FERRI, 0p. cit., p. 36, III
ne faut pas s'étonner que les interprétations soient, dans une certaine mesure, différentes.
Cependant, certains caractères généraux se dégagent des études des divers auteurs :
: D'abord, lorsque le socialisme cherche une concilia-
tion avec l'hypothèse darwinienne, il s'infléchit, en quelque sorte, devant les faits et se trouve ainsi nécessairement amené à faire une part plus grande à l'inégalité et à la concurrence. Il se sépare de plus en plus nettement du communisme en abandonnant son caractère de nivellement démocratique absolu.
En un mot, il devient « sélectionniste » et se trouve ainsi amené à reconnaître, dans une mesure restreinte toutefois, le bien-fondé des arguments individualistes. Il se conforme ainsi à une tendance générale, qui se dessine assez nettement, d’après laquelle socialisme et individualisme sont deux termes qui ne peuvent s’exclure, mais qu'il s’agit de concilier, de doser.
En second lieu, la loi de Darwin est #7odifiable suivant la volonté, la raison de l’homme, qui se refuse à admettre une loi aussi brutale, blessante de son idéal de justice ; du reste, cette loi s’est continuellement | transformée et cela en s'atténuant de plus en plus dans sa forme, en devenant de moins en moins barbare et cruelle ; il y a donc tout lieu de croire que l'homme pourra de nouveau intervenir pour en atténuer encore davantage les effets dans l’avenir.
Enfin, la lutte pour l’existence serait tempérée par
une autre loi bienfaisante et également nécessaire : l'association pour la lutte, l'accord pour la vie dont on méconnait à tort toute l'importance. Elle corrige ainsi (et surtout corrigera) ce que la loi darwinienne peut avoir de nuisible, de choquant pour l'humanité.
Indépendamment des deux brochures, l’une de M. Gautier, l’autre de M. Dramard, que nous avons signalées, et d'un article de M. Boilley’, cette tentative est l'œuvre d’une intéressante étude de M. Ferri, beaucoup plus récente : Socialisme et science positive.
M. Ferri répond d’abord? aux arguments invoqués par l'individualisme et prétend, de plus, trouver certaines analogies entre la théorie darwinienne et sa doctrine qui lui prêteraient appui. M. Ferri a surtout en vue le socialisme marxiste.
En ce qui nous concerne, nous suivrons le plan indiqué par notre chapitre précédent. En mème temps que nous examinerons les réponses faites à ces arguments nous verrons se dégager les tendances
générales que nous avons indiquées plus haut.
1. BotILLEY, Le transformisme et le socialisme (Revue socialiste, ne 52, t. 11, avril 1889). Une suite annoncée de l’article n’a jamais paru.