SCÈNE PREMIÈRE
ROXANE, ZÉNAIS.
ROXANE
iboUTlENS-MOl , Zénaïs ! le tourment qiii m'accable î\e me laisse d'appui que ta main secouraLle : Ma douleur a passé dans ces membres tremblans Et je sens s'affaiblir mes genoux chancelans. Hélas !
ZÉNAÏS.
Belle Roxane ! éloignez cette image
Fatale.
ROXANE
Que ne suis-je au milieu du carnage, A côté de mon père , et sur ce cliar pompeux Où s'expose pour nous ce prince généreux !
ZÉNAÏS.
Ah ! plutôt rendez grâce à la bonté céleste Qui refuse à vos yeux ce spectacle funeste.
ROXANE
Quelle erreur , Zénaïs ! mal^-é tes tendres soins , Exposée aux dangers je souffrirais bien moins : Le carnage, le sang, le ti-épas, la vengeance, L'ardeur des combattans , les cris de la souffrance , Les soldats mutilés sous les pieds des coursiers , Et la mort moissonnant des milliers de guerriers, La vertu saus pouvoir, la valeur accablée , Mon père confondu dans l'horrible mêlée , En butte plus qu'un autre à des traits ennemis ; INos iîdèles sujets , nos parens , nos amis Immolés vainement sans pouvoir le défendre , L'effroi, le désespoir et la flamme et la cendre. D'un pays dévasté les restes malheureux , Tel est l'affreux tableau qui s'attache à mes yeux ; Et quel que soit enfin l'excès de ma misère ; Quel enfant peut souffrir lorsqu'il est près d'un père ? Là du moins je verrais . . .
ZÉNAÏS.
Vous vei'riez ... ?
ROXANE
La rougeur, Succède , tu le vois , à ma triste pâleur ; Laisse-mol mes tourmens , laisse-moi l'innocence.
ZÉNAÏS.
Hélas ! j'ai donc envain pris soin de votre enfance , Envain j'ai consacré mes jours à vous servir. Cruelle! vous pensez que je puis \ous traliir! Ah ! malheureuse !