LE CŒUR
Les monts, portant de flottants genêts en ceinture, Les cascades, du flanc des gouffres s'élançant ! Et les hameaux fleuris balançaient leurs toitures, La mer^ sa vague verte, au choc du Cœur puissant !
Chantait un Cygne agonisant au bleu des sources ! Les vagues s'appesantissaient de visions, Sous des lys fulvescents ployait le Char de l'Ourse : Les cimes bondissaient sous les pulsations !
D'anges, sur les sommets, éclataient les épaules Berçant des lys ! Levant sur sa tête un flambeau, Me tendant son sourire et debout sous l-e Saule, Celle qui doit venir m'éclairait des tombeaux !
Puis la Nuit s'endormit ! Des cieux blanchis aux dunes- La voix des mers et des trompettes sommeilla... — Comme un immense diamant, le clair de^lune Sur le silencieux horizon scintilla !
L'Amour des Statues
à Mecîslas Golherg-^
L'Amour des Statues
EAUX marbres d'où jaillit, nue et splendide toute, Une Vierge assemblant des roses et des miels, Noyant l'ombre aux lueurs de sa chair, sous vos voûtes, Clairs feuillages coupant l'azur sombre du ciel !
Vous qui vous élancez comme les lys eux-mêmes Ou le neigeux essaim d'un bondissant jasmin, O marbres cadencés comme les vieux poèmes Blancs de paix, comme soient les peuples de demain !
Un pied sur l'horizon, vous qui montez, ô marbres, Vers votre cime et le vertige atteint jamais, Et puis vous affaissez en nobles plis ; tel, l'arbre Roule sa cime verte en nuages épais.
Marbres fiîls de la chair des plus blanches étoiles, De fleurs, d'odorants fruits et de laits savoureux : Vierges des mers dont le seul souffle enfle les voiles Des vaisseaux, et dont l'horizon est amoureux !
O marbres qui dansez en Chœurs de Nymphes fraîches- Dont les corps blancs aux nappes d'eau sont fiancés, Marbres qui rougeoyez du feu des jeunes pêches, Marbres Vierges ! vos flancs sont, de grappes, pressés !
Pomone dont l'épi nubile émeut la corne, Aglaé, vous ! et vous surtout les doctes Sœurs ! Flore ! en vain pour nous dérober ton sein qu'elle orne, Une rose s'épanouit avec douceur !
Toi, narguant les étés et leurs flammes maudites, Diane deux fois chaste, il t'a trahi, l'enfer ! — — Vous, j'ai cueilli les nœuds d'azur que vous perdîtes^ O Vénus qui m'avez enfanté d'un éclair !