SCÈNE Vil
DARIUS, PATRONÈS.
PATRONÈS.
Il est tems que ma bouche Vous révèle, seigneur, un secret qui vous touche. J épiais avec soin le moment de vous voir. Je n'ai pu qu'à l'instant voir combler mon espoir. Apprenez un projet affreux, abominable : On menace vos jours, Bessus est le coupable. Oui, Bessus, cet ingi-at comblé de vos bienfaits. Médite impunément le plus noir des forfaits. Il promet aux soldats de vastes récompenses, La paix, la liberté, des richesses immenses; Il leur vante son sang, ses exploits, sa valeur, La Bactriane enfin dont il est gouverneur : Je ne sais dans l'espoir dont son ame se berce , S'il croit vaincre Alexandre et défendre la Perse ;
Ou si (le ce héros oubliant le grand cœur, Il veut, m vous frappant, mériter sa faveur; Mais je vois des Persans la fniLle résistance. Après tant de revers, craignez leur inconstance. Dans la Grèce engagés trente mille soldats , En s'exposant pour vous , sont morts dans les combats ; Mais quatre mille encore ont conservé la vie. Et la perdre pour vous est leur unique envie. Venez dans notre camp, seigneur ! ne tardez plus, A l'éclat des lambris préférez les vertus : Vous voyez vos dangers , vous voyez nos alarmes, ( Que votre sort déjà nous a coûté de larmes ! ) ^'attendez pas icj que de \ ils assassins Terminent sans lionneiu" vos illustres destins ; Venez loin des flatteurs, loin d'une cour impie. Et mourez en liéi-os s'il faut perdre la vie !
Patronès ! je rends grâce à tes soins généreux; Mais renonce à l'espoir qui t'amène en ces lieux. Si mon peuple lui-même est lassé de mon règne, J'ai déjà trop vécu. Tu voudrais qu'on me craigne. Je ne veux qu'être aimé.
PATRONÈS.
Distinguez mieux, seigneur!
Un peuple qu'on séduit, d'un vil usurpateur, ■ Qui, lier de vos bienfaits, bravant votre justice, Chaque instant sous vos pas creuse le précipice.