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nisme, — L'application pure et simple des lois darwiniennes à la société humaine a donné naissance, en sociologie, à une doctrine particulière qu'il est intéressant de signaler : d’une part, parce qu'elle se tient en dehors des différents partis politiques dont elle est absolument distincte, et d’autre part, parce que sous sa forme première, elle est remarquable au point de vue de l'historique de la question qui nous occupe.
Cette doctrine sociologique, dans l’examen de laquelle, du reste, nous n'avons pas à entrer en détail, se présente sous deux aspects nettement tranchés que l’on oppose quelquefois en appelant l’un « sélectionnisme optimiste » et l’autre « sélectionnisme pessimiste'. »
Dès 1850, M. H. Spencer reconnut l’action de ce que Darwin devait appeler plus tard la sélection naturelle, Ainsi, avant que Darwin lui-même ait appliqué la théorie de la sélection au monde biologique, puisque le livre de Darwin sur l’origine des espèces ne date que de 1859, M. Spencer en observait les eflets en sociologie. Voici comment il résume lui-même sa théorie exposée en 1850 et 1852? : « Dans l’article précité je soutenais que cette inévitable surabondance numérique,
cet accroissement constant de la population au-delà des
1. Cf. Revue socialiste, no 151. Léon CLAUXx, Du sélectionnisme optimiste au sélectionnisme pessimiste.
2. Cf. Introduction à la science sociale, H. SPENCER, p. 371, 6e édit, ch. x1v, note 1; ch. xxv et xxvill, de Social statics, publié en 1850 décembre, et Revue de Westminster (avril 1852), p. 428-500.
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moyens d'existence » nécessitent l'élimination perpétuelle « de ceux chez qui la faculté de conservation est la moindre; » que tous étant soumis « à la difficulté croissante de gagner leur vie imposée par l'excès de fécondité, » il y a en moyenne progrès par l'effet de cette pression, puisque « ceux-là seuls qui progressent sous son influence survivent éventuellement » et ceux- Jà « doivent être les élus de leur génération. »
M. Spencer affirmait ainsi deux choses : l'existence d’une loi qui trouverait son application dans l’humanité et conduirait à une élimination des faibles à une survie des meilleurs, des plus forts, en second lieu le progrès qui en serait le résultat naturel et bienfaisant'.
C'est cette seconde conséquence que se refuse à admettre le sélectionnisme « pessimiste”. »
Cette dernière doctrine est beaucoup plus récente;
1. Cf. L'individu contre l'État, H. SPENCER, 3 édit., 1899: Les péchés des législaleurs, p. 100 et s. — Introduction à la science sociale, p. 368-369. M. H. Spencer tire de sa théorie des conséquences pratiques importantes : puisque le fait naturel de ces lois assure la survie des meilleurs et le progrès, il faut «laisser faire, » repousser toute intervention de l’État, condamner la charité, l'assistance publique, la bienfaisance, autant d’actes de « sotte philanthropie » qui tendent à favoriser les faibles au détriment des forts, les mauvais aux dépens des meilleurs.
2. Cf. VACHER DE LAPOUGE, op. cit. Particulièrement ch. x1v: La sélection systématique et le Mercure de France, p. 111, mars 1899. Sociologues contemporains : M. Wacher de Lapouge, par Henri MAZEL, p. 662. C'est tout particulièrement à cette seconde forme de sélectionnisme « anthropo-sociologique » que M. Fouillée fait cette objection : « Quel fonds faire sur des hypothèses psychologiques et sociales fondées elles-mêmes sur des hypothèses histo-. riques fondées elles-mêmes sur des hypothèses anthropo-sociologiques? »
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elle est surtout exposée par des anthropologues et s'appuie directement sur la doctrine de Darwin interprétée, en quelque sorte, à la lettre. Aussi accordet-elle à l'hérédité et à la race une importance et une place prépondérante.
Elle a eu pour premier représentant, du reste, Fr. Galton, en Angleterre, qui était le propre neveu de Darwin, et compte quelques partisans en Amérique et sur le continent : Stanley, Haycraft, Vacher de Lapouge, Ammon, etc.
Essentiellement aristocratique, on ne peut prévoir ce qu'il adviendra d'une théorie qui ne rêve rien moins que d'appliquer, à quelque chose près, à « l'espèce humaine » les procédés qu'emploient les éleveurs pour les espèces animales".
Les deux principales formes opposées de sélectionnisme (optimiste ou pessimiste) que nous venons d’examiner ici nous intéressent surtout parce que nous verrons la première forme exposée par Spencer fournir à l'individualisme un argument, tandis qu'à l'inverse la seconde permet aux socialistes de répondre à l’argument invoqué en s'appuyant également sur la doctrine
de Darwin elle-même. Quant aux rapports des deux
1. Il est à remarquer que cette doctrine sélectionniste emprunte des exemples pratiques à l'antiquité : le système des castes indoues, l'élimination des enfants mal conformés chez les Spartiates, la défense légale chez certains peuples de contracter des alliances étrangères, etc., sont des applications de sélectionnisme pratique.
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interprétations sélectionnistes, nous renvoyons à ce que nous avons dit à la fin de notre chapitre 1°, tout en insistant sur ce que la doctrine darwinienne semble de moins en moins considérée au point de vue scientifique comme Ja doctrine du progrès, mais bien comme celle de l'adaptation. L'erreur de la doctrine de Spencer semble donc de plus en plus certaine sur ce point.
Enfin, dernière observation qui à un point de vue général peut s’appliquer surtout au sélectionnisme, c'est que le Darwinisme ne peut avoir une véritable importance qu'à condition de ne pas ètre exagéré, de ne pas chercher à vouloir expliquer tous les faits de la nature à l’aide d’une seule théorie :
« Le Darwinisme ne peut prendre de l'extension qu’à la condition d’être moins exagéré et de ne pas défigurer les faits de la nature pour les expliquer tous à l’aide d’une seule théorie », dit M. Vaccaro!.
À plus forte raison ne faut-il pas étendre ces théories, à la lettre, aux phénomènes sociaux; on s’expcserait ainsi à ramener le jeu de ces phénomènes complexes à des lois beaucoup trop simples, car ces phénomènes, s'ils sont soumis à des lois qui peuvent leur être en partie communes avec celles des autres sciences, ont aussi des lois qui leur sont propres; on
serait, en outre, conduit à oublier que la lutte sociale