SCÈNE II
ROXANE, ZÉNAIS.
ROXANE
Du soleil à regret je revois la lumière
Et j'accuse les Dieux qui rouvrent ma paupière :
Que dis-je, bêlas ! tu sais dans l'horreur de mes maux,
Que le ciel à mes vieux refuse le repos.
Des tourmens éternels c'est peut-être l'aui'ore ,
Aux souffrances du jour la nuit ajoute encore :
Un malheur mérité, sans remède et sans fin,
C'est le sort des enfers, c'est déjà mon destin.
Oui , lespolr qu'où me donue est un nouveau supplice ,
Il commande à mon cœur un affreux sacriflce.
Quoi ! je serai , cruels ! le gage de la paix I
Vous voulez que j'embrasse un monstre que je hais,
(Ou du moins je le dois) ; quoi, tout fumant encore
Du sang de nos sujets, il faut que je l'adore !
Et je pourrais chérir et presser dans mes bras
Un tigre qui n'est grand qu'à force d'attentats I
Je frémis , Zénaïs ! à cette affreuse image ;
Aides-moi, si tu peux, et soutiens mon courage.
ZÉNAÏS.
J'aime mieux vous voir triste , et partager vos pleurs Que de vous abuser par de fausses douceurs. Pharzès va revenir et vous pourrez l'entendi-e , Jusque là, s'il se peut, oubliez Alexandre, S'il accepte la paix airaez-le , et s'il...
ROXANE
Eh quoi ?
Penses-tu qu'à mon gré je dispose de moi? Que mon cœur soit de glace et mon ame insensible? Puis-je ne pas aimer un guerrier invincible. Qui porte jusqu'au ciel ses exploits glorieux , Qui va régir le monde et qu'on égale aux Dieux. Cette gloire peut-être est sou moindre avantage , Sa bonté , ses vertus égalent son courage , Et sans cette fureur qui ternit ses hauts faits. Ah ! Zénaïs ! combien j'aimerais cette paix !
ZÉNAÏS.
Espérez-là , Madînie ! et retenez vos larmes.