‹ Darwinisme et Socialisme des Sciences PolitiquesChapitre 22 sur 60 · LACS · texte numérisé non relu

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des premiers hommes, tend à se substituer la vie industrielle. La lutte prend ainsi une forme nouvelle : la concurrence, dans laquelle la part faite à la coopération et la solidarité est plus grande. Mais la lutte n’en est pas moins vive, ni moins complexe: les différents intérêts se heurtent dans tous les sens, de là des antagonismes continuels de toutes sortes : lutte d’une forme de groupement contre une autre forme (par exemple substitution d’une organisation régionale à une organisation familiale, luttes de nations à nations, etc.); dans ce même groupement, luttes entre les différents groupes qui le composent .(luttes de classes); enfin dans chaque groupe, luttes entre les individus qui en font partie.

En économie politique, par exemple, la concurrence sè présente sous différents aspects : concurrence entre les producteurs d'un même objet, entre les consommateurs d'un même article, enfin entre producteurs et consommateurs : antagonisme des intérèts des producteurs d’une nation, des intérêts des producteurs d'une autre nation, dans une même nation antagonisme des intérêts des producteurs d’un groupe et de ceux des producteurs d’un autre groupe; dans chaque groupe, lutte entre les producteurs eux-mêmes; enfin lutte entre producteurs et consommateurs. Entre consommateurs, la lutte revêt également les mêmes formes.

2° Que résulte-t-il de cette lutte? Est-ce toujours la

survivance des meilleurs? Nullement, le Darwinisme

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est avant tout, nous l'avons remarqué, la doctrine de l'adaptation et non celle du progrès.

La sélection examinée dans l’histoire a souvent été viciée et troublée par différentes causes : à ce sujet, M. Vaccaro admet que les principales sont l’anthropophagie et les sacrifices humains (on sacrifiait souvent les plus beaux) l’infanticide, l'avortement, l'exposition des enfants”, l'oppression de la femme?, l'esclavage”, les privilèges politiques et économiques : castes, servage, etc.., et après un examen, il en déduit cette conclusion générale pessimiste : « Parmi les nations civilisées actuelles, ce ne sont pas, en principe, les meilleurs physiquement, intellectuellement et moralement qui, de préférence, survivent et prospèrent, et ils se trompent, ceux qui sans avoir bien étudié le mode de fonctionnement des lois de Darwin dans la société, admettent a priori le contraire * ».

La sélection naturelle (lutte contre le milieu extérieur,

1. À certaines époques et de nos jours dans certains pays sauvages, l’avortement, l’infanticide ont été pratiquées. En Grèce, notamment, où la crainte de la surpopulation était si grande que Platon et Aristote les considèrent comme légitimes (Cf. VACCARO, p. 53, Platon, la République, etc.).

2. Cf. VACCARO, p. 67 : « En aucun point, les races primitives ne diffèrent moins qu’en ce qui touche à l'asservissement des femmes ». LETOURNEAU, la Sociologie, p.162 (cité d’après VACCARO).

3. «Lorsqu'on considère qu’Aristote, pour prouver que l'esclavage dérivait dela nature, se fonda sur ce que la conformation du corps de l’esclave était différent et qu’il plaça cette remarque dans son histoire des animaux, il faut reconnaître que la dégénération devait être bien profonde ». Cf. VACCARO, p. 75.

4, Cf. VACCARO, op. cit,, p. 171.

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les agents naturels) n'entraine pas toujours une sélection progressive : il se peut que le résultat soit opposé « bien loin de servir, comme on serait tenté de le croire en adoptant sans contrôle les données générales de la doctrine de Darwin, à une sélection progressive des hommes, elle agit dans une direction absolument opposée‘ ».

Mais cette sélection a sur l'homme une influence de plus en plus réduite : c’est que la vie en société a tonjours été un des caractères les plus importants de l'homme. Comme l'a défini Aristote, l'homme est un animal « social, » qui vit en société. Aussi la sélection sociale chez l’homme l'emporte sur la sélection naturelle : c’est la question des « sélections sociales ?. »

Longtemps on a cru que la sélection se trouvait ainsi

viciée dans son principe et par conséquent ne devait

1. DE LANESSAN, 0p. cil., p. 67. La lutte pour l'existence et l’association pour la lutte dans l'espèce humaine. M. de Lanessan ajoute même avec un certain pessimisme : « Ce sont en effet, les hommes les plus robustes et les plus ardents au travail intellectuel ou matériel qui s'exposent le plus volontiers aux dangers de ja lutte contre le milieu extérieur : c’est sur ceux-là, par conséquent, que porte particulièrement l’action redoutable des variations brusques, des conditions cosmiques, tandis que les faibles et les paresseux, qui sont aussi presque toujours les riches ris à l’abri du danger par des soins et des précautions de toutes sortes, échappent au péril, se multiplient à l'aise et perpétuent leur faiblesse ou leur paresse; ainsi de même que pour les autres êtres vivants : la lutte contre le milieu extérieur est davantage nuisible qu’utile à l'espèce humaine... C’est une évolution descendante et non une évolution ascendante qui résulte de cette sélection.

2. Cf. BROCA, Les sélections, $ 6, Les sélections sociales. VACHER DE LAPOUGE, les sélections sociales, 1896; Rev. d'anthropologie, 1872, p. 705 et suiv. Paris, Fontemoing,

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pas avoir d'application dans la société humaine. En réalité, dans bien des cas, ces sélections conduisent à une sorte de sélection à rebours qui aboutit à une dégénérescence, à la survivance des médiocres : elles viennent ainsi confirmer que la loi darwinienne ne détermine pas toujours la survivance des meilleurs, mais celle des mieux adaptés. |

Pour le sélectionnisme, qui n'est autre que l'application logique et terre à terre de la doctrine de Darwin à la société humaine, un des premiers principes consiste en cette suprématie chez l'homme de la sélection sociale sur la sélection naturelle.

« (La société). ne peut soustraire l’homme à la loi inéluctable du combat de la vie. Mais elle modifie profondément le champ de bataille. Elle substitue à la sélection naturelle une autre sélection où celle-ci ne joue plus qu'un rôle amoindri, souvent presque effacé, et qui mérite le nom de sélection sociale’. »

Ces sélections sociales se groupent suivant leurs causes (énumération nullement limitative, du reste) d'ordre militaire, politique, économique, religieux, moral, légal, etc...

La sélection militaire est « celle qui s’accomplit par l'effet de la guerre, soit entre petites bandes à l’état primitif, soit entre grandes armées à l’état de civilisation. » Les effets varient suivant qu'on les observe

1. BRoCA, Revue d'anthropologie, Les sélections, p. 705. 9, VACHER DE LAPOUGE, Ch. vint : Sélection militaire.

entre les états sauvages ou les états civilisés. Entre sauvages ou barbares et à l’état perpétuel la guerre, quoique empreinte d’une cruauté atroce, est ou a été souvent une cause d'élimination des faibles, de survie des plus forts, des plus résistants. La sélection militaire semble, au contraire, désavantageuse aux nations civilisées. C'est qu’en effet, comme l’a remarqué Hæckel!, on choisit les jeunes hommes sains et robustes pour grossir les armées permanentes, ils ont donc plus de chances de disparaître; « au contraire, tous les jeunes gens débiles, malades, affectés de vices corporels, sont dédaignés par la sélection militaire; ils restent chez eux en temps de guerre, se marient et reproduisent. Plus un jeune homme est infirme, faible, étiolé, plus il a de chance d'échapper au recrutement et de fonder une famille. D'autre part, avec le système de paix armée sous lequel nous vivons, la vie de caserne, malgré certains avantages, exerce plutôt sur les individus une influence funeste?.

La sélection politique ne semble guère préférable : c'est une élimination brutale des vaincus dans les luttes politiques par la guerre civile, l’échafaud, l'exil, la prison, et ces vaincus sont presque toujours les hommes les plus énergiques de chaque parti; les vain-

queurs ayant, en règle générale, tyrannisé les vaincus.

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