SCÈNE VI
BESSUS, BARZANES.
O superbe langage !
Tu changes le monarque et non point l'esclavage ; Et j'ai honte pour eux, quand je vois les mortels Immoler leurs tyrans à d'autres plus cruels , Et répandre leur sang . . .
BARZANÈS.
Quoi , Bessus ! des scrupules !
Est-ce à toi d'affecter ces craintes ridicules ? Laissons aux vils humains leur bandeau sur les yeux : Le devoir , la vertu , la liberté , les Dieux , Ce sont là les grands mots qui gouvernent la terre , Qui renversent les lois et commandent la guerre. L'intérêt, la terreur, l'ambition, l'amour, Ce sont là nos vrais Dieux et surtout ceux du jour.
BESSUS.
J'ai suivi dès long-tems ces utiles maximes ; Le succès les couronne et les rend légitimes ; L'amour, l'ambition se partagent mon cœur. Tu m'as promis ce jour de servir mon ardeur ;
Aussitôt le roi mort, qu'on enlève la reine : Digne enfin de ses vœux, ou l'objet de sa haine, Mon amom-, Barzanès, a besoin de ce prix. Et je serai du moins vengé de ses mépris !
BARZANÈS.
Ne lardons plus, Bessus! nos Bactriens fidèles Nous attendent déjà dans la plaine d'Arbelles. Si l'on voit sur leur front une feinte terreur , Ils pourront bien un jour abaisser leur vainqueur.