XLVII. — LA MAISON DE LA MÈRE BAZOT
Ce furent encore deux sites des environs d'Auvers qu'il envoya au Salon de 1874 : les Champs au mois de juin, où une superbe rangée de coquelicots flamboyait audacieusement au premier plan, et la Maison de la mëre Bazot. « La Maison de la mère Bazot, — écrivait Paul Mantz — appartient à cette manière, peut-être trop critiquée, qui, recherchant avant tout la largeur, se borne à noter hardiment l'impression de l'ensemble, sans prendre souci du détail. De pareilles peintures, il faut bien l'avouer, sentent un peu le système, quoiqu'elles soient encore très fortes et qu'un maître seul les puisse signer... Alors même qu'il représente des sites familiers..., M. Daubigny se rattache au grand art par l'élimination volontaire du détail, par une puissante notion de la synthèse. »
Louis Gonse, dans La Gazette des Beaux-Arts, répondait aux critiques qu'on ne cessait d'adresser au peintre depuis plusieurs années, n M. Daubigny gagne en puissance et en lyrisme, ce qu'il perd peut-être en finesse et en précision ; il nous parait même qu'il s'élève à mesure que son exécution devient plus fruste et plus rapide. Son exemple n'est pas bon à suivre, ses toiles, aujourd'hui, ne sont guère que de solides ébauches; nous le voulons bien, mais il n'en est
pas moins vrai qu'il voit la nature plus en grand qu'autrefois. »
Paul de Saint- Victor lui-même se déclarait satisfait : a Je suis heureux de pouvoir enfin louer pleinement M. Daubigny. Le voilà sorti des molles et boueuses ébauches où pataugeait son pinceau, de ces sites tristes et lourds dont l'ingratitude rebutait les yeux. »
La Maison de la mère Bazot fait aujourd'hui partie du musée Mesdag, si riche en paysages de cette époque.
Malgré la maladie, Daubigny reprit l'année suivante ses voyages d'exploration : « Au commencement de la saison, — écrit-il à M. Henriet — en septembre 1876, j'ai été pris très sérieusement par une attaque d'asthme qui m'a très effrayé. J'en ai été quitte pour la peur... J'ai donc commencé ma saison à Auvers avec mes bords de l'Oise et en août, je suis allé avec ma femme voir la vallée d'Arqués, où j'espérais trouver de belles choses. Malheureusement, ce ciel bleu continuellement rendait tout en zinc ; aussi, je traitais le soleil plus d'une fois de charlatan, me rappelant ce mot de Corot, et il était vraiment par trop insolant. .. Arques ne m'ayant pas plu, je suis allé à Dieppe faire quelques falaises au Pollet. Le Pollet est vraiment remarquable avec toutes ses maisons de briques... Je rapporte cette saison quarante études, tant d'Auvers que du voyage en Normandie. Voilà entin la pluie, et je vois avec plaisir tomber l'eau et les beaux ciels qu'elle produit. »
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