‹ Danton & RobespierreChapitre 107 sur 117 · ACtE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACtE V, SCÈNE III

Les membres de la commune et les autres partisans.

— Signe, Robespierre !

Couthon. — Signe, Robespierre ! (Pause).

Robespierre {i)longé longtemps dans un morne si^ lence, se lève enjtn^ saisit le papier et y jette un regard

— lisant) :« Peuple de Paris ! Je me place comme dictateur à ta tête! A bas la Convention! »... (Regardant fixement un instant devant lui y puis se par^ tant à lui-même) : Sois fidèle à toi-même, fidèle jusqu'au dernier soupir ! (// déchire le papier et regagne sa place).

Saint-Just. — Cest ta réponse .?

Robespierre. — Oui.

Saint-Just. — Alors il ne nous reste plus qu'à mourir!

Robespierre. — Sans doute.

Saint-Just. — Toi-même tu nous condamnes à mort ?

Couthon [riant). — Laisse-le — c'est pour lui une vieille habitude — il faut qu'il prononce encore une sentence capitale —

Robespierre {riant amèrement). — C'est la dernière que je prononce : car je prononce en même temps la mienne. J'ai dit à la Convention que la France me condamne à mort, et que moi je la condamne à une nouvelle domination royale, à un nouvel esclavage. Ce n^est pas tout à fait exact. Je dis maintenant : la France se condamne elle-même à l'esclavage, je me condamne moi-même à mort !

Saint-Just. — Pourquoi ?

Robespierre. — Pour la malheureuse erreur à laquelle j'ai sacrifié le sang de milliers d'êtres : cette erreur, que le peuple français ait besoin de la liberté et de la République, qu'il les veuille, les réclame, les

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aime par dessus tout. — Comment ? Ce peuple français pense être un peuple de héros de la liberté ? Combien de temps ? Toujours la marque originelle de sa nature reparaît I C'est un peuple de prétoriens. — Donnez-lui un empereur avec le sabre au poing, et il s'attellera, en poussant des cris d'allégresse^ à son char de triomphe I

L'envoyé des Jacobins. — Dis un autre mot, Robespierre !

Robespierre. — J'ai dit le dernier.

L'envoyé. — Adieu, Robespierre I (// sort).

Une partie des membres de la commune et des AUTRES PARTISANS. — Il est permis au peuple de combattre. Venez ! nous agirons pour Robespierre, même sans Robespierre ! {Ils sortent).

Un messager. — La force armée de la Convention s^avance. —

Une autre partie des membres de la commune et des partisans {haussant les épaules), — Voyons ce que Ton peut faire — {Ils s* éloignent).

Second messager. — La garde nationale, opposée à la lutte, a suivi les insinuations des membres de la Convention —

Une nouvelle partie des membres de la commune et des partisans. — L'affaire prend une tournure sérieuse — {Ils s^en vont).

Troisième messager. — La petite troupe des sansculottes fidèles diminue — Henriot leur manque. —

Les membres de la commune et partisans ciui sont RESTÉS LA. — Eh I Robespierre, si tu cherchais à te mettre en sûreté ? L'Hôtel de Ville ne peut tenir contre des forces supérieures — le chemin de la fuite est encore ouvert —

Robespierre. — Encore ouvert — allez en avant — je vous suis — {Ils s^ éloignent).

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