‹ Darius; tragédie en 5 actes et en versChapitre 3 sur 69 · ACTE 1, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE I

LE GRAND-PRÈTRE.

Adulphav ! pavions Las. Dès longtcms , dans ce temple, Tu reçus mes leçons et suivis mon exemple. Des vertus en tous lieux affectant la candeur , Nous montrons aux humains une feinte grandeiu'. Intrigans à la cour, respectés du vulgaire , INous prêtons notre voix aux erreurs de la teiTC. Les rois même , en tremblant prosternés aux autels, Ne sont plus à nos yeux que de faibles mortels , Et souvent , des destins interjirètes suprêmes , Nous faisons de leur front tomber leurs diadèmes. Ce n'est point le devoir qui partage mes vœux ; L'intérêt et l'orgueil sont nos lois et nos Dieux. D'un vainqueur insolent je redoute la chaîne 5 Il est craint, il est gi-aud , il mérite ma haine. Des honneurs qu'on lui rend mon esprit est jaloux. Toute gloire étrangère excite mon courroux. Gardons-nous d'assurer le pouvoir de nos maîtres ; Qu'on aime le monarque et qu'on craigne les prêtres. Oui, je veux que ma bouche intimide les rois. Que tremblans à m.es pieds et soumis à m.a voix. Ils déposent ici leur^audace profane.

Des décrets éternels le ministre et l'organe. Sur les maux des humains j'établis ma grandeiu". Là , daignant à leurs yeux abaisser ma hauteur. Adoré par le peuple, aux princes redoutable, Je commande aux mortels sur un trône immuable.

ADULPHAR.

Mais , seigneur , songez-vous qu'Alexandre irrité , Punirait à son tour cette témérités

Des plus rares vertus il donne les exemples , Il honore les Dîeux , il respecte leurs temples ; Mais ces dons fastueux, ces superbes prosens Ont toujours rencontré des prêtres coniplaisans. Partout ils ont prédit ses triomphes , sa gloire. Et souvent à leur voix il a dîi la victoire. Qui ne sait eu eflet par quelle heureuse eiTeur, Des plus faibles soldats on enflamme le cœur. Quel est sur les humains le pouvoir des oracles , Et comment sans le ciel on produit des miracles? Au milieu des combats ces guerriers transportés S'abandonnent au Dieu qui marche à leui's côtés ; Assui'és du succès dans ces momens suprêmes. Eu bravant les périls ils sont des Dieux eux-mêmes. Croyez-moi , d'Alexandre évitons le courroux. Eh ! pourquoi de son sort vous montrer si jaloux? Ce fils de Jupiter, armé de son tonnerre , Au bruit de ses exploits épouvante la terre ; Mais peut-êtr'C bientôt abrégeant ses destins. Le ciel retranchera ce fléau des humains.

LE GRAND-PRÉTRE

* A ce prix je me rends et te vais satisfaire.

Mais ici quel mortel porte un pied téméraire?

Darius 1 Juste ciel , qu'il paraît ahattu !

Ainsi donc le malheur nous ravit la vertu.

Laisse-moi , va répoudre au héraut d'.ilexandre ,

Qu'à ses vœux aujourd'hui je veux Lien condescendre;

Que le ciel à ma voix révéjant ses secrets.

Sur le sort des Persans portera ses décrets.

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