ACTE V, SCÈNE I
coupables de conspiration contre la stabilité de la République, est fendu.
Cris. — Vive la République I
Robespierre [souriant amèrement). — La République ? Elle est perdue à partir d'aujourd'hui.
Cris. — A bas le tyran !
Robespierre {riant de nouveau avec mépris). — « Le tyran ! » Si j'étais un tyran, je serais venu à la tête du peuplé en armes — j'aurais fait comme Cromwell — et ils ramperaient à mes pieds, ceux qui maintenant aboient ici contre moi ! — Hier j'étais pour vous l'Incorruptible, le Juste, le Grand, le Génie delà France
— et aujourd'hui je suis pour vous un criminel ! Mais vous, écoutez I pour moi, aujourd'hui comme hier, vous êtes les mêmes : de misérables girouettes, des jouets qui obéissent au souffle du moment —
Cris. — A bas Robespierre !
Robespierre. — Vous me condamnez à mort — moi je vous condamne à l'esclavage pour un siècle encore ! —
Cris plus forts. — A bas Robespierre 1
Robespierre. — Le talon des rois s'appuiera sur votre dos courbé —
Tumulte et bruit général. — A bas Robespierre !
Robespierre. — Je vous méprise — mais je respecte le principe en vertu duquel vous me demandez raison
— c'est le principe pour lequel j'ai vécu et combattu. — Vous m'envoyez devant les juges — eh bien ! devant ceux-ci on me rendra, pour me défendre avec calme, la parole qu'ici vous m'avez enlevée . Je respecte votre sentence. Sbires de la Convention, faites votre devoir I
Couthon {avec une ironie mordante). — Sbires de la Convention, un peu de patience I Qui sait ce que les représentants du peuple souverain trouveront
encore à décréter ! Que n'ont-ils pas déjà décrété aujourd'hui ? Cette honorable Assemblée a d'abord décrété l'impression et l'envoi du discours de Robespierre — puis la même honorable Assemblée a décrété l'arrestation et l'accusation du même Robespierre — Tune et l'autre chose, parce qu'il s'est trouvé quelqu'un pour les proposer. — Si on avait proposé la nomination du même Robespierre à la dictature, la même Convention aurait décrété la nomination du même Robespierre comme dictateur —
Cris. — A bas Couthon !
CouTHON. — Allons, allons ! permettez quelques mots à un vieux bavard — c^est désormais sans danger. — Ai, ai, mes jambes ! elles me cuisent doublement, depuis que mon ancienne amante, la Liberté, est devenue une sotte prostituée qui se donne à tout le monde . — Hi, hi 1 C'est une chose à mourir de rire, mes chers amis, que cette plaisanterie républicaine de la mise aux voix, que ce jeu de quilles des majorités. Ai, ai ! je ne puis plus rire comme je le voudrais. — Sbires, mes amis, vous ferez donc mieux de porter sans plus de retard le vieux Couthon en prison. Arrivez donc, saisissez-le, le vieux paralytique Couthon ; ses jambes, vous le voyez, sont devenues aussi faibles que celles de la République !
Barère. — Gendarmes, saisissez les accusés et conduisez-les à la Conciergerie I {Les gendarmes hésitent à marcher vers Robespierre),
Robespierre {d^un ton impérieux). — Avez-vous entendu ? Obéissez à la loi ! Faites votre devoir I {Ils se dirigent vers lui et lé plaçant avec Saint-Jusi au milieu d^euxy tandis que d'autres se disposent à emporter Couthon).
Saint-Just. — Ne crains-tu pas le peuple, Tallien ?
Tallien. — Non, Saint-Just! Robespierre nous a