SCENE PREMIERE
LE GRAjND-PRÈTPiE, ADULPHAR.
ADULPHAR.
Oui, seigneur, ce héros passe sa renommée; Déjà du haut des murs on peut voir son armée. Chaque jour, chaque instant ajoute à sa grandeur. Et l'univers surpris reconnaît son vainqueur. Admiré sur le trône , indomptable à la guerre , Alexandre était né pour gouverner la terre. Eh ! qui pourrait , seigneur, arrêter ses exploits ? Cent peuples abattus ont reconnu ses lois : Nos revers , nos malheurs attestent sa puissance , Et ce torrent s'accroît par notre résistance. Les regards d'Alexandre enfantent des héros : Ses soldats chaque jour égalent ses travaux ; Enfin sa politique éloignant les obstacles , En tous lieux à prix d'or inspire les oracles. A ses vœux, croj'ez-moi , cessez de résister; Sans nous plaindre du sort , sachons en profiter.
LE GRAND-PRÊTRE
* Croîs-tu donc en effet Alexandre invincible?
ADULPHAU.
Tout l'annonce , seigneur ; et ce guei'rier terrible , Quand il pai-le de vaincre, est certain du succès. De ces murs, je le vois , tout lui livre l'accès. Ses exploits, ses travaux, ses vertus, son courage Du malheur de l'état sont l'assm-é présage. Acceptons ses présens, rendons-nous à ses voeux. Et puisqu'il va régner, qu'il soit le fils des Dieux.
LE GRAND-PRÊTRE
Pourrait-il triouiplier d'une ai-mée innomJjrable?
ADULPHAR.
Ail ! seigneur ; à ses yeux elle est peu redoutable.
3^}i ces monstres-géants , à l'Europe inconnus ,
Ni ces peuples guerriers , l'espoir de Dai-ius ,
IN'i la honte des fei's, ni le nom de patrie
Au vainqueur des Persans n'ont pu fermer l'Asie ;
Et nous avQiis appris de ce prince soldat.
Que le nombre n'est rien , quand la valeur coudjat.
MW * Le ro!c du Grand-Prctre et celui de Darius sont e'crits en vers ca~
àencés . et composts de quatre membres de trois syllabes cbacun : par exemple :
Crois-tu donc — en effet — Alexandre — invincible i" C*est ainsi ijue j'ai partagé les vers de huit syllabes en deux parties égales ; innovation que TAcade'mie Française a paru goûter. Cette subdivision ajoute incontestablement à la pompe du style et le rend plus liarmonieun.