ACTE III, SCÈNE III. l
longtemps devenue un duel, une lutte h. vie et à mort. Tous les esprits écument et entrent en fureur,
Lebas. — Nous soutenons une lutte de géants contre l'étranger. Il s'agit donc d'aller vite en besogne à Tintérieur.
CouTHON. — Oui. Avec de petits moyens conciliants, nous n'aboutissons à rien. Impossible de tailler une pierre avec une queue de renard.
Madame Duplay. — Ah, mon Dieu I — on guillotine, guillotine —
CouTHON. — Qui guillotine, bonne citoyenne Duplay? La Convention ? le Comité de Salut public ? le tribunal révolutionnaire ? Nous ? Robespierre ? Personne, bonne citoyenne Duplay 1 Cela va tout seul^ comme une horloge une fois qu'elle a été remontée. — L'homme s'habitue à tout^ bonne citoyenne Duplay ! {Une joyeuse musique résonne toui-à-cotip dans la forêt).
Léonore. {qui s'était éloignée en cueillant desjlenrsy se rapproche en hâte). — Une noce ! une noce !
Robespierre. — Ce sont les vieux époux Miraud, qui m'hébergent ici parfois, et qui célèbrent aujourd'hui leur jubilé — {Le cortège sort du àois, la musique se tait).
{Robespierre va au-devant du vieux couple].
Le VIEUX. — Vieille, voilà monsieur Robespierre!
Robespierre. — Bonne chance pour votre jubilé, mes excellents époux I
La vieille. — Vous avez toujours été bon pour nous^ vous vouliez bien entrer dans notre cabane^ vous vous contentiez —
Un jeune homme de l'escorte. — Monsieur — citoyen Robespierre î le grand homme ? Lancez vos bonnets en l''air, vous autres I Ah I monsieur citoyen Robespierre, nous sommes de pauvres imbéciles, nous ae
savons pas parler — Mais sachez, vous autres, que le plus grand homme de Paris est parmi noiis.
La vieille « Sibylle de Montmorency » {fendant la foule). — Eh I qui est là ? quel vacariiié faites-vous donc P Comment s'appelle cet homme ?
Un paysan. — Le citoyen représentant du peuple Robespierre.
La sibylle. — Je ne le connais pas.
Le paysan. — Il vient de Paris.
La sibylle. —
Vrai ? vrai ? que veut-il donc ?
Il vient peut-être comme, jadis, monsieur Rousseau,
Qui dit, après avoir vécu longtemps chez nous :
Enfin, il me semble que je suis devenu sage ;
Je vais enseigner aux Parisiens
Ce que j'ai appris dans la forêt de Montmorency !
Venez-vous aussi, cher Monsieur, pour apprendre quelque chose chez nous ?
Le vieux {avec inquiétude). — Ah, mon Dieu ! mon sieur Robespierre, pardonnez à cette vieille —
La Sibylle ( tire Robespierre à part).
Ecoutez, cher Monsieur, est-il vrai qu'à Paris Vous avez récemment aboli le bon Dieu ?
Eh ! avez-vous aussi aboli le Diable ?
Quoi ? ou s'assied-il encore sur votre cou ?
Hi, hi, hi, hi !
Les paysans; — Pardonnez, Monsieur, elle est folle. Robespierre. — Bonne femme, le monde marche toujours en avant. Il tombe, il monte — La Sibylle. — Hi, hi, mon Dieu ! il monte, il tombe.