XLVIII. — LEVER DE LUNE
C'est également dans la collection Mesdag que nous croyons reconnaître la dernière œuvre achevée de Dauhigny, le Lever de Lune, du Salon de 1877. Malgré la hardiesse de la composition, le succès fut unanime, analogue à celui qui avait accueilli les toiles de 1857 ou 59. Les adversaires les plus déclarés du système impressionniste s'inclinaient : « Nous avions quitté l'année dernière, — écrivait le critique du Correspondant, — un peintre presque jaloux de figurer parmi les fous de tout âge et de tout sexe qui déballent leurs drôleries dans les salons de M. Durand-Ruel, et nous retrouvons aujourd'hui l'émouvant et sincère auteur de ces belles études dont l'apparition fit, il y a vingt ans, une si victorieuse entrée au Salon ».
« La lune se lève, — dit M. J. Claretie, — claire, ronde, lumineuse, dans son plein. Ce n'est point là une lune de théâtre, un rond de papier huilé qui troue la toile de fond d'un décor comme un énorme pain à cacheter transparent. Non. c'est réellement la lune, un globe illuminé de reflets et projetant sa clarté sur la terre brune,
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clarté chaude, teintée de rose, car la lumière lunaire n'est point toujours la pâle clarté des effets argentés ; elle a des tons rougeâtres parfois, comme le soleil même, d'un roux évidemment adouci, transformé, singularisé, mais indéniable. C'est ce prestigieux effet que Daubigny a transporté dans une de ses plus admirables toiles ».
Ce Lever de lune résume, d'une façon saisissante, la <( dernière manière » de Daubigny ; la recherche de l'impression sentimentale, obtenue par l'imprécision du dessin, par une technique large et libre. « Le motif n'est plus ici qu'un thème accessoire et en quelque sorte indifférent, — dit M. Henriet. Le maître a un but supérieur : exprimer les alanguissements et les mélancolies du soir. Daubigny affectionnait, depuis quelques années, ces paysages lunaires baignés dans une atmosphère argentine ou dorée. Il semblait que' son âme d'artiste, si éprise autrefois des verdures plantureuses, fut doucement amenée par les années, les souffrances et les épreuves inévitables dans le cours de la vie, à se réfugier, aux heures solitaires, dans les silences et les clartés discrètes des belles nuits ».
Daubigny ne survécut pas longtemps à ce triomphe. Usé depuis longtemps par la goutte et les rhumatismes, que ses voyages en bateau n'avaient fait que développer, il mourut le 19 février 1878.
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