‹ Danton & RobespierreChapitre 22 sur 117 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

de la chaire. Depuis l'époque du grand Voltaire, où pour la première fois les souris de l'incrédulité ont rongé le lard de TEglise, et depuis que l'étude de la nature a surgi du lit paresseux du principe de la toute-puissance divine, sur lequel elle avait dormi, la France a marché en avant à pas de géants. Continuez dans cette voie, frères! Avec la cendre des rois, dispersons aussi aux quatre vents hors des églises la cendre des saints du calendrier ! Et quant aux saints de métal, ils doivent devenir de bons patriotes et aller au feu pour la République ! Nous les fondrons ! Arrachons aux tours des églises les cloches aux langues bavardes, et faisons-les gronder dans les plaines sous forme de canons ; taillons des cartouches dans les missels ! Sur les cimetières dressons cette inscription : « Sommeil éternel ! ». Ne sacrifions plus au ciel le meilleur de nos biens ; imitons la ruse des anciens païens, qui des victimes du sacrifice n'offraient aux dieux que la peau et les os, et mangaient eux-mêmes la chair. Notre déesse doit être la Raison, la saine Raison sans subtilité, sans prétention, sans érudition aristocratique. Et comme Français. et républicain j'ajoute : La science doit être utile, et les arts doivent uniquement servir au patriotisme ; ils ne doivent pas être l'instrument d'un amollissement aristocratique. L'antique, vénérable et splendide monument de Notre- Dame, qui se dresse devant nous, nous le consacrons désormais comme temple à la Raison, sur son maîtreautel nous plaçons la déesse de la Raison. Mais tout d'abord, pour montrer que la lumière est commune à tous (se tournant vers les jeunes filles)^ allumez les flambeaux et partagez-les entre tout le peuple. {Les jeunes filles saisissent des flambeaux^ entassés en vaste monceau au pied de la tribune^ et les allument au flambeau de la déesse).

Cloots {s" approchant avec sa troupe). — Laissez tous les peuples allumer leur flambeau à cette lumière qui s'est levée en France !

Chaumette. — Mettez le feu aux flambeaux, et portez l'Evangile de la Liberté, de l'Egalité et de la Fraternité dans le monde entier ! {Cloots et les siens saisissent les flambeaux et les allument),

Lambertine {s^ approchant avec sa troupe). — La lumière de la Raison doit-elle luire toujours seulement pour une moitié de l'Humanité ?

Chaumette. — La femme doit avoir part aussi à la liberté et à la vérité. Allumez vos flambeaux à la lumière commune ! {Lambertine et ses amies suivent cet avis). Citoyens et citoyennes de la République ! les préliminaires de la fête de la Raison, nous les avons accomplis sous la voûte bleue du ciel, car aucune cathédrale n'est assez spacieuse pour contenir tous les fidèles de la lumière ! Couronnons maintenant Toeuvre en faisant entrer la déesse par la porte du temple et en lui donnant pour trône le maître-autel de Notre-Dame I {Roulement de tambours. Musique* Le cortège se met en marche, Cloots et Lambertine sui^ vent avec les leurs ^ le peuple se presse derrière^ le cortège entre dans V église de Notre-Dame, qui forme le fond. Vavant'Scène étant ainsi devenue libre^ Danton et Robespierre s'avancent de nouveau).

Danton. — As-tu entendu le mordant discours d^Hébert contre les tièdes et les ambitieux ? A qui peut-il bien avoir fait allusion ? A nous deux .? je ne crois pas. Moi, je ne suis plus ambitieux, et toi, mordieu, tu n'es pas tiède ! Cela ne nous atteint donc pas ! — Mais ces gens de la Commune deviennent hardis — très hardis. — Pour moi, je suis ravi de connaître maintenant la forme de la Raison incarnée. Je voudrais seulement savoir si le mari accouplé à ma-

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