UNE EAU SAUVAGE
Poète, en tes seaux d'or, tu puises la sagesse ! » Je répondis ; — « Les hameaux verts sont assoupis, De la treille jaillit la grappe avec largesse, Aux gorges, la lavande effeuille ses épis ! »
Pensive, elle chanta : « Du vieux feu de la terre
Je t'aime ! Oh ! par les fleurs des jasmins ! baise aussi
Mes seins frais, jusqu'à la jeune heure solitaire
Où le disque d'or neuf du soleil s'épaissit ! »
La Maison des Rossignols
à Saint- Pol Roux.
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L^ Maison des Rossignols
jEparc d'or vert et d'ombre est clos par neuf enceintes IDe murs crépis, se déployant silencieux ; Par leurs fentes, on voit frissonner l'hyacinthe : Des cimes d'arbres se balancent dans les cieux î
Sur les gazons, on voit miroiter des nigelles,
Et le murmure des oiseaux est éternel :
Tonne l'eau des bassins au marbre des margelles !
— Mais quand s'approfondit un Couchant solennel,
Quand le soleil des soirs s'assied sur les terrasses, Sur les tuiles, en rouges gouttes de clarté Court le sang du soleil comme le sang des races Qui, dans l'enchantement du parc, ont habité ;
Là, débordant les cimes d'arbre, un Palais tremble Qui, se haussant, surpasse aussi les horizons : Aux cieux dormants, on voit blanchir bouleaux et trembles, Et les nigelles miroiter sur les gazons.
Quand, sur le parc maudit, s'abaisse un ciel d'orage, De son nid rose et vert, quand s'envole un éclair, Sonne un feuillage, sous l'averse qui l'outrage. — Quand, d'échos foudroyés, les antres sont couverts,
Joyeux, le parc attend qu'une aurore calmée S'épanouisse à l'orient des horizons :
Mais les fenêtres sont, depuis des ans, fermées ! La nigelle fleurit et miroite aux gazons.
C'est la Maison des Rossignols ! Seule, l'habite L'enchanteresse au front d'azur, qu'on ne voit pas.