ACTE V, SCENE
BESSUS
Moi, scignuur!
Oui , cruel !
BESSUS.
Quelles preuves du moins.. ,
Quelles preuves, perfide! Ah ! j'ai trop de trmoins, La terreur dans tes yeux est la marque du crime , Et tu brûles déjà de saisir ta victime.
BESSUS.
Tu vois dans mes regards l'excès de ma douleur, Quels soupçons odieux ! qui ! moi ! conspirateur! Ali! si d'un tel forfait Bessus était capable. Jamais aucun mortel n'eût été plus coupable. Mais plus le crime est grand, inexcusable, affreux. Plus l'injuste soupçon doit m'être injurieux, ^'accuse point ici tout un peuple qui t'aime ,. Qui respecte ses rois à l'égal des dieux même ; C'est l'avide étranger, l'artisan de nos maux, Qui dans les défenseurs te montre des bourreaux. C'est lui qui de tout tems voulut notre ruine. Qui nourrit dans l'état une guerre intestine ; C'est lui seul qui conspire. Oui des Grecs tes sujets, J'ai prévu dès long-tems les funestes projets : Ils servent Alexandre, ils aiment leui- patrie, La Perse est à leurs yeux une terre ennemie ;
yj DARIUS,
Ce sont eux aujourd'hui qui nous peuvent trahir. Et pour nous accaLler on veut nous désunir : J'ai vu de Patronès la perfide espérance j Quels étaient ses desseins? ah ! j'en ai l'assurance. Il vonhiit t'arracher du sein de ton palais, T'entraîner dans son camp! ô comble des forfaits ! Ainsi donc Darius , roi de l'Asie entière. Finirait lâchement son illustre carrière ! Fugitif, sans secours, oubliant sou devoir.
D'avides étrangers seraient seuls son espoir.
Ah ! bientôt tu verrais que loin de te défendre ,
Ils livreraient ta vie au cruel Alexandre :
Leurs cœurs intéressés. . . .
Tu te trompes, Bessus !
Je connais les humains, mais je crois aux vertus: Si le crime souvent outrage la natiu-e , C'est un monstre odieux qu'elle même elle abjure. Il est vrai Patronès est venu près de moi , Et j'ai pu récouter sans douter de sa foi.
BESSUS.
Quoi , seigneur 1
Oui j'ai cru son langage sincère, Il m'offrait dans son camp un secours salutaire , Un azile assuré.
BESSUS.
Vous l'avez accepté ?