‹ Darwinisme et Socialisme des Sciences PolitiquesChapitre 23 sur 60 · HŒCKEL, op. cit, p · texte numérisé non relu

HŒCKEL, op. cit, p

2. Cf. VACHER DE LAPOUGE, Sélection militaire, ch. vix1, notamment la dépopulation des campagnes, les épidémies, etc.

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La Révolution, les répressions qui ont suivi le premier Empire, la Restauration, la Monarchie de Juillet, le deuxième Empire, enfin la Commune constituent ainsi pour un pays donné et un siècle donné des exemples de sélection politique dont on peut apprécier ainsi toute l'importance en observant le nombre considérable d'hommes et d'hommes de valeur que ces différents mouvements ont fait disparaitre. A cette sélection peut se rattacher celle qui est produite par les persécutions religieuses. Il suffit de rappeler les persécutions contre le Christianisme à l'époque romaine, les conflits entre protestants et catholiques, ete. les luttes sanglantes, les émigrations qui en sont résultées, pour comprendre le rôle important de ces sélections dans l’histoire.

Mais, de toutes ces sélections qui peuvent conduire à une survie des médiocres, à une élimination des meilleurs, les plus intéressantes sont assurément les sélections économiques. Elles sont du reste invoquées par le socialisme en sa faveur, comme nous le verrons. « Elles sont le résultat de la lutte pour la vie matérielle, pour la jouissance ou le pain quotidien. » Alors que la plupart des luttes qui déterminent les sélections précédentes s'atténuent, « cette lutte est plus impitoyable qu'entre les hommes primitifs eux-mêmes, elle est plus âpre surtout que dans les siècles écoulés, chaque jour elle le devient davantage, parce que les

égoïsmes sont plus brutaux et les désirs monstrueuse-

ment accrus dans un siècle de luxe, de richesse et de raffinement psychique »°.

La richesse est la principale base des rapports sociaux, etcomme elle est très inégalement répartie depuis le très pauvre jusqu'au très riche, la lutte ici est plus vive que partout ailleurs. Il est certain que la richesse constitue un avantage et un avantage considérable pour ceux qui la détiennent ; or, il semble également certain que, lorsqu'elle est extrême, elle est souvent due au hasard (spéculation ou héritage)? et par là mème qu'elle est rarement proportionnelle au mérite : la survivance des médiocres, des oisifs, peut donc dans ces différents cas se trouver assurée.

Comme presque toujours dans la lutte, la victoire appartient au plus riche, il ne faut done pas s'étonner que l'intérèt personnel soit devenu un des grands, presque l'unique mobile, comme l’a prétendu Stuart Mill, des actions humaines et la fortune le seul but à atteindre puisque la fortune constitue l'arme par laquelle on peut se rendre maitre de tout où presque

tout.

1. V. DE LAPOUGE, op. cit., p. 243-44 : Ch. xtr1, Sél. économiques.

2. Le procès des grosses fortunes est en effet chose facile : sont-elles dues à l'homme lui-même, il est évident qu'on ne peut admettre, sans blesser la justice une puissance de production indéfinie : elles ont alors pour origine la spéculation ; sont-elles au contraire, le résultat d’une transmission héréditaire ou autre (loterie, dot, etc.) le hasard seul en est le dispensateur. Autre question serait de savoir-et dans quelle mesure la speculation ou ces transmissions sont choses nécessaires.

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Dans le mariage, cette sélection économique peut conduire à une sélection sexuelle à rebours : les femmes possédant une forte dot, quoique atteintes de dégénérescence, se marieront souvent plus facilement qu'une femme robuste, intelligente, mais sans dot.

Enfin au point de vue moral, on à observé un cas intéressant de sélection religieuse à rebours résultant du célibat religieux catholique (comparé surtout avec la nombreuse postérité des familles de pasteurs protestants). Ces célibataires, d'une haute moralité pour la plupart, disparaissent sans descendants.

D'autre part, ce ne sont pas toujours les plus honnètes. les meilleurs qui triomphent ici encore. Il est évident que le succès de l'individu a souvent pour cause sa valeur morale, mais lorsque cette valeur dépasse la moyenne, il ne tarde pas à être vaincu par la concurrence. L'exemple de la concurrence commerciale est entièrement probant sur ce point. Le succès appartient plus souvent aux plus rusés, aux plus adroits, aux plus fraudeurs, qu'aux commercants les plus loyaux ou les plus sincères. De cette tromperie, de cette fourberie légère du reste, car elle se développe toujours à l’abri du code, résulte cependant un grand avantage pour celui qui l’emploie le premier, aussi les autres ne tardent-ils pas à limiter. C’est

ainsi que se sont constituées beaucoup de « coutumes

| 1. VACHER DE LAPOUGE, 0p. cit. Sélection religieuse, p. 263.

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commerciales qui permettent une certaine tolérance dans la qualité, la quantité (hauteur, longueur, largeur)" des marchandises vendues, et ne sont, en somme, comme le remarque M. Spencer, que « l'indice d’une longue accumulation de délits ». « Des pratiques illicites de tout genre et de toute forme, depuis les tromperies excusables jusqu’au vol positif exclusivement, peuvent être attribuées aux classes supérieures dans le monde de nos négociants. Tricheries innombrables, mensonges en actes ou en paroles, fraudes préparées de longue main, voilà ce qu'on trouve partout. De ces facons d'agir, quelques-unes sont élevées au rang d'institutions sous le titre de « coutumes commerciales »; bien plus, sous ce titre elles trouvent des avocats? ».

En résumé, si l’on étend la loi de Darwin à la société humaine, nous croyons qu'il ne faut pas toujours y voir pour résultat une survie des meilleurs comme cela semble à quelque chose près la règle

générale chez les espèces animales ou végétales : lin-

1. H. SPENCER, Essais sur le Progrès, 1, I, ch. v. Mœurs commerciales, p. 195 et s. « L'usage général eten vérité presque universel est de fabriquer des articles ou de tenir des articles fabriqués d’une longueur inférieure à la longueur annoncée. Une pièce de calicot de 36 yards nominaux n’en mesure jamais plus de 31 : et il est entendu dans le commerce qu’elle n’en mesure pas davantage ». Dans les denrées alimentaires, les fraudes sur le poids, la qualité sont de plus en plus fréquentes. C’est là surtout qu’elles constituent un danger tel que les lois répressives et préventives en cette matière, augmentest de jour en jour.

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