‹ Darius; tragédie en 5 actes et en versChapitre 8 sur 69 · STATIRA, DARIUS · texte numérisé non relu

STATIRA, DARIUS

STATIRA

Je puis donc te revoir, Darius ! c'est en vain. Pour essuyer mes pleui's, que j'attendais ta main. Jamais dans nos revers la colère céleste jN'offrit à mon esprit un destin si funeste : Les derniers des humains accablés de fardeaux, N'ont rien de comparable à l'excès de nos maux.

Oublions un malheur qui nous mène à la gloire. La fureur des soldats me promet la victoire. Ils s'indignent en6n des succès du vainqueur , Et peut-être ce jour nous reudra le bonheur.

STATIRA

Ah! c'est peu des dangers que ma crainte présage, Des tourmens plus affreux abattent mon -courage. Le ciel même me parle , et dans l'ombre des nuits Son barbare pouvoir redouble mes ennuis. Malheureuse ! où fuirai-je ? et pourquoi suis-je née. Si le ciel irrité tranche ta destinée, Si mon soil déplorable est écrit dans les cieux. Si la mort d'un époux est l'ouvrage des Dieux ? Du sommeil insensible à ma douleur plaintive, J'attendais dès longtems l'assistance tardive, Et voulant m'arracher aux horreurs de mou sort. J'invoquais le repos au défaut de la mort.

Tout à coup j'ai cru voir l'afFreux séjour des ombres.

Et dans des flots de sang des victimes sans nombres :

Mille monstres cruels prépai'aient leurs tourm.ens,

Et l'enfer frémissait de leurs gémissemens.

Mais bientôt je distingue une tombe fatale ,

D'où sortait eu mourant une voix sépulcrale.

« C'en est fait, me dit-elle, et tu vois mon cercueil;

» Notre règne est passé. La tristesse et le deuil,

» Ce sont là les grandeurs, c'est l'espoir qui nous reste ;

» L'existence pour nous n'est qu'un songe funeste »

A ces mots le tombeau se découvre à mes yeux. . .

Quel spectacle d'horreur ! le dirai-je, gi'ands Dieux?

Je te vois expirant , et ce front adorable

A déjà du trépas la pâleur redoutable.

Sans sceptre, sans couronne, un poignard dans le cœur,

Tes regards douloureux m'annonçaient ton mallieur.

Ton sang qui s'écoulait d'une affreuse blessure.

Ruisselait de ton sein par sa large ouverture ,

Et formant sous mes pieds un effroyable étang.

M'entraînait à grands pas dans un tlcuve de sang.

J'ai voulu m'échapper, mais un monstre sauvage,

De l'homme et des enfers exécrable assemblage ,

D'une main dans ton flanc enfonçait le couteau ,

De l'autre en mugissant m'attachait au tombeau;

Et me plongeant cent fois dans ce sang qtie j'adore ,

Quand le jour a paru m'y retenait encore.

Ah! grands Dieux!

Statira? je vous aime et vous plains.

J'ignore si le ciel va trancher mes destins ,

Page 1