ACTE II, SCÈNE II
Que tu coûtes de pleurs à ces tristes mortels !
Que de sang innocent a baigné tes autels !
Que de fois l'on a vu la sombre tyrannie
Exercer sous ton nom sa fureur impunie ,
La licence effrénée à la place des lois ,
Les tyrans couronnés sur la cendre des rois ;
Et le peuple trompé, dans un dur esclavage,
Malheui-eux , mais coupable, abhorrer son ouvrage !
Oui, Persans ! c'est le sort qui vous est prépare ,
Rigoureux châtiment de tout peuple égaré :
Défendez de vos rois le pouvoir légitime ;
Le devoir vous l'ordonne, y mautjuer est un crime.
BESSUS.
Darius , nul de nous ne songe à te trahir ; Nous voulons te défendre et saurons te servir. Accablé des bienfaits de ta main libérale. Peu s'en faut, ma fortune à la tienne est égale. Loin de moi le projet d'aggraver ton malheur, De trouver dans ta chute un moyen de grandeur ! Les nœuds de l'amitié, les liens du sang même , Tes vertus, tout m'attache à ton pouvoir suprême. Bientôt tu connaîtras la valeur de Bessus : Oublions le Granique et les gorges d'Issus 5 Je saurai te venger de ces pertes cruelles , J'attendrai l'ennemi dans les plaines d'Arbelles. Jouis donc, Darius, du succès qui t'attend! La vaillance des Grecs doit le rendre éclatant ; Mais j'ai honte pour nous qu'un si faible adversaire Ait porté jusqu'ici sa valeur téméraire.
Je voudrais des dangers plus dignes de mon cteur, AccaLlé par le nomLre , inspirer la terreur ; OLtenir un triomphe à tout autre impossible , Et c'est là qu'il est beau de pai'aitre invincible.
Ces discours, cher Bessus ! sont dignes de ton sang ; Ils rehaussent encor la splendeur de ton rang : Tu gouvernes sous moi la moitié de l'empire; Mais mon peuple gémit et mou coeur en soupire. Puissions-nous réunis mettre fin à ses maux. Et vivre pour sa gloire ou périr en héros ! J'ai voulu de nos Dieux apaiser la justice, Et leur fais préparer un pompeux sacrifice. Le Pontife s'avance : à ses yeux consternés Je prévois les malheurs qui nous sont destinés.