‹ Danton & RobespierreChapitre 67 sur 117 · ACTE m, SCÈNE III. I · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE III. I

CouTHON. — Il lui a du moins rogné la tête. La queue pourra s'agiter encore quelque temps —

Saint-Just. — Certainement. Danton est mort, mais le Dantonisme tressaille dans les membres de la France. La lutte n'est pas finie.

Lebas. — Ainsi, Danton est mort — le lion de la Révolution ? —

CouTHON. — Oui, si des rugissements pouvaient servir la République, Danton aurait été rhomme par excellence, et Robespierre le pire.

Lebas. — Il y a eu des gens qui Tout pris pour tel.

CouTHON (parodiant d'un ton marqui). — Oui, vois-tu, excellent Lebas, tu dois avoir de larges épaules et des mollets bien tendus, une basse-taille sonore, tu dois être un joyeux gaillard, un blagueur et même un vaurien : alors tu imposes au peuple, alors on te nomme un Titan, un génie, et Dieu sait quoi encore ! Mais un Robespierre, la vile multitude le méconnaît.

Saint-Just. — Mirabeau ne l'a pas méconnu, lui qui dit aussitôt de Robespierre : Cet homme nous surpassera tous, car il a une conviction ferme et honnête.

Lebas. — On le traite d'ambitieux — il l*est trop peu. Sans la dictature, les choses n'iront pas longtemps —

CouTHON. — C'est vrai. La rupture entre le Comité de Salut public et la Convention s'accentue de jour en jour. Ils sont à bout avec leur sagesse du nombre ! Mais il ne veut pas mettre la main —

Saint-Just. — Il a toujours eu sa manière de voir personnelle sur ce point. — Mais à présent il faut qu'il se montre ouvertement tel qu'il est devenu par la chute de Danton : le dictateur de la France 1

DuPLAY. — Hourra ! le citoyen Robespierre dicta-

teur de la France I Nous, citoyens et sans-culottes, nous le disons aussi, Paris sait que personne n'aime mieux le peuple. Il doit avoir tout le pouvoir entre ses mains, il doit commander et anéantir tous les ennemis du peuple et de la République.

CouTHON. — En un mot, citoyen Duplay, si Robespierre devenait roi, vous seriez de nouveau un bon royaliste.

Duplay. — Et tous les sans-culottes avec moi. (/?ohespierre réparait sur V avant-scène).

Saint-Just {regardant Robespierre^ à madame Duplay). — Bonne citoyenne Duplay, laissez-nous un moment seuls — seuls avec Robespierre.

Madame Duplay. — Je comprends, citoyen Saint- Just, je comprends. [Aux siens). Venez I {En s'éloignant). O Mère de Dieu, ils se parlent secrètement à l'oreille 1 (Madame Duplay et les autres^ à Vexceptioh de Couihon et Saint-Just^ disparaissent de côté dans la forêt. Pendant ce temps Robespierre, qui se promena entre les arbres^ s'est éclipsé de nouveau dans le fond),

Saint-Just. — Couthon, je proposerai la dictature de Robespierre à la Convention. Il est temps. Les circonstances ne permettent pas de tarder davantage.

CouTHON. — Ajoute à cela une liste de proscription. Il faut au préalable nettoyer la Convention — il faut la nettoyer. —

Saint-Just. — Mais je dois savoir d'abord si réellement il

Couthon. — Chansons ! Fais-le, mon jeune ami, et sois persuadé que tu agis conformément à ses pensées les plus secrètes.

Saint-Just (tirant un carnet de sa poitrine). — Tailien doit être placé en tête.

CouTHON. — Bravo, mon fils ! — Cette canaille \ ce fat doucereux ! ce joli serpent sournois et venimeux l

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