UNE EAU SAUVAGE
Des grands rocs foudroyés ! Quand la Joie est partie, Celui qui reste et pleure aux flots du lac, c'est moi ! "
Donne ton cou pétri d'œillets, ma pâle amante,
Et les ganses nouant en blanc tes cheveux frais :
Du rivage foulant l'épouvante dormante
Pour mon front, prends des fleurs au front bleu des forêts \
Que ta robe coupée au bleu des cieux ; étoffe Des amples lys et des roses d'aubes d'été, Contre l'Astre glacé, de ses plis, me réchauffe : Et que je boive à la tarir ta nudité !
La lune brûle dans les feuilles des mélèzes : Au souffle de l'étoile abandonnons nos mâts. Descends du pli des monts, ivre du sang des fraises. Voguons chercher la vague même où tu m'aimas !
Les troupeaux, sur les monts, broutent la nuit des herbes, La hache luit aux feux d'astres pour égorger Les noirs sapins noyés de sève ; et sur tes gerbes Voltige, ô blanc jasmin, l'étoile du berger !
Sur l'ardente résine, aux flancs des pots de terre, L'eau des sources bouillonne et frémit. La fumée Des cabanes effraie un cerf ! Sur la bruyère, La vierge offre au pasteur son frais repas, charmée !
L'oiseau vole vers l'astre : et la grotte plaintive Gronde, La fleur se tresse aux gemmes sur nos mâts l Ma bien-aimée, abandonnons la sombre rive, Voguons chercher la vague même où tu m'aimas !
Sur la face du lac pudique et de l'étoile Morte d'amour, monte un eff^roi délicieux, Et la face du lac, de ses jasmins se voile ! — — Elle chanta :
« Le vin d'amour coule à mes yeux.
— Epuise aussi ma lèvre où ruisselle la sève De toute fleur, et dors sur mon nocturne sein Voici l'éternité des astres qui se lève, O roi sauvage, égale aux astres tes desseins.
Nous ressusciterons dans le charme de l'heure
Que tu m'as ménagée au bercement des nuits.
Tu passes sur ta barque et ta lueur demeure
Au front des peuples ! Te penchant au bleu des puits