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L'OCCUPATION PRUSSIENNE

Mais, du côté occidental, un autre danger grandissait, si grave, si proche, si irrécusable, qu'il était peut-être possible d'en retarder un peu l'échéance, mais non de la détourner. C'était le danger prussien. Le roi de Prusse, successeur de l'Ordre, venait réclamer cette proie des Chevaliers Teutoniques, perdue depuis quatre siècles.

Depuis longtemps déjà, les Hohenzollern, l'un après l'autre, faisaient de fréquents séjours à Dantzig comme hôtes de passage. Après leur avènement, allant de Berlin à Kœnigsberg, lieu de couronnement, ils s'arrêtaient à Dantzig et ne pouvant pas encore y mettre leur main rapace, ils dévoraient d'un regard avide la belle et riche cité. Ainsi passa une fois par Dantzig Frédéric- Guillaume, le grand Electeur (1662) ; cinq fois Frédéric Ier (1690, 1697-8, 1701) ; deux fois Frédéric-Guillaume Ier (1714, 1739) qui ne perdit pas l'occasion d'offrir à quelques superbes grenadiers dantzigois, attachés à sa

garde d'honneur, de passer à son service ; Frédéric II enfin, alors prince régnant, puis roi, y passa quatre fois (1735, 1740, 1753). Parmi ces hôtes très illustres et très dangereux, fut Frédéric le Grand, qui y vint le dernier. N'ayant pas réussi personnellement à envahir la ville, il en avait cependant précisé l'idée et tenté l'exécution immédiate et brutale. Depuis longtemps, il guettait et convoitait Dantzig. Etant encore prince régnant, il avait vu comment la ville défendait son bien- aimé Stanislas. Il voulut parvenir à se faire aimer, lui aussi, par les Dantzigois, mais il s'y prit d'une façon un peu singulière. Il voulut être aimé par l'excès de haine qu'il faisait naître. Il voulut rendre la vie si dure et si insupportable aux Dantzigois, être leur ennemi si redoutable, qu'ils préférassent un jour le reconnaître comme souverain pour échapper à ses persécutions. Il voulut les inquiéter comme voisins, pour qu'ils se décidassent enfin à goûter la paix comme ses sujets.

Ce singulier et étrange chantage de Frédéric le Grand envers Dantzig commença dès l'élection du dernier roi polonais Stanislas-Auguste. Au commencement de ce règne, Frédéric essaya de pénétrer dans la République désarmée et particulièrement dans Dantzig. Or, sous différents pré-

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textes de représailles temporaires ou de droits fictifs de souveraineté, le roi de Prusse commença à étouffer Dantzig avec prudence et préméditation, avec une logique consciente et une coordination parfaite. Il trouva le premier prétexte dans la nouvelle loi sur les droits d'entrée généraux établis par la diète électorale de Varsovie (1764). Bien que ce fût une question purement intérieure de la République, et que cette loi fût applicable à toutes les frontières polonaises et aux relations commerciales avec tous les voisins, Frédéric se vit lésé personnellement et autorisé à réparer cette perte fictive par ses propres forces et selon ses propres idées. Il se remboursa sur le dos de Dantzig. Ce port vivait du commerce polonais, de la libre navigation sur la Vistule. Frédéric institua au milieu du fleuve sous Kwidzyn (Marienwerder) un bureau de douane, imposa des droits excessifs de passage, ordonna des chicanes et des revisions insupportables, y plaça ses soldats et ses canons (1765). Ainsi, ayant mis sa lourde main sur l'artère vitale de Dantzig, il continua à le ruiner systématiquement et sans pitié. Ce fut un banditisme manifeste, mais qui rapporta à Frédéric d'imposants revenus. Il ne s'inquiéta plus des protestations inutiles de la République et de Dantzig. Heureusement, un tiers,

plus puissant, intervint, — la Russie. Catherine II n'avait pu rester sourde aux plaintes désespérées du roi polonais Poniatowski, son candidat à elle, élu grâce à sa protection. Son intervention fut cause que Frédéric dut s'incliner et fermer son poste de douane de la Vistule, vraie mine d'or.

Mais bientôt surgirent des questions beaucoup plus graves, qui firent oublier l'affaire de la douane. Des difficultés politiques et religieuses naquirent, d'où devait sortir définitivement le premier partage de la Pologne. A ce moment, Frédéric déploya tout son art suprême de tentateur d'abord, de négociateur ensuite. Il s'agissait de leurrer les Dantzigois par des promesses de bienveillance, de les écraser sous une oppression insurmontable, de les séparer par n'importe quel moyen de la République, de les attirer vers lui et de préparer la conquête. Il s'agissait pour lui d'obtenir Dantzig en plus de ce qui lui reviendrait des dépouilles polonaises. Frédéric se mit à courtiser les habitants de la ville. A l'heure où il se préparait à soulever en Pologne la question des dissidents comme préambule du partage, le rusé roi de Prusse qui, peu auparavant, écrasait d'impôts les revenus et confisquait les marchandises des Dantzigois, s'octroya subitement avec une ardeur obsé-

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quieuse, le rôle de défenseur de leur liberté religieuse contre le « fanatisme polonais ». Son habile résidant à Dantzig essaya, au nom de leur commune religion, de persuader aux Dantzigois d'adhérer à la Confédération dissidente de Pologne. Les braves conseillers, n'acceptant pas cette tutelle importune, jurèrent que leur religion ne souffrait aucun tort, qu'ils n'avaient aucun grief religieux et ne voulaient intenter aucun procès à la République polonaise. Mais malgré tout, ils durent adhérer à la Confédération imposée. Ils stipulèrent toutefois avec fermeté, dans l'acte même de cette adhésion, qu'ils ne s'obligeaient à rien qui serait contraire « à leur fidélité à Sa Majesté ou à la République Sérénissime » (1767).

Quelques années après, quand le projet de partage prit corps, Frédéric employa, envers Dantzig, une tactique toute différente. De la bienveillance il passa à l'oppression, de la suggestion à l'écrasement. Sous prétexte de poursuivre des déserteurs, il dirigea sur la ville des colonnes de recrutement et arracha par la force à la population de Dantzig des recrues pour l'armée prussienne. Il énonça des prétentions dont l'insolent mensonge était évident. Il réclama quatre mille déserteurs prussiens, réfugiés à Dantzig, disait-il, ce qui aurait formé

la plus grande partie de la population masculine adultedela ville. Ses prétendus droits lui servirent à introduire des régiments prussiens sur le territoire de Dantzig et à obliger les habitants à lui payer une contribution illicite de 200,000 ducats comme dédommagement. Son résident, le fameux conseiller de légation Junck, spécialiste des pots-de-vin et provocateur avéré, fut nommé exécuteur de ces iniquités à Dantzig. Sa principale occupation fut « la provocation des habitants de Dantzig » tout simplement, comme était obligé de l'avouer l'officiel historien prussien de nos jours. Ayant ainsi tiré profit des prétendues désertions. Frédéric, inépuisable en trouvailles, inventa de nouvelles persécutions contre Dantzig. Au début de l'année suivante, il entoura la ville d'un cordon sanitaire militaire, sous prétexte de peste ; il exiga pour ce « service », du Conseil de Dantzig, le payement de 100.000 ducats pendant deux ans (1771-72).

A ce moment commençaient Jes pourparlers définitifs du premier partage de la Pologne. Frédéric, en s'emparant de la Prusse royale, réclama immédiatement Dantzig. Le roi de Prusse, ami et voisin, ardent « defensor fidei », importun protecteur de la foi évangélique des habitants, puis gardien, non moins importun, de

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leur santé, avoua alors un désir « bienveillant » de les soumettre définitivement à son sceptre. Il était de toute évidence que les Dantzigois étaient peu disposés à se presser sous les ailes de l'aigle noir, dont ils connaissaient trop la rapacité sans bornes.

Malgré tout Frédéric s'obstina à vouloir les convertir — à sa manière — à la foi prussienne. Il ne ménagea aucun moyen pour atteindre son but, — il faut lui rendre cette justice. Obséquieux et menaçant à la fois, il fut inimitable dans la variété de ses procédés tactiques pour satisfaire sa convoitise obstinée. Cette convoitise, cette opiniâtreté dans l'affaire de Dantzig, frappèrent particulièrement ses contemporains. Voltaire reprochait à Frédéric que, si la tsarine Catherine songeait à Athènes et à Byzance, lui ne cessait de rêver à Dantzig. « Votre Majesté royale préfère le port de Dantzig à celui du Pirée et au fond elle a certainement raison. » Frédéric commença son œuvre en maître. D'abord, à l'heure des premiers pourparlers du partage, il agit comme s'il renonçait à Dantzig et s'octroya naturellement un « dédommagement proportionnel ». Quand il se futassuré ce riche « dédommagement » pour un territoire qui ne lui appartenait pas, il recommença de nouveau, et avec une obstination

d'autant plus grande, à réclamer Dantzig, propriété d'autrui. Pendant la conférence de partage, à Saint-Pétersbourg, il ne cessa jamais de mendier sa proie — Dantzig — à l'organisatrice suprême de la curée, la tsarine Catherine. Il voulait à tout prix obtenir d'elle ce morceau tentant, indispensable, disait-il, à sa province polonaise. « Quant à Dantzig — écrivait-il à son ministre, à Saint-Pétersbourg, le comteSolms — je considère cettequestion comme tout à fait secondaire. Avignon avait bien appartenu au pape autrefois, et fut pourtant occupé par les Français ; Strasbourg avait été une ville libre, elle fut annexée par Louis XIV. Combien d'exemples analogues l'histoire ne nous donnet-elle ? D'ailleurs je ne me préoccuperais aucunement d'une ville commerçante quelconque, mais n'est-il pas visible sur la carte qu'elle sépare, grâce à sa situation géographique, toutes mes possessions ? » Il fut profondément choqué de ce qu'on fît « tant de bruit » à propos de ce misérable Dantzig, qui n'est qu'une vétille pour les Russes. Il menaça même l'impératrice, profitant de ses embarras avec la Turquie, de rompre, en cas de refus, l'alliance avec elle et de provoquer une intervention autrichienne. « Je suis un commerçant — écrivait-ilàPetrograd — vous venez chezmoipourachetermamarchan-

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dise, mes secours, mes subsides. Je dis : Payezmoi, s'il vous plaît, tant et tant et avec telle monnaie. Vous me répondez : Je ne peux pas payer avec cette monnaie. Alors le commerçant salue humblement, ferme sa boutique et vous conseille d'aller dans un autre magasin. Gomment ? Messieurs les Russes, vous voulez que je coure le risque ? Vous voulez des subsides ? Volontiers ! mais la Prusse polonaise et Dantzig, voilà le prix que je réclame pour mes services. Donc, mes chers Russes, daignez réfléchir si vous avez besoin de ma marchandise si vous pouvez vous passer d'elle ? Peut-être que ce Dantzig, que vous aimez tant, vous livrera ce que je vends trop cher, paraît-il... En vérité, il m'est difficile de croire qu'une pareille misère comme Dantzig, puisse arrêter un seul instant le sage et éclairé jugement de la grande Impératrice. »

Toute cette éloquence ne porta pas de fruits à ce moment. Il était encore trop tôt. Le pauvre Frédéric ne réussit pas encore à atteindre Dantzig. A vrai dire, le mérite en revenait surtout aux habitants de la ville, qui se défendaient désespérément contre ce voisin haï. Ils firent entendre des clameurs à travers toute l'Europe. Ils implorèrent le secours de leurs vieux amis et acheteurs, des Etats généraux ces Pays-Bas.

Ils s'adressèrent à l'Angleterre. Les relations de Dantzig avec cette dernière étaient de vieille date, comme nous le savons. Depuis longtemps, l'Angleterre nourrissait sa population du bon blé des champs polonais et fournissait à sa flotte d'excellents mâts de bois polonais. Elle envoyait en échange ses beaux draps et les succulents produits de ses colonies. Un délégué spécial de la reine Elizabeth, George Carrew (1598), était autrefois arrivé à Dantzig, porteur de la déclaration de sa bienveillance et de différents privilèges commerciaux. Par contre, Dantzig avait envoyé une légation au roi Jacques Ier. Il est vrai que, de temps en temps, d'insignifiantes querelles locales de concurrence commerciale se transformaient en âpres procès anglo-dantzigois. Mais sans peine l'entente amicale se rétablissait au- profit des intérêts communs.

Les pourparlers entre les délégués de la Compagnie anglaise et le Sénat de Dantzig, aboutirent à une excellente convention commerciale (1631). Dantzig reçut du roi Charles II une interprétation particulièrement favorable de l'Acte de navigation anglais (1668). Le délégué plénipotentiaire John Robinson conclut avec Dantzig, au nom de la reine Anne, un traité commercial. Ce traité, très favorable à la ville, régla les relations réciproques durant tout un siècle et ne fut

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jamais révoqué officiellement jusqu'à nos jours. C'est précisément à cause de la violation de ce traité, par Frédéric, que les Dantzigois en appelèrent au gouvernement anglais. Ils démontrèrent par l'intermédiaire de l'ambassadeur polonais à Londres, Bukaty, que leur ville vivait sous la menace continuelle de destruction et d'invasion prussienne. Ces démarches répétées eurent au moins un écho moral. Le mémoire de Bukaty, imprimé à Londres, attira l'attention publique. Le jeune Edmond Burke, rédacteur de l'Annual Register (1772-73), protesta dans son journal contre l'inique partage de la Polo* gne. Frédéric s'inquiéta. Il s'efforça, par son ambassadeur Maltzan, d'étouffer à Londres tout l'intérêt qu'y éveillaient les affaires polonaises, et celles de Dantzig en particulier. Il écrivit : « L'Angleterre n'a aucun sujet de s'embarrasser des affaires de Pologne ; elles lui sont tout à fait étrangères et ne peuvent avoir aucune influence sur sa situation et ses intérêts. » Malheureusement le ministère des affaires étrangères était dirigé à ce moment par lord Suffolk, blâmé énergiquement plus tard par le grand Pitt pour sa politique « anticonstitutionnelle, inhumaine et antichrétienne ». Il ne se décida point à défendre énergiquement la Pologne déchirée et le malheureux Dantzig, voués aux fourberies

de Frédéric; Williams, courageux et prévoyant publiciste anglais, apprécia et jugea mieux l'inique conduite du roi de Prusse « dont la famille avait tout reçu — les lacs et les sables brandebourgeois exceptés — de la Couronne polonaise » et la payait d'une haine violente et de suprêmes injures.

Sous une telle oppression, ne pouvant compter sur le secours de la République faible et dévastée, ni sur la lointaine et platonique compassion de la Hollande ou de l'Angleterre, Dantzig s'adressa derechef à la proche et puissante Russie. Il y trouva en effet un appui momentané. Naguère, après l'occupation de Dantzig par le maréchal Munnich et les excuses de la députation dantzigoise, la tsarine Anna Ivanovna promit, dans un diplôme spécial d'amnistie, « à la ville de Dantzig, son intervention sérénissime pour sauvegarder les anciens privilèges, les anciennes libertés et l'aide dans les affaires religieuses ou autres. » Ce diplôme fut confirmé par le solennel ukase de Catherine II (1767), au moment de l'adhésion forcée de Dantzig à la Confédération dissidente. Certes, des motifs profonds et intéressés lui dictèrent le rôle protecteur de la Russie envers le riche port. On n'avait point renoncé à Saint-Pétersbourg, sous le règne de Catherine II,auxprojetsconquérantssur Dantzig,

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projets bercés successivement par le tsar Pierre et les tsarines Anna et Elisabeth. Le cabinet de Saint-Pétersbourg ne désirait pas non plus voir s'agrandir par cet attrayant morceau la province polonaise échue à la Prusse. Frédéric devait l'agrandir sans cela infiniment au delà des limites tracées par les négociations du partage, grâce à des violences inouïes et à des délimitations fourbes. Les sages conseillers de Dantzig surent profiter adroitement de toutes ces circonstances pendant qu'ils cherchaient auprès de la tsarine un appui contre le roi de Prusse. Leur résident à Saint-Pétersbourg, l'énergique et ingénieux Willebrandt, sut trouver accès auprès de quelques potentats du Nord : Orlow, ex-favori de Catherine, Salderne, qui jouissait d'une grande influence, prince Golitzine et d'autres. Il sut, grâce à leur appui, contrecarrer l'influence de l'ambassadeur prussien Solms et ses prétentions relatives à Dantzig. En même temps, Anderson, résident dantzigois à Londres, usa de toute son influence dans le monde commercial de la City pour obtenir de Sufîolk des instructions plus précises pour la défense de la ville. Ces instructions furent envoyées à Gunning, ambassadeur anglais à Saint-Pétersbourg. Les efforts de Willebrandt et les représentations bienveillantes de Gunning furent

vivement secondés par l'amicale influence hollandaise, très forte à Saint-Pétersbourg. Alors d'ardentes protestations contre les desseins de la Prusse se firent entendre dans le Conseil d'Etat à Saint-Pétersbourg. Frédéric fut obligé de céder. Il s'y prêta suivant sa méthode. Cédant en apparence, il se prépara à bondir bientôt sur sa proie, non sans encaisser auparavant un prix convenable de sa complaisance momentanée. Ayant rencontré une opposition russe très ferme à propos de Dantzig, le roi de Prusse déclara formellement, dans le traité du premier partage qu' « en se désistant... de toutes prétentions sur la ville de Dantzig et son territoire, (S. M. le roi de Prusse) prendra, en guise d'équivalent, le reste de la Prusse polonaise ».

Mais Frédéric le Grand ne s'avouait pas si vite vaincu. Il ne respectait jamais les traités les plus solennels et il les violait toujours avec brutalité. Il crut d'autant moins devoir se conformer à ce traité de partage, que ce dernier n'était en réalité qu'un acte public de banditisme international sanctionné par la diplomatie. Il commença tranquillement par agrandir, pour son propre compte, la province que ses complices lui avaient adjugée. A peine eut-il renoncé solennellement à Dantzig qu'il prépara son

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occupation. Il profita de ce que les traités de partage, quoique signés par les trois copartageants, ne furent ratifiés que l'année suivante par la Pologne spoliée. Il crut pouvoir, entre temps, augmenter sa part, en forçant les Dantzigois à renoncer à faire partie de la République et à se soumettre à sa domination. L'histoire moderne possède peu d'exemples d'un cynisme aussi raffiné que celui que Frédéric déploya dans cette fourberie. Il s'acharna longtemps et cruellement sur la ville désarmée jusqu'à ce qu'elle se fût rendue à sa merci. Il y eut des crimes beaucoup plus sombres et plus sanglants, il y en eut peu d'aussi iniques au point de vue moral. Le traité de Saint-Pétersbourg, en adjugeant la Prusse royale à Frédéric, avait assuré l'inviolabilité du territoire de Dantzig. Mais Frédéric, ayant occupé la Prussetrèsrapidement, s'avança immédiatement jusqu'à Dantzig et serra la ville dans les tenailles menaçantes de son voisinage.

Il envahit le territoire de la ville et en annexa les parties qui incontestablement étaient propriété dantzigoise. Il ferma toutes les portes par ses bureaux de douanes, chicana les citoyens se rendant aux villas des faubours et immobilisa l'importation des denrées des environs. Il établit le blocus effectif de Dantzig, espérant ainsi briser

son obstination et l'amener à accepter son autorité « paternelle ». Mais ce ne furent que les légers préludes d'un coup bien plus douloureux qu'il méditait clandestinement pour écraser à l'improviste les fidèles Dantzigois. A Oliwa, près Dantzig, se trouvait un antique couvent cistercien, datant du xne siècle qui contenait les tombeaux des anciens princes de Dantzig et de Poméranie. Frédéric se considéra comme le successeur, bien singulier, des abbés d'Oliwa. Il affirma arbitrairement que toute la rive gauche de la basse Vistule jusqu'à la mer avait appartenu aux Cisterciens. Il fit savamment démontrer ces prétentions par son digne ministre Herzberg. S'appuyant sur cette démonstration, il réalisa immédiatement la prise de possession de ses droits fictifs sur cet héritage religieux. Ainsi, gardant le plus grand mystère devant ses complices, la Russie et l'Autriche, l'armée prussienne envahit le territoire de Dantzig, en miseptembre 1772. Elle occupa Langfuhr,Altschottland et même, momentanément, la presqu'île d'Hela, mais surtout, elle occupa le port de Dantzig lui-même, le Neuf ahrwasser. Elle y suspendit les aigles prussiennes, établit un bureau de douane maritime et commença à lever des impôts sur les navires, pour le compte du trésor prussien. Ce fut le coup de grâce pour Dantzig.

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Jeanne Schopenhauer, l'honorable patricienne de Dantzig, écrivain de mérite et mère du célèbre philosophe allemand, raconte ainsi cet attentat inouï qu'accomplirent les armées de Frédéric en occupant, en temps de paix, le port de Dantzig : « Le roi de Prusse est tombé comme un vampire sur ma malheureuse cité, vouée à la destruction, et pendant des années, il en suça la sève vitale jusqu'à épuisement complet. » (...ûberfiel wie ein Vampyrmeine dem Verderben geweiht.e Vaterstadt und saugte jahrelang ihr bis zu volligen Entkrâitung das Mark des Lebens aus.)

Dans cette étreinte de fer, Dantzig commença bientôt à perdre haleine. Frédéric, fidèle à son système, ne cessa point de le tenter tout en l'écrasant. L'abominable Benoit, son représentant à Varsovie, corrompait et excitait contre Dantzig la délégation de la Diète polonaise qui, sous la dictée de copartageants, discutait le traité au nom de la République. En même temps, il s'efforçait de persuader Gralath, résident de la ville, de capituler au nom de Dantzig. Les comptes rendus envoyés par Gralath de Varsovie au Sénat de Dantzig (1773), nous relatent sans cesse que Benoit conseille avec insistance cette abominable solution (c'est-à-dire la séparation de la Pologne et l'incorporation à

la Prusse). Reichardt, légat prussien à Dantzig, plus obstiné encore, s'efforçait par la persuasion et la menace, de rompre l'opposition du Conseil. Il déclarait cyniquement : « mon roi ne pourra tirer profit du corps (Prusse polonaise) s'il neréussit pas à obtenir la tête (Dantzig) ». En tout cas, Frédéric était bien décidé à garder au moins la protection sur le port, qui lui rapportait beaucoup et devait forcément un jour faire tomber la ville entre ses griffes. Mais pour le moment, ce malheur fut empêché par les plaintes désespérées de Dantzig, par son appel à la Hollande et à l'Angleterre et surtout par la protestation de la Russie. La ferme opposition de Saint- Pétersbourg fit, une fois encore, reculer l'occupation définitive de Dantzig par Frédéric le Grand. La plus efficace fut toutefois l'inébranlable attitude de Dantzig lui-même. Là, comme toujours, la population pauvre fut la plus obstinée dans le refus, même quand le Conseil commençait à fléchir devant la force brutale. Le Sénat tracassé et les écheVins étaient presque décidés à faire cette concession forcée et extrêmement grave et à reconnaître la souveraineté de Frédéric sur le port. Stanislas-Auguste enrayé, engageait lui-même la ville, par l'intermédiaire de Gralath, à faire ce pas fatal. « Mais le Troisième Ordre ne voulut rien entendre :

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il fit part de ce projet à la guilde des marchands et aux corporations. Elles se rassemblèrent aussitôt sur les places de la ville en criant, qu'elles préféreraient mourir ensevelies sous les décombres de la ville qu'admettre cette souveraineté. La commune menaça de mort quiconque oserait agir autrement et se prépara à insulter le commissaire et le résident prussien de la ville s'ils se montraient dans les rues. » Ce simple peuple de Dantzig, nourri depuis des siècles par la Pologne, guidé par un profond instinct, s'attachait fortement à la République et se défendait des Hohenzollern dans un effort désespéré. Dans ses veines s'éveilla d'une part la voix du sang polonais, et d'autre part le souvenir à jamais ineffaçable des crimes des anciens meurtriers de l'Ordre Teutonique.

Grâce à la résistance du menu peuple et à l'opposition russe, Frédéric n'arriva pas encore à la réalisation complète de son cher projet. Sa rage fut sans bornes. Au premier moment, il caressa l'idée d'attentats extraordinaires. Il eut la diabolique pensée de priver la ville d'eau potable, il ordonna de détourner le lit du torrent Radunia, qui fournissait l'eau douce à Dantzig, et de couper les conduites d'eau. Il croyait, grâce à ce moyen héroïque, obtenir la capitulation dé la ville. Réflexion faite, le scandale

qu'une telle mesure ne manquerait pas d'éveiller en Europe l'épouvanta, et il envoya un contreordre quinze jours après. Il renonça à Dantzig définitivement pour lui, non pour la Prusse. Dans le traité de partage ratifié par la République, il renouvela sa renonciation solennelle à tous ses projets sur la ville.

Il ne cessa cependant jusqu'à la fin de sa vie, c'est-à-dire pendant plusieurs années encore, de torturer la malheureuse ville. Il imposa à la République un lourd traité commercial duquel Dantzig fut exclu, comme s'il était une ville étrangère. Il ne cessa de tracasser, d'humilier et d'affamer la ville : il fit valoir sous une forme toujours nouvelle d'étranges prétentions, et exerça des oppressions, des abus de douane, de police et de recrutement, etc. Mais il laissa à ses héritiers le soin de réaliser son principal but, la conquête de la ville. Lorsque dans son testament politique, il leur recommanda de peler la République, comme un artichaut ou une tête de choux « feuille par feuille et ville après ville », il pensait certainement à cette feuille de choix que serait Dantzig. Son successeur, Frédéric- Guillaume II, n'oublia point cette recommandation. Ce successeur, qui affectait volontiers une noblesse chevaleresque, fut salué par Dantzig avec confiance. La ville

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espérait pouvoir respirer un peu après le cauchemar du voisinage de Frédéric.

Le nouveau roi, après la mort de son devancier, se rendit à Kœnigsberg pour être couronné et Dantzig l'hébergea avec beaucoup de prévenances. Hélas, Frédéric-Guillaume II devait bientôt tromper honteusement la confiance que les habitants lui témoignèrent. Guidé par son premier ministre Hertzberg, qui avait aidé Frédéric dans ses iniques attentats contre Dantzig, il suivit la même route de violences, cachées toutefois sous quelques apparences d'amitié pour la Pologne. Dans les pourparlers amicaux avec la Diète de Quatre Ans, il ne cessait de réclamer Dantzig comme prix de son alliance. Mais du côté polonais on apprit à mieux estimer cette perle maritime. Dantzig aussi, plus que jamais, appréciait son heureuse union avec la République et tremblait plus que jamais devant l'occupation prussienne. Occupation particulièrement odieuse après tant de tortures raffinées que lui avait infligées pendant des années le roi Frédéric le Grand. A ce moment comme toujours, le menu peuple, petite bourgeoisie et artisans, se montra l'ennemi le plus acharné de la Prusse et le serviteur le plus fidèle de la Pologne. Il berçait dans son cœur les vieilles traditions de la liberté primitive et il gardait le souvenir

odieux des chevaliers teutoniques ; il avait dans ses veines beaucoup de sang polono-cachoube, vieux sang obstiné et fidèle.

Le Troisième Ordre choisit parmi ses membres, et envoya de sa propre autorité deux députés à la Diète de Quatre Ans et à Stanislas- Auguste, les honorables Barth et Richter. Ils étaient porteurs d'une solennelle proclamation, signée de quinze représentants des citoyens, de soixantequatre membres des quatre quartiers, des Anciens et des Compagnons du Troisième Ordre (1790), tous « très soumis à Sa Majesté royale et très affligés ». Dans cet appel désespéré, presque à l'heure de l'agonie, Dantzig désarmé s'adressait au dernier roi de Pologne ; poursuivi par la violence prussienne, il étendait ses mains vers la Patrie. «0 roi bien -aimé, très clément seigneur, le menu peuple de Dantzig (qui sur la terre occupe à peine la place d'une fourmilière) depuis longtemps n'est plus heureux. En soupirant, il attend secours et consolation, mais il résiste encore... Une bouchée de pain et la liberté, voilà notre appel... Sire, notre territoire est déchiré, notre port sur lequel la ville n'a jamais renoncé à ses droits souverains, est aux mains d'une puissance étrangère... Notre existence est impossible aussi longtemps que cette propriété territoriale et ce port ne nous seront pas rendus. Sire, nous

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voilà debout sur un rocher abrupt, entourés par les vagues déchaînées... Si tu ne nous diriges pas pour retrouver notre ancienne route perdue depuis dix-huit ans (depuis le premier partage), nous serons engloutis sans merci dans l'abîme noir. »

Ces craintes de Dantzig étaient on ne peut plus fondées. Depuis la mort de leur plus grand oppresseur, Frédéric le Grand, la prospérité revenait lentement. L'exportation du blé, qui était tombée, à cause des violences prussiennes, à 9 mille lastes (1782), recommençait à croître : à l'époque de la Diète de Quatre Ans, elle était environ de 25 mille lastes par an, malgré une énorme augmentation du prix du seigle et du froment. Mais en même temps et à mesure que la prospérité renaissait, l'appétit prussien augmentait. La question de Dantzig devint la pierre de touche des relations polono-prussiennes en général, et de l'alliance projetée alors en particulier. Frédéric-Guillaume II, son rusé ministre Hertzberg et son complaisant ambassadeur à Varsovie, Lucchesini, employèrent tous les moyens pour escamoter rapidement Dantzig et pour obtenir l'asservissement de la République elle-même. Ils surent tromper jusqu'au gouvernement anglais, et amener son chef, Pitt le jeune, à encourager la Pologne à

céder Dantzig à la Prusse (1790-91). A ce moment, l'ambassadeur de l'Angleterre à Varsovie était Hailes, honnête homme et ami de la Pologne, mais peu clairvoyant. Suivant la recommandation de Pitt, il appuyait cette cession fatale dans ses discours et dans ses écrits. C'était absolument contraire aux traditions anciennes de l'Angleterre, amicales envers Dantzig et la Pologne. C'était, de plus, contraire aux intérêts de l'Angleterre et on ne peut l'expliquer que par une suggestion habile dont se serait servi le gouvernement prussien, tout en jouant le rôle d'allié loyal et de l'Angleterre et de la Pologne.

Cette suggestion n'eut toutefois pas de prise sur la Diète de Varsovie, ni sur l'opinion publique polonaise que guidait, dans cette affaire, l'instinct sain et infaillible de l'intérêt national. On discutait, il est vrai, la question de Dantzig avec le cabinet berlinois. Ce fut à l'occasion du nouveau traité commercial polono-prussien, qui devait abaisser les tarifs douaniers vraiment excessifs que Frédéric II avait introduits, quinze ans auparavant, dans le fatal traité que la Pologne démembrée avait dû accepter. Mais cette discussion avait pour but d'éviter temporairement tout conflit avec Frédéric-Guillaume. La Pologne eut à ce moment besoin de son appui

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et de son alliance contre Catherine II, pour se libérer du joug protecteur russe et effectuer les réformes indispensables au .point de vue constitutionnel, financier et militaire. Cependant, personne parmi les partisans de l'alliance prussienne ne pensa vraiment à l'acheter au prix de Dantzig. Une telle rançon fut attaquée violemment par les ennemis de cette alliance aussi bien que par ses amis politiques, dans les discours parlementaires, dans les publications et dans les nombreuses proclamations affichées sur les murs de Varsovie. Le grand patriote Staszic, bien que favorable à la politique nationale de la majorité parlementaire, l'attaqua aussi avec fermeté. Il écrivit dans ses profonds avertissements à la Pologne : « Cherchons des alliés, mais ne les achetons pas... Payons des impôts doubles, payons les droits les plus élevés tels qu'ils furent choisis par des traîtres, parmi trois autres tarifs moins élevés, mais gardons la mer. » Ce fut ce qui arriva ; on renonça aux adoucissements des tarifs et des traités commerciaux et « on garda la mer ». La Diète et le gouvernement se prononcèrent fermement pour la conservation inviolable de Dantzig à la Pologne. On s'esquiva poliment devant l'importunité prussienne à Berlin et à Varsovie. Par contre, dans une nouvelle loi sur les villes, on confirma à Dantzig le droit

d'une délégation parlementaire avec voix délibérative accordée par le maréchal de la Diète, voix qu'«on ne doit cependant leur refuser jamais ». Dantzig de son côté soutint fidèlement la Diète de Quatre Ans et salua joyeusement la Constitution du 3 mai. Kahlen, résident de Dantzig à Varsovie, ne voulut même pas entendre les persuasions confidentielles de ce pauvre Hailes, qui, par esprit de conciliation, prêchait la cession de la ville à la Prusse. Il fut sollicité clandestinement d'un autre coté par Bulhakoff, ambassadeur russe à Varsovie, d'adhérer à la Confédération de Targowica, qui devait naître bientôt. Mais sa loyauté fut inébranlable et son refus catégorique. Bientôt la Grande Diète, la Constitution du 3 mai, et la nation entière furent menacées par la puissance russe, la trahison prussienne et le crime de Targowica. Alors naquit le projet d'appuyer la défense nationale sur les murs fidèles de Dantzig. Ce fut pendant ce triste automne de 1792, au moment où le gouvernement de Varsovie se trouva entre les mains de la Confédération de Targowica, victorieuse grâce aux armées russes, et quand à l'ouest la puissance prussienne s'apprêtait à saisir la Grande Pologne et les clés de Dantzig, attendues depuis trop longtemps; alors Stanislas Fiszer, modeste lieutenant d'origine allemande,

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plus tard aide de camp de Kosciuszko et chef d'état-major du prince Joseph Poniatowski, songea le premier à Dantzig et décida de son propre mouvement, d'examiner lavaleurmilitaire de l'unique port de la République. Il partit clandestinement pour Dantzig, ayant obtenu une permission. Il y trouva les Prussiens, installés depuis plusieurs années dans les environs, occupant Ouadendorf et même le faubourg Schotland, d'où ils comptaient pénétrer, un jour, facilement dans la ville. Mais il trouva aussi les remparts, les bastions et l'arsenal de la ville dans un « ordre parfait ». Chez les bourgeois et les marchands, dans les corporations et dans les corps d'officiers à Dantzig, il trouva surtout les mêmes sentiments qui, il y a un siècle, guidèrent les défenseurs fidèles du roi Stanislas. Il trouva un bon accueil chez les conseillers, la jeunesse patricienne et les marchands, chez les officiers d'artillerie de la ville, comme Schupelius, Niedermayer ou autres, qu'animait un grand amour de Dantzig et de la Pologne. Il visita scrupuleusement l'arsenal et fut étonné de l'ordre qui y régnait et des grandes provisions d'armes, de munitions et d'autres effets militaires. Il s'amusa et fraternisa avec la jeunesse de Dantzig, versant des larmes au théâtre pendant les représentations des pièces de Schiller,

nobles et enivrées de liberté. Ces jeunes citoyens, aux noms en « us », étaient animés d'un excellent esprit. Ils n'oubliaient point les bienfaits et les privilèges de la République, la bienveillance du roi Sigismond, ou le séjour du roi Stanislas. Ils n'oubliaient pas les obus de Miinnich, mais surtout, ils se souvenaient de la main de fer si rapace de Frédéric le Grand, qui avait anéanti leur commerce et leur prospérité. La menace du second partage et ses résultats, — pour eux, l'occupation prussienne, — les épouvantaient. Après son retour à la division, Fiszer communiqua ses impressions à son ami, un des plus illustres officiers de l'état-major polonais, au vice-brigadier Jean-Henri Da,browski. Le futur créateur des Légions connaissait parfaitement l'histoire militaire et surtout celle des célèbres sièges de Dantzig. Il décida de profiter encore une fois de la valeur militaire de Dantzig et de l'esprit héroïque de ses habitants, pour sauver la Pologne devant la menace de nouveaux partages. Déjà au commencement de 1793, de redoutables détachements prussiens avaient passé les frontières polonaises et occupé la Grande Pologne. Ils s'apprêtaient à conquérir Dantzig. Dans cette situation critique, Dombrowski conçut un projet hardi. Il voulut rassembler l'armée polonaise, y joindre la garnison et l'artillerie de Varsovie,

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forcer les rangs prussiens et s'enfermer dans Dantzig en attendant une diversion ou des secours de la Révolution française. Les circonstances fâcheuses empêchèrent l'exécution de cet original projet de Dombrowski.il n'en attestait pas moins la remarquable situation militaire et politique de Dantzig, même à la fin de son union plusieurs fois séculaire avec la Pologne.

Cependant la dernière heure de liberté de Dantzig sous le régime polonais avait sonné. Par le second traité de partage, qui fut élaboré à Saint-Pétersbourg, la Prusse obtint enfin Dantzig (1793). Ce second traité de Saint- Pétersbourg disait : Sa Majesté le roi de Prusse s'engage... à continuer de faire cause commune avec S. M. l'Empereur des Romains dans la guerre... contre les rebelles français, et à ne faire ni paix ni trêve séparées...» « Et pour dédommagement des dépenses qu'entraîne et qu'entraînera cette guerre (contrelaFrance) S. M. Prussienne se mettra en possession de pays, villes et districts (de la Grande Pologne) en y ajoutant la ville de Dantzig avec son territoire. » Ainsi par ce crime contre la Pologne et pour prix d'un crime contre la France, Dantzig devenait la proie de la Prusse. La Russie l'avait enfin cédé en se dédommageant richement sous l'œil impassible d'une Europe indifférente et muette. La Républi-

que paralysée ne put opposer aucune résistance. La Confédération de Targowica qui, il n'y a pas longtemps, tentait de se faire un partisan de Dantzig, le vendait maintenant à la Prusse, obéissant à l'ordre de Catherine II. La Diète de Grodno, rassemblée sous la garde des baïonnettes russes, dut ratifier la cession dans un nouveau traité de partage avec la Prusse. D'ailleurs, comme à l'heure du premier partage, on n'attendit à Berlin, aucune ratification extorquée d'une confédération ou d'une diète polonaise, mais on prépara immédiatement l'occupation de la Grande Pologne et de Dantzig. Le procédé qu'employa, pendant cette occupation définitive, le gouvernement prussien, fut un épilogue digne de l'affreuse tragédie de violence et d'iniquité qui se tramait depuis si longtemps autour de cette malheureuse ville. Avec une précipitation fiévreuse (déjà au commencement de 1793), Frédéric-Guillaume II ordonna d'occuper Dantzig par surprise. Cet ordre fut transmis par un ordre confidentiel du cabinet à l'Oberkriegscollegium à Berlin. Mais la général-lieutenant Brûnneck qui fut chargé de cette mission ne se hâta pas d'accomplir cet attentat trop dangereux. Il apprit par ses patrouilles que les habitants de Dantzig, prévoyant une pareille surprise, redoublèrent de vigilance

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et de garde. Ils avaient à leur disposition, sans compter la garnison de la milice régulière, environ sept mille gardes nationales et huit mille hommes de toute classe, prêts à se défendre jusqu'au bout contre les Prussiens. Ce qui serait arrivé de moindre, c'eût été un carnage qui aurait trop rappelé la « surprise «del'Ordre Teutonique à Dantzig, il y a cinq siècles. On choisit alors la voie de l'oppression politique et de la menace militaire. On émit toutes sortes d'accusations bizarres tendant à prouver la nécessité d'une occupation militaire de la ville. Gomme point de départ de tous ces étonnants chefs d'accusation du loup berlinois contre la brebis de Dantzig, vouée à la mort et accusée de troubler l'embouchure de la Vistule, on invoqua l'ardent jacobinisme des « sanguinaires » habitants de Dantzig, très dangereux pour la sécurité de la « pauvre x Prusse. Le résident prussien à Dantzig, von Lindenovsky, exigea catégoriquement, en janvier 1793, l'extradition d'un sieur Garnier, Français, qui serait arrivé l'année précédente de Berlin à Dantzig, en qualité de délégué jacobin de la Convention parisienne. Le conseil municipal, effrayé par cette provocation évidente, livra Garnier aux autorités prussiennes, bien que l'instruction juridique lui fût favorable. Mais cette violation du droit d'asile, en la personne d'un citoyen

Français, provoqua une violente protestation de la part du Second et du Troisième Ordre.i

L'effet fut tel, que le gouvernement prussien émit de nouvelles accusations, précisément m cause de cette protestation jacobine et sous prétexte que les autorités de Dantzig avaient recelé les papiers compromettants appartenant à. Garnier. A la fin du mois de janvier, arriva lai nouvelle de l'invasion de la Grande Pologne1 par les armées prussiennes et de la chute de Thorn (Torun). Cette néfaste nouvelle annonçait à Dantzig sa prochaine défaite. Elle causa une] extraordinaire effervescence. Les masses de la population parcouraient la ville en menaçant les Prussiens et en chantant le nouvel hymne de la liberté : la Marseillaise. Le gouvernement berlinois envoya, profitant de ce prétexte, une! ardente réclamation contre ces « scandaleux incidents» et contre ces chants révolutionnaires. Il en profita pour excuser les dernières occupations qu'il était en train d'exécuter.

A la fin de février 1793, parut à Berlin la fameuse déclaration de Frédéric-Guillaume II sur l'occupation de la ville et du territoire de Dantzig. Elle affirmait ce qui suit : « Les mêmes causes qui amenèrent S. M. R. de Prusse à installer des garnisons dans quelques villes de lai Grande Pologne, l'ont obligée aussi à occuper la

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ville et le territoire de Dantzig. Sans parler des dispositions hostiles que cette ville entretient contre la Prusse depuis une suite d'années, elle l est devenue actuellement un des points de réunion de cette secte rebelle (des jacobins), qui j marche de crime en crime et qui tâche de pro- | pager toutes ses iniquités par le service abject de j ses délégués et de ses partisans. Un de ces malfaiteurs (Garnier), après avoir essayé en vain de | propager le poison de sa doctrine parmi l'heu- , reux peuple prussien, qui s'honore de son obéis- ! sance, a été publiquement reçu à Dantzig même, et ce n'est qu'à force de remontrances qu'on a pu l'arracher des mains de ses défenseurs. Ce récent exemple, d'autres abus fréquents d'une liberté mal comprise, les relations intimes que les populations entretiennent en France et en Pologne avec un parti qui, à l'aide de l'audace de ses ; principes, domine la majorité des citoyens bien intentionnés, et enfin la facilité que trouve l'ennemi commun (la République française) à se procurer, grâce au secours de ses adhérents à Dantzig, des provisions de toute sorte et particulièrement du blé : telles sont les différentes circonstances qui ont appelé l'attention du roi de Prusse sur cette ville et l'ont décidé à lui imposer un frein nécessaire... Aces fins, S. M... a chargé son lieutenant général de Raumer,

d'occuper, avec un corps de troupes suffisant, la ville et le territoire de Dantzig... et d'y rétablir l'ordre et la sécurité publics. Il n'appartient qu'aux habitants de Dantzig de mériter, par une conduite soumise et prudente la bienveillance de S» M. R., en accueillant de bonne grâce son armée royale et en lui témoignant de la bienveillance. »

Ce document fameux mérite qu'on s'en souvienne. Il est, à côté du traité secret de Saint-Pétersbourg, cité plus haut, l'unique document public et officiel dans lequel, au nom du roi et du gouvernement prussien, soient formulés les titres objectifs et politiques de la Prusse pour l'occupation (ou selon la définition officielle pour « l'acquisition ») de Dantzig qui, grâce à cela, reste encore aujourd'hui au pouvoir de la Prusse. « La liberté mal comprise », c'est-à-dire l'horreur de Dantzig pour l'esclavage prussien, « des sentiments peu amicaux » à l'égard des Prussiens s'acharnant sur lui depuis trente ans, son attachement « aux conjurés polonais » c'est-à-dire à la République polonaise, sa légitime Reine et Mère, représentée par la Grande Diète, l'attrait pour la République française, annonciatrice d'un ordre nouveau, voilà les crimes de Dantzig et les titres qui autorisèrent la Prusse à l'asservir pour plus d'un siècle.

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Le général v. Raumer,à la tête de nombreuses troupes, apparut en mars 1793 sous les murs de Dantzig avec une proclamation royale. Il exigea l'extradition des principaux points stratégiques de la ville et de la forteresse de l'Embouchure de la Vistule et exigea de plus la rupture complète des relations commerciales avec la France. La situation était sans issue. La ville ne pouvait espérer aucun secours. La lutte contre l'écrasante puissance des Prussiens fut désespérée. Le Sénat accablé fut obligé de capituler devant la force. De violentes discussions durèrent pendant trois jours. Enfin l'opinion de la classe commerçante prévalut, en conseillant la soumission à la Prusse, devant l'impossibilité complète d'organiser une défense, et l'absence de tout secours extérieur. Après avoir pris à contre-cœur cette décision qui ouvrait les portes de Dantzig aux Prussiens, ennemis de la ville et de la République, ils s'adressèrent en premier lieu au gouvernement polonais de Varsovie avec des excuses. Dans un appel désespéré « à Notre Roi » Stanislas-Auguste, dans une plainte douloureuse, le sénat de Dantzig s'excusa et démontra qu'il s'était vu forcé de capituler devant les forces écrasantes de l'ennemi, pour éviter l'effusion d'un sang innocent et empêcher la ruine complète de la ville « privée de tout conseil

et de tout secours, et privée de toute aide de S. M. Royale ». En se rendant à la force, le Conseil stipula et obtint en principe, de la part du général Raumer, quelques garanties pour l'avenir, concernant surtout l'autonomie de la ville, ses droits au port, la sécurité du commerce, la dispense du service militaire, etc. Mais ce fut une capitulation dont les clauses, comme on pouvait s'y attendre, furent violées en tous points. Frédéric-Guillaume II, séjournant alors à Francfort-sur-le-Main, quartier général de ses opérations contre la France révolutionnaire, apprit de Raumer la capitulation de Dantzig. Vers la fin du mois, c'est-à-dire quinze jours après, il envoya un ordre, catégorique d'annexion (Besitzersgreifungspatent) qui refusait d'accepter les conditions des Dantzigois et exigeait l'occupation pure et simple de la ville.

L'édit arriva, par une coïncidence singulière, exactement un an avant l'insurrection de Varsovie, le Jeudi Saint 1793, jour mémorable pour Dantzig, puisque anniversaire aussi du meurtre du maire Letzkov et de ses compagnons par le Commandeur teuton. Le Sénat désarmé et irrésolu ordonnait déjà de rendre les fortifications extérieures aux Prussiens ; déjà les armées prussiennes se préparaient à entrer dans la cité, quand un dernier mouvement de défense sortit

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des rangs de la fidèle population. Depuis plusieurs jours, dès les premiers pourparlers avec le général prussien, une excitation sourde rongeait les masses, elle eut enfin une subite éclosion. Une foule en fureur entoura l'Hôtel de Ville. Au milieu des cris et des clameurs elle exigea une lutte mortelle contre l'envahisseur. Elle foudroya la poltronnerie et la trahison du Sénat et commença même à mettre le feu aux greniers des riches patriciens, comme traîtres à la cité et à la République. L'immense majorité de la bourgeoisie fut avec ce peuple qui manifestait contre la Prusse et voulait défendre la liberté et la Pologne : petits et même grands commerçants, corporations avec celle des bouchers en tête, artisans, une foule de matelots, de portefaix et de soldats de la garnison de l'Embouchure de la Vistule. Sans aucune propagande polonaise, impossible à imaginer à ce moment, et en dépit d'une propagande prussienne effrénée, guidés simplement par l'instinct naturel de conservation, ils se détournaient tous désespérément de la Prusse, pour essayer de maintenir leur union avec la Pologne. Le peuple attaqua l'arsenal et se saisit d'une grande quantité d'armes ; il s'empara des canons sur les remparts et, après avoir amené une grande quantité de munitions de l'arsenal, il dirigea un feu infernal d'obus et des

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balles contre les colonnes prussiennes en marche.

Les Prussiens pris à l'improviste, furent forcés de reculer, mais répondirent aussi par un feu intense qui fit dans la ville un épouvantable carnage dans les rangs des défenseurs improvisés. La prise de possession de Dantzig par la Prusse fut scellée cette fois encore, comme il y a cinq siècles auparavant, par un acte de violence brutale et par l'effusion du sang innocent. En face des troupes prussiennes, toujours plus nombreuses, qui encerclaient la ville, cette hâtive défense populaire dut être abandonnée. Les troubles durèrent encore quelques jours, mais il fallut bien accepter la triste nécessité. Aux premiers jours d'avril, à l'aube, les quatre portes de la ville furent enfin ouvertes et les deux premiers régiments prussiens d'infanterie et de dragons firent leur entrée. La bourgeoisie les accueillit dans un sombre silence, la population éclata encore en malédictions effrénées et les soldats de la garnison vistulienne brisèrent leurs armes en déclarant qu'ils ne serviraient point la Prusse contre la Pologne et contre la France. Toute la garnison d'ailleurs, les officiers exceptés, fut faite prisonnière et incorporée de force dans l'armée prussienne. Un mois plus tard, en mai

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1793, les dignitaires berlinois exigèrent de la ville, au nom du roi, un acte d'obéissance et un serment de soumission.

Dantzig tomba dès lors dans les griffes prussiennes. On commença par écraser et détruire les vieilles institutions républicaines de la ville, jusque-là toujours respectées et protégées par la République polonaise. On commença une réorganisation de la ville à la manière bureaucratique de toutes les municipalités prussiennes. On institua une municipalité de fonctionnaires hiérarchisés, laissant à peine une représentation marchande fictive et supprimant naturellement le Troisième Ordre « jacobin ». Ainsi l'abolition des institutions vraiment démocratiques, que Dantzig avait héritées de la République, fut le premier pas de 1' « éclairée » administration prussienne. Le patriciat même, l'élément le plus important et le plus sérieux de la bourgeoisie de Dantzig, se révolta contre le poing de la bureaucratie berlinoise. De nombreux et illustres fonctionnaires de l'administration urbaine et scolaire, des magistrats démissionnèrent pour protester contre l'invasion prussienne. Quelques-uns préférèrent même, sans souci de la ruine, quitter pour toujours leur ville natale. Au nombre de ces derniers furent les parents du philosophe Schopenhauer, comme nousTapprennentlesmémoires

de sa mère Jeanne. Pendant un certain temps, on se leurra encore par l'espoir d'une libération possible, mais ces espoirs, soulevés surtout par les premières victoires de la République française, s'évanouirent après la paix de Bâle, conclue entre la France et la Prusse. Quelques anées plus tard, se forma à Dantzig un complot qui avait des liens communs, sinon organiques au moins spirituels, avec les Légions de Da browski et les agissements de l'Emigration polonaise à Paris. Un groupe d'étudiants de Dantzig, nourri d'idées révolutionnaires polono-françaises, ayant le fougueux Bartoldy à sa tête, décida de fomenter une insurrection armée pour rétablir l'ancienne liberté républicaine de la ville. Ils s'associèrent clandestinement quelques matelots, portefaix et ouvriers du port. D'ailleurs les citoyens plus importants prirent aussi part à ce complot, par exemple l'abbé Richter, diacre de l'église Sainte-Catherine, ennemi implacable du nouveau régime prussien. L'insurrection devait éclater le jeudi saint 1797, pour célébrer l'anniversaire des luttes dans les rues de Dantzig, et de l'insurrection de Varsovie. Les conjurés, rassemblés chez Bartoldy, armés et décorés de cocardes républicaines, voulaient désarmer les sentinelles prussiennes, soulever la population et occuper la ville et la forteresse. Ce complot juvénile fut

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découvert trop tôt par la police prussienne. Les jeunes conjurés furent jugés et condamnés à mort. Cette condamnation fut commuée en une réclusion de plusieurs années.

Le régime prussien s'établit sous ces auspices peu engageants. Le nouveau monarque, Frédéric- Guillaume II, se rendant compte de l'hostilité manifeste de la population, préféra éviter Dantzig qu'il avait convoité depuis si longtemps. Quand son successeur, Frédéric-Guillaume III, arriva à Dantzig avec la belle reine Louise, il y trouva certes des banquets et une pompe officielle, mais aussi un accueil particulièrement glacial de la part de la bourgeoisie. Son séjour ne fut marqué par aucun de ces bienfaits que Dantzig recevait autrefois des mains des rois polonais, salués triomphalement. Frédéric ne tint aucun compte des plaintes amères qui lui furent adressées au sujet de l'abolition complète des anciennes institutions et privilèges urbains. Il se contenta simplement — faveur misérable et gratuite — d'anoblir quelques nouveaux fonctionnaires de Dantzig, particulièrement obéissants au nouveau régime. Il attacha le «von» des Junckers prussiens aux vieux noms de Dantzig. Ces bienfaits d' « attitrement» éclairent singulièrement les relations entre les nouveaux seigneurs berlinois et Dantzig républicain.

Il faut avouer cependant que cette courte époque du régime prussien, qui dura à peine treize ans, ne porta pas de grands préjudices économiques à la ville. Au contraire, le commerce qui avait refleuri à l'époque de la Diète de Quatre Ans, se maintint même sous le règne prussien. Surtout l'exportation du blé par Dantzig s'accroissait de plus en plus et atteignit en 1802 le chiffre inconnu depuis longtemps de 85 mille lastes. La prospérité et le bien-être régnaient. Gela n'était pourtant pas dû à l'administration prussienne qui rendait au contraire, dès la première heure, le commerce très difficile par sa bureauratie et ses impôts. C'était le résultat de trois facteurs extêmement favorables. Premièrement, la Prusse à ce moment ne possédait encore aucun port qui pût concurrencer Dantzig. Stettin, Kœnigsberg, Memel ne jouissaient ni d'une situation ni d'une organisation suffisantes ; deuxièmement, à l'époque des guerres entre la France révolutionnaire et napoléonienne et l'Europe coalisée, c'est-à-dire l'Angleterre, l'Autriche et la Russie, la Prusse seule, restée à l'écart après la paix de Bâle, devint le fournisseur principal et presque unique des deux belligérants. Le troisième facteur et le plus important, fut la réunion des terres polonaises à Dantzig, grâce aux deuxième et troisième partages qui étendaient les

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possessions de la Prusse à Varsovie et à toute la province de Kujawy. Donc, si à cette époque, fin du xvine et commencement du xixe siècle, l'exportation de Dantzig, celle du blé surtout, se maintint très haut, c'est surtout parce que cette ville conserva, en dépit des partages, des liens immédiats avec la Varsovie prussienne. Malgré l'esclavage prussien, Dantzig restait ainsi toujours dans la sphère de la bienfaisante influence économique de la Pologne. Cet esclavage fut toutefois extrêmement dur pour Dantzig, ainsi que pour toute la province occupée et pour la capitale polonaise. A Dantzig, comme ailleurs, on attendait impatiemment l'heure de la délivrance.

L'heure de la délivrance sonna après la défaite prussienne de Iena, en 1806, avec l'arrivée de Napoléon en Pologne. L'Empereur arriva à Varsovie, délivrée du joug prussien, et immédiatement Dantzig attira son attention toute particulière. En janvier 1807, il donna les premiers ordres pour le siège de la ville. Il destina à ce but le Xe corps de la Grande Armée, dirigé par le Maréchal Lefebvre, etlui attacha les meilleurs régiments, momentanément inactifs, de la nouvelle armée polonaise qui était en voie d'organisation. Ce corps auxiliaire était composé de la 3e division polonaise du créateur des Légions Da.browski, de la légion du Nord, composée uniquement de Polonais sous les ordres du général Michel Radziwill, des régiments en formation de cavalerie régulière, de volontaires-nobles et des territoriaux de Posen et de Kalisz sous les ordres du colonel Dziewanowski et des brigadiers-généraux Kosinski et Sokolnicki.La tâche était parti-

culièrement difficile. Après la triomphale guerre prussienne de l'année précédente, « la première guerre de Pologne » de Napoléon contre les restes de l'armée prussienne et les troupes fraîches russes s'annonçait comme très dure, marquée dès le début par le carnage d'Eylau. En outre Dantzig fut parfaitement approvisionné par son gouverneur militaire Kalckreuth. Il fut défendu par 17 mille soldats prussiens, 3 mille fantassins russes et trois régiments de cosaques. Des renforts toujours plus nombreux arrivaient par la mer, qui se trouvait complètement dans les mains des Coalisés. Le corps russe de Kamenskoï, comptant 6 mille hommes et plusieurs milliers des soldats prussiens de Biilow se joignit à eux plus tard. La ville fut défendue par plus de38millehommes.Par contre, le Xe corps français après la saignée d'Eylau ne comptait que 12 mille hommes. Plus tard ce nombre fut à peine doublé, sans compter les divisions qu'il empruntait temporairement aux corps de Lannes et de Mortier. Rien d'étonnant, qu'au cours de ce siège, l'énergique Lefebvre luimême semblait désespérer et fléchir par instant. Mais Napoléon ne cessa de l'encourager, de le blâmer même parfois. Dans toute sa correspondance avec le général, il montra un intérêt particulièrement vif pour cette expédition et

une connaissance profonde de moindres détails intéressant Dantzig. A la fin d'avril 1807, l'Empereur fit son entrée triomphale à Malborg, vieille capitale de l'Ordre, qu'il avait conquise en suivant l'exemple des rois polonais. Il eut là une entrevue avec Lefebvre auquel il remit de nouveaux ordres. D'après le témoignage contemporain de l'historien prussien, officier d'étatmajor, les fortes et justes indications de l'Empereur eurent un effet décisif sur le siège et la conquête de Dantzig. D'après ce spécialiste, le « rôle de Dantzig dans les grandes opérations militaires » ne fut apprécié convenablement ni par Frédéric-Guillaume III, ni par Lefebvre mais uniquement par Napoléon.

Les Polonais ont eu la part prépondérante de peines et de mérites dans l'investissement de Dantzig. Ils formaient un contingent assez improtant de la petite armée de Lefebvre. Ils étaient au nombre de 6.500 hommes. Après la démission du général Dajbrowski, grièvement blessé à Tczewo, le général-lieutenant Gielgud, vieux et bossu mais très brave, fut nommé chef de la division polonaise. Ces régiments polonais, imporvisés et rassemblés en hâte, avaient de grands défauts d'organisation ; les effets de première importance, comme armes, vêtements et vivres manquaient presque complètement. De nom-

breux soldats n'avaient que le manteau militaire avec quelque hardes dessous. Ils souffraient affreusement du froid, de la pluie et de la faim dans les humides tranchées sous Dantzig pendant la pire saison de l'année. Après quelques escarmouches en février, le siège proprement dit commença en mars 1807, et en avril seulement le bombardement en règle.

La situation générale de l'armée française après la bataille d'Eylau n'était pas brillante et le moral laissait à désirer. Dans des conditions particulièrement défavorables, les soldats polonais sous Dantzig surent toutefois vaincre quelques imperfections initiales d'organisation. Bientôt, placés au centre des assiégeants, sur « la position la plus dangereuse et la plus importante », ils firent non seulement vaillamment leur devoir, mais ils se distinguèrent particulièrement dans l'armée de Lefebvre, grâce à leur persévérance, leur courage et leur impétuosité. Le maréchal les apprécia et les aima très vite. Il les cita souvent dans ses ordres du jour, distinguant honorablement les officiers et les soldats polonais. Un jour, après la défaite d'une incursion ennemie, Lefebvre descendit de son cheval, quitta son manteau, fit briller ses étoiles et ses "décorations de maréchal, saisit un tambour et se mettant à la tête du bataillon polonais de

Downarowicz, le conduisit lui-même à une brillante contre-attaque. La valeur militaire des troupes polonaises était d'autant plus grande qu'ils avaient conscience de se battre pour Dantzig et pour la mer polonaise. Cette conscience se manifesta noblement à plusieurs reprises. L'anniversaire du 3 mai fut solennellement fêté par les soldats. L'aumônier di 1er régiment d'infanterie de Sulkowski, l'abb* Przybyiski, dans un ardent sermon enflamma l'auditoire en lui montrant « les étendards polo nais flottant sur les bords de la Baltique ». Dan les proclamations et les rapports de Dabrowski de Gielgud et de leurs officiers subalternes, 0] soulignait de plus en plus l'aspect « libérateur des luttes sous Dantzig.

A Dantzig,^ en dehors de la garnison prusso russe, la population entière considérait ce sièg comme un acte de justice et de libération. Pou la première fois aussi, elle ne prit aucune part îa défense de la ville. Après la défaite de Iém la famille royale prussienne avait pensé u moment à chercher refuge dans Dantzig. Ma: l'animosité sombre de la population fut tell qu'après un court séjour, elle crut devoir fu: plus loin, à Kœnigsberg ou à Memel. Cert< les Hohenzollern ne pouvaient attendre d la part de Dantzig un amour et une défem

semblables à ceux qu'y avait autrefois trouvés le roi Stanislas. Un complet insuccès couronna la tentative du comte Krotzkov qui voulait former un corps prussien de volontaires à Dantzig. Bientôt le comte Krotzkov lui-même fut fait prisonnier par les soldats polonais. Ce fut en vain que le gouverneur Kalckreuth en appela à la générosité des habitants. Il fut par contre obligé de prendre des mesures extraordinaires pour empêcher les troubles le jour du jeudi saint 1807, qui resta toujours à Dantzig anniversaire antiteuton et antiprussien. Ce fait suffirait à peindre les sentiments de la population. Les habitants étaient, de plus, en relations avec les avant-gardes polonaises, ils leur communiquaient des nouvelles et facilitaient la désertion de la garnison. D'après un rapport du général Gielgud, « au moins 4.000 déserteurs prussiens, tant Allemands que Polonais, traversèrent les lignes polonaises et plus de 700 s'engagèrent librement dans nos régiments ». « Quant aux habitants de Dantzig, écrivait le lieutenantcolonel Krukowiecki commandant l'avant-garde, — ils sont tous pleins de bonne volonté et attendent avec impatience le moment où l'épée de notre bienfaiteur et sauveur (Napoléon) les délivrera des Prussiens et des Russes. »

En mai 1807 arrivèrent de grands renforts

russo-prussiens à l'Embouchure delà Vistule. Ce fut la dernière tentative pour dégager Dantzig du côté de la mer. Les vaillants régiments polonais la refoulèrent victorieusement. Ce fut leur plus grand fait d'armes et leur plus grand mérite au cours de ce siège. La reddition prochaine de la ville était désormais inévitable. Cette victoire fut achetée par de lourdes pertes, grâce à une lutte des plus acharnées et des plus sanglantes. Les Polonais et les Français furent sans pitié. Dans cette bataille de l'Embouchure de la Vistule, périt Antoine Parys, jeune et vaillant lieutenant-colonel. Il tomba frappé d'une balle au cœur,tué à la tête de son régiment qu'il conduisait à l'attaque suprême et décisive. C'était un brillant officier et le principal héros du siège de Dantzig. A l'endroit où il mourut, ses compagnons lui élevèrent un tumulus et lui firent de splendides obsèques. Pendant cette cérémonie, en face de Dantzig qui se défendait encore faiblement, le prince Alexandre Sapieha, homme d'action et écrivain distingué, officier d'étatmajor de Gielgud, prononça une oraison funèbre. « Polonais, peuple héroïque, l'indolence de nos pères n'a pas pu ternir la gloire de nos aïeux. Jetez un coup d'œil autour de la colline où nous réunit cette triste cérémonie. Contemplez ce Dantzig que vous voulez rendre à sa Patrie,

contemplez cette vaste plaine de Poméranie qui nous fut arrachée par notre crédulité et par la traîtrise de nos ennemis, contrée où tant de siècles nous régnâmes en paix... Regardez cet élément agité, les espaces infinis de la Baltique : elle fut à nous aux temps des Sigismonds. Les navires polonais défiaient ces vagues et apportaient les richesses et la prospérité dans notre pays. Nos glorieux aïeux avaient confié tout cela à la garde de nos pères et tout cela fut perdu grâce à l'indolence de ces derniers. A vous de le reprendre. Nos propres mains ont élevé ce tombeau. Peut-être un jour le sort nous sera-t-il plus doux et le Polonais, rétabli dans son héritage, entouré de sa famille, s'arrêtera devant ce tumulus, vestige de nos mérites; il sera ici pour dire quels efforts il faut pour qu'une nation déchue renaisse. »

Napoléon dans ses Bulletins de la Grande Armée, racontant la fin du siège et la conquête de Dantzig, distingua spécialement le nom de Parys ainsi que ceux d'autres Polonais qui prirent part à ces combats et furent fréquemment décorés de la légion d'honneur. En effet, quelques jours à peine après cette bataille, fin mai 1807, eut lieu la capitulation de la ville. Un mois à peine s'était écoulé depuis le commencement du bombardement en règle. Il est

intéressant de noter que le siège le plus court fut justement celui qui arrachait Dantzig aux Prussiens. Le maréchal Lefebvre, rendant hommage au courage des Polonais et reconnaissant leurs droits souverains sur Dantzig, leur désigna la place d'honneur pendant la cérémonie de la prise de possession. L'entrée triomphale dans Dantzig eut lieu à l'aube du 27 mai 1807, par la Haute-Porte. Immédiatement après la maréchal, entouré de brillants généraux, entrait, musique en tête, la Légion polonaise en parade et les 6 régiments français de ligne venaient ensuite.

La prise de Dantzig eut une importance capitale autant au point de vue politique que militaire. Elle améliora singulièrement la position de la Grande Armée et lui facilita quelques semaines plus tard, la victoire décisive de Friedland. L'empereur qui, mieux que personne, connaissait l'importance de cette victoire, exprima à Lefebvre son contentement personnel dans un célèbre rescrit qui lui octroyait le titre de « duc de Dantzig ». Quelques jours après, Napoléon prépara lui-même son entrée dans Dantzig conquis. Salué triomphalement par les habitants, presque comme les rois polonais autrefois, il élut sa résidence à Langgarten.

Il visita soigneusement les principales fortifications de la ville, la forteresse de l'Embouchure

de la Vistule et le port de Neufahrwasser. Il reçut en audience spéciale les représentants des autorités et des marchands de Dantzig. Ces délégués lui remirent un mémoire exposant toutes les violences du gouvernement prussien contre la ville depuis le premier partage. Napoléon se montra particulièrement bienveillant à l'égard des divisions polonaises qui avaient pris part au siège. Il les passa en revue sur la place du « Long Marché » et les combla d'honneurs et de récompenses. En effet le sang polonais avait coulé à flots pour la conquête de Dantzig. Le vieux général Gielgud souligna les pertes polonaises dans son rapport à Napoléon. Il écrivit : « La 3e division polonaise que j'ai l'honneur de commander, est arrivée au blocus de Dantzig avec 6.500 hommes présents sous les armes... elle se trouve réduite aujourd'hui à 4.650 hommes présents sous les armes... Les habitants de la ville de Dantzig sont Polonais. Ils sont animés de sentiments d'admiration et de fidélité pour V. M. I. et R., et d'amour pour leur ancienne patrie. Comme tout le reste de la Pologne, ils ne se plaindront point de recevoir l'ordre de V. M. d'habiller complètement toute la 3e division polonaise, qui a aidé avec tant de zèle à les délivrer du joug prussien, à les réunir à leur ancienne patrie »... Mais à ce moment le sort de la ville et l'issue de la guerre

étaient encore ignorés. On pensait en général que Napoléon vainqueur et la Pologne reconstituée, Dantzig devrait être rendu à cette dernière ; c'était aussi l'opinion de Varsovie. La première nouvelle de la prise de Dantzig par les troupes polono-françaises éveilla à Varsovie un enthousiasme unanime. Elle suscita une si grande joie, que le soir de son arrivée, toutes les maisons furent illuminées sans que le gouvernement ait donné aucun ordre. Dans les rues on entendit les cris joyeux de : « Vive Napoléon le Grand, libérateur de la Pologne. » Le président delà Commission administrative, le vieux Malachowski, ancien maréchal de la Grande Diète, envoya immédiatement à Napoléon une missive émue, demandant l'union, ou plutôt le retour à la Pologne renaissante « de la ville de Gdansk et de toute la partie de la Pologne qui l'avoisine », c'est-à-dire de la Prusse royale.

Malheureusement les événements changèrent Tordre des choses. Bientôt, après la grande victoire française de Friedland, eut lieu à Tilsit l'entrevue de Napoléon et d'Alexandre. La reconstitution d'une forte et grande Pologne se heurta à l'inébranlable opposition du tsar. On finit par découper un Duché de Varsovie qui ne pouvait contenter personne et qui ne comprenait ni Dantzig ni la Prusse royale. Par le traité de

Tilsit, juillet 1807, « Dantzig avec un territoire dans un rayon de deux lieues de son enceinte » fut proclamé ville indépendante, c'est-à-dire libre. On lui assura aussi la libre navigation sur la Vistule. Ses frontières furent dans la suite un peu élargies par un traité supplémentaire de démarcation entre Dantzig et la Prusse. Ce traité fut conclu à Elbing, en décembre 1807, par l'intermédiaire bienveillant du maréchal français Soult. Bien que Dantizg fût sous la double protection de la Prussse et du Duché de Varsovie, en réalité il était placé sous l'autorité immédiate de Napoléon. Son buste en marbre remplaça à l'Hôtel de Ville le portrait de Frédéric-Guillaume. La ville reçut une garnison française et un gouverneur français, le général Rapp. Elle dut payer une lourde contribution de guerre et différents impôts extraordinaires au trésor français. Par contre, on lui rendit ses lois et ses institutions autonomes, c'est-à-dire les trois anciens Ordres, le Conseil, qui porte depuis le nom de Sénat, sa propre juridiction, la représentation de quatre quartiers, etc. Mais par ordre personnel de l'Empereur on y introduisit le code napoléonien, qui ne fut cependant, grâce aux instances des habitants, appliqué que très tard, et jamais généralisé. A côté du gouverneur français séjournaient à Dantzig, Massias,

résident français, et pendant les dernières années Helbig, résident saxo-varsovien.En même temps le consul prussien Vegesack et le consul russe Trefurt espionnaient activement. Dantzig devait envoyer à Paris, comme autrefois à Varsovie, des délégations temporaires. Là résidait son plénipotentiaire Kahlen, ancien délégué auprès de la République de Pologne, attaché actuellement à Napoléon. Il est intéressant de noter que Napoléon (comme autrefois les rois Sigismond et Sobieski) conseilla vivement à ces délégués d'admettre les catholiques aux charges et aux magistratures de la ville.

Dès l'automne 1808, la garnison de Dantzig se composa de deux régiments d'infanterie polonaise du Duché de Varsovie. Le Général Grabowski fut nommé commandant de la ville ; il remplaça l'année suivante, 1809, pendant la guerre autrichienne, Rapp, appelé à rejoindre l'état-major impérial. Plus tard ce fut le général Woyczynski, qui lui succéda temporairement. Les rapports entre les habitants, la garnison et les commandants polonais furent excellents. En 1810, le prince Joseph Poniatowski, ministre de la guerre du Grand-Duché de Varsovie, arriva à Dantzig pour inspecter la garnison et la forteresse. Il fut reçu par la ville avec tous les honneurs et tout le respect traditionnel, dus au

sang royal polonais. On consacra beaucoup de temps aux grands travaux destinés à améliorer la défense de Dantzig. Ces travaux furent dirigés selon les propres indications de l'Empereur et en accord avec les autorités militaires de Varsovie. Après les premiers incidents entre Alexandre et Napoléon, l'état, de siège fut proclamé à Dantzig dès le printemps 1811. Au moment où éclata la grande guerre de Russie, Napoléon, en route pour cette expédition, arriva à Dantzig. Il voulut contrôler lui-même l'état des défenses de la ville, qu'il considérait comme un point d'appui des plus importants pour ses opérations lointaines. Il accorda une nouvelle audience aux autorités et aux marchands de la ville, examina minutieusement les suppliques et les plaintes des habitants, ainsi que la situation économique et sociale de cette ville libre qu'il avait créée.

Cette situation certes n'était pas parfaite. Ces six années del'époquenapoléonienneavaient conduit la ville à uneruinepresquecomplète. Le commerce déclinait, les plus anciennes et les plus riches familles bourgeoises étaient réduites à l'indigence ; les faillites étaient fréquentes ; les artisans ne trouvaient pas de travail et les paysans mouraient de faim. Les travaux des fortifications et les fournitures militaires étaient la seule ressource des habitants. Il suffit de dire qu'à cette

époque le chiffre de la population de Dantzig avec son territoire diminua d'un quart : de 80 mille habitants elle était tombée à 64 mille. La situation était désespérée et les causes en étaient multiples. Les contributions et les impôts de guerre français écrasaient la ville, mais le blocus continental fut infiniment plus douloureux. Six mois avant la prise de Dantzig, Napoléon publiait le fameux décret de Berlin, par lequel il déclarait les Iles Britanniques en état de blocus. Ce décret coupait la ville de ses principaux fournisseurs et acheteurs. Toute exportation et toute importation furent interrompues. Ni la contrebande effrénée, ni les licences impériales accordées à la ville ne remédiaient à cet état de choses. D'ailleurs la solution du problème de Dantzig qu'Alexandre avait imposée à Napoléon à Tilsit était absolument erronée et impropre, elle était néfaste pour la Pologne et meurtrière pour Dantzig. Cette ville libre, séparée du Grand- Duché de Varsovie par la Prusse occidentale, se trouva dans une situation semblable à celle que lui avait faite le premier partage et pire que celle que lui fit le troisième. Alors elle se trouvait au moins réunie à Varsovie sous le joug commun de la Prusse et dans le même organisme politique. Le but suprême de la politique de Dantzig, l'impératif catégorique de son existence et de sa

mort, a toujours été et restera le même : c'est son union naturelle et politique avec une Pologne libre. Il doit prendre part comme la ville la plus brillante et vibrante à la vie polonaise. En dehors d'elle, dans une réclusion forcée comme une ville libre artificielle, elle ne peut que végéter. La triste expérience de la ville libre de Dantzig sous Napoléon n'en est qu'une preuve de plus.

L'acte final de la tragédie napoléonienne était proche. Bientôt commença, la lamentable retraite de Russie. Rapp, qui avait suivi l'empereur dans cette malheureuse expédition, rentra à Dantzig ayant les mains et la figure gelées. Il ne perdit pourtant pas courage et proclama immédiatement l'état de siège dans la ville. L'armée russe suivait de près les derniers fuyards des armées napoléoniennes ; il est vrai, qu'à ce moment, 1812-13, le quartier général d'Alexandre n'avait point encore décidé jusqu'où il mènerait cette poursuite victorieuse» Après la défaite complète de Napoléon, et précisément à cause d'elle, les cercles militaires et politiques russes les plus autorisés n'approuvaient pas volontiers le projet d'une expédition en France. Ils comprenaient que cette expédition qu'on présentait comme une vengeance russe, aurait surtout pour but la revanche et la reconstitution de la Prusse. Le généralissime russe Kou-

touzof voulait s'arrêter sur la Vistule. Il était l'ennemi d'une alliance avec Berlin et ne désirait pas continuer la guerre, « pour le roi de Prusse ». Il proposait au contraire de s'entendre avec Napoléon et de conclure une paix favorable à la Russie. Tel était aussi l'avis du chancelier Roumiantzef et de presque tous les généraux et telle était l'opinion générale en Russie. Un historien contemporain, spécialiste des questions stratégiques, examinant les conjectures politiques et militaires, estime que c'était la seule solution qui répondît aux « intérêts réels » de la Russie. Et ces meilleures conditions auxquelles pensait Koutouzof, devaient réaliser l'annexion à la Russie du Grand-Duché de Varsovie et de la ligne de la Vistule dans toute son étendue. Dans la situation où se trouvait Napoléon à ce moment, il était facile d'obtenir ces conditions. Pour atteindre la ligne de la Vistule, il aurait fallu annexer aussi toute la Prusse Orientale (Ducale). On revenait ainsi aux projets de la tsarine Elisabeth contre Frédéric le Grand. Comme en ce temps, toute cette partie de la Prusse se trouvait derechef entre les mains des Russes. Le Feldmaréchal prussien Boy en eut une entrevue, vers la fin de 1812, avec le tsar Alexandre à Saint- Pétersbourg. Ce témoin compétent nous affirme que tout le parti militaire russe réclamait la

ligne de la Vistule. « Ils étaient prêts à rendre à ce prix tout le reste de l'Europe « à Napoléon ou au diable lui-même ». Ce fut aussi l'idée directrice qui inspira la fin de l'expédition russe; on s'explique ainsi comment la Russie n'arrêta pas la fuite de Napoléon et relâcha un peu la poursuite.

En janvier 1813 les généraux russes Tchernychef et Rydygier occupèrent Kœnigsberg où commença un bizarre régime des classes. Sous la protection du tsar Alexandre, comme autrefois sous celle de la tsarine Elizabeth, on ne se soucia plus du roi Frédéric-Guillaume III. Un peu auparavant le gouverneur militaire de Riga, marquis Paulucci avait pris Memel, destitué les autorités prussiennes, s'était emparé des caisses publiques et avait introduit tout simplement une administration russe.

La question de Dantzig fut liée étroitement à ces autres problèmes. Sans aucun doute, les projets russes en 1812, et presque pendant toute l'année de 1813, visaient directement Dantzig. On voulait rattacher la ville à la Russie ou, dans l'impossibilité, la laisser ville libre comme après Tilsit. La seule différence aurait été qu'Alexandre remplacerait Napoléon comme protecteur de la ville. Koutouzof, dans un ordre du jour significatif, recommandait au général Wittgenstein de tenir à l'écart les troupes prussiennes et de

n'employer pour le siège de Dantzig que des troupes russes. Le commandement en chef des troupes assiégeantes fut donné en janvier 1813 à l'ataman des cosaques Platov, en février au général Wittgenstein, en avril au général Lewis. Enfin, l'oncle du tsar Alexandre, le prince Alexandre de Wurttemberg, gouverneur militaire de la Russie Blanche, arriva directement du quartier général russe avec la même mission. Le choix d'un personnage aussi important et le fait que le corps d'armée fut porté jusqu'à 30.000 hommes, étaient de nouvelles preuves de l'importance considérable que l'entourage impérial attachait à la conquête de Dantzig. Frédéric-Guillaume devina facilement le danger ; il ordonna en avril de « faire tous les efforts possibles » pour envoyer sous Dantzig quelques régiments prussiens dont la présence était nécessaire pour garantir les droits de la Prusse sur cette ville. On forma en hâte une faible division de landwehr prussienne, à peine quelques milliers d'hommes. Elle fut envoyée en juin « au secours » du prince de Wurtemberg, sous les ordres du comte Dohna. Ces auxiliaires importuns furent très mal reçus par le généralissime russe. Il les traita avec hauteur, leur donna des ordres en langue russe tout comme à ses régiments territoriaux, et les tint toujours à l'arrière. Sous les murs de Dantzig

assiégé se jouait une tragicomédie politique et militaire entre les guerriers de la landwehr prussienne animés d'un zèle extraordinaire, et le chef russe refusant obstinément leurs services obséquieux.

Dantzig fut enfin conquis par les armées russes victorieuses. Ce dernier siège, comme celui de 1734, fut une tragédie à la fois pour Dantzig, pour la France et pour la Pologne. Comme quatre-vingts ans auparavant, la ville fut défendue dans cette épreuve cruelle par les Français et par les Polonais. Napoléon attachait un grand prix à la conservation de cette forteresse. Ce « palladium français » dans les contrées lointaines pouvait devenir pour lui, au cas de revirement favorable, une importante base d'opérations offensives. Mais la garnison rassemblée dans Dantzig qui portait le nom du Xe corps de la Grande Armée, ressemblait plutôt à un camp de survivants de la funeste retraite de Russie, composée des fugitifs blessés, épuisés et gelés. Cette «bande d'invalides «comptait plus de35.000hommes dont la plupart, c'est-à-dire 18.000 hommes furent obligés de rejoindre l'hôpital, où ils moururent presque tous. Il n'y eut jamais plus de 12 à 13 mille hommes aptes à porter les armes. C'était, de plus, l'amalgame le plus extraordinaire de Français, Espagnols, Italiens, Bavarois,

Westphaliens, Holiandais et même d'Africains. A côté des Français, les Polonais étaient le seul élément de valeur de la garnison.

C'était la 7e division polonaise, sous le commandement du brigadier-général Michel Radziwill. Elle comprenait 3 régiments d'infanterie polonaise et notamment les 5e, 10e, et 11e régiments, les mêmes qui avaient pris, il y a six ans, une part honorable au siège de Dantzig. Ils arrivaient maintenant pour le défendre. Il y avait aussi le 9e régiment de uhlans polonais qui s'était distingué brillamment pendant l'expédition russe et avait subi de lourdes pertes, puis deux compagnies de fantassins, une compagnie d'artillerie et une compagnie de sapeurs, 6.000 hommes en tout, presque la moitié de la garnison, car le reste était incapable de se battre. Déplus, c'étaient des troupes polonaises excellentes, décidées à défendre jusqu'au bout le vieux Dantzig polonais.

Les assiégeants russes, ayant investi complètement la ville, essayèrent de démoraliser et de gagner cette saine et forte partie de la garnison de Dantzig. Le commandement russe adressa une proclamation aux Polonais, les incitant à la désertion et à la trahison. En même temps on fabriqua une fausse missive « des citoyens de la ville de Varsovie à leurs frères combattants ». Dans cette missive, les soi-disant Varsoviens

adjuraient tous les combattants polonais et en particulier les défenseurs de Dantzig, de jeter l'étendard de l'impie et cruel Napoléon, de se placer sous la protection particulière du grand et généreux empereur Alexandre et de la grande nation russe à laquelle les unissaient les liens de sang, de langue et de voisinage. Cette missive étrange remplie de russicismes, n'était naturellement qu'un simple faux ; Varsovie, occupée par les troupes russes en février 1813, gardait à l'égard des conquérants une attitude hostile, pleine de dignité et de patriotisme. Loin d'avoir excité à la désertion, elle était de tout son cœur avec l'armée polonaise qui, sous les ordres du prince Joseph Poniatowski, restait inébran^ lablement fidèle à la France et à Napoléon.

L'armée russe s'approchait à peine de Dantzig qu'apparurent les officiers cosaques, envoyés par Platov ; ils essayèrent de fraterniser avec les avant-gardes polonaises, et chassés, ils jetèrent de nombreuses proclamations. Le gouverneur Rapprépondit en soldat, c'était la meilleure riposte. Il publia le récit de cet incident dans la « Gazette de Dantzig », fit réimprimer littéralement la fausse missive des soi-disant Varsoviens, excitant à la désertion, et en ordonna la lecture publique devant les régiments polonais. Les troupes polonaises repoussèrent avec indignation

l'instigation russe et prêtèrent serment de fidélité à la France et à Napoléon pour la défense de la ville. Elles publièrent aussi une déclaration écrite, rédigée par le capitaine Ladislas Ostrowski, valeureux commandant de la cavalerie de Dantzig et plus tard ardent maréchal de la Diète révolutionnaire de Varsovie. Cette déclaration rappelait les partages de la Pologne, le carnage de Praga, les crimes accomplis par les copartageants et particulièrement par la Russie et se terminait par un serment « d'amour envers la Patrie et de reconnaissance envers Napoléon ». Elle fut remise au gouverneur Rapp par le général Radziwill et l'état-major polonais, et signée par « les généraux, officiers supérieurs, commandants, officiers et soldats des 5e, 10e, 11e régiments d'infanterie polonaise, du 9e régiment de uhlans polonais » ainsi que « par le commandant, les officiers, sous-officiers et soldats de l'artillerie à pied et à cheval et des sapeurs polonais à Dantzig ». Cette déclaration verbale fut scellée par de nombreux exploits guerriers à l'heure de la première grande attaque de Lewis contre Dantzig, au commencement de mars 1813. Le fougueux élan de la brigade polonaise rompit les colonnes ennemies sous Langfuhr. Depuis, Rapp porta toujours une chapska écarlate et revêtit souvent l'uniforme polonais.

Mais les conditions d'un siège prolongé devenaient de plus en plus difficiles. Le courage commençait à fléchir sous le feu ennemi et surtout sous l'influence de la fièvre typhoïde, de la famine et des mauvaises nouvelles extérieures. La trahison se glissait dans la ville et dans les rangs des troupes alliées. Les Polonais seuls restèrent fidèles à leur devoir de soldats, de patriotes et d'Européens. Ils luttèrent sans arrêt et jusqu'au bout sur les murs de Dantzig comme sur les champs de Leipzig sous les ordres du prince Joseph. Presque la moitié, 2.500 hommes, tombèrent sur les remparts ou moururent dans les hôpitaux de la ville ; un mois après la bataille de Leipzig, quand tous les moyens de défense furent épuisés et qu'il ne restait plus aucun espoir, Rapp signa la capitulation de la ville à la fin de novembre 1813. Les conditions furent honorables. Il devait quitter la ville avec toute la garnison, le jour du Nouvel An 1814, s'il n'avait pas reçu de secours avant cette date. Une clause spéciale assurait aux troupes polonaises la liberté de rejoindre l'armée napoléonienne ou de regagner leurs foyers. Alexandre, sous un prétexte qui ne lui fait pas honneur, refusa de ratifier ce traité. Rapp et les Français furent faits prisonniers sur son ordre personnel et transportés au fond de la Russie. Les Polonais désar-

mes, devaient regagner le Grand-Duché de Varsovie. Le 1er janvier 1814, à 10 heures du matin, les 3.000 soldats polonais et 230 officiers encore armés, quittèrent Dantzig par la porte d'Oliva sous les ordres de Radziwill. Ce fut la dernière garnison polonaise qui disait adieu à Dantzig polonais.

La capitulation fut signée entre le gouverneur français et le général russe sans aucun souci de Berlin. Elle alarma naturellement les Prussiens qui espionnaient chaque geste du prince de Wurtemberg. Immédiatement ils firent savoir à leur roi, que l'état-major russe songeait à détruire les fortifications de la ville et à la proclamer ville libre sans aucun égard pour les prétentions de la couronne prussienne. Ils dénoncèrent en même temps quelques seigneurs du Sénat de Dantzig qui « influençaient les importants personnages (du quartier général russe), désirant probablement faire renaître leur ancienne splendeur ». Frédéric-Guillaume III dépêcha un ordre qui nommait le général Massenb ach gouverneur et le colonel Dohna commandant de Dantzig.

Mais à ce moment arriva une « catastrophe », selon l'expression d'un historien prussien. Le prince de Wurtemberg déclara sans détours qu'il ne pensait tenir aucun compte de l'ordre royal, mais attendait les indications de Tempe-

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reur Alexandre, car son devoir lui commandait de sauvergarder avant tout les intérêts de son souverain et ceux de la Russie. Il ajouta encore plus clairement, que selon lui, « l'affaire de Dantzig était indissolublement liée au problème polonais ». A la suite de cette déclaration, les Russes occupèrent seuls la ville, le lendemain de la sortie de la garnison polono-française. Les clés furent envoyées à l'empereur Alexandre. Le prince Wolkonski, lieutenant-général, fut nommé gouverneur, et le général Rachmanof commandant de la ville. Les Prussiens furent complètement exclus de l'administration militaire et civile. On leur permit simplement de garder la porte intérieure de Neugarten entre Biskupia Gora et Gradowa Gora (ou de Jagello). Bientôt, éclatèrent d'âpres querelles. Une scène violente eut lieu entre le prince de Wurtemberg et les généraux prussiens Massenbach et Donna. Ce dernier, en son caractère de commandant prussien, osa publier et afficher à Dantzig des proclamations. Elles furent immédiatement lacérées par la population qui manifesta librement son horreur pour le régime prussien, ainsi que nous l'apprend le commandant Hake dans ses rapports secrets au roi de Prusse. Le prince de Wurtemberg menaça d'arrêter le comte Donna. Pendant un mois, les Russes

furent maîtres de la ville. Ainsi se réalisèrent pendant ce mois de janvier 1814, bien que pour peu de temps seulement, les vieux rêves russes d'Elisabeth et de Pierre.

Mais les Prussiens ne s'avouèrent point vaincus. Ayant quitté Napoléon, ils passèrent à la Coalition et dirigèrent tous leurs efforts vers Dantzig. Dans les premiers pourparlers d'une alliance entre Frédéric-Guillaume et Alexandre (février 1813), la Prusse exigea que la Russie s'engage formellement à lui rendre Dantzig. Alexandre ne tint pas cet engagement et le traité d'alliance russo-prussienne de Breslau et de Kalisz passa cette question sous silence. Pendant les campagnes de printemps et d'automne de 1813, Alexandre ne cessa point de chercher toutes sortes de faux-fuyants. Après la bataille de Leipzig, un de ses plénipotentiaires soutenait encore l'idée de laisser Dantzig ville libre pour ne pas la rendre à la Prusse. Mais ni Frédéric- Guillaume, ni les diplomates prussiens ne cessèrent d'importuner Alexandre de cette question brûlante. Ils trouvèrent malheureusement un appui dans le camp même de la Coalition, chez lord Castlereagh, secrétaire des affaires étrangères de la Grande-Bretagne. Ce représentant de l'Angleterre ne s'orientait guère mieux dans le problème de Dantzig que dans celui de la Po-

logne. II fut effrayé par le spectre d'un danger russe que la Prusse faisait miroiter à ses yeux; en prétextant une fausse directive de Pitt, démodée depuis vingt ans, il se déclara pour l'occupation de Dantzig par la Prusse. Alexandre ne put résister plus longtemps. Quand il reçut à Bâle, pendant son expédition victorieuse en France, la dépêche du prince de Wurtemberg qui lui annonçait la capitulation de Dantzig, il ordonna de rendre la ville aux Prussiens. Cet ordre arriva à Dantzig au commencement de février 1814 et fut exécuté sur-le-champ. Les Prussiens réoccupèrent la ville. Cette fois-ci ce fut pour plus d'un siècle.

Mais malgré cet ordre du tsar et la réoccupation de Dantzig par la Prusse, la grande question de la restitution des droits de souveraineté ne fut pas encore réglée. C'était une question internationale qui ne devait être résolue définitivement qu'après l'abdication de Napoléon et l'entrée des armées coalisées à Paris, pendant le Gongrès de Vienne; elle entrait dans ce groupe de problèmes que suscita la répartition des dépouilles napoléoniennes. Les infortunés habitants de Dantzig gardèrent toujours un faible espoir. Comme au temps de Frédéric - Guillaume II, ou de Frédéric le Grand, ainsi sous le régne de Frédéric -Guillaume III, ces citoyens

obstinés frémissaient à l'idée d'une nouvelle occupation prussienne. Ils firent tout leur possible pour en éviter l'esclavage. Nous avons dit plus haut que Kahlen, syndic de Dantzig, fut le représentant et le délégué de la ville auprès du « gouvernement impérial » à Paris ; après sa mort cette charge fut remplie, depuis 1811, par son ami, le Dr Keidel, né à Brème, homme énergique et souple. Après avoir assisté à la fatale retraite de Russie, le Sénat de Dantzig avait prévu la chute prochaine de Napoléon et les grands bouleversements européens. Une commission de cinq sénateurs avait rédigé une importante instruction secrète pour Keidel. Elle était datée de janvier 1813 et, en prévision de remaniements de l'Europe/elle avait fixé les desiderata de la ville. Elle excluait le retour sous la domination prussienne comme un mal suprême et inadmissible. De plus, elle considérait la nouvelle constitution de Dantzig, grâce à laquelle il devenait ville libre depuis 1807, comme indésirable et contraire aux intérêts de la ville. Cette constitution, — disait l'instruction du Sénat — en séparant la ville de la Pologne, aurait les mêmes suites fâcheuses que la tragédie de 1772-93. Cette triste expérience démontra positivement que Dantzig ne pouvait exister en tant que ville libre malgré tous les privilèges

souverains. Et elle concluait que la meilleure solution qu'on devait tâcher d'obtenir serait la réunion de Dantzig à la Pologne, Etat puissant et indépendant.

Après l'année critique de 1813, le siège de Dantzig et l'entrée des armées coalisées à Paris, Keidel commença des démarches auprès des vainqueurs. Par Laharpe,.ami d'Alexandre, il put trouver accès auprès du tsar et lui remit en mai 1814, au nom du Sénat de Dantzig, un mémoire hardi et habile sur le sort de la malheureuse ville. Il rappelait les violences et les attentats de Frédéric II et de Frédéric -Guillaume II. Il considérait comme nulle, devant le droit international, l'occupation de la ville par la force prussienne après le second partage de la Pologne. Il rappelait les traditions protectrices des tsarines Anna et Catherine. Il démontrait que « Dantzig était la clef de la Vistule et le marché naturel autant qu'indispensable de tous les produits naturels et industriels polonais»; et qu'alors « ces pays (la Pologne) étaient avant tout les plus intéressés à maintenir l'indépendance de Dantzig ». Il réclamait la délivrance de la ville par le tsar Alexandre, en suppliant de lui laisser au moins son caractère de ville libre, qui lui avait été donné sous l'influence du tsar lui-même à Tilsit, Ici Keidel était en léger désaccord avec

l'instruction secrète qu'il avait reçue et qui réclamait avant tout la réunion à la Pologne reconstituée. Mais à ce moment une telle reconstitution était plus qu'aléatoire. Les diplomates de la coalition auxquels s'adressa le délégué de Dantzig, le ministre russe Pozzo di Borgo, polonophobe connu, ou les hommes d'Etat autrichiens Metternich et Stadion n'étaient pas favorables à la reconstitution de la Pologne par Alexandre. Dans tous ces mémoires remis à la coalition à Paris, Keidel excluait pour Dantzig la possibilité d'un retour à la Prusse. En même temps il s'adressait à l'ambassade anglaise à Paris pour remettre à l'ambassadeur, sir Ch. Stuart, un mémoire secret, encore plus explicite, destiné à Castlereagh. Il rappelait les anciennes relations amicales de Dantzig avec l'Angleterre. Il soulignait avec force que « Sa Majesté Royale de la Grande-Bretagne n'avait jamais reconnu la soumission passagère de Dantzig au sceptre prussien effectuée en 1793 et abolie en 1807 ». Le représentant de Dantzig, cherchant des secours pour sa ville à Paris, trouva un appui naturel chez un illustre Polonais habitant la capitale française. Le prince Adam Gzartoryski, le représentant le plus autorisé de la Pologne, qui accompagnait le tsar Alexandre à Paris, prit sous sa protection Keidel et toutes les affaires

de Dantzig. Dans son journal parisien, Czartoryski juge ainsi Keidel : « Le Dantzigois travaille très bien... C'est un excellent citoyen qui arrive à intéresser les villes commerciales à la cause de la sienne. » Depuis un an et demi Czartoryski travaillait avec la plus grande ardeur à la reconstitution d'une Pologne unifiée, même sous le sceptre d'Alexandre, s'il ne pouvait en être autrement. Cette idée de la renaissance de la Pologne conçue par Czartoryski, qui tâchait de la substituer à l'idée annexioniste russe d'un Koutouzof, éclairait le problème de Dantzig d'un jour normal et traditionnel. Il ne s'agissait pas d'une occupation illicite de Dantzig par le tsar Alexandre, dans l'esprit conquérant russe de Pierre et d'Elisabeth, mais de renouer légalement, sous quelque forme que ce fût, les anciennes relations juridiques et politiques de Dantzig avec Alexandre, futur roi polonais. Cette solution aurait été extrêmement favorable au point de vue politique et économique, tant pour la ville de Dantzig que pour le futur Royaume de Pologne. De plus, elle était exactement conforme aux directives secrètes du Sénat de Dantzig.

Pour réaliser ce but, Keidel inspiré et conseillé par Czartoryski, quitta Paris pour Londres. Il devait y continuer, au nom du Sénat, des dé-

marches contre l'annexion de Dantzig par la Prusse. Dans la cité londonienne il trouva de vieilles sympathies pour Dantzig et il en profita. Deux illustres membres de l'Association commerciale de Londres, Isaac Solly et Lewis Paleske, réussirent à déclencher une intervention amicale en faveur de Dantzig. Keidel gagna à sa cause l'opposition parlementaire et sa presse. Dans ces efforts continuels il fut secondé par J. Sierakowski, qui séjournait alors en Angleterre et à qui il avait été recommandé par Gzartoryski.

Le Morning Posl, journal de l'opposition, publia en août et en septembre 1814 quelques articles inspirés par Keidel, dont l'auteur combattait fermement l'idée de rendre Dantzig à l'oppression prussienne. Un de ces articles fut écrit par Sierakowski. Selon la Morning Post, l'occupation de Dantzig par la Prusse, après la capitulation de Rapp et son évacuation par les Russes, ne devait être considérée que comme temporaire et privée de toute sanction légale. Par un arrêt international elle devait cesser le plus vite possible et la ville libre devait recouvrer son indépendance. Toutes les démarches de Keidel furent espionnées avec vigilance par la légation de Prusse à Londres et signalées au chancelier berlinois Hardenberg. Elles furent

dénoncées en même temps, comme suspectes et contraires à la coalition, auprès du gouvernement anglais qui, aveuglé, soutenait alors trop la Prusse. C'est en vain que l'infatigable délégué de Dantzig tâchait de persuader le gouvernement anglais. Il s'adressa personnellement à lord Liverpool, premier ministre, et à Castlereagh, ministre des affaires étrangères. Il leur remit un nouveau et volumineux mémoire qui rappelait les privilèges de Casimir Jagellon et demandait de libérer Dantzig des mains prussiennes et d'assurer à la ville le droit de libre navigation sur la Yistule. Il exigea de plus, sous l'inspiration de Czartoryski, qu'on plaçât Dantzig sous « l'égide d'une protection spéciale » du futur roi polonais. Ces déductions éloquentes du plénipotentiaire dantzigois ne persuadèrent malheureusement pas les diplomates anglais qui, par crainte de la Russie, devenaient de plus en plus favorables à la Prusse. A peine obtint-il du gouvernement anglais la permission de participer au Congrès de Vienne, comme nous l'apprend une lettre de Sierakowski à Czartoryski. Et rien de plus. L'insuccès le poursuivit sans relâche, bien plus, lord Liverpool lui parla longuement de la « douceur du gouvernement prussien ». Et pour donner le coup de grâce aux efforts de Keidel, Weickhmann, membre de la

Commission secrète du Sénat de Dantzig, nommé par les Prussiens maire de la ville, envoya à Hardenberg à Berlin l'instruction confidentielle du Sénat dantzigois et toute la correspondance secrète avec Keidel. La Prusse renseignée minutieusement put prendre toutes les mesures préventives dans l'affaire de Dantzig.

Bien que Keidel prît part au Congrès de Vienne 1814-15, tous ses efforts en faveur de Dantzig furent facilement contrecarrés par le chancelier Hardenberg. L'intervention de Czartoryski ne donna point de résultat. Longtemps encore Czartoryski s'efforça d'obtenir du Congrès au moins la réunion de Thorn au Royaume de Pologne. Mais bientôt l'affaire de Thorn échoua aussi et alors on ne put songer devant l'attitude hostile des puissances à une issue heureuse du problème de Dantzig. Les traités entre les copartageants, complétés en mai et en juin 1815, et l'acte final du Congrès de Vienne, adjugèrent définitivement Dantzig à la Prusse. Cette décision internationale, définitive au sujet de Dantzig, fut prise dans des conditions un peu singulières. Et d'abord contre la volonté de Dantzig lui-même, qui protesta devant l'Europe jusqu'au dernier moment, en multipliant ses efforts pour éviter le retour sous le joug prussien. Ces protestations auraient pourtant mérité un examen

plus approfondi. La décision du Congrès de Vienne qui rendait Dantzig à la Prusse fut inspirée surtout par la crainte, d'ailleurs compréhensible, d'une hégémonie russe, qui s'annexait déjà tout le Royaume de Pologne. Les circonstances ont changé depuis du tout au tout. La toute-puissante Russie s'est écroulée sous les coups de la Prusse qui convoitait l'hégémonie universelle. Les appréhensions que le traité de Vienne avait dictées ont disparu, d'autres les ont remplacées. Ces causes nouvelles, et surtout ta reconstitution d'une Pologne indépendante, exigent une revision complète du traité de Vienne en ce qui concerne Dantzig. Cette revision doit se faire dans l'esprit traditionnel, la réunion de Dantzig à la Pologne étant une nécessité naturelle et historique.

Immédiatement aprèsl'occupation de Dantzig par la Prusse, l'œuvre d'unification, de nivellement et de germanisation commença. Déjà en février 1814, une commission organisatrice arriva de Berlin ; elle supprima l'administration de la ville libre de Dantzig, comme suspecte de sympathies polono-françaises ; elle forma une municipalité nouvelle, composée de ses créatures ; elle réorganisa de la même façon la magistrature, abolit le code de Napoléon et rétablit le « landrecht » prussien. Elle effaça toutes les traces des institutions françaises et polonaises de la ville libre et elle introduisit à leur place la loi municipale prussienne. En premier lieu, elle organisa une forte police prussienne. On établit une nouvelle division de la Prusse occidentale en régences de Dantzig et de Malborg et on choisit Dantzig comme chef-lieu de la première

(1816) et siège de la nombreuse bureaucratie provinciale, soumise aux ordres du président Théodore Schôn, le plus rusé et le plus génial germanisateur. Ce bureaucrate fut un excellent administrateur, mais un germanisateur encore meilleur. En même temps libéral et ultra-prussien, il fut un des pères spirituels des libérauxnationaux et du prussianisme polonophobe actuel. Avec l'aide du conseiller de régence Flottwell — plus tard à Posen, président de triste mémoire — digne en tout de son chef, il déploya une activité germanisatrice efficace en propageant la culture prussienne. Il rendit de grands services à la réforme administrative et à la reconstruction de la ville, des routes, des rues et des écoles. Tout cela n'était qu'un moyen pour atteindre son but : la prussianisation de Dantzig. Le Président commença son règne par la reconstruction (1817) du symbole de la suprématie teutonne restaurée, du château de Malborg, antique résidence du grand maître des Chevaliers Teutoniques, qui avait été détruit autrefois par les habitants de Dantzig et les Polonais. Il obtint en même temps d'importants subsides gouvernementaux et des améliorations administratives et donna un appui actif au commerce de Dantzig, qui par suite des derniers événements militaires et écc-

nomiques avait été menacé d'une ruine complète. Cette méthode et l'influence personnelle du président Schôn ébranlèrent pour la première fois l'attitude ferme et antiprussienne des habitants de Dantzig. Il porta atteinte à la sympathie traditionnelle de Dantzig pour la Pologne et avança beaucoup la transformation du vieux Dantzig polonais en un entrepôt prussien.

Toutefois ces moyens habiles d'un bureaucratisme éclairé ne purent ni cacher le côté faible de ce changement, ni améliorer la position de la ville. Dantzig restait séparé de la Pologne, son Aima mater, sa véritable mère ! Cette séparation était, sous le point de vue économique, bien plus douloureuse maintenant qu'à l'époque de la première occupation prussienne, après le deuxième et le troisième partage de la République, car alors la plus grande partie de la Pologne, avec Varsovie, appartenait à l'occupation prussienne. Mais cette fois Dantzig, le seul port de la Pologne, fut définitivement séparé du nouveau Royaume du Congrès. Cette période qui transforma la prospérité de Dantzig en esclavage prussien, devait durer tout un siècle. La ville souffrit beaucoup dans la suite. Le commerce de Dantzig avait perdu ses bases normales et l'espoir même d'un développement ultérieur. Grâce à son influence à Saint-Pétersbourg et à

ses ruses dans les conventions commerciales avec la Russie, le gouvernement prussien tâchait de ranimer temporairement la ville par tout un système habile d'expédients douaniers. Mais Dantzig était malgré tout voué irrévocablement à une lente agonie progressive. La misère visita la ville riche autrefois et le patriciat commerçant, mais elle s'installa surtout parmi le menu peuple de Dantzig et les ouvriers du port, que ne nourrissaient plus les greniers et les péniches de Pologne. Ce ne fut pas seulement une déchéance transitoire comme sous Napoléon, cela devint une situation durable. La ruine et la faillite menacèrent la ville. La population comprit avec une grande amertume le sort qui l'attendait. La misère souleva à Dantzig, en septembre 1819, en août 1821 et en mai 1822, des troubles d'une violence inconnue jusqu'alors. Pour remédier à cet état de choses, le gouvernement berlinois réussit, peu après le Congrès de Vienne, à conclure une convention commerciale prusso-russe extrêmement favorable (1818), grâce à la complaisance du tsar Alexandre et des plénipotentiaires russes gagnés par la Prusse. Cette convention, dictée par la Prusse, a introduit dans le Royaume du Congrès une législation douanière et des tarifs préférentiels, qui abaissaient ou abolissaient tous les droits d'entrée pour les produits prus-

siens. Elle menaça ainsi la jeune industrie polonaise et favorisa uniquement les intérêts commerciaux et industriels prussiens et, par conséquent, un certain accroissement artificiel du trafic dantzigois. Mais ce succès ne fut que momentané. Au Royaumedu Congrès les hommes d'Etat et particulièrement Lubecki, énergique ministre des finances, commencèrent immédiatement une lutte acharnée contre cette convention néfaste. Après l'avoir présentée comme nuisible à Alexandre, le gouvernement de Varsovie commença avec Berlin une guerre défensive de tarifs douaniers. Lubecki obtint l'ukase qui instituait des tarifs prohibitifs polonais contre la Prusse. La Prusse répliqua par de nouvelles représailles en obérant même le transit polonais par Dantzig. C'était contraire à l'esprit des traités du Congrès de Vienne qui assuraient la libre navigation sur la Vistule. Enfin le gouvernement de Varsovie exigea et obtint une nouvelle convention russo-prussienne (1825), qui satisfit les intérêts économiques de la Pologne. Lubecki, voulant libérer le Royaumedu «tribut prussien» et « du cerbère qui garde nos portes à Dantzig», réussit à nouer des relations immédiates entre l'Angleterre et la Pologne. Ses efforts furent secondés, à Dantzig même, par les consuls polonais Makarewicz et Tçgoborski. Tout cela devait

avoir l'influence la plus néfaste sur la prospérité de Dantzig. Le commerce direct entre la Pologne et l'Angleterre changeait entièrement le rôle de Dantzig. Ce port ne servant qu'au transit dut se contenter de modestes rétributions d'intermédiaire, au lieu de percevoir un bénéfice important sur les ventes ou les achats qu'il faisait pour son propre compte. Avec le commerce du blé tomba aussi celui du bois. L'Angleterre remplaça, au cours du blocus continental, les mâts et les bois de construction polonais, par les chênes indiens et les pins canadiens. Les tarifs prussiens furent si élevés qu'ils compensèrent les frais de transport. L'exportation du blé polonais par Dantzig qui avait atteint en 1816 de nouveau 24.000 lastes et qui s'accrut jusqu'à 38.000 lastes en 1820 après la première convention commerciale russo-prussienne, tomba subitement peu après, en 1821, pendant la guerre douanière avec Varsovie, à 16.000 et en 1822 même à 6.500 lastes.

Parallèlement à la ruine économique de Dantzig sous le sceptre prussien rétabli, la germanisation systématique de la ville suivait son cours. Elle était liée à la vaste entreprise de germanisation de toute la province. Pour effacer la différence entre la Prusse Occidentale — province polonaise — et la Prusse Orientale, on les

réunit en une seule province des Prusses Occidentale et Orientale (1824). Schœn fut nommé président de cette double province et transporta alors son siège de Dantzig à Kœnigsberg. Les diètes provinciales des deux Prusses réunies eurent lieu en vertu d'une ordonnance royale (1823-24) alternativement à Dantzig et à Kœnigsberg. Dès lors, dans toute cette nouvelle province et dans le petit coin poméranien et dantzigois, l'activité gouvernementale de centralisation et d'unification dans les domaines administratif, scolaire et ecclésiastique, se donna à cœur joie contre la population polono-cachoube. Mais précisément à l'époque du Congrès, l'on put constater dans la Poméranie de Dantzig les premiers signes d'un événement remarquable: la résurrection de la conscience nationale polonaise des Cachoubes. Les Cachoubes polonais, primitifs habitants slaves de cette terre à l'aube de l'histoire, s'étaient étendus au début du moyen âge, delà PoméranieoccidentaledeStettin jusqu'à la Poméranie orientale de Dantzig. Ils s'étaient organisés ici sous la protection souveraine de la Pologne et sous l'administration de leurs princes autochtones. Au xive siècle, assaillis dans leur propre capitale à Dantzig, ils furent vaincus par la ruse et la violenceteutonnespendantlefameux carnage de la ville. Leurs corps et leurs âmes

avaient été piétines ; leur noblesse humiliée, leur peuple emmené en esclavage, ils paraissaient être voués à la misère, à la germanisation et à l'extermination. Plus souples, mais plus résistants aussi que les Vieux-Prussiens anéantis par l'Ordre, ils ne se laissèrent point écraser par les Chevaliers. Ils avaient subi victorieusement les épreuves séculaires selon leur ancien adage : « Jamais détruits ne seront les Cachoubes ». Ils ne pardonnent pas à l'Ordre teutonique ses crimes irrémissibles et le souvenir de l'horrible carnage d'il y a six siècles les hante toujours, témoin cette berceuse populaire qu'on y chante encore aujourd'hui : « Les flots de Radunia sont sanglants. Pleurons le père, pleurons l'enfant ». Mais délivrés du joug teuton, ils ont religieusement maintenu leur union intime avec la Pologne. Ses débuts datent encore de l'époque de Boleslas le Grand; elle s'affirme par la fidélité exemplaire que les Cachoubes gardaient à Ladislas le Bref et elle atteint son plein épanouissement sous le sceptre des Jagellons et de la République élective. Au-dessus de la Porte-Haute de Dantzig, l'Aigle Polonais fraternise pendant des siècles avec le Griffon Noir des Cachoubes, debout, marchant à gauche. Sur les murs du sanctuaire d'Oliwa les portraits des rois polonais voisinaient avec ceux des princes de la

Poméranie cachoube. La République polonaise, par respect pour l'autonomie de Dantzig, n'avait pas arrêté la lente germanisation des Caehoubes sous son sceptre. Mais en même temps tous ceux qui restaient Cachoubes dans leur âme, s'éveillaient à la conscience polonaise grâce aux influences vitales de la Grande Pologne voisine et de la marée des bateliers, des nobles et des marchands qui, de la Vistule, montait vers cette région venant de Varsovie, de Cracovie et des Carpathes. La langue cachoube subit cette influence. Tout en conservant quelques marques caractéristiques de sa différenciation préslave, elle se polonisa de plus en plus et devint enfin un des dialectes polonais comme les Cachoubes eux-mêmes ne sont qu'une des peuplades polonaises. Elle est beaucoup -plus compréhensible pour un Cracovien ou un Varsovien,quele plattdeutsch né l'est pourun Allemand de Munich ou de Berlin, le bourguignon pour un Parisien, ou le dialecte vénitien pour un Toscan. Le dialecte cachoube, c'est du beau polonais, spontané et marin. Et par cela même le dialecte cachoube ainsi constitué devint, comme le peuple cachoube, une digue défensive du Dantzig polonais.

A l'heure du Congrès, quand le. gouvernement prussien s'efforça d'effacer toutes les traces de

nationalité polonaise, l'instinct de la conservation s'éveilla parmi les Cachoubes. Il les amena à l'étude approfondie de la langue polonaise et du dialecte cachoube.Ils suivirent en cela l'exemple de leur voisin, le Royaume du Congrès, renaissant sous l'égide puissante de la Russie. Dans ce domaine se distingua le savant poiono-cachoube, l'abbé Mr^ga-Mrongovius, prédicateur de l'église de Sainte-Anne à Dantzig, lecteur de polonais au lycée de la ville, membre des sociétés scientifiques de Varsovie et de Cracovie. Il entreprit des travaux de longue haleine sur le vocabulaire polonais et cachoube. guidé non seulement par les principes linguistiques, mais aussi par un mobile plus profond, par l'idée nationale. Il va de soi que quelques déviations d'ordre politique se produisirent, motivées par des relations contemporaines polono-russes. Les anciens projets annexionistes russes de la conquête de Dantzig, trouvèrent dans ce domaine philologique un écho bizarre. Les travaux de Mrongovius intéressèrent vivement le Grand- Duc Constantin Pavlovicz, maître de fait du Royaume, l'ancien chancelier russe Roumiantzef et l'ancien ministre de l'instruction, le nationaliste russe Szyszkôw. Ils commencèrent à chercher à Dantzig et dans la langue cachoube des preuves d'une parenté plus rapprochée avec « la

langue russe maternelle », plutôt qu'avec la langue polonaise. Mais malgré ces tentations, Mra,ga, vieux et honnête Dantzigois, garda la traditionnelle fidélité cachoube pour la Pologne, aussi bien dans le domaine philologique que politique, « Nous prions pour vous », écrivait-il de Dantzig, en son nom et au nom des frères Cachoubes, à la Société scientifique de Varsovie, à l'heure de la révolution de novembre. « Dieu, aide éternelle, tu sauveras la faiblesse des mains des furieux ! » et après l'écrasement de l'insurrection « il versait des larmes sanglantes » sur le sort de Varsovie. Ce savant de Dantzig avait mérité les grandes preuves d'estime que le prince Adam Czartoryski lui prodiguait et le salut fraternel et affectueux qu'Adam Mickiewicz lui envoya de l'Emigration parisienne vers le lointain Dantzig.

La Prusse profita de l'insurrection de Novembre à Varsovie et de la guerre russo-polonaise (1830-31), pour abuser de Dantzig et pour déshonorer son attitude vis-à-vis de la Pologne. Elle se servit d'un moyen inouï, contraire aux meilleures traditions de l'histoire de Dantzig. Cette ville glorieusement fidèle à la Pologne en dépit de tous les envahisseurs, ville qui prodigua autrefois les sacrifices pour la défense de Jean- Casimir contre les Suédois et de Stanislas

Leczinski contre la Moscovie, fut alors utilisée comme centre principal de secours secrets que la Prusse fournissait aux armées du tsar Nicolas Ier se préparant à écraser l'insurrection polonaise. Selon le témoignage du feldmaréchal russe Paskewytch et de Pra dzynski, quartier-maître général polonais, d'énormes quantités de vivres et de munitions furent emmagasinées à Dantzig pour les armées russes et furent ensuite remorquées en amont de la Vistule. D'après un nouveau plan russe, Dantzig et Thorn devinrent d'excellentes bases d'opérations... Le consul russe à Dantzig, aidé par le gouvernement prussien avait acheté de grandes provisions de vivres qu'il échelonna le long de la frontière. Des quantités considérables de munitions et d'armes arrivèrent à Dantzig par les bateaux russes et remontèrent la Vistule jusqu'à Thorn. C'est ainsi que la Pologne insurrectionnelle, séparée de ses alliés naturels, la France et l'Angleterre, se défendait avec ses dernières forces contre la puissance russe, tandis que la Prusse, sous couvert d'une fausse neutralité, mettait Dantzig polonais aux services du tsarisme, qui faisait payer au peuple polonais l'insurrection écrasée. Après la défaite de la révolution de Novembre et l'abolition de la constitution du Royaume du Congrès, personne ne put défendre efficacement

î§8 DANTZIG ET LÀ POLOGNE

les intérêts de Dantzig. La Prusse s'octroya une bonne récompense sous forme de nouveaux traités économiques extrêmement favorables avec la Russie. Elle entravait ainsi tout développement de l'industrie polonaise. Dantzig profita à ce moment du bénéfice modeste que lui procurait l'exportation un peu plus active du blé du Royaume. Peu après, le vieux Frédéric- Guillaume III, beau-père du tsar Nicolas Ier, donna à son gendre une nouvelle preuve de sa complaisance en autorisant le passage d'une partie de l'armée russe par Dantzig (1835). Cette armée devait prendre part à la grande revue russo-prussiennç à Kalisz sur la terre piétinée de l'infortuné Royaume du Congrès, en présence des deux monarques. Le jour même de l'anniversaire de l'occupation de Dantzig par le maréchal Munich — que Nicolas voulut fêter par ce moyen — la ville fut obligée de recevoir dans ses ports les troupes russes. En même temps, on fit un grand pas dans les tentatives de germanisation des Cachoubes de la Poméranie et de Dantzig. La diète provinciale de Kœnigsberg décida (1837) d'écarter complètement la langue polonaise de l'école et de l'église.

Lorsque Frédéric-Guillaume IV, qui voulait jouer un rôle libéral, arriva au trône, cette onéreuse résolution de la diète a été révoquée en

partie après un séjour du roi à Dantzigqui l'avait traversé en se rendant à Kœnigsberg pour son couronnement (1843).

Pendant ces temps de complots et d'inquiétude en Pologne, vécut à Dantzig le docteur Florian Ceynowa, fantasque peu commun, après Mra ga principal homme d'action civilisatrice polonaise en Poméranie. Il donna une preuve de l'union perdurable polono-cachoube, en s'affiliant à la société secrète patriotique et polonaise. Arrêté par les autorités prussiennes et condamné à mort, il ne fut libéré que par la révolution berlinoise. Les mouvements révolutionnaires de la Prusse occidentale firent naître dans la Poméranie de Dantzig un Comité national insurrectionnel composé de Polonais et de Cachoubes (1843). Il ne survécut pas à l'écrasement de la révolution en Prusse. Ce furent des manifestations insignifiantes mais très caractéristiques d'une union spirituelle avec la Pologne, profondément enracinée, qui ne disparut jamais à Dantzig et dans ses environs même pendant cette époque, la plus difficile et la plus désespérée.

Trente ans après, la Pologne traversa une nouvelle période d'épreuves et d'efforts insur~ rectionnels. Dantzig fut de nouveau exploité par le gouvernement berlinois. Pendant l'insurrection de Janvier 1863, comme autrefois pendant

celle de Novembre le même jeu prussien de complaisances serviles vendues chèrement à la Russie se répéta. La révélation de la fameuse convention secrète de Varsovie datée de février 1863, qui avait pour but l'écrasement de l'insurrection polonaise par les forces communes russes et prussiennes suscita de graves reproches contre le gouvernement berlinois. Ces protestations venaient non seulement du côté polonais ou franco-anglais, mais même de l'opposition libérale prussienne. Le chef du gouvernement prussien, président du conseil v. Bismarck, invoqua à la tribune du Reichstag, pour la défense de sa politique antipolonaise, ce principal argument, que la future Pologne indépendante exigerait sans aucun doute, au cas d'une insurrection victorieuse à Varsovie, le port de Dantzig. Quelques jours après, l'ambassadeur anglais à Berlin, sir Andrew Buchanan, l'interpella personnellement au sujet de cette convention secrète. Bismarck lui répondit : qu'après la proclamation d'un Royaume Polonais indépendant à Varsovie, le premier effort de ce nouvel Etat serait de recouvrer Dantzig, (the first efforts of the new (Polish) statewould be to recover Danzic), ce qui porterait une atteinte cruelle à la puissance prussienne. Mais, chose extrêmement caractéristique, malgré toutes les menaces de

Bismarck, l'Association des Présidents des corporations marchandes de Dantzig publia une déclaration qui condamnait cette convention secrète passée à Varsovie, entre la Prusse et la Russie, convention dirigée contre l'insurrection polonaise, de même qu'elle protestait contre toute la politique antipolonaise de la Prusse. On 'publia cette protestation en 1863, sans tenir aucun compte du séjour du nouveau roi Guillaume Ier et de la reine Augusta à Dantzig. Les anciennes sympathies pour la République polonaise n'étaient pas encore éteintes dans la vieille cité, en dépit de toutes les influences du gouvernement prussien. La population cachoube de la Poméranie polonaise appuya par les armes ses sentiments pour l'insurrection polonaise. D'après le témoignage d'un des chefs du mouvement révolutionnaire, il existait encore, en 1864, un détachement « composé exclusivement de paysans cachoubes qui s'engagèrent en refusant toute solde et tout secours. Ils marchèrent en hiver, à pied, sans user du droit de réquisitionner les voitures, et à leurs frais, depuis les bords de la Baltique jusqu'aux frontières du palatinat de Plock. Ils passèrent la frontière et, refoulés par les Russes, ne désespérèrent pas, mais se reformèrent en demandant de reprendre la lutte. Quand ils apprirent que tout était perdu, ils

retournèrent en pleurant dans leurs foyers, laissant un grand nombre des leurs sur la terre polonaise ».

L'insurrection de Janvier fut vaincue par la Russie grâce à l'appui politique de la Prusse. Cette dette politique contractée par la Russie fut habilement exploitée par la Prusse, dans ses guerres victorieuses contre l'Autriche et la France. Dantzig aussi souffrit beaucoup des suites de cette nouvelle défaite politique des Polonais. Rien n'arrêta plus le prompt développement industriel du Royaume du Congrès. La construction des voies ferrées et surtout de la ligne vistulienne remplaça la navigation fluviale, la régularisation de la Vistule ayant été négligée. Tout cela affaiblit considérablement le commerce du blé et du bois de Dantzig avec la Pologne du Congrès et en général avec toutes les provinces polonaises russes, L'accroissement rapide de ses concurrents, Libau et Riga, favorisées par le gouvernement russe et par les Allemands des provinces baltiques tout-puissants à Saint-Pétersbourg, eut la même influence néfaste.

Mais un point mérite surtout notre attention ; Dantzig fut dépouillé de sa grandeur historique et tomba au rang d'une petite ville provinciale grâce à son propre gouvernement prussien. Sous

prétexte de protection et de bienveillance officielles, le gouvernement le traita en marâtre avec préméditation et travailla à sa perte. Pour la Prusse, en somme, la possession de Dantzig n'eut jamais qu'une importance exclusivement négative. Il s'agissait pour elledercepas permettre à la Pologne de garder cet accès naturel à la mer, par la Vistule, mère des fleuves polonais ; de garder cette porte par où s'en allaient les produits naturels de la féconde terre polonaise, ce qui affermissait l'équilibre économique et financier de la République. La Prusse ne voulait pas permettre qu'il existât une communication directe entre la Pologne et l'Occident, acheteur et fournisseur économique habituel et, au besoin, puissant allié politique. Dantzig polonais ne devait pas rester un concurrent des ports prussoallemands, de Kœnigsberg, Stettin, et plus tard de Kiel et Hambourg. Pour toutes ces raisons purement négatives il importait à la Prusse, avant les partages, que Dantzignevécutpaslavie polonaise intégrale et, après les partages, qu'il ne se développât pas normalement mais végétât réuni à la Prusse. Cette attitude singulière, négative par excellence, du gouvernement berlinois envers la ville systématiquement spoliée, fut surtout sensible pendant la deuxième moitié du xixe siècle, lorsque le développement dans l'orga-

nisation et dans le domaine économique avança en Prusse d'un pas de plus en plus rapide. Ce procédé scandaleux apparut en outre pendant la construction du chemin de fer de l'Est, de Berlin à Kœnigsberg (1853), qui laissa avec préméditation Dantzig de côté. Ce fut un coup douloureux et le commerce de Dantzig s'en ressent encore aujourd'hui. Au lieu d'une protection réelle du commerce et particulièrement du commerce polonais, ce nerf vital et cette raison d'être de Dantzig, le gouvernement prussien lui offrit les bienfaits fictifs d'une bureaucratie et d'une organisation militaire inutiles à une ville commerçante. De nouveau on transféra à Dantzig, la capitale administrative de la Prusse occidentale (1878). On y transféra aussi les autorités présidentielles, la régence, le bureau provincial de douanes, l'administration scolaire, la direction des postes et de la police. On remplit la ville de bureaucratie allemande et d'institutions militaires. Dantzig fut proclamé port de guerre (Kriegshafen) et siège du commandant en chef du XVIIe corps d'armée de la Prusse occidentale. On fonda des établissements de construction, de réparations maritimes et des ateliers d'artillerie et, en particulier, des établissements pour la construction des torpilleurs, des fabriques de munitions et d'armes, etc. On

essaya de fonder plusieurs usines de métallurgie, de produits chimiques, de construction de machines, et d'allumettes. Mais le système de subventions auquel le gouvernement recourut donna des résultats lamentables au point de vue financier. Ce ne furent que des expédients maladroits et stériles. Ils ne purent remplacer la seule chose dont Dantzig avait réellement besoin : le commerce libre avec une libre Pologne, en liaison intime, politique et économique avec elle. Ce fut la seule chose indispensable, parce que naturelle, que la bureaucratie et le militarisme prussiens ne purent, ni ne voulurent lui donner.

Le commerce polonais du Dantzig prussianisé fut étouffé de plus en plus et tomba en décadence. Ce fait fut remarqué et souligné souvent par des observateurs étrangers. Sir William White, consul général anglais à Dantzig, attirait l'attention de son gouvernement sur cette ruine progressive du commerce polono-dantzigois, si important pour l'Angleterre à plusieurs points de vue. White était le petit-fils du dernier résident anglais auprès de la République, sir W. Neville Gardiner. Nommé consul anglais à Varsovie au moment de l'insurrection de Janvier 1863, il fut révoqué sur la demande du gouvernement russe et envoyé comme consul à Constantinople

où il se distingua particulièrement. Allié à la Pologne par des liens étroits de famille, il resta jusqu'à sa mort son ami fidèle. Pendant son séjour à Dantzig, il se rendait parfaitement compte de l'importance de cette ville pour la Pologne et pour l'Europe. Il vit au commencement de la guerre franco-allemande, Dantzig saluant pour la troisième fois depuis 1734 et 1812, le pavillon de guerre français. C'était en août 1870 : trois frégates cuirassées françaises et un aviso de la flotte du vice-amiral Bouët Villaumez jetèrent l'ancre dans la baie de Dantzig. Après une courte canonnade, elles reprirent le large et disparurent dans la direction de l'ouest. On ne pouvait pas songer à ce moment à une libération de Dantzig par la France. Après la défaite française il tomba même encore plus bas. Dans ses rapports concernant Dantzig, White soulignait cet événement caractéristique qu'après la victoire allemande sur la France et parallèlement au développement économique intensif de tout l'Empire allemand, s'accomplissait, à l'écart, la dernière étape de la ruine du commerce dantzigois. En effet, l'exportation et l'importation de Dantzig s'abaissèrent de nouveau de plus de 10 0/0 pendant les cinq ans qui suivirent la guerre (1871-1875).

Le revirement complet qui eut lieu dans la

politique douanière allemande fut un coup de grâce pour Dantzig. Cette politique protégeait particulièrement les intérêts de la caste de junkers, propriétaires fonciers, dans les mains desquels était en réalité le pouvoir ; parmi eux ceux de la Prusse Orientale furent les plus privilégiés. Dans ce but, Bismarck fit adopter de nouveaux tarifs douaniers qui augmentaient singulièrement les droits sur les blés et sur les bois du Royaume du Congrès et de Russie (1879). Ce projet éveilla à Dantzig une vive inquiétude qui se manifesta pendant la discussion de cette motion au parlement allemand. Le député libéral Henri Rickert se distingua particulièrement, à côté d'autres orateurs de l'opposition. Il fut pendant de longues années le représentant de Dantzig au parlement allemand et à la Diète prussienne. Il démontra avec force, par des preuves précises, les suites désastreuses que les nouveaux tarifs auraient pour l'exportation polono-russe en Prusse et pour le commerce de Dantzig en particulier. Bismarck répliqua par des fauxfuyants, des contre-vérités et même des non-sens avérés. Dans son long discours il affirma que le blé du Royaume du Congrès, de Galicie et des gouvernements russes de l'ouest devaitpasser par la Prusse malgré l'imposition de tous les droits possibles ; donc le supplément des droits sera

payé par les producteurs polonais et non par les consommateurs allemands. Il assura que Riga ne pourrait jamais rivaliser avec Dantzig, etc.. Mais en traitant avec mépris les pertes que subissait la navigation vistulienne, il laissa échapper cette remarque caractéristique, que tous les bateliers étaient des étrangers, c'est-àdire des Polonais. Le grand chancelier obtint sans difficultés du parlement docile le vote qui établissait les droits excessifs qu'il avait demandés. Les agrariens allemands ayant goûté les bienfaits gouvernementaux des tarifs protecteurs, exigèrent et obtinrent, six ans après, une nouvelle augmentation des tarifs qui obérait encore davantage l'exportation du blé et du bois polonorusse (1885). Et de nouveau, pendant la discussion de cette motion, le parti de l'opposition démontra, au cours de plusieurs séances du parlement berlinois, que l'on avait fait une triste expérience des tarifs précédents par les suites désastreuses qu'ils avaient eus pour Dantzig. Le dantzigois Rickert appela le nouveau projet d'augmentation des tarifs « le coup de grâce » pour le commerce et le bien-être de sa ville. Bismarck eut l'audace de soutenir catégoriquement cette contre-vérité manifeste, que depuis 1879 le commerce de Dantzig se serait développé et aurait profité des bienfaits de la

nouvelle législation. Le chancelier traita avec mépris l'opposition contre le nouveau tarif et considéra qu'elle n'était destinée qu'à fomenter des troubles parmi les ouvriers du port et les débardeurs de Dantzig, au moment de l'introduction des nouveaux droits sur le blé. Il réussit évidemment, cette fois encore, à faire voter l'augmentation nouvelle des tarifs et à contenter ses junkers, en ruinant définitivement le commerce de Dantzig.

Tant qu'il fut au pouvoir, le « chancelier de fer » se taisait diplomatiquement sur ses sentiments réels à l'égard de Dantzig, mais après sa disgrâce, il les découvrit dans ses confidences indiscrètes à l'occasion de sa démission. En 1894 arriva chez Bismark, à Varzine, une députation polonophobe de Posnanie pour lui rendre hommage. Bismarck, en la remerciant chaleureusement, lui recommanda « de tenir sur la Warthe et sur la Vistule (Wacht an Warthe und Weiehsel) une garde encore plus vigilante que sur le Rhin. Là on ne peut pas céder un seul pouce de terre... Si un nouvel Etat polonais se formait, il serait allié de nos ennemis et serait une puissance active et offensive jusqu'à ce qu'il ne réussît à occuper la Prusse Occidentale avec Dantzig ». Et une fois encore, plus tard, en recevant une semblable députation aile-

mande de la Prusse occidentale, Bismarck octogénaire, enferma dans ces quelques mots la quintessence de ses jugements et de ses prévisions sur la question polonaise : « Selon ma conviction politique, le voisinage russe peut être quelquefois incommode et vexant, mais jamais autant qu'un voisinage polonais. Si j'avais à choisir, je préférerais toujours avoir affaire au tsar de Saint-Pétersbourg, qu'à la noblesse de Varsovie... Si les rêves des Polonais devaient se réaliser, Dantzig surtout serait en danger... Les Polonais devraient absolument annexer Dantzig (Die Polen mûsslen Danzig annekiieren...), Dantzig serait le premier objet de convoitise d'un Etat de Varsovie » (Danzig waere das ersîe Objekt der Begehrlichkeit eines Warschauer States), il serait « une nécessité vitale pour l'Etat polonais » ! (das Bedurfniss eines polnischen States).

Ces indications et ces avertissements dictés par une conscience inquiète et par des pressentiments de mauvais augure, dirigèrent toute la politique antipolonâise de la Prusse. Elle était déjà destructive sous le règne de Bismark grâce à son entreprise de colonisation (1885). Elle s'aggrava encore sous le troisième chancelier de l'Empire, le prince Bùlow, grâce aux persécutions scolaires et aux expropriations (1901-1906-7). Elle souleva une réaction polonaise dans toute

la province polonaise de Prusse, de même que dans la Poméranie de Dantzig, réaction dictée par l'instinct de conservation. Le puissant mouvement défensif intellectuel et économique né à Posen et secondé par Varsovie, s'étendait de là, jusqu'aux marches baltiques de la République. Ce mouvement purement défensif n'en fut pas moins un mouvement de reconquête par la force même des choses. Les observateurs prussiens inquiets, y virent « la poussée polo* naise vers la mer » (polnischer Vorstoss zur Ostsee). A cette action de défense pacifique prirent part à côté de 750.000 Polonais de la Prusse occidentale 150.000 Cachoubes de la Poméranie dantzigoise. Il est vrai qu'ils étaient démoralisés depuis cinquante ans parla prospérité toujours croissante des copartageants et par la misère de la Pologne après les insurrections. Ils étaient tentés de quitter la cause polonaise désespérée et d'adhérer à l'invincible puissance prusso-allemande, ou même à celle de l'immense Russie. Il arriva, qu'un homme, d'autre part très remarquable, Ceynowa, ancien conspirateur patriotique pour la cause polonaise, apparut au congrès slave à Moscou (1867), après la défaite de l'insurrection de Janvier, avec une déclaration slavophile des Cachoubes. Mais ce ne furent que des éclipses passagères de la cons-

cience polono-cachoube. Malgré tout, depuis la reconstitution de l'Empire allemand (1871) jusqu'aux dernières élections d'avant guerre (1912), les trois mandats polonais de la Prusse Occidentale au Reichstag et à la Diète prussienne se maintenaient grâce aux voix fidèles de trois districts cachoubes : de Chojnice — Tuchôw (Konitz-Tuchel), de Starogard — Tczewo (Stargard-Dirschau)|etdeKartuzy — Puck(Karthaus- Putzig). Précisément à mesure que la Pologne rencontrait des difficultés toujours plus grandes de la part de la Prusse et de la Russie, l'Union cachoubo-polonaise s'accentuait de plus en plus. Derdowski, poète cachoube de Dantzig, s'adressa directement à Varsovie capitale de la Pologne. « Nous Cachoubes — - chantait-il douloureusement affecté (1885) — gardons les frontières maritimes de la Pologne et à Varsovie nos frères nous estiment peu. » Et il lança aussi ce mot d'ordre lapidaire : Pas de Cachoubes sans la Pologne, pas de Pologne sans les Cachoubes ». Dès lors, la cause cachoube trouva aussi un fervent défenseur dans la « Gazette polonaise » de Dantzig (depuis 1890). Au même moment, dans le domaine économique la défense polonaise s'étendait par l'activité des coopératives, de la Posnanie à la Poméranie dantzigoise. D'abord lentement (1866-67), plus facilement

ensuite (1895) on créa plus de 30 banques polonaises coopératives dont la plus grande en Poméranie septentrionale, à Dantzig même (1901). L'oppression germanique toujours croissante ne fit qu'encourager ces efforts. Un mouvement jeune-cachoube, sain et énergique, naquit. Il surpassait par son esprit idéaliste le positivisme de la Posnanie. Il était dévoué à la Pologne mais exigeait d'elle, avec raison, qu'elle respectât ses particularités cachoubes, précieuses tant au point de vue de l'histoire que de culture. Ce mouvement se groupa autour du symbolique « Griffon » précisément au moment du sixième centenaire de l'occupation de Dantzig par les Chevaliers Teutoniques (1908-9). On transporta bientôt à Dantzig, capitale des Cachoubes, cette première revue polono-cachoube (1912). A Dantzig même la vie suivait les ornières tracées par les autorités prusso-allemandes, impasse sans possibilité de réel développement. On tranforma le grenier polonais centrai en arsenal prussien de second rang. On consacra officiellement la thèse de l'Etat-major prussien, que dans le cas d'une guerre de l'Allemagne sur deux fronts, Dantzig devait devenir le pivot (Pivotpunkt) d'une guerre défensive contre la Russie. On renforça la garnison dantzigoise et on mit à Langfuhr la

brigade de Leibhuzaren « Têtes de morts » avec leur belliqueux chef, le Kronprinz allemand. Chaque année les manœuvres d'été de la flotte allemande eurent lieu dans la baie de Dantzig à la plus grande joie de la population. On « honora » la ville d'une horrible statue équestre de Guillaume Ier, en casque à pointe, qui défigura la Haute-Porte. Elle fut inaugurée par Guillaume II en personne assisté du prince Bùlow par de ronflants discours menteurs, qui célébraient Dantzig, « héritage de la chevalerie allemande » (1903). Mais on fit aussi bénéficier la ville de quelques nouveautés. Des spécialistes anglais construisirent des conduites d'eau modèles et la canalisation (1867-71). On régularisa l'embouchure de la Vistule (1888). Après dix ans de travaux, le port libre (Freihafen) de Neufahrwasser fut ouvert (1899), beau mais pas assez profond et bientôt trop petit. Un nouveau « port impérial» (Kaiserhafen) fut inauguré ensuite (1904), une école polytechnique fut fondée à Dantzig, etc.

Tous les soins administratifs ne compensaient point l'appauvrissement économique réel sous ces apparences de prospérité. La séparation de la Pologne était une plaie inguérissable pour Dantzig. Les relations économiques de la ville et surtout les communications s'en ressentaient

toujours. La régularisation partielle de l'embouchure de la Vistule et du port de Dantzig était inutile, étant donné la négligence totale dans laquelle on laissait le cours moyen du fleuve en Pologne russe. Là la régularisation n'avait même pas atteint la profondeur minima de deux pieds qui eût rendu possible la navigation des péniches modestes de 600 tonnes. Déchue était aussi la vieille navigation des bateliers polonais (flisaks), tant celle par radeaux que celle par péniches à voile. La nouvelle navigation par bateaux à vapeur inaugurée par le Français Guibert (1829) et favorisée par André Zamoyski (1848), ne put se développer suffisamment. Elle comptait à la fin de 1911 à peine 100 bateaux sur toute la Vistule, c'est-à-dire plusieurs fois moins que sur l'Elbe, sur l'Oder ou sur les autres fleuves allemands, beaucoup plus courts que la Vistule. La ville de Dantzig, fière autrefois de sa flotte possède actuellement à peine 20 petits bateaux à vapeur pour la navigation maritime, qui au total ne dépassent pas 18.000 tonnes. Au point de vue des communications terrestres, Dantzig fut par contre jusqu'à nos jours systématiquement délaissé. Le gouvernement berlinois entourait d'une protection intentionnelle, qui remontait encore aux temps de Frédéric II, les deux vieux concur-

rents de son commerce : Kœnigsberg et Stettin, situés des deux côtés de notre port. Après une longue lutte (depuis 1862) les « Sénieurs des marchands dantzigois » réussirent à peine à obtenir l'indispensable communication directe de Dantzig avec Varsovie par Malborg et Mlawa (1877). Dantzig fut par contre lésé de nouveau par une politique ferroviaire partiale qui instituait un tarif de chemin de fer plus bas de Stettin à Lodz que de Dantzig à Lodz. Le compte rendu des « Sénieurs des marchands dantzigois » disait : « Notre exportation pour la Pologne méridionale s'abaisse au profit de Stettin qui, malgré une distance plus grande, jouit de tarifs ferroviaires plus bas. Cette circonstance est fatale aussi pour notre transit. »

Dans de telles conditions, le commerce du blé et du bois à Dantzig, fut déraciné et tomba à un rang secondaire. L'importation du blé polonorusse à Dantzig fut ébranlée fortement par ces circonstances défavorables et surtout par l'augmentation des tarifs par Bismarck. Au cours des vingt années suivantes (1890-1910), elle tomba de 145.000 à 103.000 tonnes, c'est-à-dire d'un tiers. Pendant les dernières années, les prix du froment et du seigle furent, à cause d'une importation insuffisante, plus élevés à Dantzig, ancien grenier de l'Europe, qu'à Hambourg, Stettin ou Kœ-

nigsberg. De même l'importation du bois polonorusse baissait de plus en plus. Au cours des vingt années dernières (1891-1911), elle tomba de -500.000 à 379.000 mètres cubes, c'est-à-dire d'un quart. Dans les nouvelles branches d'importation, celle du coton par exemple, fut assez considérable, mais le tarif douanier russe institué pour protéger l'importation du coton de Turkestan (1887) y mit bientôt fin et elle se transporta définitivement à Hambourg et à Brème. L'importation du charbon anglais fut arrêtée aussi. Bien que le dernier traité commercial russo-allemand, particulièrement favorable à l'Allemagne, ne pût rester sans une heureuse influence sur le marché de Dantzig, il favorisa surtout les ports allemands concurrents de cette ville. Entre 1903-13 l'importation, de même que l'exportation de Dantzig se développèrent un peu. De 600.000, la première s'éleva jusqu'à 800.000 tonnes enregistrées. Cette augmentation lente est presque nulle si on compare l'augmentation rapide du total de chargement de Hambourg qui atteignit en même temps plus de 13 millions de tonnes, de Brème à peu près 2 millions, de Stettin 1,9, ou même des villes * bien plus petites que Dantzig, par exemple Lubeck ou Ro stock, qui montaient à 1 — 1 million 1 /2 tonnes. L'industrie prussienne dantzi-

goise greffée artificiellement et basée surtout sur les besoins militaires du gouvernement, n'en fut qu'une mince compensation. Cette industrie, d'après un témoignage récent (1913) était encore très faible et ne dépendait pas de facteurs économiques mais surtout de raisons d'ordre politique.

Tout cela dut avoir une influence néfaste sur la situation et le développement de la population dantzigoise jusqu'à nos jours. Le nombre d'habitants s'en ressentait et la population baissait. Dantzig, la ville la plus peuplée de la République, ville qui surpassait de beaucoup Varsovie, sa capitale, comptait au milieu du xvne siècle environ 80.000 habitants. Les violences prussiennes du xvuie siècle occasionnèrent une diminution sensible de la population. Sous le régime prussien du xixe siècle elle atteignit de nouveau le nombre de 80.000 habitants, qu'elle avait accusé deux cents ans auparavant. Cette augmentation apparente était due à un arrêt gouvernemental qui incorporait à la ville, malgré l'opposition de la commune, 14bourgades suburbaines (1877), ce qui élevait le nombre d'habitants à 100.000. Après trente ans subséquents (selon le dernier recensement, 1910), la population de Dantzig s'éleva à 170.000, c'est-à-dire elle doubla à peine

dans l'espace de deux siècles. Ce nombre fut considérablement dépassé par le chiffre correspondant dan s les autres ports allemands, comme Hambourg avec un million, Brème avec 300.000 habitants, et même dans les ports sensiblement plus petits autrefois, Stettin et Kcenigsberg avec leurs 250.000 habitants respectifs. De plus, pendant les cinquante dernières années (1860-1910) la population de toutes les autres villes polonaises restées en dehors du régime prussien, telles que Varsovie, Lwow, Wilno, Gracovie, tripla, quintupla ou même, celle de Lodz, décupla, elle s'agrandit donc dans des proportions beaucoup plus grandes que Dantzig. Cette ville, qui surpassait autrefois, sous le règne polonais, toutes les villes de Pologne (comme nous l'avons dit plus haut) par le nombre de ses habitants, qui fut la première ville de la République, aujourd'hui après cent ans de l'administration prussienne, reste en arrière, la moins peuplée de toutes et occupe, dépossédée de sa première place, le dernier rang parmi les grandes villes polonaises.

Aujourd'hui, d'après le recensement, le nombre de la population cachoubo-polonaise y est relativement restreint. Les sources allemandes le portent à 6.000 habitants. En réalité on pourrait même aujourd'hui la doubler ou tripler sans le terrorisme suggestif déployé pendant le

recensement. Dantzig est une localité peu convoitée par les fonctionnaires allemands, n'étant pas située dans la zone déclarée « en danger immédiat de polonisation », ils n'y profitent donc pas des avantages matériels que reçoivent tous les fonctionnaires des « Marches Orientales » (Ostmarkenzulage). Un certain nombre de fonctionnaires polonais y végètent, qui n'avouaient cependant pas leur nationalité pour ne pas perdre leur gagne-pain. Aussi dans le monde commercial de Dantzig, trouvons-nous beaucoup de Polonais d'origine qui, vivant des fournitures aux établissements gouvernementaux, se taisent aussi, arrêtés par la crainte de perdre leur situation. Ensuite — ce qui sera bientôt beaucoup plus considérable et plus important encore — parmi la pauvre population ouvrière de Dantzig, il y en a beaucoup qui, au cas d'une restitution de Dantzigà la Pologne, reprendraient leur nationalité d'origine, polono-cachoube. Dantzig a conservé aujourd'hui environ 60.000 catholiques qui constituent presque un tiers de sa population. Pendant les dernières années le centre allemand y déploya ses efforts. Ils furent commencés après la dissolution du Reichstag par le prince Bùlow, par la fameuse « chevauchée électorale du Centre à l'Est » (Centrumsritt nach Osten), c'est-à-dire en Prusse occidentale et dans

Dantzig (1907). Cette propagande du Centre allemand, commencée d'abord sous d'heureux auspices, dévia bientôt après, surtout à la suite des élections suivantes (1912) et prit une nuance franchement antipolonaise. Sonorgane à Dantzig, le «Westpreussisches Volksblatt», fut notamment rédigé dans cet esprit. Mais il est indubitable que cette population catholique allemande de Dantzig qui, déjà au Moyen Age, avait appartenu au diocèse polonais et s'était développée pendant de longs siècles sous la protection des rois polonais, retrouverait son ancien attachement à la République polonaise, si elle était délivrée des agitateurs allemands gouvernementaux et centristes et rendue à la tutelle ecclésiastique et politique de la Pologne. Plus encore : dans une certaine mesure on pourrait dire la même chose de la population allemande protestante de Dantzig, celle qui se compose des lecteurs modérés et sérieux de la vieille « Danziger Zeitung », et même celle que groupent les « Danziger Nachrichten », journal polonophobe, nationaliste et hostile à tout ce qui est polonais. Mais cela est vrai surtout pour les masses socialistes de Dantzig, qui ressentent le plus douloureusement la décadence de leur ville séparée de la Pologne sous le régime prussien. Si la ville revenait à la Pologne, on est autorisé à espérer

avec certitude que la grande majorité des Dantzigois d'origine — les éléments pangermanistes, fonctionnaires, militaires, et autres immigrants exceptés — se débarrasserait facilement de toute influence ou sédiment antipolonais. Sans différence de classe, de métiers et de religion elle reviendrait volontiers aux vieilles traditions de prospérité et d'épanouissement, à l'ancienne fraternité polono-dantzigoise et à la vieille loyauté légendaire envers la sérénissime République de Pologne.

Nous en avons des preuves indubitables et explicites. Ces temps derniers, lorsque la possibilité d'une renaissance de la Pologne prit corps et que le retour de Dantzigàce pays devint quelque chose de réel, à la fin de la guerre mondiale, se déclara à Dantzig une forte crise contre l'impérialisme prusso-allemand. En octobre 1918 le ministre allemand à Berne fit savoir à la Chancellerie impériale de Berlin, que les « marchands dantzigois se seraient adressés au Gouvernement polonais à Varsovie en se prononçant pour l'incorporation de Dantzig à la Pologne ; » (Wunsch ausgesprochen hâtten, Danzig môchte zu Polen kommen), parce qu'ils espéraient qu'il en résulterait un grand « bien pour l'avenir de Dantzig ». La Chancellerie de la Wilhelmstrasse s'inquiéta tellement à cause de cette dénonciation, qu'elle

t>ANS LES GRIFFES PURSSO-ALLEMANDES 163

commença immédiatement, par l'intermédiaire de l'office impérial des affaires intérieures, une enquête secrète à Varsovie, en faisant agir les organes centraux de la Police Secrète de campagne allemande. Cette enquête fut interrompue par la désagrégation des Empires centraux et par l'évacuation de Varsovie par les Allemands. A Dantzig même les autorités locales allemandes commencèrent immédiatement une action préventive antipolonaise et proallemande. Après l'évacuation de Varsovie par les Allemands, une abondante correspondance de novembre 1918, entre les fonctionnaires allemands de Dantzig et les autorités allemandes de Varsovie, tomba aux mains des Polonais. Nous y lisons : « Dans les ateliers royaux de Dantzig les autorités demandèrent des subordonnés des déclarations écrites de nationalité et menacèrent ceux qui se diraient Polonais d'une révocation immédiate. » La précipitation que le gouvernement prussien montra dans cette circonstance pour user d'une telle pression, prouve clairement que les craintes des autorités prussiennes à l'égard des sentiments publics de la ville ne furent que trop fondées. En effet, les dernières élections au parlement révolutionnaire de l'Empire prouvèrent toute la faiblesse des éléments locaux des nationalistes polonophobes. Malgré

une propagande effrénée, ils n'obtinrent qu'un sixième à peine des bulletins rendus. Mais il est bien plus intéressant que la catastrophe inouïe, aussi bien militaire et révolutionnaire, que commerciale et économique, qui tomba sur l'Allemagne et qui fut la cause d'une forte diminution des prix de terrains dans tous les ports allemands, fit monter en même temps les prix d'immeubles et de terrains à Dantzig dans des proportions extraordinaires. Cette augmentation fut une expression indiscutable des prévisions optimistes des Dantzigois, que faisait naître chez eux l'espoir de la prochaine séparation de la Prusse et de l'Allemagne et leur retour au giron de la Pologne.

Pour empêcher cette éventualité l'Allemagne fit un dernier essai de sauvetage, en lançant l'idée de la neutralisation de Dantzig. Voyant qu'elle ne pouvait plus le retenir, elle voulut au moins empêcher son retour direct aux mains des Polonais. Ce projet, tout habile qu'il soit, ne saurait réussir à la longue. Le caractère actuel allemand de Dantzig, tout extérieur et apparent, ne peut absolument pas fournir d'argument contre son caractère naturel économique et historique qui le rattache et rattachera toujours à la Pologne. L'Allemagne possédant sur son territoire national beaucoup de ports de tout

premier rang, ne peut sous ce prétexte gratuit escamoter l'unique port polonais. Il lui est absolument inutile, et ne fut que ruiné par son administration. De plus il est indispensable à la vie de la Pologne renaissante, dont il est l'éternelle et légitime propriété, arrachée brutalement, et sous le règne de laquelle il florissait autrefois et refleurira de nouveau. Il est inadmissible que cet unique port polonais soit énucléé de la future Pologne sous prétexte d'en faire une ville libre. Il est inadmissible qu'à côté de ce nouvel Etat, à ses portes mêmes (les seules qui s'ouvrent sur le vaste monde et sur la mer), à ses dépens et en dehors de sa souveraineté, cette ville neutralisée, retenue peut-être, et par quels expédients î sous l'emprise germanique, devienne un puissant entrepôt allemand nourri par l'appoint exclusivement polonais.

Ailleurs sont la mission et l'avenir de Dantzig. Il n'existe qu'une seule bonne et juste solution du problème dantzigois, inséparable de celui de la Pologne. Cette solution, la plus simple, avait été dictée une fois pour toutes par la loi inéluctable de la nature et de l'histoire ; elle est dans l'intérêt de la ville, de la Pologne et de l'Europe toute entière. Il faut tout simplement et sans détours, rendre Dantzig à la Pologne et la Pologne à Dantzig. La population allemande de la ville

n'en souffrira aucunement, elle ne sera soumise à aucune pression, le fait s'accomplira pour son plus grand bien, par la voie de la libre sélection naturelle, sous l'influence des échanges économiques intenses avec la Pologne, dans des conditions modernes, beaucoup plus favorables que celles d'avant les partages et grâce aux communications suivies avec le milieu polonais, avec Posen, Varsovie, Gracovie, dans l'unité de vie et de civilisation nationale polonaise. Le vieux Danbzig renaissant dans la Pologne ressuscitée deviendra une ville polonaise grande, riche et heureuse.

(p. 5). La littérature relative à Dantzig dans l'excellent recueil bibliographique de Finkel (1906), NN. 47299 sq., 23965 sq., a besoin d'être complétée. Les meilleurs ouvrages généraux sur Dantzig sont ; R. Curicke, D. Stadt Danzig hist. Beschreibung (éd. posthume par son fils, J. R. C, Amsterd.-Danz. 1688) ; Lengnich, Jus publ. civit. gedan. (éd. Gûnther, 1910) ; Gralath, Versuch einer Gesch. Danzigs (Kœnigsb., .1789-91) ; Lôschin, Gesch. Danzigs von d. ait est. bis zur neuest. Zeit (1828) ; Simson, Gesch. d. Stadt Dantzig (inachevé, 1913-18).

(p. 6) Au point de vue descriptif et territorial traitent de Dantzig : Balinski-Lipinski, Staroz. Polska, I (1843) 675 sq. ; Slownik Geogr. II (1881), 513 sq. (fautes dans les dates et dans les chiffres) ; Sonntag, Danz. Strandversch., Freytag, D. Danz. Werder, Ztschr! westpr. Gesch., I (1908) ; Duda, Rozwôj teryt. Pomorza pol. w XI-XIII w (1909) ; A Hirsch, D. geogr. Lage u. Entwicklung Danzigs (1912). ; Les anciennes déductions fantaisistes des Allemands sur l'origine soi-disant germanique (gothique) de Danzig (Gedanum-Gotenschanze !) reposaient uniquement sur une libre interprétation des passages de Pline, Hist. nat., Tacite, Germ., Ptolémée, Geogr., Pomponius Mêla, De situ orbis, etc., sur la Vistule en tant que frontière germano-slave, sur le voisinage de Gothes et de Vendes sarmates et autres indications ^semblables, imprécises et sans aucune force prouvante. Nous trouvons la première preuve irréfutable du primitif caractère slave de Dantzig dans la relation anglosaxonne (du ixe siècle) du navigateur Wulfstan qui fut interpolée par Alfred le Grand dans sa traduction de la chronique d Orosius. Wulfstan assure que naviguant lejong des côtes baltiques jusqu'à l'embouchure de la

Vistule il avait toujours à sa main droite des populations slaves. Script, rer. pruss., I (1861), 732. Une seconde preuve,déf initive,se trouve dans la plus ancienne biographie de St. Adalbert, Joann. Ganaparius, Vita S. Adalberti : « ipse vero adiit primo urbem Gyddanyz ». Scr. rer. pruss., I 228 ; elle établit la consonance préslave du nom primitif de Dantzig. En face de ces preuves, le plus récent historien allemand de Dantzig, Simson, I (1913), 12 sq., fut obligé de renoncer aux anciennes déductions goto-germaniques et d'admettre que : « Stâmme d. westlichen Slaven... mûssen auch d. Grûnder Danzigs gewesen sein... es steht unzweifelhaft fest, dass Danzig kein deutscher, sondern ein slawischer Name ist. »

La soumission de Dantzig à l'autorité de l'évêque de Kujawy et Wloclawek : bulle d'Eugène III, Rheims, 4 apr. 1148 : « ... Warnero Ulotizlauensi episcopo eiusque successoribus... castrum Kdanz in Pomerania cum décima tam annone quam omnium eorum que denavibus solvuntur. » Cod. dipl. Pol., II, 1 ; Perlbach, Pomerell, Urkundenb. (1881). N. 2.

Ladislas le Bref (Lokietek) à Dantzig : Il séjourna ici en janvier et en juin 1298, en avril et en mai 1299j en décembre 1306, ses édits et ses dotations des couvents de Peplin, Oliva et de l'évêque de Kujawy, etc. « actum in Dansk», «data in Gdanzk», 13 jan. 1298, 29. 30 apr., 21 maii 1299, 17 déc. 1306, Perlbach, N]N 552-3, 572-5, 650. Comp. Dlugosz, Hist. pol., III (ed 1873), 28 :« Descendebat autem Wladislaus Loktek personaliter in Gdansk (1306), maximo honore tam militum quam civium, de suo principatu exultantium receptus, ubi... fidelitatis et homagii accepit iuramenta. »

Les origines du commerce de Dantzig avec la Po| logne, Les bateliers polonais au xin* siècle, à consulte] Th. Hirsch, Handels- u. Gewerbegesch. Danzigs unte] d. Herrsch. d. Deutschen Ordens (1858), 172 sq. : « (dam la Pologne des Piasts) eine schnelle, d. Interesse d Fremden sorglich berûcksichtigende Justiz. »

(p. 7 sq.) Les massacres de Dantzig. 14 nov. 1308 Scr. rer. pruss., I, III, pass.; récits de témoins : « furtin intraverunt civitatem et occiderunt milites et uxorei

eorum et pueros, et sic occupaverunt civitatem », « in expugnacione et capcione castri Gdansk multos milites et bon os alios hommes et eciam pueros in cunabulis (occiderunt) », Lites ac res gestae int. Polonos ordinemque crucifer., I (1890), 26, 265 sq., bulle de Clément V. Avin., 19 jun. 1310 : « in civitate Gdansco ultro decem milia hominum gladio peremerunt, infantibus vagientibus in cunis mortis exitium inferentes, quibus etiam hostis fidei pepercisset », Theiner, Monum. pol., I (1861), N. 204, Lites, I, 420; l'explication du procureur de l'Ordre (S. A., probablement 1310, en réponse à la bulle citée plus haut) : « item quod predicti cives (Danzike) destruxerunt propria voluntate domos dicti opidi et iverunt ad habitandum in aliis partibus », Perlbach, N 696 ; Dlugosz, III, 44 sq. : « nec ulli polonicae gentis parcunt conditioni, sexui, aut aetati, sed tam pubères, quam impubères et aetatem inf antilem et lactantem absque ulla miserationis respectu extinguunt..., ut fama crudelitatis tantae diffusa, corda cœterorum perculsa, ad faciendam in aliis civitatibus et munitionibus resistentiam pavescerent... et securior illis occupati'o dictae terrae proveniret. Raro unquam polonici sanguinis in alicuius loci conquisitione plus effusum, raro caedes inhumanior ».

Caro (qui jouit d'une autorité imméritée, car en dehors de son apparat d'érudition, le plus souvent tout superficiel, il est au fond toujours partial et hostile à la Pologne), Gesch. Polens, II (1863), 43, réduit l'importance des massacres de Dantzig, se plaignant des «exagérations» polonaises et « gegenseitiges Unreeht u. blutige Gewalt »; Général-major Kôhler, Gesch. d. Festung Danzig u. Weichselmûnde. « S. M. d. Kais. u. Kg. Wilhelm II allerunterthân. gewidmet », I (1893), 20 sq. : « (D. Orden) konntebei d. Absichten, d. er auf Pomerellen natte, d. reiche Stadt, d. sich so trotzig gezeigt hatte, nicht in seinem Rûcken lassen, D. Landmeister (Henr. v. Plotzke) forderte daher d. Abtragung d. Wàlle u. d. Verlassen d. Stadt von allen Bewohnern. Dièse musste sich fûgen. Von einem Zerstôren d. Stadt im Sinne d. polnischen Berichte... kann daher nicht d. Rede sein (!). Wahrscheinlich sind d. Hâuser abgebrochen, um als Bauma-

tériel verwendet zu werden (!)... Es liegt ein Stock mongolischer Kriegfùhrung in d. Verfahren d. Ordens gegen d. Stàdte Danzig u. Dirschau. Tchingiskhan verfuhr bei d. Eroberung d. Reiches d. Chowaresmier in grôsseremMaasstabe ebenso, daernicht mit hinlànglichen Truppen versehen war, d. grossen Stàdte mit Besatzungen zu versehem. Bei d. geringen Krâften, ûber welche d. Orden gebot, blieb ihm nichts anderes ûbrig, als ebenso zu Werke zu gehen. Aber es ist immer noch ein grosser Unterschied zwischen beiden Handlungsweisen. Tschingiskhan zerstôrte d. Stàdte u. vertheilte d. jûngeren Bewohner als Sklaven an seine Truppen, d.âlterenliess er niedermetzeln. D. Orden begnûgte sien (!), d. Bewohner zu zwingen, d. Stàdte zu verlassen ». Sous son influence Simson lui-même tâche de défendre les massacres de Dantzig. I, 44 sq. Par contre les vieux historiens de Dantzig : Chytraeus, Curicke, Lengnich réprouvèrent énergiquement le crime teuton accompli sur Dantzig en 1308. Le brave Lôschin, bien qu'il écrivît déjà sous la censure prussienne, s'élevait contre « d. mit d. Blute von 10.000 Erschlagenen befleckten Einzug d. Ordensbrûder (in Danzig) », Gesch. Danzigs, I (1828). 38. Parmi les derniers ouvrages polonais confr. Kujot, Gzternasty listopada 1308 w Pomorzu gdan., Rocz. Tow. Nauk. à Thorn, XV (1908), 87 sq.; Dzieje Prus Krôl., I, Rocz. T. N. XXIII (1916), 1242 sq. ; comp. le petit article de Prohaska : Pamiat. Zakonu,dans Arch. Kom. hist., XI (1913), 243. Sur le transfert après les événements de Dantzig de la résidence de l'Ordre de Venise à Malborg, entre le 13 et le 21 septembre 1309, comp. Lohmeyer, Gesch. von Ôst- u. Westpreussen, I (1908), 160, 164 sq.

(p. 11) Concurrence commerciale de l'Ordre. Tous les anciens historiens dantzigois s'en plaignent, même le plus moderne Simson, I, 106 sq.f 110, voit en elle : « Grund zu d. spâteren Entfremdung, ja d. feindseligen Verhàltniss (Danzigs) zum Orden... D. Hôhepunkt konnte (Danzigs) Handelerstnachd. Fall d. Ordensherrschaft erreichen, als keine politische Schranke Danzig mehr von seinem Hinterlande Polen trennte ». Dans les meilleurs temps de l'Ordre, Dantzig comptait 10.000

Notes 173

habitants. Foltz, Gesch.d.danzig.Stadthaushalts(1912) 8. Au sujet de la sollicitude de l'épiscopat polonais pour Dantzig, même dans les dernières années du règne de l'Ordre, consulter l'intéressant édit d'indulgence de l'archevêque de Gnesen et de neuf évêques polonais à propos de la construction de l'église de Notre-Dame à Dantzig. Kalisz, in synodo provinciali, 20 mai 1406, publ. chez Simson, IV (1913) N. 119.

(p. 12 sq.) Les troubles antiteutons à Dantzig après Grunwald : récit du témoin oculaire (1410), Scr. rer. pruss., III (1866), 485 : « so gwomen vaste vilerbare geste... Ken Danczk us d. Streyte (de Grunwald), d. d. meyste swerlich verwundet woren u. meyneten, ruh u. heylunge irer wunden aldo zcu dirbeyten. Was nu d. von Danczk beduchte, ap sie sien allgeseythe d. Konige zcu Polan hatten gegeben, adir noch irgeben wolden, d. geste musten Danczk rewmen... d. Danczker macheten eyne were... wart gelaut d. rathglocke, d. volk wart wuttende...u.slugend.gewondeten u. was sie d. gesunden dorezu mochten haben... man slag us eyner gassen in d. ander... Dornoch gar schire goben sie d. stadt d. Konige u. nomen eynen polnischen hern in d. Stadt zu eynen îiewpthern ». Comp. aussi Kujot, Woina 1410. Rocz. T. N. de Thorn., XVII (1910), 193 sq.

Privilège de Ladislas Jagellon accordé à Dantzig (au camp de Malborg) 5 aug. 1410 : « habito diligenti respectu ad constantis fidelitatis indicia, quae Nobis consules, communitas, cives et incolae civitatis nostrae gdanensis exhibererunt et... poterunt exhibere in futurum, horum intuitu cupientes ipsos gratiarum nostrarum prosequi f avoribus et fidelitatis constantiam Nobis et coronae nostri regni Poloniae per ipsos exhibendam continuo reddere promptiores, praedictaeque civitatis nostrae gdanensis conditionem facere meliorem... » Dogiel, Cod. dip. R. Pol, et M. D. Lith IV (Viln.,1764), f. 83 ; l'authenticité de ce privilège fut injustement mise en doute par Caro, III (1869), 341, reconnue ensuite par Hirsch 41, elle est aujourd'hui indubitablement prouvée ; comp. reimp. cher Tôppen, Act. d. Stàndetage Preussens, I (1878), N. 106, et Simson IV, N. 121 d'après la copie dantzigoise. 2« privilège royal additionnel pour Dantzig, Thorn et Elbing, 10 août;

l'entrée triomphale du délégué royal à Dantzig, l'acte de soumission et d'hommage de la ville au roi Jagellon, le 7 août; la retraite du roi de Malborg en sept., l'occupation de Dantzig par l'Ordre en octobre 1410. Le meurtre de Letzkov et compagnons : Invités par le commandeur H. Reuss von Plauen, ils arrivèrent au château de Dantzig le 6 avril, leurs corps furent rendus à la ville le 13 avril 1411, et déposés à l'église de Notre-Dame dans la chapelle de Sainte-Edwige sous une dalle funéraire conservée jusqu'à nos jours avec une inscription effacée, qui ne contient que les noms et la date du décès. La description du meutre, « sullicherschentlicher, boshafftiger tat », dans Danz. Ordenschronik, Scr, rer pruss., IV (1870), 376 sq., là aussi lerécit comment : « vraue Anna, .. gyngk vor d. comptur u. eprach... dis sey Gote geclaget in der hoge des hymmels, dy grosse gewalt und unrecht, dy mir armes weyb geschyt und meynen kynderen, widder Got und aile recht... Du allmechtiger Got los dir dys irbarmen und richte dass grosse unrecht ». Ce véridique témoignage dantzigois qui fut recueilli par Schutzius et autres anciens historiens de Dantzig fut mis en doute intentionnellement par les historiens prussiens, déjà par Voigt, Gesch. Preussens, VII (1835), 143 sq) ensuite par Garo, 111,340, qui retourna la question, en disculpant les meurtriers teutoniques et en faisant des victimes dantzigoises des traîtres. Même Simson justifie ce crime, I, 140, d'une façon qui prouve quelle triste influence avait la suggestion amorale des nouveaux historiens prussiens aussi sur la conscience d'un savant relativement honnête : « d. Orden musste zugreifen ( ! c'està-dire accomplir ce meurtre affreux), um sich d. trotzige Stadt nicht uber d. Kopf wachsen zu lassen ». Par contre le probe Lôschin, Beitrâge z. Gesch Danzigs, III (1837), 77 sq., dans une étude sur K. Letzkau, anéantit les déductions tendancieuses de Voigt; de même Hirsch, Scr. rer. pruss., IV, 385 sq., dans sa dissertation sur D. danz. Berichte ûber C. Leczkau, repousse l'explication tendancieuse de Caro et établit l'authenticité de la relation dantzigoise au sujet du meurtre et de la culpabilité de l'Ordre. Gomp. Graske, D. Hochmeister v. Plauen im Konflikt mit d. Stàdten d. Ordens-

landes Preussen, Ztschr. westp. Gesch., XXXV (1896), 7 sq.

(p. 15) Premier privilège du Casimir Jagellon pour Dantzig, à Elbing, 16 juin 1454 : « das wir fleysig angesehen haben d. namhaftige manner burgemeyster, rothmanne,scheppenu.ganczer gemeyne unser rechten statt Danczke, ire getrawe und stete beystendikeit, do sie ingedeehtnisz widerbrochten d. mennygung d. freyheit u. d. goben d. vordringen geczeiten d. reichs von Polan Konigen u. herczugen, unseren vorfarn... noch dirlaufung so vil joren, in welchen sie d. krewczigern mit d. yoch d.dinste verbunden woren, zcu uns als zcu ihren rechten u. eynigen hern u. erblinge widdergekart haben, u. zou uns zugeflogen sein, u. sich uns u. unsern nochkomlingen d. reichs von Polan Konigen, ewiglichin undjr gegebin haben von naturlicher begerlichkeit dorczu gereiczet »... Toeppen, Act. d. Stândetage Ost. u. Westpreussens, IV2 (1884), N. 282 ; réimp., avec quelques changements de texte, Simson, IV, N. 137 ; comp. Karnkowski, De iure provinc. maiorumque civit. Prussiae (Crac, 1574), s. p. ; privilège supplémentaire sur les impôts de Dantzig, Piotrkow, 5 Juli 1455.

L'arrivée du roi à Dantzig, 1 mai ; la prestation de serment 9 mai 1457. Grand privilège du Casimir Jagel* Ion, Dancz., 15 mai 1457 : «... d. burgemeister, radmannen, scheppen u. ganczen gemeymen unnsir stat Danczik, unnsir lieben getrewen, d. stete getrewenheit... vormittelst welchen szie uns in wedirwerbunge unnsir lande Prewszen d. doruch unrechte u. unbilliche bekommerunge von unnsirm reiche entfremdet woren, mit steten getrewheit und vestem gemute haben beygestanden... geben wiru. vorleyen unnsir stat Danczk... das sie zcu ewigen geczeiten nymands vor eynen herrn halden noch gehorsam zcu weszen seyn sullen in weltlichin sachen, wenne alleyne uns u. unnsirn nochkommlingen, konigin zu Polan».

Privilège additionnel, 25 mai ; le roi quitte Dantzig, 7 juin 1457; privilège juridique pour Dantzig, Cracov., 28 janv. 1472; Curicke, Beschreib., 153 sq., Dogiel, IV, ff. 157, 160 sq. (juramentum Gedanensium), Toeppen, NN.314, 367,369, Simson, NN. 138, 141-2, 144. Casp,

Schutzius, cont. Chytraeus, Wahrhaff te u. eigentl. Beschreib. d. Lande Preussen... darinne auch d. Ankunft u. Erbawung d. kgl. Stadt Dantzig (1599), 203. Confr. la misérable et v#ine colère de Caro, V (1886), 105. — La prise de Malborg par les PolonaisetlesDantzigois,6août 1460 ; inscription de l'Artushof :« Danzker machts ein End d. Streit ». Paix de Thorn 19 oct. 1466, — Comp. Simson, Danzigin 13 jâhr. Kriege,l 454-66, Ztsch. westpr. Gesch., XXIX (1891) ; ib : XLVII (1904), 116 sq., revision des armoiries de Dantzig par Casimir Jagellon, Insign. urbis ged. auctio, 24 mai 1457; « zcu czeychen grosser... getruweheit unnsir stat Danczke czu unnsirer konigl. maiestat... haben wir vorgenommen, zcu unnsir u. unnsirs reiches zcu Polan u. derselben unnsir stat Dantczke ère u. czirheith, usz sunderlicher koniglicher gnad u. gunst, derselben stat Dantzke wopfen zcu vornewen u. zcu vorbessern, so das d. stat Danczke hirnachmals eyne guldene crone im obirsteyle ires schildes habe »...Comp. Warschauer, D. Wappen u. Banner von Dantzig, ib., LVI (1916), 160 sq. Les relations affectueuses de Dantzig et du roi Casimir, comp. Kromer, Hist. pol. sous 1468, dans Zbiôr dziejop., III (éd. 1767), 690.

(p. 1 7sq.) ê wiecki, Hist. wiadom. O... miescie Gdansku oraz zegludze i panow. Polakôw na morzu Balt. (Wars. 1811), 4,7 sq. ; Opisstaroz. Polski, I (1828), 330 sq. ; L. Golebiowski, O marynarce pois., Przegl^d nauk., II (1843) N. 12, 92 sq.

Boucicaut, Livre des faicts, Nouv. coll. de mém. de France, II (1836) : « en Prusse... tous passèrent au royaume de Lecto, où ils firent grande destruction de Sarrazins » (1390). Les expéditions prussiennes du comte Derby (roi Henri), accompagné d'une suite de mille hommes (1390-92) : il arriva par Puck à Dantzig le 10 août 1390, il pénétra le 21 août dans le désert lithuanien, de 11 sept, à 7 oct. il séjourna sous Vilna, et rentra à Dantzig le 15 févr. 1391, Scr. rer. pruss. II (1863), 785 sq. Du commerce anglais avec Dantzig au XIV s., Hirsch, 98 sq. Du commerce dantz. avec Portugal, Espagne, Italie, Ztschr. westpr. Gesch., V-VI (1881-2). -

Nimmert, Danzigs Verhàltn. zu Polenl 466-92 ib.,

LUI (1911), 11 sq. : sur les effets heureux qu'eut la délivrance de Dantzig par la Pologne de l'oppression économique de , l'Ordre, 179 sq., Lauffer, Danzigs Schiffs- u. Wasserverkehr am Ende d. XV Jhrts., ib., XXXI Iï (1894). Le roi Alexandre arriva à Dantzig le 27 mai 1504, la ville prêta serment le 2 juin et la confirmation des privilèges casimiriens eut lieu le 3 juin 1504.

(p. 20 sq.) Compte rendu des députés dantzigois de l'élection de Sigismond I, Piotrk., déc. 1506, Finkel, Elekcja Zygmunta I (1910), 263 sq. Balzer, Corp. jur. pol., 1506-22 (1906). s. v. Dantzig. Zatarg Zygmunta z Gdanskiem, 1525 : Lorkiewicz, Bunt Gdanski (1880); comp. Finkel, NN. 25787 sq; Acta Tomiciana, VII, VI II, Hanserecesse, XXIIMV (1910-3) ; Zivier, N. Gesch. Polens, I (1915), 305 sq. ; Simson II1 (1916), 79 sq. Sur le séjour de Sigismond à Dantzig, 19 avr.-23 juillet 1525. Statuta Sîgismundi, Ged., 20 jul. 1525 : «... visum fuit clementia nostra dignum, ut potius salutarem medicum, quam severum vindicem tantorum malorum ageremus... statuimus et ordinamus quod deinceps... centum cives ad consulendum et ad ferenda suffragia ex quolibet quatuor capitalium opificum ordine vocari et adhiberi debeant »... Dogiel, f . 240 sq., Volum. leg. I, f. 454 sq. Simson, IV2, N. 153.

Sur la confirmation des privilèges dantz. par Sigismond-Auguste, 10 déc. 1548, et sur le séjour de ce roi à Dantzig, 8 juil.-l sept. 1552, comp. Card. Hosii Epp., dans Acta hist. (1886-8), NN. 783, 831, 51 ; Gûnther, Vom Kônigsbesuch in Danzig 1552, Mitteiï. westpr. Gesch., XV (1916), 23 sq. ; privilège religieux de Sigismond-Auguste pour Dantzig, Vilnae, 5 [date corrigée par Simson, II2 (1917), 204] julii 1557 : « nos qui ex officio nostro regio infirmitati hominum mederi et conscientiis iUorum consuleretenemur...permittimuset admittimus senatui populoque civitatis nostrae gedanensis liberam administrationem et liberum usum ccenae dominicae sub utraque specie... », Lengnich, Preuss. Gesch. (Danz. 1722), II, 155 sq., Jus publ. civit. ged. (1900). 494, Simson, IV2 (1918), N. 164. Les tendances unificatrices : Constitutiones Karnkovianae, 14 mart., confirmées par le roi à la diète de Vars, 20 juil. 1570 ; à remarquer ici les titres démocratiques « de oneribus

aequis », « locus et jus suffragii in ter ordines civitatis artiticibus opificum restitutus », etc., Vol. leg. II, f. 108 sq.; comp : Karnkowski, De jure, cité p. h.; Simson, Westpreussens u. Danzikskampf gegen d. poln. Unionsbestreb. in d. letzt. Jahren d. Kgs Sigismund August, Ztsch. westpr, Gesch., XXXII (1897), 145 sq., et Gesch. Danzigs, II3 (1918) N 169; il réimprime deux fois les statuts de Karnkowski sans connaître les Vol. leg. I

Le conflit de Dantzig avec Batory : Pawinski, Stefan Batory pod Gdanskiem 1576-7, 2rôdla dziej., III (1877); publ. NN 181-90, Conditiones gedan., l'amnistie de Batory pour Dantzig, Mariaenburgi, 12 déc. J577, publ. comme inédite par Simson, 113, NN 170-1 ; ib. NN 173-4, l'Édit de tolérance de Batory pour la confession d'Augsburg à Dantzig, et la confirmation des privilèges dantzigois, le 16 déc. 1677 ; au sujet des relations excellentes, ultérieures entre les Dantzigois et le roi Etienne, au sujet du Tractatus portorii, Vars., 26 febr. 1585, qui révoquait les constitutiones carncovianae pour satisfaire les désirs de Dantzig, etc. à comp» Curicke, 164 sq. ; Lengnich, Lôschin pass. ; Goldmann, Danz. Verfassungeskàmpfe unt. poln. Herrsch. (1901); Simson, II2, 321, II3, N 176.

(p. 23) Dantiscus, Jonas propheta : « Urbs nova, dives opum, Dantiscum sive Gedanum, Accipe divina quae tibi mente loquor. Est brève tempus adhuc : si non peccata relinques, Hoc quibus exundas tempore, fracta rues. Grevisticito : sic etiam Superis mala grata Decresces, instant iam tua fata tibi... Comprimet annonae Vistula clausus iter...Externis tune praesidiis frustrata manebis Divitiisque tuis despoliata gemes... », J. de Curiis Dantisci Opéra ep. olim. varm. poem. et hymna (Vratisl., 1764), 138 sq. — Klonowicz, Flis (1595) prévient du mercantilisme des marchands de Dantzig, il conseille de ne point vendre le blé autrement qu'au comptant, etc. : « juz tu (à Dantzig) masz szpiklerze, masz i machlerze... masz z dalekich stron kupee i ziemiany... Ma li gotowe, naprzôd oto pytaj... jesli za zyto w torbç schuldbryfôw... Nakladziesz, nabawi klopota Gola gramota... Ba,dzze ostrozny. A gdy zaplacone Bargicltem kupie w szpiklerze czerwone

Zsypiesz,... Mykajze nazad do milej Polski ». Kochanowski, Satyr (1585) reproche à la noblesse qu'elle considère comme « nawiçtsze mistrzosjtwo, kto... do Gdaiïska wie drogç z zytem i popioly ». Christ. Opaliriski Satyry, (1650), contre le luxe polonais en germe: « bogaciem Cudzoziemcôw, kupuj^c drogo ich towary, Materye, blawaty, ktôre oni zowia Roba per la Polonia... Ksztaitnie wyprowadzaja zboza nasze, A tanio przedawamy ». De même [Solikowski], Rozmowa Kruszwicka Piasta z Gosciem, 10 febr. 1573: « Gosc : Korona, dawszy sobie skazic port gdanski, to oko, ktôrem patrzy na wszystek swiat... na kazdy rok jednako wszystkiego z Polski ubywa do Niemiec, doWloch, do Wçgier, do Turek, za sukna, plôtna, jedwabie, blawaty, wina, malmazjç, korzenie. Wiçc tym szerokim upustem stok sic przebral... Piast :... Kazdemu panu i narodowi wiçcej na morskiem paiîstwie nalezy, nizli na ziemskiem, bo... kto ma paristwo morskie a nie uzywa go, albo da sobie wydzierac, wszystkie pozytki od siebie oddala, a wszystkie szkody na sieprzywodzi, z wolnego niewolnikiem sic zstawa, z bogatego ubogim », Czubek, Pisma polit, z czas. pierwszego bezkrôlewia (1906) 479 sq. ; compar. Rozmowa Lécha z Piastem, ib. 51. Il est intéressant de constater que ces jugements des écrivains polonais des xvie et xvne siècles sur les abus de Dantzig au détriment de la Pologne sont confirmés par les études d'un moderne historien allemand, Naudé, D. Getreidehandelspolitik d. europ. Staaten vom 13 bis 18 Jhdt., Acta boruss. (1896), 354, 373, 384 sq.: «durch raffinierte Kunstmittel wussten sie (les Dantzigois) es einzurichten, dass d. Pôle in Unkenntniss aller Marktverhâltnisse blieb, dass er sein Getreide billig an d. Danziger losschlug, hingegen d. Retourwaren : Salz, Wein, Seide, Spezereien, Heringe, d. ihm d. Danziger gleichfalls ausschliesslich verkaufte, theuer bezahlen musste ... D. Quintessenz d. ganzen Sache war die : ein immer bemerkbareres, wirtschaf tliches Verarmen Polens, ein glànzender Aufschwung Danzigs « En même temps nous trouvons chez plusieurs anciens écrivains polonais les développements sur l'importance de la côte maritime et du port pour la Pologne et la glorification de la prospérité du Dantzig

cf. Dlugosz, I, 3, 55 : « Gdansk, a Polonis populat(a) ... nedum apud Polonos, verum apud ceteras génies et nationes vicinas memorabile, haud magnum quidem oppidum, sed frequenti emporio célèbre, quod multarum verum merces in illud flumine Wysla, qua illic... miscetur Oceano Sarmatico ». Cf. le déta 1 caractéristique des chroniqueurs répété par Bielski, Kronika, et se rapportant à la dernière expédition de Ladislas Jagellon contre l'Ordre (1433), comme les Polonais « do Gdanska przyciagnçli i polozyli sie pod miastem, gdzie leza,c cztery dni, wszystka ziemiç okolo Gdanska zwojowali... tamze rycerstwo przyjeehawszy nad morze, wozili sic po morzu, radujac sic iz przyszli do morza i opanowaU brzeg morski », éd. Zbiôr dziejop. pol., II (1764), 302 (Stryjkowski) Gwagnin, Kronika Sarmacji europ. (1575) : « Zacnosé miasta Gdanska... Kupcy slawni, bogaci, miasto w budowaniu, polozeniu, piçknoscia zjazdôw i jarmarkôwrôznoécia, morza i Wisly sposobnoécia. i obywatelôw tamecznych i postronnych kupcôw przychodnich i rozmaitych niewymown^ wielkoscia, tudziez miejskiemi bogactwy i rynsztunkiem wojennym... prawie z najprzedniejszemi miasty w Europie moze byc policzone... Krôtko môwiac jest to mozne, zacnei slawne miasto i nie wiedzieé, kQdyby sie. tez ludzie lepiej mogli miec », ib. IV (1768), 368 sq. Stan. Sarnicki, Descr. vet. et nov. Poloniae: a quicquid habet Polonia, Lituania, Mazovia, tanquam in œsophagum, Gedanum intrat et in transmarinas regiones avehitur ; et rursus, quicquid affertur ex German:a, Anglia, Gallia, Hispania, Bania, Suecia, per ubiversam Sarmatiam digitibus gedanensium civium dispensatur », éd. Mizleu-Kolofî, Coll., I (1761), 250.

L'exportation du bl^ de Dantz g (en chiffres ronds) 1608, 87 mille lastes, 1608, 116 mille (chiffres corr. 129), 1649, 100 mille, 1655 (la guerre), 11 mille, 1659,542, 1662, 36 mille, 1669, 47 mille, Lôschin, 1.397, I.e tableau du blé exporté par Dantzig 1649-1799, que donne Czacki O lit. i pol. prawach, II (éd. 1861), 267 sq. diffère un peu. Le tableau des marchandises exportées de Dantzig, Forsten, Aktyipisma k'ist.balt.wopr. 1(1889), 165 sq., N 75; comp. id., Balt. wopr. w XVI i XVII st.*

1544-1648, I (1893), 409 sq.f 530, 590, 628 sq., II (1894), 459 sq. ; id. Borba iz za gosp. na balt. morie w XV i

XVI st. (1884) ; id., Arch, zanj. w Lubekie i Danzigie, 2urn. Min. Nar. Prosw., GCLXX (1890), 310 sq. Relation du légat Bologne tto du 11 mai 1583, sur la situation économique en Pologne et sur le commerce de Dantzig, publ. Korzeniowski, Inform. de reb. œcon. Pol., Scr. rer. pol., XV (1894), 217 sq., comp. les remarques de Behring, Mitt. westpr. Gesch., I (1902), 66 sq. ; Commerce de Dantzig avec la Turquie, 1613, ib. III (1904), 58 s?.; Naudé, Getreidehandelspolitik, 236 sq. ; Gzermak, O handlu zbozowym gdaiîskim

XVII w., mentionne le manuscrit de Loyko, mais sans préciser davantage, S prawozd. Akad. Um. (1898) N 5, 8 sq. ; Szelagowski, Z dziej. wspôlzaw. Anglii, Niem., Rosji i Polski (1910), 41 sq., quelques données sur le commerce de Dantzig ; Kutrzeba, Wisla w hist. gosp. Polski, Wiad. gospod. (1918) NN 33-9, donne des tables de l'exportation dantzigoise 1490-2 et 1608-74; Simson, II2 (1917), 269, 113 (1918), 516 sq. En comparant les chiffres anciens et les chiffres modernes de l'exportation dantzigoise il ne faut pas oublier qu'un laste dantzigois, contenant 60 Scheffel prussiens était égal au 28 korzecs de Varsovie. D'ailleurs un laste de froment pèse 2.550 klg., de seigle 2.455, d'avoine 2.160 klg ; un laste de blé équivaut à 2 à 2 1/2 tonnes (chacune de 1.000 klg.)

(p. 25 sq.) Sigismond III séjourna à Dantzig en 1587, 93, 94, 98 et en juillet 1623. C'est alors qu'ayant appris sa présence à Dantzig, Gustave- Adolphe apparut avec la flotte suédoise dans la baie de Dantzig et menaça la ville. Comp. Damus, Danzig u. d. nord. Krieg, Ztsch. westpr. Gesch. , XII. Les édits de la diète concernant Dantzig, 1565. Vol. ieg. II. f. 686 ; 1626, 1628 (privilège spécial pour les draps anglais), 1629, 1631, 1632 : « Doznawszy statecznej wiary przeciwko Nam i Rzpltej miasta naszego Gdahska . . . postanawiamy, aby wszystkie zboza, ktôre Wisla spuszczaja., me na inné miejsca, tylko do Gdanska spuszczane i obracane byly », 1633, 1641 (sigillation de Dantzig), 1647, III, ff. 524, 580, 616, 656, 680, 737, 811, IV, ff. 11, 74, 104. — Au sujet du séjour à Dantzig de Marie de Gonzague, femme de

Ladislas IV (1646) comp. Laboureur, Hist. et relation du voyage de la Royne de Pologne (Paris 1647), 140- 172; Niemcewicz Zbiôr pam., IV (1839), 134 sq. ; Przyjaeiel Ludu, VI (1839) ; Rœpell, Kgin Louise- Marie v. Polen in Danzig, Ztsch. westpr. Gesch., XXII (1887). Vue des arcs de triomphe à l'occasion de l'arrivéede la reineà Dantzig, Kruszynski, Staroz. Gdansk, 16.

(Page27sg.)Dantzig, Charles Gustaveet Jean Casimir: Rudawski, Hist. pol. za Jana Kazimierza 1648-60, II (éd. 1855), 137 sq., Litt. régis Suec. ac com. Steinbock ad Gedanenses (1656) ; Lengnich, Gesch. d. preuss. Lande, VII (Dànz., 1734), 146, 158, 173, les paroles du chancelierde la couronne Koryciiiski: «dass in derselben eintzigen Stadt (Danzig) d. gesammte Reich (Polen) wider d. Gewalt, Tyrann^y u. Arglistigkeit eines erschrecklichen Feindes erhalten worden », 221 sq., 262; L'édit de la diète concernant Dantzig, 1658 intitulée : Ubezpieczenie Gdanska : « znaczna cnota, wiara i statecznosc miasta naszego Gdanska acz i zawszeprzedtem, osobliwie jednak w tej okazyi wojny szwedzkiej oswiadczona, godna jest byc wizerunkiem, aie oraz i respekt nasz... zasluzyla, 1659, Vol. leg. IV, ff. 559, 618. — Le traité d'Oliva, Olivae, 3 maii 1660 (date célébrée depuis solennellement à Dantzig), § 153, garantissait la liberté du commerce dantzigois sur les bases d'avant la guerre, Dumont. Corp. dipl., VI2 (1739), 303, Chwalkowski, Jus publ. reg. Pol. (Regiom., 1676) 281.

(p. 30 sq.) Dantzig et Sobieski : Decretum Joannis III Gedani 1678, Zahiski, Epp. famil, I2 (Brunsb., 1710), ff. 721-37 ; Slown. geogr., II, 520 ; Sierakowski, Pobyt Jana III Sobieskiego w Prusach Krôlewskich, 1677-8, Roczn. T. N. à Thorn., XIX (1912), 209 sq., avec une description minutieuse du séjour royal à Dantzig, en rapport avec les projets que faisait alors Sobieski pour reprendre la Prusse Orientale au Gr. Electeur ; comp. Finkel, Bibl., N 4116.

(p. 31) Pierre le Grand à Dantzig : Lengnich, Gesch. d. preuss. Lande, IX (1755), 294 sq. ; Lôschin, II, 127, 131, Beitràge, III, 92 ; Foltz dans Mitt. westpr. Gesch. VI (1907), 68 sq.

(p. 33 sq.) Dantzig et Stanislas Leczinski : Boyé, Stan. Leszczyiiski (1898) ; Askenazy, Przedost. bezkrô-

ewie, Dwa Stul., I (1901). — Une intéressante relation sur la députation dantzigoise et ses excuses à St.Petersbourg. 1734, Lôschin, Beitr., I (1837), 38 sq.

(p. 34) Salut de Dantzig au roi Stanislas : «Willkommen, theurer Furst, in dieser guten Stadt, weil Danzig ganz allein das grosse Glûcke hat den Kônig Stanislaum anjetzt bei sich zu sehn ».

(p. 36) L'appel du poète dantzigois aux femmes de Dantzig : « Auf, auf, ihr Frauenvolk, ihr Jungfern und ihr Weiber, Lasst euren Weibermuth auch euren Feinden sehn ».

(p. 39 sq.) Lengnich, Jus publ. civit. ged. (avec sa biographie) ; Jus. publ. Pruss. pol. (1758) ; Jus. publ. reg, Pol. ; Dantiscus, comp. Siemienski, Portr. lit. I (1885) ; Hevelius, comp. Pam. warsz. (1809), Bibl. Warsz. (1843), Skimborowicz, Zywot i prace H. (1860) ; La famille de Chodowiecki, Mitt. westpr. Gesch. III, 74 sq., IV (1905), 17 sq., comp. Rastawiecki, Slown. mal. pol., Oettingen, Chodowiecki von Berlin nach Danzig 1773 (1895). Les imprimeries polonaises à Dantzig à consult. : J. S. Bandtkie, Hist. druk. w Krôl. Pol., I (1826), 82 sq., 104 sq ; Lôschin, Gesch. d. danz. Buchdruck. (1840) ; Mankowski, Dzieje druk. i pism. pois, w Prusach Zach., Roczn. T. N. à Thorn. XXIII (1911), 79 sq., donne une bibliographie précise polono-dantzigoise depuis le premier livre imprimé, Abec. pol. (1528, 1536 ?), jusqu'à la fin du xvine siècle, NN 219, quelques spécimens curieux surtout du xvne siècle.

La langue polonaise à Dantzig : Lôschin, I, 305, 385 ; Simson, II2, 371 ; comp. Hirsch, Gesch. d. acad. gymn. in Danzig (1837). Mais décisif est ici surtout le témoignage impartial de Cellarius, qui passa inaperçu jusqu'à présent : And. Cellarius, Descr. regni Poloniae (Amstel, 1659) : « incolarum urbem (Gdansk) habitantium magna est multitudo, ex Germanis, Polonis, aliisque nationibus conflata ; Germani tamen cœteris numéro superiores sunt et hos Poloni sequuntur ; ac utrius nationis idioma, germanicum et polonicum, in urbe usitatum est, adeo, ut plures incolae reperiuntur, qui utramque linguam callent, » éd. Mizleri-Koloff, Coll. magna, I (Vars., 1761), 626.

(p. 43 sqï) L'exportation du blé de Gdansk, 1700-52, et 1752-92, à cons. Lôschin, II, 207, 311 ; comp. Tables de Czaeki (cf. plus haut), Naudé, Getreid. d. europ. Staat., 387 sq., Schmoller-Naudé, D. Getreidehandelspolitik. Brand.-Preussens bis 1740, Acta boruss. (1901), 258, donne des chiffres exacts de l'exportation dantzigoise 1715-35, à comp. Schmoller-Naudé-Skalweit, id., 1740-56 (1910), 137,166,468 s?., 563, contient des faits intéressants relatifs à la concurrence acharnée déjà à cette époque entre Stettin, Kœnisberg et Dantzig.

L'anniversaire de la libération de Dantzig du joug teuton : le 1er centenaire, 1554 n'a laissé aucune trace ; du 2e centenaire, 1654 nous possédons une médaille commémorative avec l'inscription : « Gedani annos ante ducentos... ab infanda crucigerorum tyrannide liberatae tertium libertatis suae saeculum, régnante Io. Casimiro, féliciter inchoanti memoria », Kruszyiiski, 27. — Du troisième centenaire, 1754 : médaille avec l'inscription (au bord) : « prussiaco-lechici Gasimirus fœderis autor..., (à l'intérieur) : « Deo auspice Augusto III.Poloniarumrege... jubilaeum Gedanense unionis prutenopolonae memoriae sacrum... » Gottl. Wernsdorff, Oratio saec... in auditorio Athenaei ged., magn. senatus jussu (Gedani, 27 febr. 1574) : « Libertatem, jura, immunitates vestras, mœnia, tecta, possessiones, bona omnia, vestra sacra, securitatem, otium, vestram vestrorumque omnium vitam, conjuges, liberos, indigenae nobilitatis salutem... augustissimorum regum Poloniae prsesidio... conservatam atque restitutam videtis. Nihil horum omnium vobis integrum, nihilsalvum esset si isti adhuc domini capitibus nostris insultarent, quorum molestissimum jugum majores vestri diu pertulerunt, et qui rapinis, contumeliis, iniuriis, cruciatibus, cssdibus, provinciam vestram exinanire, evertere, extinguere allaborabant, et extinxissent tandem, nisi... anno abhuc trecentesimo, profligata equitum teutonicorum tyrannide, mitius imperium clamentissimorum Poloniae regum explendisset... » (Suit le récit détaillé des crimes teutoniques, du meurtre de Letczkov, des violences exercées sur le peuple, « erga rusticanos homines et miseram plebeculam », et surtout sur le commerce de Dantzig, « in mercaturam quae altrix et quasi

Notés 185

anima reipublicae .est ») ; J. B. Chr. Freislich, Cantate bey d. Jubelfeste d. Stadt Danzig (Danz., 27 Febr. 1754) : « So hub auch Dantzig sein gebeugtes Haupt empor und sahe sehnsuchtsvoll Dir, Casimir, entgegen. Du kamst, Dir folgte Freiheit, Ruh u. Segen... Gott, lass uns dies, mit Thrànen u. mit Blut sehr theur erkauftes Gut Nie wiederum verlieren... Es wird, bey Polens Schutz, auch Danzigs Wohlergehn, Spàt unerschuttert stehn » ; Fr. Klein, D. befreyte Preussen un d. dritten Jubelfeste d. Stadt Danzig (Danz, 27 febr. 1754) : « Wie ein entfûhrtes Kind, d. seine Mutter siehet, In ihren offnen Arm, verfolgt vom Rauber fliehet, sie nimmt es in d. Schooss, eskûsst d. milden Hânde, So liebreich machtest Du d. Preussen Noth ein Ende, O Polen ! als es sich, vom Orden neu bedrûckt, In Deine Arme warf... O Danzig, dièses... Gluck, d. Polen Dir gebar,... Wieviel vollkommner muss es nun Dein Bûrger schmecken, Da schon dreyhundert Jahr Dieh Polens Fltîgel decken » ; J. P. Titius, Oratio saec. (Ged., 6 mart. 1754) : «(Dantzig) crudeli ae barbara... tyrannide convulsa... incomparâbili jagellonici sanguinis benignitate et clementia recreari cœpit... » (dans un long développement il glorifie les rois polonais et les bienfaits économiques et la tolérance de la Pologne à l'égard de Dantzig) ; Titius, carmina saec. quae in panegyri dantiscana canebantur (Ged., 1754) : « d. weissen Adlers Kraffe (Hât) Schutz u. Freyheit Dir geschafft ».

(p. 45 sq.) La récupération de la Prusse Orientale avec Kœnigsberg par la Russie fut prévue dans le traité russo-autrichien entre Marie-Thérèse et Elisabeth, 2 févr. 1757, 1er avr.1760, Martens, Recueil, 1, 269; Occupation russe de Kœnigsberg. Russ. star... LXXXiX ; Tichon Jakubowski et l'église orthodoxe à Kœnigsberg 1758-62, Wiadomosci eparch. jarosl., (1893), N 29. Arch.de Woroncoff, IV (1873), 315 sq.; Russenherrschaft in Ostpreussen, Mitt. d. westpr. Gesch., XIV (1915), 54 sq. Le projet russe de l'occupation de Dantzig : note russe du 4 déc, Brûhl, 18 déc. 1760, Eelking, Corr. d. Gr. v. Briihl (1854), 167 sq.; Lengnich, 458; Ségur, Polit. d. tous les cabinets, I (Paris, 1802), 161, au sujet des pourparlers du vice-chancelier Woroncow avec la cour de Versailles relatifs à l'occupation de Dantzig.

(p. 49 sq.) Les premières violences de Frédéric II. Bureau de douane à Kwidzyn, la question de dissidents, etc., Schmitt, Dzieje panow. Stan. Augusta (1868), Damus. D. Stadt Dantzig gegenûber d. Politik Friedrichs d. Gr. u. Friedrich Wilhelms II (1887) ; comp. Pol. Corr. Friedr. d. Gr. et Sbornik russ. ist. obszcz. (omis par Damus.), pass. — Diplôme de Catherine II concernant Dantzig, 5 apr. 1767, confirme le diplôme antérieur d'Anna Ivanovna, 10 mai 1736, établissait en fait le protectorat de la tsarine sur la ville, même contre la République, en garantissant unilatéralement l'inviolabilité de l' Assecuration d'Auguste 1 1 1 et en prescrivant à Dantzig : « zu Uns n. Unsern Nachfolgern ihre zuversichtlichst demûthigste Zuflucht nach wie vor zu nehmen » ; Sborn. XXXVII, NN 318-9, 521, 541, 556-9, 563-4, 572-3, 580, LXVII 357, 367, LXXII ; Pol. corr., XXIV-XXXIV (1911). Frédéric le Gr., Mém. 1763-75, Œuv., VI, 42 : « comme il était évident que le possesseur de la Vistule et du port de Dantzig assujettirait cette ville avec le temps, on jugea qu'il ne fallait pas arrêter une négociation aussi importante (le partage) pour un avantage, qui proprement n'était que différé ».

(p. 56) Dantzig et l'Angleterre : au sujet des relations antérieures et des conflits, à consulter Lôschin., Simson Ztschr. westpr. Gesch., pass. ; Diplôme de Charles II avec privilèges pour Dantzig, Whitehall. 18 july 1668. Traité anglo-dantzigois, Dantz., 22 oct. 1706. Les plus importants résidents anglais à Dantzig : Fr. Gordon 1632-42 ; John Robinson, 1706, son opinion intéressante : that thèse is not in any place of Europe so great a number of British natives and their posterity, whose industry God has blessed with such plenty and affluence as hère in Dantzic » ; Jac. Jeffries, 1721 ; Arch. Gibsone 1724-50; Trevor Correy, 1754-80; Alex. Gibsone. 1780-93. Compar. Michael, Englands Stellung zu erst. Theil.Polens (1890) ; Litwiriski, Polish and British interests at Danzig (4 déc. 1918).

Frédéric à Maltzan (à Londres), Potsd., 18-29 avr. 1771 : « ... je ne vois, pourquoi on s'embarrasse tant dans votre île des affaires de la Pologne... la cour britannique peut se mettre l'esprit entièrement en

repos à leur compte », etc. Pol. Corr., NN 19846, 76 sq. Mémoire de Bukaty à Suffolk, 11 July 1772. — J. Williams, The rise, progr. and près, state of the north governm., II (Lond., 1777), 555: « the intelligent part of mankind will undoubtedly be amazed, that a prince (Frédéric II), whosefamily hasreceived theirall,except the lakes and sandbanks of Brandenbourg, from the crown of Poland, should on every occasion endeavour to destroy that power, to which he and his ancestors hâve been so much obliged. But by recurring to history, it will be clearly seen, that this now illustrious family, from the time that they were first distinguished among the common robbers, who did their plunder in the marshes of Brandenbourg, down to this day, hâve adhered so closely to the serpents poli tics, that they hâve always stung the bosom which warmed and supported them ».

(p. 60 sq.) Traité de partage prusso-autrichien, St-Petersb., 25 juillet 1772 § 1. Traité de partage prusso-polonais, Vars. 18 sept. 1773 § 2. : « miasto Gdansk z jego territorium wyïaczaja c,... wyrzekajac sic (le roi de Prusse) wszelkiej pretensyi do m. Gdanska y do jego territorium » ; acte séparé prusso-polonais conten.toutcequiarapport au commerce, Vars. 18 mars 1775, § 6 : « la ville de Dantzig étant totalement étrangère au roi de Prusse, sera assujettie aux mêmes lois et conditions que l'étranger... » Vol. leg. VIII,ff. 42,80.

Occupation du port dantzigois par les troupes de Frédéric, 16 sept. 1772. Comp. Jantzen, Réflex. sur la propriété du port de Dantzig (Dantz., 1773) — Jeanne Schopenhauer, Jugend u. Wanderbilder (éd. 1884). Kap. XI. — Aus Gralaths Berichten ûb. d. Verhandl. in Warschau weg. d. erst. Theil. Polens. Mitt. westpr. Gesch., I (1902), 27 sq. L'occupation de Hela, comp. Stephan, D. Ansprùche Preussens auf Hela 1772, Mitt. westp. Gesch., VIII (1909), 60 sq., comp. Ztschr. XLIX.

(p. 65 sq.) La résistance du Troisième Ordre, 1 juin 1774 ; Distique affiché alors dans l'Artushof : « D. erste Junius 1774 : Siegt oder wenn d. Preuss sich wider uns empôrt, Sterbt, eine Sklavenwelt ist unser nicht mehr werth »; rel. de Geret 11 juin 1774; Schmitt,

Materyaly, II (1857)249 sq. — Damus,59 sq. — Le projet de priver Dantzig d'eau aouce, le détournement du lit de Radunia : Cabinetsordre de Frédéric 13 oct. 1773, Preuss. Urkundenb. IV (1834) ; révoqué par l'ordre du 27 oct. 1773 : « wegen Wassers fallen lassen».comp.Pol. Corr., XXXIV; Klopp, Friedr. II (1860), 306 sq.; vaine apologie de Bar, Hat Kg. Friedrich d. Stadt Danzig d. Trinkwasser entzogen, Mitt. d. westp. Gesch., V (1906), 50 sq.

(p. 67sç.) Dantzig et la Diète de Quatre Ans: Kalinka, Sejm czteroletni (1884-8); Korzon, Dzieje wewn. II (1897)44sg.; Askenazy, Przym. pois. — pruskie (éd. 1919) ; l'augmentation de l'exportation et des prix du blé à Dantzig. 1 789-2, Gzacki, cf. plus, haut, Lôschin, II, 311. — L'aveuglement de l'Angleterre au sujet de Dantzig : le conseil de Pitt qui voulait rendre Dantzig à la Prusse, Oginski, Mém. I (1826), 92 sq.; les brochures de propagande de Hailes, Mém. sur les aff . de la Pol., Réplique à l'exam. du mém. (Varsov., 1791), Rozmowa Polaka, Rosyan.i Anglika w okoliczn. Gdanska na kloppie (club, Vars. 1791) ; comp. Lord, Sec. partit, of Poland (1915), 170 sq. : « Hailes displayed... (1791 au sujet de la cession de Dantzic, à la Prusse) anamazing, though oiiena misguided and tactless activity ». £ taszic, Przestr. dla Polski, (Vars., 4 janvier 1790) avant propos, 18 sqt

L'adresse du Troisième Ordre à Stanislas Auguste, Danz., 13 sep. 1790: « D. Kleine Vôlkchen d. Danziger war lange nient mehr glûcklich u. seufzete nur, wartete... auf Hûlfe u. Trost u. erlag nicht... Eine. Brodkruste u. Freiheit! das d. Losung d. Einwohner... Sire, unser territoriurn ist zerstûckelt, d. Haf en ist noch immerim BesitzeinermâchtigenfremdenMacht...Sire,wir stehen verzweifelt auf einem schroffen Felsen, v. d. schrecklichsten Brandungumgeben... Geruhen Ew. Kgl. Maj . uns auf unsren gebahnten Weg, d. wirs eit 1 8 Jahren umsonst suchen,durch einen Richtsteig zu fûhren,oder wir mûssen in d. Brandung herab ». compar. Zablocki, Pisma(1903),225sg.,Napaszkwilprzylepionynarogach ulic jakoby Gdansk i Toruri byly na sprzedaz. — La loi sur les villes, 18 avril 1791, § 12, Vol. le^. IX. Fiszer, Podrôz do Gdanska, 29-31 oct., no v. jusqu'à 4nov.l792, Askenazy, Wczasy historyczne, II (1904), 479 sq.

(p. 75 sq.) L'occupation de Dantzig par la Prusse : Traité du partage entre la Prusse et la Russie, St. Pétersb., 23 janv. 1793, § 4 : « S. M. le Roi de Prusse s'engage... à ne faire ni paix ni trêve séparée... » (Cette condition fut ensuite annulée par la Prusse par le traité de Bâle avec la France, 1795, ce qui n'a pas empêché la Prusse d'obtenir précisément grâce à ce traité la confirmation indirecte de l'occupation de Dantzig de la part de la France) ; et § 5, chez Martens, Recueil II, N. 44.

Déclaration de S. M. R. de Prusse relative à la prise en possession de la ville et du territoire de Dantzig, d. Berlin, 24 févr. 1793. Suplém. de la Gazeta Warsz. 27 mars 1793, N. 35, id. en français dans le Gorr. de Kamb. (1793), N. 48, Angeberg, Recueil (1832), 304 sq.

Apparition de Raumer et de ses troupes sous les murs de Dantzig, 6 mars 1793. — Sur les troubles qui éclatèrent pour organiser la défense conf. Recess ûber d. Vorgânge bey d. Occupation, oficiel,comp. l'explication tendantielle de Damus. D. Stadt Danzig gegen. d. Politik, 162 sq. ; id., Festschr. z. hundertjàhr. Gedenkfeier d. Vereinig. Danzigs mit. d. kgr. Preussen 1793, (1893); Prûmers D. Jahr 1793 (1893), 42 s?., 746, 749; Bar, Ein Beitrag zur Gesch. d. Erverb. Danzigs durch Preussen 1793,Mitt. d. westpr. Gesch., X ( 1911), 58 sq. —-Protestation d'Henning, conseiller de la légation polonaise à Dantzig, au nom de la République et du roi polonais, contre l'occupation de Dantzig parla Prusse, 11 mars 1793. — L'adresse des Dantzigois à Stanislas Auguste, ad regem nostrum, Ged., 12 mars 1 793 : »... (au sujet des instigations de Raumer et de Sokolowski rês. russe à Dantz), ad Seren. Reg. Majestatem Vestram, Domine nost. clem., confugere constituimus illico, verum id non licere amplius edocti, ... ab omni consilio quid îuvaret destituti, quocumque Sacr, Reg. Majestatis Vestrae auxilio interclusi... ».

L'édit d'occupation prussien de Dantzig, le 25; l'occupation des fortifications extérieures le 26 mars ; l'occupation de la ville, le 4 avril ; la violation des clauses du traité de capitulation de la ville par les ordonnances ministérielles 18, 19 avr. ; l'acte de soumission de Dantzig à la Prusse le 7 mai 1793. A cette

occasion le caractéristique discours de Schleinitz, président de la régence de la Prusse Occid. Danz., 7 mai 1 793 : « Bei d. Besitznahme Westpreussens (1772) befand sich Danzig in einem blûhenden Zustande... Ein ununterbrochenes Gluck ha ttevielleicht Lebermuth,Ueppigkeit u. Hartherzigkeit erzeugen kônnen. Um euer jetziges Gluck in seinem ganzen Umfange zu fûhlen, war es daher nôthig, euch erst durch eine zwanzigjàhrige Erfahrung zu ùberzeugen, dass getrennt von d. Provinz, eine glûckliche Existenz fur euch unmôglich war. Es war nôthig, euch erst auch davon zu ùberzeugen, dass... (nicht) euer bisheriger Schutz- u. Oberherr (Polen)... sondern dass nur Friedrich Wilhelm d. Mann war, bei Dem ihr Trost, Hilfe u. Rettung finden konntet. Ohne dièse Ueberzeugung wâret ihr vielleicht mit weniger Inbrust in seine Vaterarme geflogen (I). Euer Sinken musste also dazu dienen, euer Aufblûhen, euer Steigen desto mehr zu verherrlichen. D. in Polen herrschende Partei- u Empôrungsgeist... drohte, nach d.BeispielFrankreichs, auch in diesem Lande aile bûrgerlichen, politischen u religiôsen Bande aufzulôsen... ». Les édits organisateurs pour Dantzig, 25 Mârz, 2 juni 1793 Regl. 3 Apr., 3 Juni, 30 sept. 1794, Seezolltar. 14 Nov. 1796, N. Corp. const. pruss-brandeb., IX (Berl., 1796) ff. 1472, 1609, 2107, 2201, 2289, 2317, 2623 sq.t X (1801), 739; sq., Cf. Simson, Gesch d. danz. Willkûr, (1904), 166 sq. Bar, Behôrdenwerf in Westpreuss. (1912), 125 sq.

(p. 85 sq.) Jeanne Schopenhauer, Jugend u. Wan derb. ; Arth. Schopenhauer, Satz v. Grunde, Inaug. Diss (1813). — Après l'occupation de Dantzig le consu français de la ville, Pons, fut arrêté par les Prussien (1793). Pendant l'insurrection deKoéciuszko,le délégu français auprès de l'émigration polonaise, Parandier remit au Comité de Salut Public un mémoire violen contre l'occupation de Dantzig par la Prusse. Paris 25 août 1794. De même, au temps du Directoire, nou trouvons dans les Archives des affaires étr. franc. Paris plusieurs mémoires officiels contre cette occu pation. Au sujet du complot de Bartholdy comj Lôschin, II, 320 sq.

(p. 90 sq.) La fuite de la famille royale de Prusse po

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Dantzig, 1806 : Hohenzollernjhrb., IX (1906) ; Bailleu dans Mitt. d. westpr. Gesch., V (1906) ; Schippel, ib., VII (1908). — La prise de Dantzig par les armées polono-françaises 1807 : Napoléon à Berthier, Vars., 23 janv. 1807 et toute la corresp. avec Lefebvre qui prouve quel intérêt exceptionnel Napoléon portait à Dantzig, surtout NN 11680-1,12593,600, 4, 57, 707-12, corr. de Napoléon XIV- V. — L'état des divisions polonaises au commencement du siège de Dantzig : légion sentent. : 2148 hommes ; IIIe division pol., les parties du 2® et 3e rég.: 1320 ; la divis. Gardanne, les 2e et 4« rég. incomplets: 1921 ; de. la div. Polenz,la cavalerie de Dziewanowski : 423 ; en tout à peine 6000 hommes. Situât, gle.de la Gde Arm., 1er avr. 1807, Mém. du départ, de la guerre VIII (1843), 294 — à la fin l'armée pol. comptait 6500 ; comp. Gembarzewski, Wojsko ks. Warsz. (1905), 60, 96, 144 sq. — D^browski à Zaja,czek, Gniewo, 3 avr. 1807: «my tu zawsze posuwamy sic pod Gdansk ; moi Polacy maja. poczte, (poste) najniebezpieczniejsza. ï najwazniejsza. i codzicii bij^ sie ». — -Napoléon était à Malborg le 25 avr., Corr., 24, 26 avr. 1807, NN 12470, 4; il paraît probable qu'il arriva alors dans les environs de Dantzig, où il

i rencontra Lefebvre; comp. Heinel-Berg,Aufzeichn. aus d. Vergang. Marienburgs, Mitt. westpr. Gesch, XVI (1917), 5.

La bataille de l'Embouchure de la Vistule et la mort de Parys, le 15 mai ; les obsèques sous Wonneberg, le

■ 17 mai ; les rapports de Gielgud et Hauke du siège de Dantzig, Rembowski, Spadek pismienn. po M. Hauke (1905), 56 sq. ; le rapp. de Gielgud au prince Joseph Poniatowski, le 20 mai ; comp. Gaz. Poznan. (1807), Supplém. au N 44 (les articles publiés dans la Gazeta Pozn. relatifs aux opérations polonaises sous Dantzig furent pour la plupart rédigés au quartier gén. de Da,browski, comme le prouvent leurs minutes dans sa corresp. d' Etat-major). Gielgud à Napoléon, Wonneb. 26 mai 1807.

Capitulation de Dantzig, 26 mai 1807 ; le récit de l'entrée de Lefebvre et des troupes polonaises à Dantzig Wolski, Wizerunek nieszczçsliwosci wojny... 1806-7

iRoczn. T. N. à Thorn, XVI (1909), XVIII (1911), 13 sq,

2], 34 ; la joie de Varsovie à cause de la victoire de Dantzig, corresp. de Varsov., 1 juin, Gaz. Pozn.(1807), N. 45. Le beau message de Napoléon au Sénat, 28 mai 1807, qui accorda à Lefebvre le titre de duc de Dantzig, Corr. N 12667; Chlapowski, Pamiçtn. (1899); Weyssenhoff, Pam., Bibl. Warsz. (1902) ; de tous ces mémoires résulte clairement que les jeunes troupes polonaises sous Dantzig, mal équipées, eurent un devoir difficile à remplir. Les lettres de Kosiriski, écrites sous Dantzig, à Gaz. Pozn. (1807), NN 43 sq ; Sokolnicki, Gi. Sokolnicki (1912), 146 sq., présente son rôle dans la bataille de Dantzig sous une lumière trop favorable. Comp. Bennigsen, Mém., II, 85 sq., 100 sq., cont. les curieux rapports dantzigois du gén. Kamenskoï ; Briefe ùber d. Belag. v. Danz. v. ein. Augenzeugen (Hamb., 1807) ; Duisburg, Gesch. d. Belag. u. Block. Danz. (Danz., 1808), D. Belag. v. Danz. 1807 (contenant les papiers orig. de Kalckreuth, Pos.-Leipz., 1809); Danzig wâhr.u.nach d.Belag.,inBriefen (Amst.-Hamb., 1809); Plotho, Tageb. 1806-7 (Berlin, 1811); Saint-Aubin, Siège de Dantz. en 1807 (Paris, 1818) 72, 97, 103, 117, 123, 126, sur les opérations polonaises, la mort de Parys etc. ; Hôpfner, Krieg v. 1806-7, III (1851), 336- 529 ; Kôhler, II ; Lettow-Vorbeck, Krieg 1806-7, IV (1896), 194-272, intéressant développement fondamental « d. Bedeutung Danzigs fur d. grossen Operationen ».

Napoléon à Dantzig le 1er juin ; la revue de la légion sept, le même jour ; l'audience des autorités municipales le 2, le même jour le départ de l'Empereur; mém. de la ville de Danz. pour Napoléon le 1er juin 1807. Lettre de Malachowski à Napoléon réclamant Dantzig, Vars. le 3 juin 1807.

(p. 100) Dantzig ville libre. Traité entre la France et la Russie, Tilsitt, 7 juill. 1807, § 6 : « la ville de Dantzig avec un territoire de deux lieues de rayon autour de son enceinte, sera rétablie dans son indépendance, sous la protection de S. M. le roi de Prusse et de S. M. le roi de Saxe, et gouvernée par les lois qui la régissaient à l'époque où elle cessa de se gouverner elle-même » ; § 8 : « S. M. le roi de Prusse, S. M. le roi de Saxe, ni la ville de Dantzig, ne pourront empêcher par aucune prohi-

bition, ni entraver par l'établissement d'aucun péage, droit ou impôt, de quelque nature qu'il puisse être, la navigation de la Vistule». Martens,XIII (1902), N 493; traité entre la France et la Russie, 9 juill. § 14 : « S. M. le roi de Prusse renonce ...à la possession de la ville de Dantzig». § § 19, 20 cf. plus haut, 21 : « la ville, port et territoire de Dantzig seront fermés pendant la durée de la présente guerre maritime, au commerce et à la navigation des Anglais » ; proclam. d. Frédéric Guillaume III, Memel, 24 Juli 1807, renonc. à Dantzig. Traité de délimitation entre Dantzig et la Prusse. Elbing.6 Dez. 1807 signé par Dohna au nom de la Prusse et par le sénateur Labes avec assistance au nom de Dantzig, §ç 2, 4.

(p. 101 sq.) La réinstallation solennelle des anciennes institutions à Dantzig, le 21 juil. 1807. La députa tion dantzigoise à Paris. Granier, Berich. aus d. berlin. Franzosenzeit 1807-9), Public, LXXXVIII (1913), 41 ; Audience chez Napoléon à Saint-Cloud, 6 sept. 1807; retour de la députation en mai 1808. Introduction solennelle du code de Napoléon à Dantzig à l'église de Notre-Dame, 21 juil. 1808. Mémoire dantz. au sujet de l'adoucissement de la contribution le 15 juill. 1808, remis à Napoléon par la députation dantzigoise à Erfurt. Mém. dantzig. pour Napol., 24 juillet 1811, prouvait que la population dantzigoise était tombée au cours de 4 dernières années à 64.000 h., c'est-à-dire de 20.000 h., et que le commerce de Dantzig était ruiné.

Napoléon de nouveau à Dantzig le 7 juin; l'audience accordée aux autorités municipales et aux marchands le 8 juin 1812, selon le récit d'un témoin oculaire: « d. Kaiser, im bekannten einfachen grûnen Kleide, mit d. Hute unter d. Arm, eine Tabaksdose in d. Hand, ging in bestândiger Begleitung Rapps, d. sein Dolmetscher war,vor d. Reihe auf u.nieder, blieb ineinem Sprechen, Fragen, Erwidern d. Antworten, u. flôsste mit jeder Minute mehr eine solche Dreistigkeit ein, dass er beinahe eine Conversation wurde, u. ein Jeder, auch unaufgefordert sprach, was er fur zweckmâssig hielt... Er wandte sien (immer) wieder zu d. Kaufleuten u. begann ein formliches Kandelsconseil... (long et intéressant dialogue de l'Empereur avec les marchands)... (schliesslich) erklàrte er nach d. Regierung (c'est-à-dh o

en s'adressant aux représentants du Sénat) : « Je garderai votre ville ; je connais trop son importance. Elle est l'embouchure de la Vistule et le débouché de la Pologne... ». Napoléon quitta Dantzig pour l'armée le 11 juin 1812.

Sur l'état de la ville à cette époque nous informe minutieusement Richemont, col. du génie, direct, d. fortifications, mém. sur Dantzig, 1812 (manusc. dans les papiers du gén. Hauke). — Voir dans « PanTadeusz» de Mickiewicz la prophétie qui se rapporte à l'époque de l'expédition moscovite : « Niechzyje... miasto Gdansk, niegdyé nasze, bedzie znowu nasze »;conf.la lettre ultérieure de Mickiewicz à Mraga, comme plus bas., 201, — Danz. Zeitung 1807-13, pass. ; Blech, Gesch. d. siebenjàhr. Leiden Danzigs, 1807-14, I (Danz., 1815) ; les suites du blocus, consulter Tarie, Kontin. blok. (1913).

(p. 106 sq.)' Les projets russes sur la ligne de la Vistule 1812-4 : Bernhardi, Toll, 11,-366 sq., Gesch. Russî., II 735; Szylder, Alexandre I*r, 111,137, 142, Pertz, Stein, III, 300; Lehmann, Stein, III; Boyen. Erinner., II, 250, 526 sq. ; Meinecke, Boyen I, 247, Treitschke., D. Gesch. I, 423; Oncken, Befreiungskriege, 1, 217, 257 sq; Osten-Sacken, Milit. Gesch. d. Befreiungskr. 1813, I, 84, 163 sq.

Le siège de Dantzig 1813 : Blech, II (1815); Tort, Le typhus contag. de Dantz. en 1813 (1817) ; Artois, Rel. de la déf. de Dantzig. (1820); Mém. du gl. Rapp. (1823 ; falsification, mais contient des documents relatif s au siège 1814); Lôschin, II (1828); Campredon,Déf. de Dantz. en 1813, journ., notes, lettr. (1888) ; Auriol, Déf. de Dantz. en 1813, Rev. hist. XL (1889) ; Kôhler, II (1893) ; Reboul, Camp, de 1813, I (1910), 368 sq. — L'espionnage russe à Dantzig : Otiecz. wojna, V. (1904), 6, 249 ; Langeron, Mém., 1812-14 (1902), 170 sq. L'arrivée à Dantzig, en janvier 1813, d'un colonel russe déguisé, le fameux partisan Figner, qui sut si bien tromper Rapp qu'il lui confia des lettres à Napoléon. Ces lettres furent naturellement remises par Figner au Quartier général russe ; Wojenskij, Akty, dok., mater., I (1909), 425 ; comp. K stoïjet. pokoren. Danziga, Wojenno-istor. Sborn. II (1912), 141 sq. (sans valeur) ; la question de Dantzig intéressait vivement l'État Maj.

russe comme le prouve le grand nombre d'actes et de mémoires à ce sujet dans les Arch. de l'Etat Major gén. à Petrograd, NN 1764, 1804-6, 2054, 2087, 2139-43 2286-93, 4 73. — Ant. Ostrowski, Zyw. T. Ostrowskiego II (1873). 402 sq. (d'après les notes de Lad. Ostrowski à Dantzig 1813); comp. Kolaczkowski, Pam. (1899), 15; sur l'affaire des officiers russes fraternisant avec les avant-gardes et sur la fausse proclamation, cf. Dantz.Ztg.(1813),N.33;comp.Angeberg,Recueil(1862) 600 sq. — Capitulation de Dantzig, Langîuhr, 29 nov. 1813, § 6 : « les troupes polonaises... appartenant à la garnison, auront une pleine et entière liberté de suivre le sort de l'armée française... Mess, les officiers polonais... donneront chacun leur parole d'honneur par écrit de ne pas servir contre les puissances alliées, jusqu'à leur parfait échange ».

Le conflit russo-orussien au sujet de Dantzig ; Schulze, Um Danzig (1813-4) (1903) ; Schon, Papiere, IIP 1881), 349, 278 ; Delbrûck, Gneisenau, IV (1879), 175 ; Krollmann, Landwehrbriefe 1813 (1913), 75 sq., Les lettres de Donna sous Dantzig. — Instr. d'Alexandre pour Dan. Alopeus ministre auprès du gouv. berl., Kalisz, mars 1813: «rétablir les anciennes villes hanséatiques, mais d'en augmenter le nombre, en comprenant, dans cette catégorie... Danzig... (pour) servir d'étape aux produits russes » ; l'armistice de Pleswitz entre les Français, Russes et Prussiens, 4 juin 1813, §§ 5-8, au sujet de communication avec Dantzig ; convention de la coalition entre la Russie, l'Autriche et la Prusse, Reichenb., 26 juin 1813, § 2 : « l'agrandissement de la Prusse... par la cession de la ville et du territoire de Dantzic », Martens, III (1876), N. 68, VII (1885), N. 259, XIV (1905), N. 500.

L'action des Dantzigois et de Keidel contre le retour de l'oppression prussienne : l'instruction pour Keidel de la commission sénatoriale de Dantzig {Weickhmann, Wernsdorff, Dôring, Trendelenburg, Scermans) Danz., 8 jan. 1813 ; mémoires de Keidel pour Alexanre (par Laharpe), Paris,31 mai ; pour Castlereagh, 1 juin 1814 : «... S. M. Britannique n'a jamais reconnu la soumission passagère de Dantzig au sceptre prussien, effectuée en 1793 et terminée en 1807, de même qu'une pareille

reconnaissance n'a jamais eu lieu de la part de la France... » ; à Pozzo di Borgo, 27 juillet ; au gouv. anglais, Lond., 19 sept. 1814; Hardenberg à Weickhmann, Berl., 5 sept. ; articles sur Dantzig dans Morning Chronicle, 25, 31 aug., 7 sept. 1814; comp. la proclamation de City of London lor the purpose of affording relief to the suffering habitants of the city of Dantzig, 1 Febr. 1814. — Panten, Danzigs Riickkehr unt. preuss. Herrschaft, Ztschr. westp. Gesch., XIII (1884), 98 sq., Jaucourt, Corresp. (1905), 17 sq. ; Askenazy, Europa a Polska, Bibl. warsz. (1909), III, 51;Wawrzkowicz, Anglia a sprawa polska na Kongr. wied. (1919), 380, 383 sq. apporte de nouveaux et importants détails trouvés dans les arch. lond., berl. et des Gzartoryski. |* (p. 125 sq.) Retour de Dantzig à la Prusse: acte final du Congrès de Vienne, 9 juin 1815, § 23 : « ... S. M. le roi de Prusse,... ses héritiers et successeurs posséderont de nouveau, comme auparavant, en toute souveraineté et propriété... la ville de Dantzig et son territoire, tel qu il a été fixé par le traité de Tilsit » ; Trait, prussorusse, 3 mai 1815, §§ 22-6, 29, 30, au sujet de la libre navigation sur la Vistule dans les frontières polonaises 1772, Martens, III, NN 79, 81.

(p. 126 sq.) Réorganisation de Dantzig par la Prusse : Schôn, Papiere ; Askenazy, Rosya-Polska (1907), 159sg; Schottmûller, D. Einrichtung d. Kgl. Régier. in Danzig vor 100 Jahr., Ztschr. west-pr. Gesch., LVII (1917), apologie mensongère. — ■ La misère et les troubles à Dantzig : Lôschin II, 500 sq,, Les conflits commerciaux entre la Prusse et le Royaume du Congrès : les conventions commerc. prusso-russes, St. Petersb., 19 déc. 1818, et les annexes, § 2 sep. et secr., et tabl. d. droits d'import. ; 11 mars 1825, Martens, VII, NN 297, 308; les tarifs prussiens (Erhebungsrolle), 25 oc t. 1821, modifié 10 avr. 1828 ; comp. Askenazy, Dwa Stulecia, I, 400 sq. ; les intéressants fragments de la correspondance consulaire d'Heydeken, Makarewicz Borakowski et Tçgoborski de Dantzig avec le gouvernement de Varsovie 1818-30, sont conservés dans les actes de la Commission de fin. de Vars. Ils renferment des projets et des mémoriaux multiples relatifs au commerce de Dantzig avec la Pologne.

(p. 132 sq.) Les Cachoubes (en polonais: Kaszuby) Kujot, Dzieje Prus Krôl., I, (1913), 196 sq., Kçtrzynski, Ziemia (1911) N. 22; contre ses déductions trop destructives et peu fondées comp. la protestation des Cachoubes dans le « Gryf » IV (1912), 76; les remarques de Romer, Polacy na Kres. pomor., i projezier., (1919), 8, 15 sq.; au sujet de la discussion linguistique, comp. Baudouin-Gourtenay, Kasz. jaz. i wopr., Zurn min. nar. prosw., (1897), V; Karlowicz, Gwara Kaszub, Wisla XII (1898) ; Ramult, Slown. jçz. pom. czyli kaszub. (1893). Szyszkoff à Mraga, Pet. 16 lip., Roumiantzef au même, Homel, 4 août 1826, publ. dans l'introduction à Doklad. slown. polsko-niem de Mrongovius (Kœnigsb., 1835) VII, XI sq., il faut adoucir la trop véhémente condamnation de Mraga à ce sujet par Matusiak, Panslawizm na Kaszub., Przegl. powsz. (1894); Poblocki, Gryf, I (1908); Koscinski, Idea Slowianska na Kaszub. (1908) ; par contre Slaski, W obronie Mrong., Gryf, IV, 186 sq. ; Francew, Polsk. Slawianowied. (1906), 125. Lettres de Mrongovius au prince Adam Czartoryski, Dantzig, 30 novem. 1822, à Tow. N. Warsz., 18avr., à Maciejowski, Danz. 1 nov. 1831, Gryf, IV, 314 sq. ; Mickiewicz (au nom du prince Czartoryski) à Mrongovius, Par. 28 févr, 1852. Dzieîa wszystkie, XII. 237 sq.

(p. 136 sq.) Dantzig pendant l'insurrection de Novembre: Szczerbatoff, Kn. Paskiewicz; Pra.dzynski, Pam., III (1909), 29, 46 sq. — La situation de Dantzig après le 1831, Brandstâtter, Land u. Leute d. Landkreises Danzig (1879), 325 sq. ; chiffres de l'exportation dantz. très incomplets d'ailleurs, pour 1835-9, Radziszewski, Bank pol. (1910), 397; pour 1849, Makowski, O obrocie handl. zboz. w Gdansku, Bibl. Warsz., XXXVIII (1850), 374 sq. ; très précis dans Jahresber. d. Aeltest. d. Kaufmannschaft d.St. Danzig. (1847-70).

(p. 139 sq.) Danzig pendant l'insurrection de Janvier : le discours de Bismarck dans la Chambre prussienne, 18 févr. 1863 : « Danzig in preussischen Hânden zu bewahren », Reden II, 75, Buchanan à Russell. Berl., 22 Febr., les paroles de Guillaume I, inspirées naturellement par Bismarck : « The first effort of the new (Polish) State would be to recover Danzic, and if that

attempt succeded, the fatal conséquences to Prussia were too évident », 28 Febr., 1 march : «...the représentations of the elders of the Mercantile Corporation of Dantzig... in which spécial attention is called to the injure, that has acrued or might accrue to (their) interests in conséquence of the agreement with the Russian governement (c'est-à-dire convention de Varsovie, 8 févr.) », Confid. Corresp. of the Brit. Governm. resp. the Insurrect. in Poland, éd. Filipowicz, (1914), NN 70, 118, 138. Les insurrectionistes cachoubes: Stella- Sawicki, Rok 1863 (1902) 103 sq. ; comp. Gryf, III, 56

(p. 145) Sutherland Edwards, Sir W. Wbite, his life and corresp. (1902), met en doute sa parenté avec l'illustre homme d'Etat polonais; comp. Przeg. polsk. CL (1903). — L'escadre française dans la baie de Dantzig, 21 août 1870, D. Deutsch-franz. Krieg 1870-1, red. v. d. Kriegsgesch. Abth. d. Gross. Generalst., I (1874), 117 sq., II, 1317 sq. —Les chiffres de l'exportation du blé de Dantzig jusqu'à 1874, Wasilewski, Gdansk pod wzglçdem handlu i przem. Niwa X (1876) 485 sq., 569 sq. ; des données précises dans Jahresber. d. Vorsteheramtes d. Kaufmansch. zu Danzig (1871- 1913).

(p. 147 sq.) Les discours de Rickert et de Bismarck au parlement allemand, 21, 24 mai 1879, 10, 16 févr. 1885, Reden, VII, 236, 262 sq., X, 166, 233 sq. Les discours de Bismarck à Varzine, 16 sept. : «... ein Polenreich... (mit) V>Testpreussen, Danzig, u. s. w., (wâre) stets d. Bundesgenosse unserer Feinde » ; 23 sept. 1 894 : « ... ich will immer lieber mit d. Zaren in Petersburg, als mit d. Schlachta in Warschau zu thun haben... wenn d. polnische Phantasiegemàlde verwirklieht wûrde, so wâre zunàchst Danzig in Gefahr. D. Polen mûssten Danzig annektieren... », XIII, 104 sq.

(p. 151 sq) La renaissance cachoube. Sur Florian Ceynowa : Koscinski, Idea slow, na Kaszub. (1908) ; Gryf, I (1908) ; Francew, Slaw. ideja u Kaszubow, warsz. Russ. Filolog. Wiestn. (1908) N. 4; le mouvement actuel jeune-cachoube, Gaz. Gdari. et surtout Gryf ; l'attitude méfiante du gouv. prussien envers ce mouvement et en particulier le Verein f. Kasch. Volkskunde,est présenté sous un point de vue intéressant dans

le pamphlet Card. v. Widdern, Poln. Eroberungszûge in Westpr., Ostpr. u. Pommern (1913), 33 sq. ; sur le nombre des Cachoubes à confr. la statistique de Ramult, Statyst, ludn. kaszub. (1899), et une plus récente presque identique, dans Gryf, I* (1909) 229 et Mitt. d. Ver. f. kasch. Volksk, F (1910), 226 ; le mouvement économique est traité tendancieusement par Bernhard, D. Polenfrage (1910), 368 sq., Spandowski, Banki ludowe na Pomorzu, Gryf, III (1911) est plus précis.

(p. 153 sq.) Kôhler, Gesch. d. Fest. Danz. II, 504 : « Danzig muss in einem Defensivkriege mit Russland d. Pivotpunkt abgeben ». — La question de la Vistule et du port de Dantzig : Keller, Memel-Pregrel- u. Weichselstrom, I (1899-900), 348 sq., IV, 289,453 sq; Piechowski, Wisla jako droga komun.ijhandl.,Ekonom. (1905) IV ; Reyman, D. YVeichsel als Wasserstr. (1913), 49 sq. ; Ingarden, Drogi wodne (1916), 29 sq. ; Matakiewicz, Drogi wodne (1917), 12 sq.; f adkowski, Nasze przyszle drogi wodne (1918), 27 sq. ; Czernecki, Organiz. pois, haiïdiu zewn. (1918), 64 sq.

La situation économique et le trafic de Dantzig contemporain : Rûckgang d. Danziger Handels, dans Danz. Ztg. (Oktob. 1903); Beyer. D. Danziger Waarenhandel (1904) ; Uhlmann, D. deutsch-russ. Holzhandel (1905), 70 sq. ; Mûnsterberg, D. Handel Danzigs (1906), 27 sq., développement sur la politique du gouvernement prussien au point de vue communication, défavorable à Dantzig ; Spandowski, Stan rzemiosla w Prus. Zach. 1897-907, Rocz. T. N. à Thorn., XV (1908), 130 sq ; (Fehrmann) Danzigs Handel u. Industrie (1912), 8, 14, 18 sq. ; Statist, Jhrb. deutsch. Stâdte, XVIII(1912), 144 ; Stam, Gdansk jako glôwny port polski, (1918) ; Bericht d. Vorsteheramts d. Kaufm. zu Danzig, (1908), parle de la situation privilégiée de Stettin à l'égard du commerce dantzigois avec la Pologne; ib. (1912), 7 . « d. Schiffbau- u. Maschinenindustrie in ebenso unbefriedigender Lage, wie schon seit einer Reine von Jahren » ; Krœker, Zur industr. Entwickl. Danzigs (1914), 31, 35 sq., confirme le faible développement de principales branches de l'industrie dantzigoise, « da d. grôssten gewerblichen Anlagen d. Stadt Staatsbetriebe sind, dcren Beschàftigungsgrad nient von... wirtschaftli-

schen Entwïckelungen, sondera politischen Erwâgungen abhângt ». — La population de Dantzig : Gemeindelex., II, (1912); Stat. Jhrb. f.d. Reich., XXXVI (1915). (p. 162 sq.) Abschrift. Auswârt. Amt. (Soif) Dem Reichsamt d. Innern wird nachstehend Abschrift einesTelegrammsd. Kais. Gesandten in Bern(Romberg) vom 20 d. M. zur gefàlligen Kenntnisnahme ergeb. ûbersandt:«Mirwird aus zuverlâssiger Quelle mitgeteilt dass sich Danziger Kaufleute nach Warschau an Polnische Regierung gewandt u. Wunsch ausgesprochen hatten, Danzig môchte zu Polen kommen, da man sich fur Danzigs Zukunftgutes vom Kônigreich Polen als Hinterlandversprâche ». Anheims telle, ùber Richtigkeit d. Meldung Erkundigungen anzustellen. Berlin, d. 21 Okt, 1918». «D. Staatsskretâr. d. Innern, Berlin, W.8., d. 27 Okt. 1918. Wilhelmstr. 74. Abschriftlich d. Hrn, Verwaltungschef beim Generalgouvernement Warschau (Steinmeister mit d. Ersuchenum eine gefàllige iEusserung ergeb. ûbersandt». « D. Verwaltungschef bei d. Generalgouw. Warschau 30 Okt. 1918. 1. Dem Hrn. Regierungs Kommissar (Prinz. Oettingen). 2. Der Zentralpolizeistelle (Born-Fallois) mit d. Bitte um Aeusserung ob dort etwas uber einen derartigen Schritt Danziger Kaufleute bei d. polnischen Regierung bekannt ist ».

La pression gouvernementale à Dantzig : Clara D. an Max. D., Dantzig, d. 8 Nov. 1918: «... Hier tut sich was. D. Volk wîrd verrûckt mit ihren Polen u. Deutschen... In d. kôniglichen Betrieben sind Listen umhergegangen, wer sich zu Polen oder Deutschland bekennt: wer Pôle werden will, wird sofort entlassen». — Les élections au Reichstag, 19 janv. 1919: sur plus de 90.000 bulletins rendus à Dantzig, les nationauxlibéraux pangermanistes ont obtenu environ 14.000.

L'embarras du gouvernement prussien à cause de Dantzig s'est accru encore aujourd'hui par suite de la dénonciation formelle par le gouvernement des Soviets russes de tous les traités du partage conclus entre la Prusse et la Russie et entre autres aussi du traité du IIe partage de la Pologne (1793), qui adjugeait Dantzig à la Prusse: « Bevollmâchtige Vertretung d. Russischen Socialistischen Fôderativen Soviets-Republik W. A.

523. an Auswàrtiges Amt, Berlin, d. 3 Sept. 1918. Verbalnote : D. Bevollmachtige Veriretung d. Russischen Socialistischen Fôderativen Sowiets-Republik beehrt sichs zur Kenntnis d. Kais. dent. Regierung zu bringen, « ass. d. Regierung Russ. Social. Fod. Soviets-Republ. durch d. Rat d. Volkskommissare beschlossen hat, auf Grund u. Gemâss d. Artikel 4 d. russisch-deutschen Zusatzvertrags zum Brester Friedensvertrag vom 3 Mârz 1918... d. kaiserlich Deutschen Regierung, mitzuteilen, dass d. nachstehend aufgefûhrten Vertràge, Abkommen und Vereinbarungen, nach Auffassung d. Regierung d. Sow ets-Republik, mit d. wâhrend d. Krieges eingetretenen Verànderungen in Widerspruch stehen. (ici l'énumération de diférents traités de la Russie avec tous les Etats allemands)... Gleichzeitig hat d. Regierung d. Russischen socialistischen Fôderativen Sowiets-Republik durch d. Rat d. Volkskommissare beschlossen, auf Grund desselben Artikels 4 d. Zusatzvertrags aile Vertràge u. Akte aufzurufen, (sic) d. d. Regierung d. frûheren Russischen Kaiserreichs mit d. Regierung d. Kônigreichs Preussen ûber d. Teilung Polens gescblossen hat, da sie d. Prinzip d. Selbstbestimmung d. Vôlker u. d. revolutionàren Rechstbewusstsein d. russischen Volkes widersprechen, d. dem polnischen Volke d. unentziehbare Recht auf Selbstàndigkeit und Einheit zuerkannt hat. Es sind dies insbesondere folgende Vertràge und Akte: 1. Geheimer Vertrag vom 4 Januar 1772 ûber d. Teilung Polens; 2. Vertrag von St. Petersburg ûber d. erste Teilung Polens von 25 Juli 1772; 3. Erklârung Preussens ûber seine Rechte und Anspriiche auf Polen vom 13 September 1772, mitgeteilt d. Vertretern d. fremden RegierungeninWarschau durch Note d. polnischen Ministers d. Aeussern vom 22 September 1 772 ; 4. Vertrag zwischen Russland und Preussen vom 23 Januar 1793 ûber d. zweite Teilung Polens; 5. Vereinbarung ûber d. dritte Teilung Polens, abgeschlossen in St. Petersburg am 13/24 October 1795; 6. Grenzziehung von Polen vereinbart in Grodno am 21 Juni/2 Juli 1796, dazu eine geheime Grenzbeschreibung ; 7. Vereinbarung vom 10/21 October 1796 ûber d. Auslegung d. Artikel 3 d. Vertrags vom 13/24 October 1795 wegeu

Abgrenzung von Krakau; 8. Vertrag ùber polnische Angelegenheiten vom 15/26 Januar 1797; 9. Wiener Vertrag ùberd. GrossherzogtumWarsehau vom21April 3 Mai 1815; 10. Berliner Vertrag vom 30 Oktober/ 11 november 1817 ûber d. Grenzen d. Kônigreichs Polen, mit zusâtzlicnen Abmachungen; 11. D. dazugehœrige Protokoll vom 7/19 november 1817. 12. Endgûltige Abgrenzung zwischen d. Kônigreich Polen u. d. preussisehen Staaten vom 12/24 april 1823; 13. Vertrag vom 4/16 Oktober 1833 ûber d. gemeinsame Behandlung d. polnischen Fragen. Ferner hat d» Regierung d. Russischen Socialistischen Fôderativen Sowiets Republik auf Grund d. Artikel 4 d. vorgenannten Zusatzvertrags beschlossen, aile geheimen Vertrâge, Abkommen u. Vereinbarungen, d. d. Regierung d. fruheren russischen Kaiserreichs mit d. Regierung d. deutschen Reichs oder seiner Bundesstaaten geschlossen hat, nicht wieder in Kraft treten zu lassen, da sie d. Dekret d. Rates d. Volkskommissare vom 28 Oktober 1917, « Ueber den Frieden » widersprechen... ». Chancellerie allemande au gén.-gouv. Beseler, Berlin, d. 30 sept. 1918 : « E. Exz. beehre ich mich Abschrift einer Verbalnote d. hiesigen russischen Vertretung zu ûbersenden in d. diejenigen Vertrâge aufgef ûhrt sind, d., nach Ansicht d. Sowiets- Republik, nicht wieder in Kraft treten sollten. D. auf Seite 5-7 aufgefûhrten Vertrâge betreffen d. Teilung Polens. Dièse Documente sind nicht verôffentlicht worden (cette assertion n'est qu'une preuve d'une ignorance étonnante de la chancellerie berlinoise, car tous les traités énumérés plus haut relatifs aux partages de la Pologne furent depuis bien longtemps publiés dans les recueils de Martens, etc.) u. kônnen daher nur im Geheimen Staatsarchiveingesehen werden. Praktische Bedeutung haben dièse Vertrâge fur d. Gegenwart kaum mehr. Es wûrden daher diesseits keine Bedenken bestehen, d. Wunsche d. russischen Regierung zu entsprechen. E. Exz. wâre ich f tir baldgefàllige Mitteilung dankbar, ob etwa von Seiten d. Kaiserlichen General-Gouvernements oder d. polnischen Regierung auf eine wieder in Kraftsetzung einzelner Bestimmungen d. Vertrâge Wert gelegt wird ».

(( Àbschriftlich d. Kais. Legationssekr. Prinzen zu Oettingen Durchl.,Warschau, zur gef âlligen Kenntnissnahme ergebenst ûbersandt. Berlin, d. 30 September 1918 ». En marge : « In diesem Augenblicke wûrde eine fôrmliche Aufhebung d. Teilungsvertrâge, d. jedenfalls in d. Œffentlichkeit dringen wûrde, nur dazu fûhren, d. Agitation wegenPosenetc. zu entf achen Gf . Lerchenfeld ».

TABLE DES NOMS PROPRES

Adalbert, saint, 170.

Alexandre !**, 32, 100, 103-

Alexandre Jagellon, 40, 177.

Alfred le Grand, 169.

Alopeus, 116, 129, 195.

Anderson, 59.

Anna Ivanovna, 35, 37, 58,

Anne d'Angleterre, 56.

Artois, 194.

Auguste, reine de Prusse,

Auguste II, 31, 40.

Auguste III, 33, 38, 42, 45,

Bandtkie, 183.

Barth, 68.

3artoldy, 86, 190.

3ennigson, 192.

3enoit, 63.

3erthier, 191.

îeseler, 202.

iielski, 80.

Blech, 194.

Msmarck, 140-1,1 47-9, 1 50.

Soleslas Ier le Grand, 6.

îolognetto, 181.

Sorn-Fallois, 200.

iorakowski, 196.

Boucicaut, 18, 176.

Bouët-Willaumez, 146.

Boyen,106, 194.

Brûhl, 185.

Brûneck, 76.

Buchanan, 140, 194.

Bukaty, 57, 187.

Bûlow, général, 91.

Bûlow Bernard, chancelier,

Bulhakow, 72.

Burke, 57.

Buturlin, 45.

Canaparius, 170.

Garo, 9, 171, 174, 176.

Garrew, 56.

Casimir Jagellon, 15, 17,

Gastlereagh, 116, 120, 123,

Catherine II, 50, 53-5, 58-9.

Cellarius, 183.

Ceynowa, 139, 151, 198.

Charles II, 56, 186.

Charles-Quint, 19.

Charles XII, 31.

Charles-Gustave, 26-9, 182 Chlapowski, 192.

Chodowiecki, 41, 183.

Chwalkowski, 182.

TABLE DES NOMS PROPRES

Chytraeus, 172.

Clément V, 8, 171.

Constantin Pavlowicz gd.

Correy, 186.

Croy-Arschot, év. pr., 28.

Curicke Jerzy Reinhold,

Curicke, Reinhold, 169, 172,

Czacki, 180, 184, 188.

Czartoryskj Adam, 120-4,

Czartoryski, famille, 1 96

Dabrowski, 74, 86, 90, 92»

Damus, 52, 186, 188, 189.

Dantyszek, v. Hœffen.

Derby, v. Henri IV.

Derdowski, 152.

Dlugosz, 8, 170-1, 180.

Dogiel, 173, 175-7.

Donna, 108, 114-5, 193, 195.

Dôring, 195. Downarowicz, 94.

Duisburg, 192.

Dumont, 182.

Dziewanowski, 90, 191.

Eléonore, reine, 40.

Elisabeth d'Angleterre, 56.

Elisabeth Petrowna, 32,

Eugène III, 6, 170.

Fabricius, 29.

Fahrenheit, 41.

Figner, 194.

Fiszer, 72-3, 74, 188.

Flottwell, 127.

François 1er, 19,

Freislich, 185.

Frédéric I<*, 47.

Frédéric II, 42, 44-67, 69, 70, 74, 106, 117-9, 155, 186-8.

Frédéric-Auguste, 192.

Frédéric-Guillaume, électeur, 47.

Frédéric-Guillaume Ier, 47.

Frédéric-Guillaume II, 66, 67, 69-70, 75-6, 78-9, 82:

Frédéric-Guillaume IIÏ, 87 92, 101, 107-8, 114, 115 | 7, 138, 192, 196.

Frédéric-Guillaume IV, 138

Frédéric-Guillaume, kron prinz, 154.

Gardanne, 191.

Gardiner, 145.

Garnier, 77-79.

Georges III, 120, 195.

Geret, 187.

Gibson Alex., 186.

Gibson, arch., 186.

Gielgud, 92, 94-6, 99, 191 Gneisenau, 195.

Golicyn, 59.

Gordon, 186.

Grabowski, 102.

Gralath, 63, 64, 169, 181 Gross Anna, 13, 174.

Gross Bartholomée, 13.

Guibert, 155.

Guillaume Ier,i41, 154, 19:

Guillaume II, 10, 154, 17] Gunning, 57.

Kg

TABLE DES NOMS PROPRES

Gustave- Adolphe, 25, 181.

Gwagnin, 180.

Hailes, 70, 72, 188.

Hake, 115.

Hardenberg, 122-4, 196.

Hauke, 191, 194.

Hecht, 13.

Helbig, 102.

Henning, 189.

Henri de Valois, 40.

Henri IV, 18,176.

Hertzberg, 62, 67, 69.

Hevelius, 40, 183.

Heydeken, 196.

Hirsch Th., 7, 19, 169.

Hœfïen-Dantyszek, 23, 40,

Hohenzollern, 47, 65.

Hosius, card., 177.

Jacques Ier, 56.

Jakubowski, 185.

Jantzen, 187.

Jaucourt, 196.

Jean-Albert, 40.

Jean-Casimir, 26-8, 29, 40,

1 36 1 82 Jean HI Sobieski, 30-31,

40, 102, 182. - Jeffries, 186.

Junck, 51-52.

Kahlen, 72, 102, 118.

Kalckreuth, 91, 95, 192.

Kamenskoï, 91, 192.

Karnkowski, 175, 178.

Keidel, 118-25, 195.

Klein, 185.

fKlonowiez, 23, 178.

Kochanowski, 179.

Kôhler, 9, 171.

Kolaczkowski, 196.

Koryciriski, 29, 182. Koéciuszko, 73, 190.

Kosinski, 90, 192.

Koutouzof, 106, 107, 121.

Kromer, 176.

Krotzkow, 95.

Krukowiecki, 95.

Kruszyhski, 184.

Labes, 193.

Laboureur, 182.

Ladislag 1er ie Bref, 6, 170.

Ladislas II Jagello, 12, 39,

173 180 Ladislas IV, 40, 182.

Laharpe, 119, 195.

Langeron, 194.

Lannes, 91.

Lefebvre, 90-93, 98, 191.

Lengnich, 32, 38-41, 169,

Léopold II, 75.

Lerchenfeld, 203.

Letzkow, 13, 82, 174, 184.

Lettow-Vorbeck, 92.

Lewis, 108, 112.

Lindenowsky, 77.

Liverpool, 123.

Lôschin, 41-2, 169, 172,

Louis XIV, 54.

Louis XV, 35.

Louise, reine de Prusse, 87.

Lubecki, 130.

Lucchesini, 69.

Lojko, 181.

Maciejowski, 197.

Makarewicz, 130, 196.

Maltzan, 57, 186.

TABLE DES NOMS PROPRES

Malachowski, 100, 192.

Marie de Gonzague, 181.

Marie-Thérèse, 185.

Massenbach, 114-115.

Massias, 101.

Metternich, 120.

Meyer, 30.

Michel Wisniowiecki, 40.

Mickiewicz, 136, 194, 197.

Mizler Koloff, 180-185.

Mortier, 91.

Mraga-Mrongovius, 135-6,

Mûnnich, 35, 37,*58,74,138.

Napoléon I« 90-92, 95, 97- 109, 112-12, 116, 117-18, 126, 129, 191-4.

Nicolas 1er, 137-8.

Niedermayer, 73.

Niemcewicz, 182.

Œttingen, 200, 203.

Oginski, 188.

Opalmski, 179.

Orlow, 59.

Ostrowski Lad., 112, 195.

Ostrowski Thom., 195.

Paleske, 122.

Parandier, 190.

Parys, 96-7, 191, 192.

Paskewycz, 137, 197.

Paulucci, 107.

Pierre le Grand, 31, 44, 59, 116, 121, 182.

Pitt aîné Chatham, 57.

Pitt le Jeune, 70, 117, 188.

Platow, 108-111.

Plauen Henri, gd. maître,l 3.

Plauen Reuss Henri, commandeur, 13, 82, 174.

Plélo, 35.

Pline, 169.

Plotho, 192.

Pomponius Mêla, 169.

Polenz, 191.

Poniatowski Joseph, 73,

Pons, 190.

Pozzo di Borgo, 120, 196.

Pradzynski, 137, 197.

Przybylski, 94.

Ptolomée, 169.

Rachmanov, 115.

Radziwill, 90, 110, 112-4. Rapp, 100-102, 111-5, 1221

Raumer, 81-2, 189.

Reichardt, 64-5.

Richemont, 194.

Richter, député, 68.

Richter, diacre, 86.

Rickert, 147-8, 198.

Robinson, 56, 186.

Romberg, 162, 200.

Roumiantzef, 106, 116, 197.

Rudawski, 182.

Russell, 197.

Rydygier, 107.

Saint- Aubin, 192.

Saldern, 59.

Sapieha, 96-7, Sarnicki, 180.

Sawicki-Stella, 141, 198, Schiller, 73.

Schleinitz, 190.

Schôn, 127-8, 132, 195-6.

Schopenhauer Arthur, 63

Schopenhauer Jeanne, 63

TABLE DES NOMS PROPRES

Schopenhauer, famille, 85.

Schultze, 114.

Schuppelius, 73.

Schutzius, 15, 174, 176.

Ségur, 185.

Siegfried v. Feuchtwan-

gen, 10.

Sierakowski, 122-3.

Sigismond 1er, 20, 23, 40, 74,

Sigismond III, 25, 40, 181.

Sigismond- Auguste, 21, 25,

Sœrmans, 195.

Sokolnicki, 90, 192.

Sokolowski, 189.

Soif, 162, 20a.

Solikowski, 179.

SoLy, 122.

Solms, 54, 59.

Soult, 101.

Stadion, 120.

Stanislas Leszezynski (Leczinski), 31-6, 44, 73-4, 95, 136-7, 182-3.

Stanislas- Auguste Ponia-

towski, 46, 48-51, 64,

Staszic, 71, 188.

Stéphane Batory, 22, 25, 30, 40.

Steinbock, 182.

Stein, 197.

Steinmeister, 200.

Stuart, 120.

Suffolk, 57, 59, 187.

Sulkowski, 94.

Szylder, 106.

Szyszkow, 135, 179.

Tacite, 38, 619.

Tchernychef Alexandre,

Tchernychef Zachar, 45.

Tchingiskhan, 9, 172.

Tçgoborski, 130, 196.

Tichon, 45.

Titius, 43, 185.

Trendelenburg, 1 95 .

Tort, 194.

Trefurt, 102.

Vegesack, 102.

Voltaire, 53.

Warner, 170.

Weickhmann, 123, 195-6.

Weisse 41

Wernsdorff', 43, 184, 195.

Weyssenhofî, 192.

White, 145-6, 197.

Willebrandt, 59.

Williams, 58, 187.

Wirtemberg de, prince

Alexandre, 108, 114-115,

Wittgenstein, 107, 108.

Wolski, 191.

Wolkonski, 115.

Woroncow, 45, 185.

Woroncow, famille, 185.

Woyczynski, 102.

Wulfstan, 169.

Zajaczek, 191.

Zaluski, 182.

Zamoyski, 155.

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