‹ Danton & RobespierreChapitre 100 sur 117 · ACTE V, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE I

Robespierre {souriant amèrement), — Pourquoi ne Pavez-vous pas défendu, quand il vivait? [Use lève et fait quelques pas vers la Plaine, — Tallien le suit toujours avec son poignard), — Hommes de la Plaine ! peut- être, dans ces derniers temps, avez-vous appris à apprécier les intentions de Robespierre —

Voix DES HOMMES DE LA Plaine. — Tes maius sont souillées de sang, Robespierre I loin de nous !

Robespierre. — O • aveuglement ! ô misérable espèce ! (// se laisse tomber sur un siège voisin).

Voix. — Arrière ! ici s'asseyait Vergnîaud, le chef éloquent des Girondins !

Robespierre {se lève avec effroi). — Le traître !

Voix. — Tu as peur ?

Robespierre. — Pas des spectres de ceux que je ne craignais pas lorsqu'ils vivaient ! Mais vous, tâchez de réprimer un jour votre effroi devant la place où Robespierre a siégé parmi vous ! {Pause inquiétante — Robespierre monte de nouveau à la tribune). Je demande la parole pour me défendre, comme on l'a accordée à Marat lui-même. —

Tallien. — Voulez vous le laisser parler .?

Cris confus. — Non ! non ! à bas Robespierre !

Robespierre [s' emportant^ avec une voix enrouée par la surexcitation), — Président d'assassins I la parole I la parole I

Tallien {avec une ironie tranquille), - Epargne-toi, Robespierre 1 tu es enroué — enroué comme Danton I — Némésis ! —

Robespierre {soulevé par la passion), — Pas tellement enroué que je ne puisse vous dire que je vous méprise tous !

Tallien. — Nous le savons. Mais le temps est passé où tes sourcils froncés avec colère indiquaient le couteau de la guillotine suspendu sur les têtes. J'in-

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vite le président à faire voter sur la proposition d'arrêter immédiatement Robespierre et de le mettre en état d'accusation pour cause de conspiration contre la stabilité de la République . — Pourquoi hésites-tu, président ? Est-ce par suite de 1' «excellente harmonie » qui, comme tu l'^s assuré, règne entre le Comité de Salut public et Robespierre ?

Barère {intimidé), — Je ne balance pas un seul instant à mettre aux voix cette proposition si légitime. Je ne nie nullement que Robespierre, au Comité de Salut public comme dans la Convention, ait exercé une domination qui n'était pas très régulière. Je me trouve sur ce point en complet accord avec l'Assemblée.

CouTHON. — Homme du « complet accord » I sors donc de ta poche le discours que tu avais l'intention de prononcer aujourd'hui en faveur de Robespierre — alors que tu ne savais pas que le vent politique ne file pas toujours aussi droit qu'une balle de fusil, mais qu'au contraire, hélas ! il change parfois de direction.

Saint-Just {allant vers Barère). — Robespierre en accusation .? Voici mon épée, président ! je partage son sort.

Tallien. — Naturellement. Robespierre, Saint-Just, Couthon — la Sainte-Trinité de la guillotine — le triumvirat qui, par-dessus nos cadavres, voulait monter sur le trône de France.

Couthon {montrant avec un sourire ironique ses jambes paralysées). — Monter sur un trône — avec ces jambes ?

Barère. — J'invite l'Assemblée à voter, par assis et levé, sur l'adoption de la proposition de Tallien. {La Convention entière se lève). A Tunanimité 1 En conséquence, le décret d'arrestation et de mise en accusation de Robespierre, Saint-Just et Couthon,

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