ACTE V, SCÈ^iE XI
Je quitte, sans regret, une importune vie. Et je ne plains ici que ma triste patrie. C'est la mort d'un tyran que mes yeux voudraient voir ; Mais ton heure s'approche , et c'est là mon espoir. Adieu. ( On l'entraîne ).
ALEXANDRE
De tes fureurs étale l'arrogance , A l'univers entier , je dois cette vengeance ; C'est la cause des rois , je ne puis la trahir. RO X A N E , « Alexandre.
Dans ce comble d'horreur , vous me voyez frémir , Vous-même avez causé mou extrême misère ; Mais je ne puis haïr le vengeur de mon père.
ALEXANDRE
Non , ce n'est point assez de punir les forfailsj. Je pi'étends réparer tous les maux que j'ai faits,
LE GRAND-PRÉTRE
Ecoutez de vos dieux l'interprète suprême : D'un malheur inoui n'accusons que nous-mêmes : Dès long-tems, je l'ai dit, nos autels négligés Et nos temples déserts devaient être vengés. Le courroux de nos dieux, toujours lent à descendre, A voulu nous punir par le bras d'Alexandre : Héritiers fastueux du trône de Cyrus, Nous avons oublié ses austères vertus : Le luxe , la molesse et les maux qu'elle entraîne Annonçaient de l'état la ruine prochaine. Profitons , croyez-moi , des leçons du malheur , Quelque soit notre sort , supportons ^a rigueur ,
go DARIUS,
Et songeons que du ciel l'indulgente colère Nous réserve peut-être un destin plus prospère.
UN Officier d'Alexandre.
Seigneur ! Bessus est mort. Un supplice cruel Vient de punir enfin ce monstre criminel. D'un monarque adoré l'assassin exécrable Est pour le peuple entier un spectacle agréatle j Et plongé dans son sang, j)ar d'affreux mouvemens, Il semble , après sa mort , eucor dans les tourmens.
LE GRA^JD-PRÊTRE
Apprenez tous ici par son juste supplice , Que le ciel quelquefois sait bâter sa justice. Au monarque outragé qu'il assure un vengeur, El punit tôt ou tard l'indigne usurpateiu'.