ACTE I, SCÈNE III. 7I
dame la Raison, cette tête pelée de Momoro, trouve à l'heure du dîner sa soupe divine et raisonnable, quand la déesse Raison Ta laissé brûler à la cuisine ? (A Camille Desmoulins qui sort de V église et s'avance) Que fait là-dedans la déesse, Camille? As -tu baisé sa pantoufle ?Quel aspect a Notre-Dame?
Camille. —
Celui d'une taverne. — C'est une odeur
De hareng et d*eau-de-vie.
Les sans-culottes dansent avec les jeunes filles
En vrais sans-culottes — la poitrine nue.
Les bas tombants, la pipe à la bouche.
L'intérieur de la cathédrale est barbouillé
En vert, et ressemble à une auberge
De campagne le dimanche après-midi.
Liqueurs, saucissons, petits pâtés,
Et tout ce qu'il est possible de désirer, on peut Tavoif.
On boit de Teau-de-vie dans les calices, et on mange
D%ns des patères du macaroni.
Danton. --.• Et la Déesse ?
Camille. — Elle tousse fort, car Chaumette agite devant elle un encensoir de cuivre, et dans son zèle il lui chatouille le nez avec des nuages d'encens trop épais pour que sa divinité de fraîche date les puisse supporter. En même temps il fait un prône sur une statue renversée de la Sainte Vierge, qu'il compare à la représentante de la Raison — et dans ce parallèle la Vierge, naturellement, n'a pas le dessus. Hébert, lu aussi, harangue la populace d'un autre côté ; il bbi avec Ronsin, le général licencié des bandes militaires, et avec le lourd Henriot, et tous trois jurent qu'il faut entreprendre quelque chose contre les modérés, con^ tre les tièdes, contre les aristocrates secrets, ainsi que
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contre les ambitieux qui malheureusement siègent à la Convention et au Comité de Salut public, et couvrent de leur nom éclatant des projets ambigus.
Danton. — C'est à mourir de rire. — Robespierre, si tu as envie de couper à la Commune les cheveux et les ongles qu'elle s'est laissé croître en vraie sauvage, fais-le ; cette fois je ne m'y opposerai pas même par un mouvement du coin de la bouche. Vous, membres du Comité de Salut public, décapitez cet Hébert, et épargnez en revanche une douzaine de prétendus suspects et aristocrates, dont le seul crime, le plus sou vent, est d'appartenir à la vieille noblesse et d'être des imbéciles. Mieux vaut vivre parmi les aristocrates qu'au milieu de cette canaille malpropre, qui, en plein Paris, veut faire de nous des sauvages, des Spartiates, ou des citoyens conformes à l'état de nature de Rousseau.
Robespierre {tranquillement), — Laisse Rousseau en paix, Danton !
Danton. — Ton idéal, je le sais I — mais non pas le mien, c'est connu. — Je ne m'enthousiasme' pas plus pour Tétat de nature de Rousseau que pour Sparte et les républiques modèles analogues. Mordieu ! sommes-nous devenus libres pour vivre en sournois ou pour nous abrutir en enfants de la nature ? Il faut au peuple du savon et un Dieu — Chaumette veut lui enlever l'un et l'autre. Les Français sont devenus sans-culottes. Nous les avons reçus sans culottes, et notre orgueil devrait être de les remettre culottés à nos héritiers. Des idéalistes comme Rousseau —
Robespierre {tranquillement et sérieux comme atiparavant), — Laisse Rousseau en paix, Danton !
Danton. — Nous sommes allés assez loin. Et maintenant, de plus, il faut ces maudits fous ! — Inscris Hébert sur ta liste, Robespierre 1 Je suis en somme