité ne fit pas de réponse particulière aux ouvertures des coalisés, parce qu'il se réservait de leur faire à tous une réponse publique et une réponse identique.
Ce fut l'objet du discours de Barère du 3 pluviôse, 22 janvier 1794. Après avoir annoncé la prise de Spire par les Sans-Culottes : « Dans les guerres ordinaires, dit -il, après de pareils succès on eût obtenu la paix. Les guerres des rois n'étaient que des tournois ensanglantés, dont les peuples payaient les frais et dont les rois commandaient insolemment la pompe. Mais, dans la guerre de la liberté, il n'est qu'un moyen ; c'est d'exterminer les despotes. Lorsque l'horreur de la tyrannie et l'instinct de la liberté ont mis les armes à la main d'hommes braves, ils ne doivent les poser qu'en dictant la paix. Lorsque des républicains ont formé quinze armées, il n'y a ni paix, ni trêve, ni armistice, ni aucun traité à faire avec les despotes qu'au nom d'une république affermie, triomphale et dictant la paix aux nations. Ayons seulement la conscience de nos forces et nos forces seront centuplées... Cependant quelques voix se font entendre et vantent déjà les avantages de la paix; quel politique habile, quel patriote sincère, quel républicain prononcé oserait parler de paix sans craindre de compromettre
la liberté et de faire perdre à la République française l'attitude qu'elle a prise aux yeux du monde ? Oui donc ose parler de paix ? Les aristocrates qui sentent que la Révolution a pu enfin les atteindre ; les modérantistes, qui ne peuvent vivre dans l'atmosphère élastique et forte de la République; les riches, qui comprennent que leur avare résistance n'a plus de succès à espérer ; les descendants des castes ci-devant privilégiées, qui voient que le règne de l'égalité s'établit; les amis des conspirateurs, qui savent enfin que la justice nationale les observe et les punit ; les âmes pusillanimes et timides, parce qu'elles ne peuvent se faire au régime vigoureux de la démocratie ; les mauvais citoyens, parce qu'ils espèrent échapper à la surveillance des hommes libres ; les prétendus patriotes, qui peuplent facilement le parti de l'étranger, parce que les gouvernements royalistes ont besoin d'attiédir notre ardeur patriotique, d'atténuer nos forces guerrières et de refroidir la chaleur de la révolution ou d'arrêter son mouvement salutaire. Qui ose parler depaix? Ceux quiespèrent ajourner la contre-révolution à quelques mois, à quelques années, en donnant aux étrangers, aux tyrans, le temps de se restaurer, le temps de sucer les peuples, de refaire leurs approvisionnements, de reculer leurs armées... Il faut la paix aux monarchies ; il faut l'énergie guerrière à la République ; il faut la paix aux esclaves, il faut la fermentation de la liberté aux républicains. Il faut la paix aux gouvernements, il faut toute l'activité révolutionnaire à la République française... »
La prise de Spire, que Barère avait annoncée au début de son discours, ne contribuait pas peu à donner à ses paroles une autorité irrésistible. Danton, qui avait eu en mains les lettres de Noël, resta silencieux à son banc pendant que la majorité de l'Assemblée saluait de ses vifs applaudissements le rapporteur du
Comité. Quand il eut fini, un membre proposa, « pour empêcher que les aristocrates ne se mêlassent parmi le peuple pour lui faire désirer la paix », de décréter que quiconque serait surpris à demander Ja paix fût arrêté comme suspect. Mais la proposition n'eut pas de suite.
Tout étourdis du coup qui venait de leur être asséné, les pacifistes essayèrent de se ressaisir les jours suivants. Les Jacobins avaient mis à leur ordre du jour, sur l'invitation de Robespierre, les crimes du gouvernement anglais, non pas pour créer une diversion aux luttes des partis, comme l'enseignent des historiens aveugles, mais pour faire comprendre à l'opinion pourquoi la paix avec le gouvernement de Pitt était impossible. Les Dantonistes du club, à la séance du 11 pluviôse, essayèrent d'une manœuvre qui fit long feu.
Bontemps venait de prononcer, sur les vices de la Constitution anglaise, un discours qui avait obtenu les suffrages de Momoro et de Robespierre, c'est-à-dire des partisans de la continuation de la guerre. Robespierre, en votant l'impression du discours, avait dit que l'orateur avait « saisi le faible des Anglais en leur offrant le tableau de leur misère et de l'anéantissement de leur commerce, et qu'il leur fournissait ainsi les moyens de combattre avec succès leurs tyrans et de se soustraire au despotisme qui les opprime ». . . Alors, un membre combattit en ces termes la demande d'impression : « Une phrase du discours porte ces mots : Ce n'est que, quand les peuples ligués contre nous viendront à genoux nous demander la paix, que nous pourrons consentir à la leur accorder. Je demande que cette phrase disparaisse. A genoux comme debout, nous n'accorderons la paix aux peuples que quand ils auront brisé leurs chaînes. » Cette observation fut l'occasion d'un vif débat. Sijas et Saint-André
ayant fait remarquer qu'il n'était pas d'une bonne politique, pour susciter une révolution en Angleterre, d'insulter le peuple anglais, le boucher Legendre, ami très intime de Danton, monta à la tribune : « On dit ici, dans un discours fort éloquent, qu'il faut détruire Carthage, mais ne sentez-vous pas que Pitt va se servir de nos propres armes et ranimer le courage des Anglais ; il va leur peindre Londres en cendres et tous les Anglais égorgés. Nous devons nous borner à offrir des secours au peuple anglais... » Robespierre crut comprendre où Legendre voulait en venir. Il foudroya son dessein secret d'une de ses plus ardentes improvisations : « Pourquoi veut-on que je distingue un peuple qui se rend complice des crimes de son gouvernement, de ce gouvernement si perfide? Je n'aime pas les Anglais, moi, parce que ce mot me rappelle l'idée d'un peuple insolent osant faire la guerre au peuple généreux qui a reconquis sa liberté. Je n'aime pas les Anglais parce qu'ils ont osé entrer dans Toulon pour y proclamer un roi, ce que n'a pas voulu souffrir le peuple qui a reconquis ses droits. Je n'aime pas les Anglais parce que leur gouvernement, perfidement machiavélique envers le peuple même, qui le souffre, parce que ce même gouvernement a osé dire et proclamer qu'il ne fallait garder aucune foi, aucune règle d'honneur avec les Français dans cette guerre, parce que c'était un peuple de rebelles qui avait foulé aux pieds les lois les plus saintes ; parce qu'une partie du peuple, les matelots, les soldats, a^soutenu par les armes cette odieuse proclamation. En qualité de Français, de représentant du peuple, je déclare que je hais le peuple anglais. Je déclare que j'augmenterai, autant qu'il sera en moi, la haine de mes compatriotes contre lui. Que m'importe ce qu'il en pense ! Je n'espère qu'en nos soldats et la haine profonde qu'ont les Français pour ce peuple ! Je ne m'intéresse au peuple
anglais qu'en qualité d'homme; alors j'avoue que j 'éprouve quelque peine à en voir un si grand nombre lâchement soumis à des scélérats qui les conduisent insolemment. Cette peine chez moi est si grande que j'avoue que c'est dans ma haine pour son gouvernement que j'ai puisé celle que je porte à ce peuple ; qu'il le détruise donc, qu'il le brise. Jusqu'alors je lui voue une haine implacable. Qu'il anéantisse son gouvernement ; peut-être pourrions-nous encore l'aimer. Nous verrons si un peuple de marchands vaut un peuple agriculteur ; nous verrons si quelques vaisseaux valent nos terres fertiles. Il est quelque chose de plus méprisable encore qu'un tyran, ce sont des esclaves !... Ce n'est point à nous à faire les frais de la révolution d'Angleterre. Qu'on voie ce peuple s'affranchir luimême, et nous lui rendrons toute notre estime et notre amitié... »
Deux jours après que Robespierre poussait avec cette conviction son cri de guerre contre l'Angleterre, Barère revenait à la charge contre les défaitistes, dont les sourdes menées n'avaient pas cessé. Il posait en principe, le 13 pluviôse, devant la Convention, qu'une paix solide et honorable ne deviendrait possible qu'autant que nos flottes compléteraient sur mer les victoires de nos armées sur le Continent et que, par conséquent, il fallait plus que jamais intensifier les armements. Rappelant ensuite son discours du 3 pluviôse, il s'en prenait à ceux qui l'avaient critiqué dans l'ombre : « Cette attitude guerrière a été cependant l'objet des satires contre le gouvernement national et révolutionnaire. On a accusé le Comité de Salut public d'avoir un système exagéré, des prétentions funestes et de vouloir une paix impossible à présenter ou à faire. Quoi, disait -on aux oreilles, vous voulez effacer les Anglais du système de l'Europe? Vous voulez confondre le gouvernement bri-
tamique avec la nation? Vous voulez populariser la guerre? Vous voulez faire insurger Londres contre Paris et verser Plymouth sur Brest? Vous voulez populariser les impôts en Angleterre, faire approuver la coalition des rois au parlement anglais, et donner de nouveaux trésors, de nouvelles armées, de nouvelles escadres à l'ambitieux Pitt et à l'imbécile Georges? Le peuple ne ressentira-t-il jamais les bienfaits de la paix? Les citoyens seraient-ils donc toujours frappés des fléaux inséparables de la guerre? Le volontaire ne pourra-t-il espérer de rentrer dans ses foyers? Le cultivateur ne retournera-t-il plus dans cette terre défrichée? Les départements révoltés ne pourront-ils pas être repeuplés?... » Ayant ainsi résumé les critiques que colportaient les pacifistes, Barère leur répondait : « Généreux amis de la paix, prenez garde, l'aristocratie vous applaudit et la coalition des rois vous écoute ; elle aurait proféré les paroles que je viens d'écrire. Vous voulez la paix ; mais le Comité de Salut public, la Convention nationale et le peuple français la veulent aussi la paix ; mais le Comité a préparé une guerre terrible pour arriver à une paix solide ; mais la Convention ne peut signer qu'une paix franche et durable ; mais le peuple français ne peut vouloir qu'une paix dictée par lui à des gouvernements machiavéliques. » Et Barère faisait alors connaître les conditions de paix « infamantes et dangereuses », disait-il, que les despotes avaient eu l'audace de transmettre à nos agents. Il analysait les propositions contenues dans la lettre de Bâcher du 28 nivôse, et il les commentait en ces termes : « Ils reconnaîtront la République ! Comme si la République avait besoin d'eux pour exister ! Comme si sa destinée ne la plaçait pas dans le rôle imposant de tolérer les rois et de reconnaître provisoirement les gouvernements des tvrans coalisés ! Ils demandent une trêve
de deux ans ! Comme si c'était à des républicains à mettre bas les armes devant des rois et à leur donner le temps de remplir leurs trésors, de recruter leurs armées, de semer au milieu de nous des divisions d'exciter dans nos départements des guerres civiles et de créer par leurs émissaires des Vendées nouvelles et mieux combinées à l'extérieur que la première !.., Au bout de deux années, quand nous aurons établi un gouvernement, on pourra traiter de la paix ! Comme si la contre-révolution la plus adroitement organisée n'était pas de paralyser tout à coup quinze armées en les faisant rentrer dans leurs foyers, de refroidir l'ardeur militaire, de livrer nos frontières et nos ports, de faire rentrer les émigrés, d'ouvrir les prisons aux conspirateurs et aux hommes suspects, notre territoire aux espions de l'ennemi, nos cités aux agents des puissances coalisées, et nos sociétés populaires au parti de l'étranger ! Comme si l'on avait pu déjà oublier que la faction qui a voulu anéantir la liberté a commencé par méditer la dissolution de la Convention nationale, et qu'en parlant de paix on cherche à briser cet instrument principal de la Révolution !... Citoyens, voilà les présents que les prétendus amis de la paix, que ces Grecs modernes nous apportent. Eh quoi ! La paix avec des tyrans ! La paix avec des gouvernements sans morale et sans foi publique ! La paix avec des traîtres et des émigrés !... » Venait ensuite l'énumération glorieuse des défaites des coalisés, préludes de leur ruine assurée et prochaine. Puis Barère rappelait le mot de Bâcher aux agents de l'ennemi qui lui demandaient où s'adresser pour négocier : « Nous avons cent mille négociateurs à l'armée du Rhin et cent mille autres à l'armée du Nord... » Il terminait en faisant honte aux trembleurs : « Citoyens, démentirons-nous cette réponse? Le représentant du peuple aura-t-il l'énergie d'un diplomate?
Et pourra-t-on nous faire illusion par la distinction usée des peuples et des gouvernements? » Il concluait qu'il ne fallait pas cesser de former des bataillons, de fabriquer des canons, de forger des armes, de construire des vaisseaux : « C'est de vos arsenaux, c'est de vos ports, c'est de vos fabriques de poudre que sortiront les articles du traité de paix ! »
Ce discours d'une logique puissante eut un énorme retentissement. Le club de Besançon félicita Barère et invita la Convention à n'entendre à aucune condition de paix que « les dévorateurs d'hommes ne fussent entièrement vaincus ». D'autres clubs envoyèrent les mêmes félicitations. .
Sur le moment, personne à la Convention n'avait répliqué au rapporteur du Comité de Salut public. Mais, deux jours plus tard, Camille Desmoulins prenait sa plume et écrivait dans le numéro y du Vieux Cordelier une philippique contre Barère : « Étrange bizarrerie ! En Angleterre, c'est tout ce qu'il y a d'aristocrates, de gens corrompus, d'esclaves, d'âmes vénales ; c'est Pitt, en un mot, qui demande à grands cris la continuation de la guerre, et c'est tout ce qu'il y a de patriote, de républicains et de révolutionnaires qui votent pour la paix, qui n'espère que de la paix un changement dans leur constitution. En France tout au rebours : ici ce sont les patriotes et les révolutionnaires qui veulent la guerre, et il n'y a que les modérantins et les feuillants, si on en croit Barère, il n'y a que les contre-révolutionnaires et les amis de Pitt qui osent parler de paix. C'est ainsi que les amis de la liberté, dont les intérêts semblent pourtant devoir être communs, veulent la paix à Londres et la guerre à Paris, et que le même homme se trouve patriote en deçà de la Manche et aristocrate au delà ; Montagnard dans la Convention et ministériel dans le Parlement. Mais, au moins, dans le parlement
d'Angleterre, on n'a jamais fait l'incroyable motion que celui qui ne se déciderait pas d'abord pour la guerre, par assis et levé, fût réputé suspect, pour son opinion, dans une question de cette importance et si délicate, qu'on ne pouvait ne pas être de l'avis de Barère sans être en même temps de l'avis de Pitt. Il faut avouer au moins que la tribune de la Convention ne jouit pas de l'inviolabilité d'opinion de la tribune anglaise et qu'il ne serait pas sûr de parler de nos échecs comme Shéridan parle de leurs défaites de Noirmoutiers, de Dunkerque, de Toulon... » Réponse assez peu fière. Du silence de ses amis à la Convention, Desmoulins ne donnait en somme que cette raison qu'ils avaient peur !
La fin valait un peu mieux, bien que l'argument qui consistait à reprocher au Comité de Salut public de nationaliser la guerre ne fut pas très nouveau : « Barère, par son fameux rapport sur la destruction de Londres, a véritablement fait le miracle de ressusciter Pitt, que tout le monde jugeait mort depuis la prise de Toulon, et il devait arriver immanquablement qu'à son arrivée à Londres, ce beau rapport ferait remonter le ministre aux nues et lui ouvrirait toutes les bourses des Carthaginois... Pitt a dû bien rire en voyant Barère, qui l'appelle lui, Pitt, un imbécile, faire lui-même cette lourde école d'enraciner Pitt plus que jamais dans le ministère ; en voyant Barère le dispenser de réfuter le parti de l'opposition, et donner ainsi un pied de nez à Shéridan et à Stanhope avec leurs beaux discours sur la neutralité constitutionnelle de la République à l'égard du gouvernement des autres peuples. Oui ne voit que la réception de ce fameux discours de Barère a dû charmer Pitt plus que a nouvelle de la prise de Pondichéry et que les Anglais n'auront pas manqué de se dire : « Puisque Londres est Carthage, ayons le courage des Carthaginois; faisons
plutôt, comme eux, des cordages et des arcs avec nos cheveux et donnons à Pitt jusqu'au dernier shilling, et levons-nous aussi en masse ! »
Accuser Bar ère de faire le jeu de Pitt était sans doute un argument de bonne guerre, mais ce n'était qu'un argument. Bar ère et le Comité, qui ne voulaient qu'une paix victorieuse, ne distinguaient pas entre Pitt et l'opposition. Ils faisaient la guerre à l'Angleterre tout entière. Camille Desmoulins, qui s'accommodait d'une paix de transaction, affectait de la croire possible par un changement de gouvernement en Angleterre. Il savait bien pourtant que l'opposition, conduite par Fox et Shéridan, n'avait montré que son impuissance.
Le numéro rj du Vieux Cordelier ne parut pas du vivant de son auteur. Les épreuves en étaient corrigées quand l'éditeur Desenne fut arrêté par ordre des Comités. Ainsi le réquisitoire de Barère contre les défaitistes ne rencontra aucune contradiction publique. Il leur porta un coup mortel.
On nota dans les clubs que l'offensive de paix des indulgents avait coïncidé avec l'offensive de paix des despotes. De là, à supposer que despotes et indulgents étaient d'accord, il n'y avait qu'un pas. Le Père Duchesne ne manqua pas de tirer la conclusion. Il dénonça, dans son numéro 337, « ces mêmes viédases qui voulaient la guerre quand nous n'étions pas en force pour la soutenir et qui demandent aujourd'hui la paix à hauts cris pour nous arrêter au milieu de nos victoires»... La paix ne serait possible que le jour où « les Anglais, les Autrichiens, les Prussiens, les Espagnols, comme les Français, joueraient à la boule avec la tête de leurs derniers tyrans ». Ceux qui parlaient de paix n'étaient pas seulement des lâches, mais des agents masqués de l'ennemi. « Quels sont donc les j . . . f . . . , dont la langue emmiellée ose prononcer
ce mot de paix? Ce sont des scélérats qui ont la rage dans le cœur et qui nous préparent dans l'intérieur la guerre la plus meurtrière. Ce sont les mêmes qui déjà nous ont proposé d'ouvrir les prisons et de donner la clef des champs aux corbeaux que nous avons mis en cage... » A ce portrait des pacifistes, chacun reconnaissait Danton et ses amis.
L'hiver touchait à sa fin, et la campagne allait s'ouvrir. Les luttes des partis troublaient l'opinion et entravaient la marche du gouvernement. Le Comité de Salut public décida d'en finir.
Le 8 ventôse, Saint -Just prononça contre les factions un véhément discours où il inséra ce couplet à l'adresse des indulgents : « Ceux qui cherchent à nous énerver ne font rien et ne proposent rien pour énerver nos ennemis. On croirait, à les entendre, que l'Europe est tranquille et ne fait point de levées contre nous : on croirait, aies entendre, que les frontières sont paisibles comme nos places publiques. »
Danton crut habile de ne retenir du discours de Saint-Just que les attaques et les menaces contre les Hébertistes. Il s'y associa sans oser relever le coup que Saint-Just avait porté aux pacifistes. Tout au plus essaya-t-il d'une vague et molle transaction. En évinçant, dit-il, les faux patriotes à bonnets rouges, on permettrait aux vrais patriotes « d'être sûrs de la paix et de la liberté ». L'homme de l'audace se réfugiait dans l'équivoque quand ce n'était pas dans le silence. Il était perdu.
Le 16 ventôse, Barère renchérit sur Saint-Just. « Il faut surveiller la faction des Indulgents et des Pacifiques, autant que celle des prétendus insurgents (c'est-à-dire des Hébertistes qui venaient de violer les droits de l'homme)... Citoyens, la campagne va s'ouvrir, déblayons le sol de l'intérieur de tant d'intrigues afin que nous puissions ne plus nous occuper
que de combats et de victoires contre les ennemis étrangers... »
Les Hébertistes, après leur tentative insurrectionnelle avortée, ayant été arrêtés les premiers, les Indulgents se félicitèrent de la chute de leurs rivaux comme d'une victoire. Les imprudents ! Le 24 ventôse, Tallien, l'un d'eux, déclara aux Jacobins que les Hébertistes étaient cause de la prolongation de la guerre de la Vendée : « Mais le jour de la vérité luira bientôt ; on verra que ces hommes, et d'autres qui ne sont pas encore arrêtés, ont cherché à éterniser la guerre pour se procurer des généralats lucratifs et autres places... » Le trait tombait juste, mais il avait le défaut d'être tardif.
Le Comité de Salut public n'entendait pas plus faire grâce à ceux qui voulaient abréger la guerre qu'à ceux qui voulaient l'éterniser.
Les partisans de la paix plâtrée, Je la paix des despotes, allèrent rejoindre sur l'échafaud les partisans du propagandisme et de la république universelle. Le Comité de Salut public les accusait les uns et les autres de faire le jeu de l'ennemi, et il soupçonnait, non sans raison, que certains étaient ses agents.
Le procès de Danton fut essentiellement un procès d'intelligences avec l'ennemi, avec l'ennemi intérieur et avec l'ennemi extérieur. L'affaire financière, le chantage exercé contre la Compagnie des Indes, n'était là que pour mettre en évidence la vénalité des principaux accusés, Chabot, Delaunay, Basire, Fabre d'Églantine, Danton lui-même. Mais la présence des su jets ennemis comme les Frey et leur secrétaire Diederichsen, comme l'Espagnol Gusman, sur les bancs des accusés, dominait les débats et leur donnait leur vrai sens. C'est pourquoi Hérault de Séchelles, que Fabre' d'Églantine avait dénoncé
comme suspect pour ses liaisons avec Proli, put être englobé dans le même procès que son dénonciateur, du moment que celui-ci était considéré, lui aussi, comme un agent de l'étranger.
Proclamer une amnistie, renverser la Constitution et faire la paix, ces trois points de son programme que Danton exposait à son ami Garât, en frimaire, furent aussi parmi les principaux chefs d'accusation dont il eut à répondre devant le Tribunal révolutionnaire.
On donna lecture aux débats de la lettre interceptée, adressée en juillet 1793 par l'ambassadeur espagnol à Venise, Clémente de Campos, au premier ministre Godoï, duc d'Alcudia, pour l'avertir que Danton et Lacroix, qui étaient du parti delà Montagne, s'étaient faits Girondins et avaient eu une conférence avec la reine. Vadier et Amar communiquèrent aux jurés, en chambre du Conseil, plusieurs pièces secrètes. Dans le nombre était peut-être ce billet de Danton à la reine : « Citoyenne, mettez sur votre porte ces mots : Unité, Indivisibilité de la République, Liberté, Égalité, Fraternité ou la mort. Danton. » Ce billet, détourné par Courtois, fit partie des papiers de Fouquier-Tinville, car il porte encore la signature de Fouquier-Tinville et des députés Legot, Guffroy, Massieu, Lecointre, qui furent chargés du rapport sur son affaire. Quand Courtois, inquiété comme votant après 1815, fut perquisitionné chez lui à Rambluzin, dans la Meuse, il essaya de faire fléchir la loi qui le condamnait à l'exil en restituant au conseiller d'État, Becquez, différentes pièces qu'il avait détournées aux Archives (1). Le billet de Danton à la reine était du nombre. Ce billet existe toujours, j'en ai vu une photographie.
Quand, de Londres, l'agent de Pitt, Miles, apprit
(1) Voir Eugène Welvert, La saisie des papiers de Courtois, s. d., p. 17.
le supplice de Danton, il écrivit aussitôt à son ami Noël, le 11 avril 1794 : « Danton n'est plus. Sa chute, je l'ai depuis longtemps prédite, comme le triomphe de Robespierre, d'après la connaissance personnelle que j'ai de ces deux hommes. Danton, en février 1793, aspirait à la régence. J'ai connu alors, par les intéressés eux-mêmes, qu'il a facilité la sortie en France de quelques royalistes (1). Son caractère n'était pas considéré comme incorruptible. » Noël répondit à Miles qu'il craignait d'être englobé dans la chute de Danton, et il lui demanda de lui procurer un passeport avec lequel il pourrait traverser l'Allemagne et de là gagner l'Angleterre.
La correspondance diplomatique prouve que l'opinion de Miles, bien placé pour être au fait de bien des choses, était l'opinion générale. Le 3 germinal, 23 mars, un agent de Bâcher en Allemagne, H... (sans doute Haupt) écrivait à Deforgues : « Les arrestations de Chabot, Basire, Delaunay d'Angers, Julien de Toulouse, Fabre d'Églantine et de quelques faux Jacobins, sont des coups de foudre pour les émigrés et pour tous les despotes coalisés qui comptaient sur l'exécution ponctuelle de cet infâme complot... J'ai eu l'occasion, hier soir, de parler avec un ci-devant baron de Vincennes, l'un des aides de camp du général Wurmser, sur ce chapitre, qui lui assura en toute confidence que les ci-devant princes, ainsi que les coalisés, travaillaient depuis plusieurs mois à ce plan et qu'il était surtout question d'enlever le petit Capet (2)... »
Ce rapport parvint à Paris juste à la veille de l'arrestation de Danton. Il figure aujourd'hui au dossier du procès, et il n'est pas douteux qu'il n'ait contribué à faire l'opinion des juges (3).
(1) Confirmé par les Mémoires de Théodore Lameth.
(2) Papiers de Barthélémy publiés par J. Kaulek, t. III, p. 150.
(3) Arch. nat., W. 342.
Un peu plus tard, le 3 août 1794, un agent des princes et du gouvernement de Vienne, Mallet du Pan, affirmera, dans une lettre au comte Elgin, que Danton fut exécuté pour avoir projeté de proclamer roi Louis XVII et M. de Malesherbes régent (1).
Il est très remarquable qu'aucun témoignage du même genre n'a pu être produit contre les Hébertistes, condamnés cependant, eux aussi, comme « agents de l'étranger ».
Les jurés qui condamnèrent Danton n'avaient pas à leur disposition, pour asseoir leur jugement, toutes les pièces que nous possédons aujourd'hui : les confidences de Théodore Lameth, les correspondances de Noël et de Miles, les aveux de Talon et de Courtois, les lettres de Pellenc, le témoignage de Garât, etc. tant de documents authentiques et probants que nous avons invoqués au cours de notre récit ! Mais ils connaissaient Danton et son entourage pour les avoir vus à l'œuvre. Ils les avaient entendu pendant des mois réclamer la paix; ils savaient que, depuis qu'ils fréquentaient les banquiers et les fournisseurs, leur misère d'autrefois s'était changée en un luxe qui s'étalait. Les présomptions morales s'ajoutèrent dans leur esprit aux charges qui résultaient des témoignages oraux ou écrits produits aux débats. Ils crurent, en condamnant, sauver la patrie.
On leur communiqua sans doute, en chambre du Conseil, la lettre que le Foreign Office avait adressée au banquier Perregaux pour ouvrir un crédit important à des meneurs jacobins qui servaient ses desseins (2). La lettre avait été trouvée dans les papiers de Danton et, si le Comité de Salut public ne lui donna pas de
(1) The manuscripts of J.-B. Fortescue preserved at Dropmore vol. II, p. 616.
(2) Voir cette lettre, dans la seconde série de nos Études robespi erristes, p. 131-132.
publicité, c'est sans doute qu'il craignit de brûler le banquier Perregaux, auquel il avait confié au moment même une importante mission en Suisse (1).
Il est très remarquable que la Convention thermidorienne elle-même, qui comptait pourtant plus d'un ami de Danton, n'ait pas osé réhabiliter sa mémoire, alors qu'elle réhabilitait d'un seul coup, le 11 vendémiaire an IV, quarante-huit de ses membres tombés victimes de la Terreur.
Gardons-nous de réformer les jugements des contemporains. Ils possédaient sur les hommes et sur les choses des informations qui ne sont pas toutes parvenues à notre connaissance. Les documents qui subsistent , et dont nous avons analysé et commenté, dans cette étude, les principaux, suffisent à montrer que Danton n'a pas été l'innocent martyr que nous peint une légende d'origine récente, le rival malheureux de « l'hypocrite et ambitieux » Robespierre. En frappant Danton, le Comité de Salut public et la Convention ont cru frapper un aventurier sans scrupules, très capable de se vendre à l'ennemi comme il s'était vendu à la Cour,le chef honteuxmais redoutable de tous les défaitistes, le traître à la République et à la France.
Cette vérité, qui s'impose à qui lit les documents sans parti pris, à qui les rapproche et qui les interprète en les replaçant au fil des événements, cette vérité, si étrangement travestie à notre époque, a percé cependant par éclairs jusque dans le récit des historiens les plus sympathiques au Mirabeau de la populace. « Robespierre, dit Albert Sorel, décida la perte de Danton, justement parce que Danton lui paraissait capable de faire la paix, de mettre fin à la Terreur et d'organiser la République (2). » Le pre-
(1) Voir mon article sur Perregaux dans les Annales révolutionnaires de mars-avril 1919.
(2) Albert Sorel, t. TV, p. 59.
mier grief seul est fondé. Les deux autres sont dénaturés. Danton ne voulait pas organiser la République, mais la renverser, et la fin de la Terreur, autrement dit l'amnistie et la rentrée des émigrés, eût été le prélude de la Restauration.
Marc Dufraisse, dans son Histoire du droit de guerre et de paix de iySç à 1815, s'est approché d'assez près de la vérité. Il faut reproduire cette page remarquable, à laquelle il ne manque que des preuves et des références :
«Dès l'automne de 1793, le parti des Indulgents, Danton, Desmoulins, Fabre d'Églantine font opposition à la guerre et au Comité de Salut public, qu'ils accusent de la prolonger. On n'a peut-être pas remarqué que le Vieux Corddier est autant une ode en faveur de la paix qu'une élégie en faveur de la clémence. Camille persifle la politique de guerre comme il flétrit la politiaae d'échafaud.
« Au moment ou on lui impute de ne vouloir pas la paix, le Comité de Salut public négocie pour la faire. J'en trouve la preuve dans quelques mots voilés de Jay de Sainte-Foy à une séance où il fut le confident et l'orateur des Douze : « Renouveler le Comité, «dit-il, ne croira-t-on pas qu'il a perdu la confiance de «la Convention? Et cela lorsque de grandes négociations sont entamées (1)? »
« Les lois de la Convention contre les réfugiés avaient pour but de disposer les puissances à la paix.
« Le mouvement contre le culte exaspéra le Comité de Salut public, parce que les saturnales hébertistes compromettaient son système de pacification à l'égard de l'Europe et les opérations commencées.
« C'est au même sentiment qu'il faut attribuer les fureurs de la Convention contre la faction de l'Étran-
(1) Voir dans le Moniteur, XVIII, p. 611, le discours de Jay de Sainte-Foy à la séance du 23 frimaire an II.
ger. Je n'oserais affirmer que l'exécution d'Anacharsis Cloots et de ses amis fut un holocauste à la paix. Il y a cependant une coïncidence qui me frappe : c'est au printemps de l'an II, au moment de l'ouverture de la campagne, queles cosmopolites sont envoyés à l'échafaud (i). »
A part l'erreur grave qui consiste à attribuer au Comité de Salut public des négociations pour la paix qu'il a repoussées, le jugement de Marc Dufraisse s'approche de la vérité, à condition qu'on le limite au seul parti dantoniste.
S'il a deviné juste, c'est qu'il gardait dans l'étude de la diplomatie révolutionnaire une âme républicaine. Les Sorel et autres historiens académiques n'ont pas compris grand'chose à la politique du grand Comité de Salut public, parce qu'ils étaient incapables de se remettre dans l'esprit de l'époque, dans l'esprit des Jacobins, et qu'ils ne concevaient qu'une seule diplomatie, celle qu'ils avaient apprise dans la « Carrière » (2), la diplomatie des salons et des tapis veftS, la diplomatie secrète et gourmée, aristocratique et aveugle, celle qui nous a fait faire tant de fautes dans notre histoire !
La guerre actuelle, avec ses récents développements aura cette conséquence inattendue de nous remettre de plain-pied avec la guerre révolutionnaire : Similia similibus. Les Dantons du présent nous aideront à comprendre les Dantons du passé.
(1) Cité par Robinet, Danton émigré, p. 117-118.
(2) Sur une énorme erreur de Sorel, produite par son inaptitude à comprendre la démocratie, voir notre étude: «Un faux rapport de Saint-Just », dans la seconde série de nos Études robespierrista.
INDEX
Albitte, conventionnel, 90.
Alquier, conventionnel, dénoncé, 215.
Amar, conventionnel, son rapport sur l'arrestation de Fabre d'Églantine, 229 ; son rôle au procès de Danton, 247.
Antraigues (Comte d'j, agent royaliste, 168.
Araxda (Comte d'), ministre espagnol, 63.
Arthur, ami de Robespierre, son jugement sur le 10 mars, 118 ; rapporte les confidences de Duplain, 195.
Auckland (Lord) .diplomate, ioi.
Audoin, gendre de Pache, 175.
Azéma, député, signale les conventionnels qui se laissèrent acheter dans le procès de Louis XVI, y7.
Bâcher, diplomate, 232 et suiv., 241 ; sa lettre sur l'arrestation des Dantonistes, 248.
Barearoux, député, combat la motion de Danton du 13 avril 1793. 147-
Barère, conventionnel, interroge d'Espaguac, 88, 116, 117; propose la destitution de Dumouriez, 120 ; entre au Comité de Salut public, 138 ; chargé de la partie diplomatique avec Danton, 139, 150, 153 ; sou récit des négocia-
tions avec la Suède, 157 et suiv. ; son adresse à l'armée 161 ; attaqué par Pio, 165, 166 ; explique les raisons du renouvellement du premier Comité de Salut public, 170 ; répond à Mercier, 173, 178 ; s'oppose à l'abandon de la Savoie, 187 ; fixe les bases de la diplomatie de la République, 191 ; se détache d'Hérault, 204, 209 ; Noël lui écrit, 231 ; dénonce l'intrigue défaitiste, 235 et suiv., 239 ; Desmoulins lui répond, 243 et suiv.;attaque les pacifiques,245 .
Barthélémy, ambassadeur en Suisse, 204 ; mis en garde contre Hérault, 209, 233.
Basire, député, combat la République, 76 ; prononce un mot hérorque, 173 ; dénoncé, 215 ; arrêté, 216 ; accuse Danton, 216 et suiv., 230, 246, 248.
Batz (Baron de), agioteur, 39 ; essaie de sauver les Girondins et la Reine, 216.
Beauchamp, agent du Comité de Sûreté générale, auteur des Mémoires tirés des papiers d'un Homme J'Êlit, 72.
Beaulieu, écrivain royaliste, accuse Danton, 23.
Bellegarde (Soeurs de), 201.
Benoist, agent de Danton, 39,
(1) Le nom de Danton a été exclu de l'index.
INDEX
40 et sniv., 45 : envoyé par Danton à Dumouriez fin septembre 1792, 54, 101 ; son rôle dans le complot dénoncé par Chabot, 216.
Bextabole, conventionnel, 170.
Bernard (de Saintes!, député, 20.
Bernstorff, ministre danois, assure que les propositions de l'Espagne sont sincères, 230.
Bertrand (de Moleville), ministre de la marine, son rôle dans le procès du Roi, 92 et suiv.
Beurnonvili e, nommé ministre delà Guerre, 100, 112; délendu par Danton. 114, 129, 144, Bevsser, général, 175.
Bili.aud-Yarenne, conventionnel, entre au Comité de Salut public, 178 ; reçoit les confidences de Louis Comte, 198, 219, 222 ; demande l'arrestation de Danton, 230.
Biron, général, 194.
Birotteau, conventionnel, accuse Fabre d'Églantine de royalisme, 134.
Bonnecarrère (G.), reçoit Dumouriez à sa table, 99.
Bontemps, jacobin, 237.
Bouckotte, ministre de laGuerre, 175 ; attaqué par Bourdon (de l'Oise), 222.
Bourdon (de l'Oise), conventionnel, demande la paix et le renouvellement du Comité de Salut public, 222.
Boyd (Walter), banquier anglais, agent de Pitt, 215.
Bréard. conventionnel, interpelle Manuel, 51, 120 ; membre du Comité de Salut public, Briez, conventionnel, 145, 149 ; son attaque contre le Comité de Salut public, 192 et suiv, Brissot, député de la Gironde, désire la guerre, 2, 3 ; sa polémique contre Robespierre, 6,
7, 9, 10 ; Danton se rapproche de lui, 12, 13 ; allié de La Fayette, 16 ; désigne Danton pour le ministère de la Justice.
17 ; fait l'éloge de Dumouriez, 19, 20, 21 ; accusé par Soulavie, 244 ; désigne Danton pour le Conseil exécutif, 26, 27 ; ami de Williams, 46 ; ses propositions relativement à Genève, 63 ; rédige la pétition du Champ de Mars, 75 : interpellé par Danton, 100, 103 ; attaque Danton, 115, 116, 135, 194- Brunf, ami de Danton, 116.
Brunswick (duc de), 39, 47 ; son manifeste du 28 septembre J792, 53 ; négocie avec Custine, 150.
Caiixard, agent secret à La Haye, reçoit des propositions de paix, 232, 234.
Calonne, agent des princes,
reçoit Chèvetel, 97.
Cambacérès, conventionnel, 115 = 132 ; demande le renouvelle ment du Comité de Salut public, 223.
Cambon, député, attaque Dumouriez, 87 ; interpellé par Danton, 134 ; son prestige au lendemain de la trahison de Dumouriez, 138, 139 ; accuse Lebrun, 165 ; son rapport sur la situation diplomatique, 166 ; ses révélations sur le complot Dillon, 170.
Campos (Clémente de), diplomate, 168, 247.
Camus, conventionnel, 120, 122,
Carnot, 220.
Carra, journaliste, 39 ; demande la paix, 174 et suiv.
Carrier, conventionnel, propose le tribunal révolutionnaire, 109.
Castellane (Vicomte dé), conspire, 16S et suiv.
Catus (Pons de Boutier de)
INDEX
agent secret, 184 ; envoyé à Mulhouse, 205.
Chabot (François), député, son témoignage sur la formation du ministère girondin, 20 ; agioteur, 39 ; traite avec Ooariz le prix de son vote pour Louis XVI, 72 ; fait élire Philippe Égalité à la Convention, 76 ; ami de Desiieux, 92 ; protège Castellane, 169, 201 ; dénoncé par Fabre d'Églantine, 202 ; dénonce ses complices, 214 et suiv. ; l'instruction de son affaire, 222, 224, 230, 246, 248.
Chalier, jacobin lyonnais, 139.
Chambonas (Scipion), ministre des Affaires étrangères, corrompt Brissot, 24 », Chaudron-Rousseau, conventionnel, 170.
Chaumette (Gaspard), procureur de la Commune de Paris, demande la mise en accusation de Dumourie?, 131 ; dénonce Soulavie, 211 ; défendu par Robespierre, 218.
Chauvelin (Marquis de), ambassadeur de France à Londres, est rappelé, 36; est maintenu, 46, 47; délivre un passeport à Th. Lameth, 67 n, 144.
Chénier (M. J.), député, son témoignage sur Danton et Talleyrand, 88 n.
Chépy, commissaire du pouvoir
exécutif, 119.
Chérin, général, négocie avec
Cobourg, 149.
Chèvetel, médecin, agent de
Danton, 33 et suiv., 96.
Choiseul (Duchesse de), 167.
Choudieu, député, son témoignage sur le procès de Louis XVI, 76 et suiv.
Clavière, ministre des Finances,
Clerfayt, général autrichien, se concerte avec Dumouriez, 107, 144.
Cloots (Anacharsis), conventionnel, ses rapports avec Dumouriez, 99 ; réclame la guerre à outrance, 175, 178 ; combat la paix, 188, 195 et suiv., 201, 203 ; attaqué par Desmoulins, 221, 227.
Cobenzl (Philippe), diplomate
autrichien, 107, 151 n.
Cobourg (Prince de), son rôle dans la trahison de Dumouriez, 130, 141, 145, 148 et suiv. ; désavoué par l'Empereur, 151, 168.
Colchen, commis aux Affaires étrangères, ses recommandations à Barthélémy, 205, 209.
Collot d'Herbois, conventionnel, 115 ; entre au Comité de Salut public, 178 ; fait relâcher Proli, 202 n ; attaqué par Danton, 219, 222.
Comte (Louis), agent du Comité de Salut public, 170 n ; ses révélations sur Danton, 198 ; arrêté, 203.
Condorcet (Le marquis de), 6 ; intrigue avec Dumouriez, 20 ; explique pourquoi il choisit Danton, 26, 37, 194.
Courtois (de l'Aube), conventionnel, ses révélations sur Danton, 167, 192 ; accuse Barère d'avoir prolongé la guerre, 234 ; détourne un billet de Danton à la Reine, 247.
Courtois (Alexandre), agent du
conseil exécutif, 178.
Coustard, conventionnel, 175-
Crioué (Mme de), ses souvenirs
rectifiés par Th. Lameth, 71.
Cusset, conventionnel, chargé
d'une mission secrète, 163.
Custine, général, négocie avec Wurmser, 150 ; Danton blâme sa condamnation, 195.
Dampierre, général, négocie avec Cobourg, 143 et suiv., 150, 151.
Darbelet, agent secret, 209.
De Brv (Jean), conventionnel,
INDEX
entre au Comité de Salut public, 138.
Degrave, ministre de la guerre,
Deforgues, ministre des Affaires étrangères, 179 ; met en garde Barthélémy contre Dubuisson, 204 ; sa politique étrangère, 207 et suiv., 232, 248.
Delacroix, député d'Eure-et- Loir, intermédiaire entre Chambonas et Brissot, 24 n ; méprisé par Robespierre, 78 ; envoyé en Belgique, 105, 120, 122, 124, 133 ; entre au Comité de Salut public, 138 ; soutient Danton, 247 ; attaqué par Pio, 165 ; ses conférences avec la Reine, 168 ; offre sa démission du Comité de Salut public, 109, 175, 247.
Delaunay (d'Angers), conventionnel, dénoncé, 215 ; arrêté, 216 ; levée de ses scellés, 2^4 246, 248.
Delessart, ministre des Affaires étrangères, 9 ; mis en accusation, 18, 20.
Delmas, conventionnel, entre au Comité de Salut public,
Descorches, diplomate, 150 n.
Desenne, imprimeur du Vieux Cordeher, arrêté, 244.
Desfieux (François), Jacobin, ses rapports avec Dumouriez, 92, dénonce Pache, 99 ; réclame le Tribunal révolutionnaire, 109, ni ; son rôle dans l'émeute du 10 mars, 115, 117, 119; hébertiste, 201, 202; arrêté, 203.
Désilles, ami de la Rouarie, S3,
Desmoulins (Camille), hostile à la guerre, 13 ; essaie de pousser Danton au ministère, 18, 21, 33 < 37 ; son témoignage sur l'élection de Philippe Égalité, 76 n ; appuie Robespierre, 145 ; protège Dillon, 169, 218,
219 ; son Vieux Ccrdelier, 221 ; répond à Barère, 242.
Desportes (Félix), diplomate, ami de Danton, 46 et suiv. ; ses rapports avec d'Esebeck, 155, 183.
Diederichsen, secrétaire des Frey, 246.
Dillon (Arthur), général, conspire, 168 et suiv.
Dobruska (Voir Frey).
Doppet, Jacobin, propose la formation d'une garde pour défendre l'Assemblée, 14.
Dubois-Crancé, désigné comme futur mi nistre de la Guerre, 115.
Dubois-Dubais, conventionnel, 145, 149-
Dubouch\ge, ministre de la Marine, négocie avec Fabre d'Églantine, 23.
Dubuisson, agent du Conseil exécutif, 128 et suiv. ; sa mission auprès de d'Esebeck, 155 ; sa mission en Suisse, 184 et suiv., 203 ; suspect à Deforgues, 204 ; arrêté, 217.
Dtchfr, commis aux Affaires étrangères, combat la paix dans le Moni'eur, 190 ; combat la cession des Antilles aux Américains, 212.
Dîcos, député, combat la motion de Danton du 13 avril 1793, 148.
Dufourny, ingénieur, ami de Danton, 141 n; combat les conquêtes, 190 ; sa manœuvre contre les Hébertistes, 200 et suiv.
Dufraisse (Marc), son jugement sur le procès des Dantonistes, 251.
Dufresne de Saint-Lion, liquidateur de la dette publique, acquitté, 88 n.
Duhem, conventionnel, veut abandonner le mont Blanc, 186 ; bat en retraite, 1S7 ; attaque le Comité de Salut public, 192, 193.
INDEX
Dlt.\us, conventionnel, en mission au mont Blanc, 185.
Dumoupiez, ministre des Affaires étrangères, 16 ; offre à Danton le portefeuille de la Justice, 17, 19, 20, 21, 22 ; fait entrer Noël dans ses bureaux, 17 ; négocie avec les Prussiens, 48 et suiv. ; demande à Danton des instructions, 54 ; loué par Danton, 58, .62 x compromis dans les poursuites contre Talon, 86 ; attaqué par Cambon, 87; ses rapports avec Danton, 87 et suiv. ; écrit à Barère en faveur de Sainte-Foy, 88, 90 n ; se> efforts en faveur de Louis XVI, 92 ; son témoignage sur Bertrand de Moleville, 93 » :
sa lettre à Danton le 20 janvier 1793, 97, 99, 100 ; ses négociations avec lord Aukland, 101 et suiv. ; ses opérations en Belgique, 104 et suiv. ; son rôle dans l'émeute du 10 mars, 117 et suiv., 146,
fuNDAS, ministre anglais, 42.
Diplain, journaliste, ami de Danton, 195.
Duport (Adrien), constituant, nommé par Danton, 66.
Duranthon-, ministre de "Justice, 16, 20.
Elgiv (Comte), 249.
Ki.i2abeth (Mm-), sœur Louis XVI, compte sur Dan ton, 24.
Esebegk (Baron d'J, ministre des Deux-Ponts, 155 ; interné à Paris, 183.
Espagnac (Abbé Sahuguet d'), agioteur, 87, 134 n
Fabre d'Églaniine, négocie avec la Cour, 23 ; réconcilie Danton et Brissot, 26 ; dépose contre Roland, 32, 33 ; envoyé par Danton auprès de Dumouriez fin septembre 1792, 54, rig ; son rôle dans 1 ''émeute
ki
du 10 niars, 117, 130 n ; accusé de royalisme par Sirotteau, 13; ; accuse Chabot, 169 » ; attaque le Comité de Salut public, 192 ; sa manœuvre contre les Hébertistes, 200 et suiv. ; son rôle dans l'affaire des Indes, 216 ; défendu par Robespierre, 218 ; dépose en faveur de Lebrun, 224 ; complice de Delaunay et de Chabot, 225 ; attaqué par Robespierre, 226, 2^0, 246, Ferraris (général), 168.
Fersen, ami de Marie-Antoinette, 3, 3.
Forster, agent ^ecret, 154.
Fouquier-Tinville, 247.
Fourvier, l'Américain, agitateur, 115.
Fox, 244.
François II, empereur d'Allemagne, i5r, 152 n.
Frey (Junius et Emmanuel), sujets autrichiens, 201 ; marient leur sœur à Chabot, 215 ; arrêtés, 217.
Garât, ministre de la Justice, fait disparaître des documents compromettants pour Danton, 92 et suiv., 102; ses confidences sur le plan de Danton, 21S et suiv.,' 247.
GÉi-Y (Louise), seconde femnie
de Danton, 197.
(iKNÊi, ambassadeur, désavoué, 206 ; attaqué aux Jacobins, Gensonné, député girondin, correspond avec Dumouriez, 19, 20, 121, 135.
Georges, maire de Varennes, échangé contre Lombard, 52.
Godoï (prince de la paix, duc d'Ajcusta), ses efforts pour sauver Louis XVI, 91 et suiv., 247.
Gossuin, conventionnel, 122 ; veut abandonner le mont Bl.nnc, 186.
INDEX
Goupil'Leau (Aimé), conventionnel, attaque le Comité de Salut public, 192.
Gower (Lord), ambassadeur d'Angleterre, 29, 36.
Grenville 'Lord), ministre des Affaires étrangères d'Angleterre, 42, 46, 15:5 et suiv., 179.
Gfouvelle, diplomate, son entretien avec Musquiz, 230.
Guadet, député girondin, 7, 76 ; dénonce Talon, 86, 121, 135.
Guffroy, conventionnel, rédacteur de Rougyff, 177 et suiv., 247.
Gusman, intrigant espagnol, 175,
Guyton de Morveaux, conventionnel, entre au Comité de Salut public, 138.
Hassexfratz, chimiste, dénonce Dumouriez, 87, 97, 120 ; proteste contre les pourparlers de paix, 145, 175.
Hébert, rédacteur du Père Duchesne, 177 et suiv. ; dénonce le royalisme de Danton. 190, 201 ; dénonce la propagande, 211 ; défendu par Robespierre, 217 et suiv. ; attaque les défaitistes, 244.
Hérault de Seicheli.es, conventionnel, 173 ; défend la politique hébertiste, 178 ; repousse Matthews, 180 ; sa politique étrangère, 184 et suiv. ; reçoit les confidences de Louis Comte, 198, 199 ; ses relations avec Proli, r 201 ; dénoncé par Fabre d'Églantine, 202, 203 ; perd toute influence, 204 ; veut annexer Mulhouse et est désavoué, 205 et suiv. ; sa mission en Alsace, 209 et suiv., 217, 222, 227 ; son procès, 246 et suiv.
Herman, président du Tribunal révolutionnaire, 184 n.
Holcroft, acteur anglais ami de Danton, 4s.
Hol'chard, général^soutenu par
les Dantonistes, 190, 192
Isnard, député girondin, 6, 7.
Jaubert, rédacteur de l'Indicateur, 108.
Jay (de Sainte-Foy), conventionnel, fait maintenir le Comité de Salut public en fonctions, 223.
Julien (de Toulouse), conventionnel, dénoncé, 215 ; arrêté, 216, 248.
Keravexast (Abbé de), bénit le mariage de Danton, 197.
Kock (de), banquier hollandais,
Lacoste, ministre de la Marine,
Lacroix (Séba=tien;, agitateur,
La Fayette (Le marquis de), appuie Narbonne, 6 ; détesté de Danton, 8, 9, n ; allié de Brissot, 16 ; accuse Danton, 23 ; passe la frontière, 30 ; reçoit Miles, 83.
La Luzerne, ambassadeur, signale Danton comme un agent anglais, 181.
La Marck (Comte de), agent de la Cour, 18 11, 20
Lameth (Les frères), protecteurs de Danton, 9 ; s'opposent vainement à la nomination de Dumouriez, r8 ; leur évolution politique, 66.
Lameth (Théodore), son intervention auprès de Danton pour sauver Louis XVI, 65 et suiv. : rectifie les Souvenirs de Mm° de Créqui, 71 ; les Mémoires d'un Homme d'État sur le rôle de Chabot, 72 ; son récit confirmé par M:.ïe«, 82 ; oar God'ï, 91, 97
Lameth (Charles), son témoi gnage sur Pitt, 73.
Lansdowne Œord), intervient au Parlement anglais en faveur de Louis XVL, 79, 91.
Lanoue, général, 112 : défendu par Danton, 127.
INDEX
Laports, intendant de la aste civiie, ic, 2T.
Larévellière-Lépeaux, conventionnel, attaque Danton,
113, "4- La Rouarie (Marquis de), 32,
Lasource, conventionnel, attaque Danton, 126, 133 et suiv., 135.
La veaux (Charles), journaliste, sa discussion avec Hébert sur la neutralité de la Suisse, 211.
Lavergne, commandant de Longwy, 30.
Lebas, conventionnel, 210.
Lebrun, ministre des Affaires étrangères, 27, 28, 37, 40, 46 ; compte sur Brunswick pour obtenir la paix, 47 ; ses négociations avec les Prussiens après Valmy, 49 et suiv. ; sa correspondance avec Noël, 56, s 7 ; ses rapports avec Miles, 79 ; son rôle dans le procès du Roi, 85, 101, 102, 116, 12S, 131 ; écrit à Descorches, 150 ; écrit à Grenville, 153 et suiv. ; ses négociations sous le premier Comité de Salut public, 155 et suiv. ; arrêté, 194 ; son procès, 223.
Lecointre, conventionnel, 247.
Legendre, député, ami de Danton, 22 ; veut qu'on distingue entre le peuple anglais et son gouvernement, 238.
T.EGOT, conventionnel, 247.
I.éopold, empereur, lance la circulaire de Padoue, 1 ; conseille la résignation à Louis XVI, 2, 16.
Lestevenon, Hollandais patriote,
Lin-dsay (William), chargé d'affaires d'Angleterre à Paris, demande ses passeports, 46.
Lombard, secrétaire du roi de Prusse, 48, 52.
Louis XVI, provoque la guerre, 1, 2, 3, 4 : écrit à Breteuil, 4 ;
démarche de l'Angleterre en sa faveur, 29 ; le roi de Prusse demande sa liberté, 48 et suiv. ; son procès, 64 et suiv. ; Th. Lameth fait son éloge à Danton, 68.
Louis XVII, 249.
Louis-Philippe, fils de Philippe Egalité ; son entretien avec Danton sur les massacres de septembre, 73 et suiv.
Luxgourg (Baron de), diplomate, 155.
Mac'k, colonel autrichien, 126,
Maillard, agitateur, 203.
Malesherbes, 249.
Mallet du Pan, son opinion sur Danton, 249.
Malouet, ancien constituant, accuse Danton, 23.
Mamix, chef des Défenseurs de la République, ni.
Manstein, général prussien, sa note à Dumouriez, 48.
Manuel, député girondin, son rôle dans les négociations avec les Prussiens, 50 et suiv. ; écrit à Lebrun, 56.
Marat (J.-P.), blâme les pourparlers avec les Prussiens, 55 et suiv. ; Danton s'exprime avec mépris sur son compte, 70 ; Dumouriez craint de le rencontrer aux Jacobins, 99, 123 ; somme Danton de s'expliquer sur ses rapports avec Dumouriez, 131, 132, 135, 175, 204.
Maret (Hugues-B.), diplomate, 38, 102, 153 ; sa mission à Xaples, 156 et suiv*, 194.
Marie-Antoinette, provoque la guerre, 1, 2, 3 ; applaudit à la nomination de Narbonne, 5 ; souscrit pour les Suisses de Chateauvieux, 15, 20 ; abandonnée par l'Empereur, 151 ; Danton blâme son supplice, 195 ; lettre que lui écrit Danton, 247.
2bo
INDEX
Massieu, conventionnel, 247.
Matthews (Jarae9 Tllly), agent secret, 15.3 et suiv. ; est protégé par Danton, 179 et suiv. ; interné chez le traiteur Rose, 183
Maulde (Emmanuel de), diplomate, 101 et suiv., attaque le ministère, 116.
Mercier (Sébastien), conventionnel, 173 et suiv.
Mercy-Argenteau (Fe comte de), ambassadeur d'Autriche à Paris, 8, 107, 141, 151, 167.
Mfrge7, parent de Danton, 57 87, 102 ; arrêté avec Semonville, 156.
Merlin (de Thionville), conventionnel, attaque le Comité de Salut public, 192 : demande le renouvellement du Comité de Salut public, 222 et suiv.
Mézières (ou Mésaigâ), adjudant fédéraliste, 199.
Miles (William Augustu?,, agent de l'itt, 45, 79 et suiv. ; sa correspondance avec Noël, 82 et suiv., 143 ; écrit à Noël à Venise, 194 et suiv. : fait des propositions de paix, 230 et suiv., 23-. : son jugement sur Danton, 248.
Mirand*, général, ro«J, 105 ; conspire, 168.
Mitchell (Archibalrl), agent secret, 179.
Moine (Jacques), dépose contre Froli, 14-T.
Momoro, jacobin, 237.
Monge, ministre de la Marine, 28, 102.
Montoeroult (Mm« de), arrêtée avec Maret, 194-
Montjoye, aide de camp de Dumourie7, 126.
Musouiz, diplomate espagnol, fait des propositions de paix à Grouvelle, 230, 234.
Narbonne (Le comte dei, ministre de la Guerre, pousse à la guerre, 4, 5 ; ses secrets desseins, 6.
Navdet, acteur, agent de Danton, 198.
Nëcker, 158.
Noei. (Abbé Françoise, agent de Danton, 37 et suiv., 47, 79 ; sa conversation avec Miles sur le procès du Roi, 80 et suiv. ; son entrevue avec Danton à Licjje, 90 et suiv. ; nommé à La Haye, 101 ; critique Chauvelin, 144 ; sa correspondance avec Danton, 193 et suiv. ; reçoit la proposition de paix de Miles, 231 et suiv., 234 ; demande un passeport à Miles, 248.
OcARt/ (chevalier), chargé d'affaires d'Espagne à Paris, 71, 72, 94-
Osseliv, député, dénoncé, 213.
Otto, commis de Deforgues, 179 et suiv.
Pache, ministre de la Guerre, Danton demande son remplacement, 100, 102, 117, 120, 1/5-
Paine (Thomas), conventionnel, doute de la victoire, 161 et suiv.
Parck, fournisseur anglais, ami de Talon, 86.
Paré, clerc de Danton, acquitte Sainte-Foy, 88 ; signalé comme un agent anglais, i8r.
Pei.lenc, agent de la Cour, 18 71, 20 ; sa lettre à Mercosur Talon, 88 n, 89, 108 ; sa lettre du 23 juin 1793, 167.
Pén'ifres, conventionnel, 120 ; attaque Danton, 132 et suiv.
Pereira, agent du Conseil exécutif, 128 et suiv. ; arrêté,
Perregaux, banquier, distribue l'argent anglais, 182, 249.
Perry, directeur du Mornins, Chrr.nicle, 43.
Petiox (Jérôme), interpellé par Danton, 100, 194.
Pétry, agent secret, 154. 153,
PiiiLiprL'. cousin de Danton,
LNDEX.
2ÔI
ses accusations contre Danton, 66.
Philippe Égalité (duc d'Orléans), son élection à la Convention, 76, 89, in, 132, 181.
P10 (Louis), attaque Lebiun, 163 et suiv., 201.
Pitt, premier ministre anglais, est attaché à la neutralité, 2, 40, 42, 46 ; accusé d'avoir abandonné Louis XVI, 71, 79 et suiv. ; accusé par Godin, 91, 102, 106, 212, 237, 240, 242, 243.
Priestley, chimiste anglais, 46.
Prieur (de la Marne), conventionnel, veut qu'on garde la Savoie, 167, 220.
Proli, banquier belge, ses rapports avec Durnouriez, 92, 99, 128 et suiv. ; chargé par Danton de négocier la paix avec l'Autriche, 140 et suiv. ; ses relations avec Hérault, 201 ; araété, 202, 217, 247.
Randon de la Tour, commissaire de la Trésorerie, 44.
Recordain, demi-frère de Danton, 37.
Robert, conventionnel, son intervention aux Jacobins en faveur de Louis XVI, 90, 124.
Robert (Mm-), rédacteur de l'Observateur deVEurope, 191 n
Robespierre (Maximilien), sa campagne contre la guerre, 6 et suiv. ; ses accusations contre Danton, 13 ; son désaveu de Danton dans l'affaire de la quête pour le« Suisses de Chateauvieux, 15 ; méprisé par Danton, 70 ; reproche à Danton son rôle dans le procès du Roi, 77 ; critique la conduite des généraux, 106, 112 ; son jugement sur l'émeute du 10 mars, 117; il accuse Dumouriez de trahison, 126, 132 n ; son intervention dans le débat -du 13 avril 1793, 145 et suiv. ; ses propositions
du 54 avril 1793, 160, 172 ; répond à Mercier, 173 et suiv., *75> 179 ** i répond à Duhem, i93, 202 ; circonvenu par Fabre d'Eglantine, 203 et suiv. ; fait rappeler Catas, 205 ; sa politique étrangère, 307 ; écarte Hérault des séances du Comité de Salut public, 210; accuse le9 Dantonistes d'avoir voulu livrer les Antilles, 212 ; définit les bases de notre diplomatie, 213 et suiv. ; son rôle dans l'affaire des Indes, 217 et suiv. ; fait rayer Cloots des Jacobins, 221 ; comprend qu'il a été dupe de Fabre d'Èglalfcitin>e, 225 ; le dénonce aux Jacobins, 226 ; sa politique, 227 et suiv. ; pénètre le complot de Danton, 234 ; fait mettre à l'ordre du jour la discussion sur l'Angleterre, 237 ; répond à Legendre, 238 et suiv. ; jugement d'Albert Sorel sur sa politique, 250.
Roland, ministre de l'intérieur, 16, 20, 27 ; Danton l'oblige à rester à Paris, 32 ; ce qu'il é«"rit à Duinoune? sur Danton, 123, 196.
Roland (Mme), ses révélations sur Chabot, 160 n.
Rose, ministre anglais, 42.
Rose, traiteur, 180.
Rossignol, général, attaqué par les Dantonistes, 192.
Rousselin (Alexandre), agent de Danton, 198 ».
RutlEdge (James), journaliste
Saifffrt, médecin, intrigue avec Dumouriez, 99.
Saint-André (Jeanbon), conventionnel, 91, 115, 222, 237.
Sainte-Foy, agent de la Cour, 19 n, 20, 21 ; oncle de Talon et ami de Dumouriez, 45 ; est arrêté, 86 ; acquitté, 88.
Saintex, jacobin, 143 ;*.
INDEX
Saint-Just, 118 ; son rapport sur le complot Dillon, 169, 183 », 202 ; refuse de correspondre avec Hérault, 210, 212 ; attaqué par Danton, 219 ; dénonce les factions,
Sambat, dépose contre Proli, 141 », 144.
Santerre, brasseur et général, s'entretient avec Dumouriez un moment du procès du Roi, 92, ni, 118.
Ségur, ambassadeur français, 42 ; rapporte un mot de Th.
Lameth, 77.
Sémonville (Marquis de', diplomate, 43 ; sa mission à Florence, 156.
Servan, ministre de la Guerre, 20, 28, 74.
Shéridan, 243.
SijAS, jacobin, 237.
Siixery, conventionnel, 132.
Simon' (Philibert;, conventionnel, vient au secours de Manuel, 51, 52 ; en mission au mont- Blanc, 1*5.
Soulavie, mémoriaiist.% accuse Brissot de véualité, 24 n ; attaqué par Chaumette, 211
Spielmann, diplomate autrichien, 107.
Staël (Mme dej, maîtress» de Narbonne, 5 ; accueille les Girondins dans son salon, 6.
Staël (Baron de;, ambassadeur de Suède, 157 et suiv.
Stanhope, 243.
Stanley, membre du Comité révolutionnaire de la section des Mutius Scévola, 201.
Steding (Baron de), diplomate suédois, 107.
Stengel, général, 112.
Talleyrand, diplomate, ses relations avec Danton, 43, 87, 88, 101, 108.
Tallifn, attaque ies Hibertistes, 246.
Talov, agent de la Cour, 2r; désigné par l'initiale T. dans les lettres de Noël, 40 et suiv., 43 ; accuse Pitt de vouloir la mort de Louis XVI, 73, 79 et suiv. ; méprisé par Miles, 83 ; poursuivi après la découverte de l'armoire de fer, 86 ; soutenu par Danton, 87, 90, roi.
Thuriot, député, combat la République, 76, 115, 170 ; accusé d'agiotage, 217 n.
Topino-Lebrun, juré au Tribunal révolutionnaire, 17, 165 ;;.
Treilhard, conventionnel, 120, 122, 124 : entre au Comité de Salut public, 138.
Vadier, son rôle au procès de Danton, 247.
Valazé, député girondin, son rapport contre Louis XVI,
Valence (général), écrit à Dumouriez, 105.
Van de Spiegel, grand pensionnaire de Hollande, iot.
Vergniaud, député girondin, 7 ; son témoignage sur la formation du premier ministère girondin, 20.
Verninac, diplomate, 158 et suiv.
Washington, demande le rappel de Genêt, 206.
Westermann, ami de Danton, déclare avoir refusé 3 millions de la Cour avant le 10 août, 23 ; ses négociations avec les Prussiens après Valmy, 4S et suiv. ; dîne au camp prussien, 55 ; défend Dumouriez, 87.
Williams (David), quaker anglais, 46.
Wurmser, général autrichien, répond à Custine, 150, 152,
York (Duc d'/, second fils du roi d'Angleterre, 39, 179, 198.
"Univers??^ B'SL'OTHfCA