ACTE II, SCÈNE V
Je sais qiie dès long-tems partageant ma souffrance, Vous voulez notre gloire et notre indépendance : Peut-on les séparer ? comme vous je gémis , Et nos maîtres enfin sont nos vrais ennemis. Nos travaux, nos trésors affermissent leur gloire, Nos triomphes pour eux sont perdus pour l'histoire ; Et nous n'avons ici que le triste pouvoir, En versant notre sang de remplir un devoir. Mais c'est peu ; la fortune abandonne leur trône : • Nous voyons sur leur front chanceler la couronne ; L'invincible Alexandre a juré leur malheur , Et peut-être ce jour finira leur grandeur. Non , je ne suis point né pour ramper sous un maître : L'esclavage est honteux plus que le nom de traître. L'esclavage ! à ce mot mon esprit révolté S'indigne de sa chaîne et veut la liberté. Eh ! qui de nous n'aspire à ce bienfait suprême ? Qui peut le refuser, quand il s'offre lui-même ? L'on admire un héros qui meurt pour son pays ; Mais qui sert des tyrans mérite nos mépris.