ACTE IV, SCÈNE II. 163L
sion à accomplir I II est le pur rayon sur le front du juste ! Il est la pudeur sur la joue de la beauté ! Il est la tendresse dans le sein d'une mère ! — Hébert et Chaumette vous ont dit : il est la -Raison. Moi je vous dis : il est plus : il est la Liberté — il est la Vertu — - il est TAmour — il est la Terreur ! — Mais son temple, c'est la Nature — son culte, la vie conforme à la Nature dans la simplicité et Taustérité de mœurs, dans la vraie Liberté, Egalité et Fraternité! —
Voilà ce qu'est Dieu ! —
Peuple de France ! Devant ce Dieu découvre-toi avec moi ! (// se découvre). Farouche sans-culotte, courbe-toi devant cet Etre suprême ! Sans son souffle, tu n'es qu'une bête fauve, un monstre ! — Peuple de France, prête serment à son culte ! — Puisque nous sommes un peuple sous les armes, que le tonnerre des canons de Paris annonce l'hommage qu'en ce moment le peuple de France olTre à l'Etre suprême ! [Des coups de canon et la musique se font entendre^ on agite les bannières. Des femmes soulèvent leurs enfants — Acclamations enthousiastes — on agite les bonnets, Robespierre saisit une torche enflammée qu^on lui tend et met le feu aux statues de VEgoïsme et de T Impiété^ qui s^ écroulent en crépitant ; à leur place se dressent deux autres figures avec les inscriptions : Vertu et. Sagesse. La musique et les acclamations se taisent. Robespierre continue à parler): Citoyens ! de ce jour commence pour la France une ère nouvelle ! Préparez-vous à une dernière série de mesures décisives, car il est temps que l'ignorance et la grossièreté d'un côté, de l'autre la soif frivole des jouissances, le manque de conviction, de sérieux, l'égoïsme, que tout cela soit enfin condamné à l'impuissance, et qu'apparaisse toute la force de la pensée républicaine. Le nombre des tièdes, des corrompus, est en-
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core grand. Mais notre but demeure, après comme avant, la vertu républicaine — notre arme, la terreur. Allez, citoyens ! aujourd'hui nous avons célébré une fête pacifique — demain nous continuerons à combattre les ennemis de la République !
Acclamations enthousiastes, — Vive Robespierre ! vive la République I
Voix isolées, — Vive Robespierre, le Dictateur de la France I
Robespierre. — Non, non, mes amis ! — Je vous parle au nom de la Convention, qui m^a choisi pour être aujourd'hui son président. Si je me faisais appeler chef et directeur, ce serait une ambition condamnable. Je ne suis qu'un soldat qui, dans l'ardeur du combat, s'écarte un peu de son rang, et, en avant de ses camarades, se précipite sur l'ennemi. Si j'ai cette ambition, pardonnez-le moi I Vive la République 1 {Nouvelles acclamations. Il descend ^ la musique recommence j te peuple se presse au fond autour de Robespierre, qu'il a Pair de vouloir porter sur ses épaules, et qui refuse; des femmes se jettent à sa rencontre et V inondent de fleurs. Le cortège se reforme pour le retour, La musique se tait),
Tallien {sur Pavant-scène), — Eh bien ! nous avons de nouveau un Dieu ?
CoLLOT d'Herbois. — Je ne sais pas au juste si ce sera» l'ancien ou un nouveau —
Tallien. — L'ancien, l'ancien. Le voilà replacé làhaut. Quand le temps sera clair, vous pourrez, au moyen d'un bon télescope, le voir attacher le soleil comme une houppe d'or à l'extrémité de son bonnet» C'est maintenant un Dieu fabriqué par décret.
Barère. — Ne raille pas, Tallien ! Ce n'est pas une mauvaise idée de la part de Robespierre. Il connaît le peuple.