VIERGE AU CŒUR GRAVE
Car, pour solenniser nos amours en chants dignes, Soudain mon verbe a Jui comme la Vérité : Son front d'épouss porterait le noble signe, Elle serait sublime avec simplicité !
Nourri par l'ombre des palmiers et sauf d'outrages, Sous l'ombre des palmiers mon front s'est azuré 1 Les déserts ont mûri la fleur de mon courage, Sur la face des lacs antiques j'ai pleuré !
Or, j'ai cueilli l'œillet des monts, l'œillet céleste t Pour celle dont l'Azur me doit favoriser : J'attends, debout dans l'indulgence de mon geste * — Leurs fautes s'évanouiront dans son baiser !
Invocation
à André Ibels»
Invocation
I la pudeur des cieux qui se baignent aux vasques, Si les bouquets d'ormeaux nageant dans les clartés,
Si le Couchant d'été, sous l'or rouge d'un casque
Succombant sur les horizons épouvantés,
Ont rempli jusqu'aux bords, de molles rêveries, Ton cœur, comme on enivre une coupe en versant Dans ses flancs d'or le sang des grappes qu'ont nourries, O Lac ! des cieux, déjà, de ta mémoire absents !
Si, des cavernes d'or de l'aube, une colombe S'envola : si tu vis fondre en eaux le rocher : Si, craignant de troubler, quand le ciel d'astres tombe, Le sommeil des sillons, tu cessas de marcher,
Si tu livras ton âme aux Ombrages fidèles, Aux rampes des vallons, si tu vins t'accouder, Si la source a tremblé de te sentir près d'elle, Si le pré. de tes pleurs, fut parfois inondé,
Si tu suivis le Ciel en ses métamorphoses, Chrysalide d'azur de qui Dieu doit jaillir : Si ton front d'ange obtint le suffrage des roses. Si tu sentis le monde, en tes flancs, tressaillir,
Par le lit des torrents, la bruyère déserte. Qui que tu sois, Beauté que j'im.plore, descends Au souffle de ton sein frémit la forêt verte : Je ferai vers ton front fumer tous mes encens !
Mon âme errante aspire à s'asseoir sous ton ombre. L'aube immortelle m'a baigné de ta vertu, Tes yeux futurs m'ont mis au cœur leur flamme sombre — Vers tes charmes, le cœur des sources a battu !
La Forêt
à Louis Le Cardonnel.
La Forêt
AR un soir d'anges, j'ai marché dans les torrents!
Mon luth d'or triste épouvantait les esclavages : Des grands torrents, vers moi, jaillit un Lys sauvage Et j'ai cueilli le calme lys des conquérants !
Sur les hauts lacs, comme des Nymphes souveraines, Des nénuphars de qui le torse reluisait M'ont désigné la Vierge d'eau qui serait reine !... Le vent chaste, en leur bouche ouverte, reposait.
Et puis j'ai rencontré la Forêt vagabonde
Qui, pour ressusciter le vieux dieu que je fus,
M'a tendu ses deux seins qui s'enflaient comme une onde
Et m'a mordu le cou, dans un rire confus !
Cimes sur cimes a croulé la Forêt ample ;
Sous ses flancs nus et frissonnants, j'ai succombé.
Sa robe verte m'a vêtu comme d'un temple :
— J'ai vu le ciel des fleurs, à son front haut, flamber î
Mes bras sont ruisselants du sang rouge des baies, Mes pieds nus ont foulé les fraises et les fleurs,- Je sais le chant sacré des antiques douleurs Et la sève du monde a coulé par mes plaies !
Le Cœur
à Adolphe Retié.
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Le Cœur
OMME je m'en allais, égaré par la lune [Vers les osiers ! au bleu bassin vaporisé, A l'heure où pour pleurer quelque antique infortune Sur les osiers le vent des nuits vient se poser !
Versant une ombre claire, au loin, les Bois énormes Semblaient se couronner de leur rayonnement, Et la lime glissant sur la cime des formes Imprimait aux clartés un divin mouvement !
C'était une heure élyséenne et si fugace Que mon cœur se mourait, la sentant défaillir, Et des lampes de cathédrale, dans l'espace, Invitaient les forêts à s'aller recueillir.
Sur les gazons, un blanc torrent de marguerites En copiant le cours d'un flot d'astres coulait : Fuyant vers l'horizon, la déesse proscrite Jadis laissa tomber ces deux fleuves de lait !
Aux plis des monts, tonnait une cascade obscure ! On entendait gronder la mer à l'occident : Et, laissant sur les monts traîner sa chevelure D'astres qui flamboyaient, la Nuit s'assit, dardant
L'enchantement de ses magnifiques prunelles Dont la nappe de neige effaçait vaguement, Sur l'horizon des monts, leurs neiges éternelles ! — — Et sa main, de son cœur, contint les battements !
Mais le cœur de la Nuit palpitait ! Sur les roches. Aux feux des roches, de clairs pâtres, embouchant Un bucolique airain, vers les étoiles proches, Couvraient le bruit des vagues sombres, de leur chant ?