‹ Danton & RobespierreChapitre 79 sur 117 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

(Une saUe vaste et profonde dans la maison de la marquise de Saint-Âmaranthe. Riche ameablement. Deux grosses colonnes séparent Tavant-scène du fond, où l'on voit s'agiter une nombreuse compagnie. Les deux royalistes s'avancent sur le devant).

Premier royaliste. — Société mêlée, dites-vous? Eh quoi ! — {Ironiquement). Vous savez bien : Tous les hommes sont égaux. — Que disait le « divin Marat?» « Sous la terre nous nous réunirons tous — Une proie des vers » —

Second royaliste. — Fi !

Premier royaliste. — Et que lui a répondu le « divin Danton ? ». « La soupe et la salive s^unissent aussi dans l'estomac ; mais il ne s'ensuit pas qu'il faille cracher dans la soupe ».

Second royaliste. — Penh ! A cela je reconnais bien ce cynique vaurien —

Premier royaliste. — Qui avait tant de passions aristocratiques. — Notre aimable marquise a aussi la marotte de vouloir respecter le goût de toutes les classes et de tous les partis.

Second royaliste. — A Tinstant même elle a versé des larmes d^émotion sur la « iête de TEtre suprême»»

ACTB nr, SCÈNE iiu ' 167

Le but de notre réunion ici, à ce qu'il me semble^

doit être une sorte d'appendice à cette fête<

Premier royaliste, — Oui, elle nous prépare, à ce que l^on m'a dit, certaines surprises.

Second royaliste. — Des surprises ? Eh I elles ne lui coûtent pas beaucoup. N'est-elle pas en rapport avec des magiciennes, des prophétesses —

Premier royaliste. — Avec madame Théot, —

Second ROYALISTE. — Madame Théot ^ hu hu — prononcez ce nom à voix basse — je me sens bien mal à mon aise à ce nom — il me semble aussitôt qu*un cercle magique m'environne. —

Premier royaliste. — Pareilles choses dans notre Paris républicain 1

Second royaliste. — A côté des nouveaux prodiges subsistent les anciens. {Regardant vers U fand)^ Eh ! voilà le vieux vicomte et la vieille vicomtesse de Belleville.

Premier royaliste. — Et avec eux le pieux abbé GaIJaud.

Second royaliste (sainani au^ qui* s'* avancent). —

Pcrajettez Que je vous bâke la main, vicomtesse î C'est ua soulage m eut de voir si intacte et si fraîche Une branche du plus haut sommet de l'arbre de la noblesse Française ravagé par Tarage — en d'autres termes, Suivant l'expression usitée, la crème de la crème. —

Le vicomte (vieillard à cheveux bîancSj h tête tremèïanie). —

Crème battue, marquis î crème b»ttae.

Crème méchamment battis e ^

. i ilpl

168 danton et robespierre

Frekier rotaliste, —

Cependant elle se soutient.

La vicomtesse {se laissant tomber sur une ottomane), — A mon côté, monsieur Tabbé !

Le vicomte [la tête toujours tremblante). — Temps difficiles, marquis! — temps coupables — rien d'étonnant si le Dieu juste, dans sa colère, nous condamne tous — condamne tous.

Premier royaliste. —

Pas toDs, moDsLeur le vicomte ! pas tous — pas Ceux qui souffrent pour le trône et l'autel, Lçs martyrs de la noblesse de France —

La vicomtesse. —

Oui, JLe bon DJeu y réfléchit à deux fois.

Avant de daiimer un homme de condition. —

, Premier royaliste. — Et un prêtre. — L'abbé {soupirant et levant pieusement les yeux). —

Ah ! combien peu, Combien peu de vrais prêtres il y a encore I Oh ! quelles horreurs ont contemplé mes yeux ! Déjà au début de ces troubles funestes, J*ai vu un oint du Seigneur, Mon frère en Dieu, Un prêtre, qui Allait vêtu d'un uniforme

De gartle national, et qui portait à un mourant Le Seigseur des cieux dans un havre-sac !

Second royaliste. —

Page 1