CHAPITRE II
L'Individualisme et la lutte pour l'existence.
Arguments que l'Individualisme en tire.
Tout d’abord il importe ici de bien délimiter la situation des différentes écoles vis-à-vis du Darwinisme.
Pour le sélectionnisme, qui n’est autre, comme nous l'avons vu, que la stricte application de la théorie darwinienne à la société, le Darwinisme social est la base, l'essence mème de la doctrine. De là résulte que cette doctrine sociologique est la seule qui puisse se prétendre en accord absolu avec la doctrine de Darwin.
Au contraire, pour l’éndividualisme comme pour le socialisme, la question du Darwinisme social est plutôt incidente. Il y a des individualistes darwiniens ou anti-darwiniens, comme il v a des socialistes darwiniens
ou anti-darwiniens.
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L'individualisme ne voit guère dans le Darwinisme qu'une hypothèse qui lui permet de justifier sa doctrine à un point de vue purement scientifique et d’invoquer contre les tendances socialistes qui, de plus en plus, se posentcomme doctrines scientifiques, un nouvel argument. C’est alors que le socialisme, à une époque où tous s’inclinent devant l'autorité toujours grandissante de la science, s'est trouvé, de son eôté, obligé de répondre à un argument puisé dans la science, dans la crainte de voir ses adversaires triompher seuls de cette application des lois biologiques au domaine social.
Ainsi, en fait, dès qu'on a voulu appliquer aux faits sociaux les lois darwiniennes, adversaires et défenseurs: du socialisme ont essayé de tirer parti du Darwinisme.
C'est au congrès de Munich (18 septembre 1877) que l'attention fut attirée sur cette question par une première polémique qui s’engagea entre M. E. Hæckel, le célèbre professeur d'Iéna, et M. Virchow.
© M. Virchow attaquant la théorie darwinienne de l’évolution organique lui reprochait, à un point de vue politique, de « conduire directement au socialisme », MM. Oscar Schmidt et Hæckel lui répondirent aussitôt :
« Si les socialistes étaient avisés, ils feraient tout au monde pour étouffer sous le silence la théorie de la descendance, car cette doctrine proclane hautement
que les idées socialistes sont inapplicables!. »
1. O0. SCHMIDT, Ausland du 27 novembre 1877, cité d’après O. FERRI.
« 11 n’est point de doctrine scientifique, écrivait également M. Hœæckel, qui proclame plus ouvertement que la théorie de la descendance que l'égalité des individus à laquelle tend le socialisme est une impossibilité..... »
« Le socialisme demande pour tous les citoyens des droits égaux, des biens égaux, des jouissances égales ; la théorie de la descendance établit, au contraire, que la réalisation de ces vœux est purement et simplement
- impossible, que dans les sociétés humaines comme dans les sociétés animales, ni les droits, ni les devoirs, ni les biens ne peuvent jamais être égaux... »
« Lés conditions de l’existence sont, dès leur entrée dans la vie, inégales pour tous les individus. Ajoutez les qualités héréditaires, les dispositions innées plus ou moins dissemblables. Comment notre tâche dans la vie et les résultats qui en découlent pourraient-ils être partout égaux ?..
« Tout homme politique, intelligent et éclairé devrait, ce me semble, préconiser la théorie de la descendance et la doctrine générale de l’évolution comme le meilleur contre-poison contre les absurdes utopies égalitaires des socialistes.
« Le Darwinisme est tout, plutôt que socialiste.
& Si l’on veut attribuer une tendance politique à cette théorie anglaise, ce qui est permis, cette tendance ne saurait être qu’aristocratique, nullement démo-
cratique, encore bien moins socialiste.