ACTE 1, SCÈNE 1 II. i
Le perfide longtems est fidèle à son roi; D'un juge redoutable il respecte la loi. Il le suit pas à pas jusqu'au bord de l'abîme, Et c'est là tpi'il l'attend pour comraetlre son crime.
PUARZÈS.
Quoi , seigneur ! est-ce à moi que s'adressent ces mots? Est-ce donc là le prix de trente ans de travaux? Vous osez m'accuser, et votre ame abattue Ke trouve point d'objet où reposer sa vue. Ah! parlez, disposez des jours d'un malheureux Qui préfère la mort à ce discours afFreux. Je voulais exister pour cette tête auguste ; Mais mon sang à vos pieds . . .
D A R I tJ S.
IVon, Pharzès ! je suis juste :
Ne crains point des soupçons éloignés de mon cœur ;
Je sais trop distinguer un ami d'un flatteur.
L'un fidèle à ses rois, l'appui du diadème.
Sert toujours son pays sans songer à lui-même.
Etranger à la cour , sans faste , sans éclat ,
Généreux citoyen ou modeste soldat ,
Il ne veut qu'un seul titre au-dessus des caprices.
Ses utiles travaux, ses nobles cicatrices.
Le flatteur en tout tems prévenant nos désirs.
Même au sein du malheur nous promet des plaisirs.
Sou esprit mercenaire et fécond en adresses.
Au défaut des vertus applaudit nos faiblesses j
i4 DARIUS,
Et tandis que sa voix prépare uos malheurs,
Il parvient par l'intrigue au faîte des grandeurs.
Entre tant de sujets qui nous vantent leur zèle,
Le monarque est heureux d"en trouver un fidèle ,
Qui résiste à ses vœux quand un autre eût flatté ,
Et lui montre sans fard l'austère vérité.
Mais les traîtres toujours environnent le trône;
Ou adore le prince et l'on hait sa persoime ,
Et, semhlaLle au pilote englouti par les mers.
On lui montre les cieux et le plonge aux enfers.
Si j'ai su jusqu'ici conserver ma puissance,
Il suffit d'un revers pour armer l'insolence ;
Et partout entouré des ingrats que j'ai faits ,
Sans pouvoir les punir je prévois leurs forfaits.
PHARZÈS.
I\on , seigneur ! abjurez ce funeste langage ; De l'amour des Persans je veux être le gage. Quel ingrat, ennemi des hommes et des Dieux, Osei-ait attenter sur vos jours glorieux? Non, jamais mon esprit ne prévit un tel crime j Le premier, s'il le faut, j'en serai la victime. Oui, je veux en tous lieux accompagner vos pas, Et l'iiarzès avant vous recevra le trépas. Mais la reine s'avance, et son ame troublée Laisse voir les ennuis dont elle est accablée.