ACTE III, SCÈNE III. I
Saînt-Just, — Ensuite
CouTHON. — Ce loup enroué, hurlant — Collot d'Herbois ! — Puis Bourdon —
Saint-Just. — Bourdon — puis Vadier — (// i«5crit les noms).
CouTHON. — Bravo, mon doux jeune homme ! — Que le diable emporte ces nombreux détours, ces nombreux détours ! — Un soulèvement du peuple dans les rues en faveur de la dictature...
Saint-Just {faisant signe derrière lui). — Tu sais, il est formaliste —
Robespierre {qui pendant ce temps est revenu sans être remarqué et les a observés tous deux^ palpitant aux dernières paroles de Saint-Just). — Ce sont les plus sincères, les plus dévoués de mes amis. — Je serais peiné si, n*étant compris qu'à moite, je me trouvais dans la nécessité de leur faire prendre à eux aussi la route d'Hébert et de Danton. — [Couthon et Saint- Just l'aperçoivent ; il s'approche d'eux),
Saint-Just [allant à sa rencontre). — Robespierre I il faut prendre une résolution ! Une époque nouvelle commence aujourd'hui.
Robespierre. — C'est vrai. — [Toujours calme ^ mais accentuant vivement). — 11 s'agit de travailler encore pour le peuple. 11 faut résoudre la grave question de la propriété. Liberté, Egalité et Fraternité n'ont été jusqu'ici que de belles paroles. On ne les a pas traitées sérieusement : il faut qu'elles le soient. Je veux apprendre aux Français — dussé-je le graver encore dans des milliers de cœurs avec une hache ensanglantée — ce que c'est que la République. Il faut leur ôter Tenvie, dans leur enthousiasme si vite enflammé, de plaisanter avec les grandes idées et de jouer avec elles. Il ne faut pas qu'on dise que nous lançons dans le monde, comme des brandons, les pensées neuves
IJO DANTON ET ROBISPIHRRE
et grandes, mais que pour les réaliser nous-mêmes, sur notre propre sol, nous sommes trop superficiels, trop légers, trop inconstants — Il ne faut pas qu'on dise que nous, Français, nous inventons les modes politiques, mais que nous sommes les premiers à les rejeter, le mois à peine écoulé. Nous sommes des géants à l'attaque, des nains pour la persévérance et la logique. — Je veux apprendre à notre nation la constance et la profondeur. {Regardant Saint-Just),' Je suis formaliste —
CouTHON. — Très bien. — Arrive maintenant au particulier, au saisissable, Robespierre I
Robespierre. — Le tribunal révolutionnaire doit être composé autrement.
CouTHON {souriant), — Mets-y Duplay —
Robespierre {sérieusement), — Cest fait. La justice doit être Tinstrument, — l'instrument aveugle d'une seule idée qui régit tout. —
CouTHON. — Ensuite — ensuite ?
Robespierre. — La fête de la Raison a été un scandale — non pas dans son idée, mais dans son exécution et dans ses conséquences. Aussi le peuple est-il revenu de plus en plus de ces orgies. Opposons à cette fête une autre fête plus digne. L'homme doit reconnaître quelque chose de plus élevé, quelque chose de divin — en lui ou au-dessus de lui, peu importe. Faute d'un regard sur quelque chose de semblable, il tombe sur le sol et rampe à quatre pattes. — Redonnons au peuple un Dieu —
Saint-Just. — Oui, mais ne le nomme pas Dieu — cela sent le prêtre. — Donne-leur au moins un nouveau Dieu, pas le vieux bon Dieu du catéchisme.
Couthon. — Pour moi, je préférerais Tancien — celui qui a des mains et des pieds, qui se remue, qui secourt, qui châtie, selon le besoin — et je sais que