‹ Darius; tragédie en 5 actes et en versChapitre 28 sur 69 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

PHRADATE.

L'éternelle lumière , Le soleil notre Dieu commençait sa carrière , On voyait au lointain flotter des étendards , Et le fer ennemi brillait de toutes parts ; O spectacle imposant ! même par son silence ; On s'observe, on s'approche, et dans la plaine immense Trois cent mille persans veulent vaincre ou mourir : Alexandre frémit , il voit qu'il faut périr; Et rangeant toutefois son armée abattue , Auprès de ce colosse elle semble perdue : Darius sur son char , méprisant son rival , Du combat à l'instant fait donner le signal : Cent chars armés de faidx , instrumens de carnage , Dans les rangs ennemis font un affreux ravage , L'invincible phalange a connu la terreur , Son sang de nos guerriers appaise la fiireur. Dans le camp ennemi le généreux Mazée Remporte en même tems une victoire aisée , Par lui nos prisonniers ont brisé leurs liens , Ils ont saisi le fer et se joignent aux siens : Qui diva leurs exploits, leur fureur, leur vengeance, Des Macédoniens la longue résistance ; Ti'op juste sacrifice aux mânes de Xercès, Leur sang qui coule encore atteste nos succès ; Enfin dans peu d'instans , Reine ! n'en doutez pas , Ce reste d'ennemis dévoués au trépas , Effrayés, poursuivis par des guerriers sans noraljres. Ira de ses douleurs épouvanter les ombres.

C'est le roi qiii m'envoie, et ses bras triompbans

Veut bientôt embrasser la reine et ses enfans.

Jour heureux , (bas^ et cruel !

STATIRA

Grands Dieux ! Puisje le croire?

Le ciel veut-il enfin réparer notre gloire ?

PHRADATE.

J'ai dit ce que j'ai ^ti , dissipez votre effroi , Madame ! Dès ce jour vous pourrez voir le roi.

STATIRA

Hélas 1 depuis long-tems la fortune implacable Semblait éterniser la douleur qui m'accaljlc. Mou cœur goûte en tremblant l'espoir qui m'est donné. Et le malheur lui seul ne l'eût pas étonné. Phradate , repartez ; rendez gi'âce au monai-que Qui veut de son amour me donner cette marque ; Et vous , Roxane , allez et consolez mon fils , Portez-lui de ma part cet agréable avis ; Qu'il soit tranquille au moins quand moi-même je doute; Je voudrais lui cacher les larmes qu'il me coûte !

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