‹ Danton & RobespierreChapitre 76 sur 117 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

(Le cortège s'avance. Henriot avec une division de Garde nationale. Des enfants, puis des jeunes fiUes ornées solennellement d*écharpes tricolores, et portant des corbeilles de fleurs. Grandes bannières et autres emblèmes de la République. Les membres de la Convention et du Comité de Salut public, tous solenneUement vêtus, en habits bleu-foncé à doublure et parements rouges, les chapeaux ornés de feuiUes de chênes. Ils ont

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des bouquets de Heurs ou d'épis à la main. Un peu en ayant des autres Robespierre, dont la démarche et le visage trahissent une disposition d'esprit élevé, un gros bouquet à la main, et à sa boutonnière, sur sa poitrine, le brin de bruyère de Léonore ; il est soigneusement poudré et coififé. De vives acclamations Taccueillent. La musique se tait. Il gravit la colline. La majeure partie des membres de la Convention se groupe sur le talus et au pied de la colline).

Tallien [arrête quelques-uns de ses collègues^ parmi lesquels Barère et Collot d^Herbois). — Voulez-vous qu'on vous emploie comme arabesques sur le piédestal ? Restez !

Barère, — Silence, Tallien I son regard est tombé plusieurs fois sur toi.

CoLLOT d'herbois — Cette colline a en effet un sommet étroit. Il n'y a place que pour un seul ! —

{Silence complet dans la foule. Pause).

Robespierre {commençant avec solennité, lenteur et beaucoup d'expression). — Citoyens de la République ! — Qu'est-ce que Dieu ? [Pause). Des sages de l'antiquité ont dit : c'est l'air — d'autres : c'est le feu

— d'autres : c'est l'eau — d'autres : c'est la terre. On a fait de lui tantôt une sphère rayonnante au ciel, tantôt une pierre sculptée, et enfin un homme — un homme tout-puissant, sachant tout — un roi — un roi du ciel et de la terre. — Citoyens de la République ! Qu'est-ce que Dieu ? Je dis : c'est plus que cela.

— Il est la colère dans le cœur de l'opprimé ! — Il est le remords dans le cœur de l'oppresseur ! — Il est le feu sacré dans le cœur du patriote ! 11 est le mépris de la mort dans le cœur du défenseur de la patrie ! 11 est la constance — il est l'entier abandon du monde et de soi-même — il est le sacrifice de sa personne dans l'âme de l'homme qui a entendu une voix intérieure, de l'homme qui a sur terre une mis-

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