‹ DaumierChapitre 11 sur 52 · X. - L'ENTERREMENT DE DUPUYTREN · texte numérisé non relu

X. - L'ENTERREMENT DE DUPUYTREN

A plusieurs reprises Daumier a dessiné, pour des publications illustrées, des vignettes ou des lettres ornées ; il a apporté dans ces travaux une grande ingéniosité et une remarquable délicatesse, effleurant à peine le papier par la plume ou le crayon. Des graveurs sur bois de premier ordre nous ont transmis la pensée de l'artiste avec toutes ses intentions. Daumier a, ainsi, collaboré aux Français peints par eux-mêmes; il a fourni quelques types pour les Mystères de Paris, surtout il a enrichi quelques-unes de ces Physiologies auxquelles on prit tant de plaisir sous Louis-Philippe.

Cependant il ne lui est arrivé qu'une seule fois d'illustrer complètement un ouvrage et il l'a fait pour un livre tout à fait secondaire, la Nemesis médicale, poème satirique de son compatriote Fabre (de Marseille). Daumier a tiré le meilleur parti d'un texte insipide, et a été tour à tour humoriste et grave. La page que nous donnons ici commente ces vers informes :

Ahl quand pour honorer la dépouille mortelle, A ce char triomphal la jeunesse s'attelle. Et qu'en rangs épaissis, au funeste cordon Sa populaire ardeur se jette à l'abandon, Vaisseau désemparé battu par la tempête. Le char Incline au loin son imposante tête.

Et son front couronné de panaches mouvants, Où semblent se jouer les funéraires vents, Marie au bruit lointain de l'essieu qui résonne Le long balancement d'un salut monotone.

Il n'est pas nécessaire de souligner la belle composition de cette image, d'opposer cette facture ténue à l'allure du crayon lithographique, ni de faire remarquer que sous cette allure plus serrée l'exécution et l'effet demeurent larges. On comparera utilement le cortège funèbre de Dupuytren à celui de Lafayette (notice V).

Parmi les autres vignettes de ce livre, celle où Daumier montre les victimes du choléra jonchant les rues par une journée superbe, sous un soleil splendide. est d'un effet, d'une grandeur qui ont provoqué l'admiration de Champfleury ou de Baudelaire.

Par la suite, Daumier, en 1862, 1863, puis en 1867 et 1868 fournit au Monde Illustré une série de dessins qui furent aussi gravés sur bois. Mais à ce moment la technique du bois avait changé; les graveurs rendirent avec intelligence l'esprit des dessins mais en affaiblirent l'accent. C'est, à l'heure actuelle, la partie la plus délaissée et la plus ignorée de l'œuvre de Daumier. Oubli fâcheux, car Daumier y a dépensé une importante partie de son inspiration et, nous aurons l'occasion d'y revenir, dans les années où il collabora au Monde Illustré, sa pensée fut bien plus présente dans ses bois que dans les lithographies qu'il livrait avec lassitude au Charivari.

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