ACTE I, SCÈNE II
Danton. — Friponne I (// remarque la troupe de Cloots). Qu'est-ce ?
Un homme dans la foule. — Des députés et représentants de tous les peuples de la terre.
Danton {en riant, au nègre de là troupe), — Morbleu, François, où as-tu pris cette figure ? N'es-tu pas le domestique déserteur du comte de Boulainville ?
Le nègre. — Pardon, citoyen Danton, — je représente ici les Africains.
Cloots. — Nous représentons ici les races et les peuples de l'univers. Tous veulent et doivent s'unir à la France. Vous avez établi Tégalité de tous les Français ; mais tous les hommes, tous les peuples sont égaux.
L'amputé {en colère), — Quoi ? Tous les peuples égaux ? Les Français ne vaudraient pas mieux que les autres ? A bas l'aristocrate !
Cloots. — Comprenez-moi bien. Paris sera la capitale du globe. Il n'y aura plus de royaume d'Angleterre, de royaume d'Espagne. Il n'y aura plus d'Allemands, d'Anglais, de Français.
Le sans-culotte. — Mille tonnerres ! Plus de Français ! (// veut s'élancer sur lui),
Cloots. — Ecoutez jusqu'au bout. Tous les hommes seront des hommes, des frères, de libres républicains. {Se tournant vers Danton), Ma conviction a toujours été que tous les peuples se fondront en un seul.
Danton {d^un ton sérieux, à Cloots en lui frappant sur V épaule), — Je le crois aussi, cher Cloots I
ClooTS. — Et moi, je dis que ce temps est arrivé.
Danton. — Hum ! — en es tu sûr, cher Cloots ?
Cloots. — Mais le peuple auquel tous les autres se doivent unir est lepeuple ivançzis, {Avec une pompe oratoire). Car lepeuple français est le plus libre, et un
peuple libre à Pintérieur ne jouera jamais à l'extérieur le rôle de conquérant et d'oppresseur !
Comme autrefois l'aigle de Jupiter a fait de Ganymède, L*aigle de France emportera les peuples Sur ses ailes dans le ciel de la Liberté Et de la beUe Humanité !
Danton {à pari y à Robespierre), — Il est étrange de voir combien d'esprit dépensent beaucoup de gens pour prouver qu'ils sont fous. {Le tambour et la musique résonnent).
Le greffier de la commune {regardant la scène du haut de la tribune dressée et couverte de tapis), — Ils viennent I Le gros Henriot, le brave commandant à la figure avinée, chevauche devant la troupe et établit l'ordre. Eloignez-vous, si vous ne voulez pas être foulés aux pieds. {Le peuple fait place, — Robespierre est resté pendant toute la scène à peu près indifférent : il donne des marques de distraction^ semble parfois comme enfoncé en lui-même^ s'occupe d'autre chose ^ examine des riens autour de lui^ et parfois seulement dirige un regard perçant sur celui qui parle).