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LIBERTÉ, IL N'EST PLUS DANGEREUX

(H. et D., 270)

Les quatre premières années du règne de Louis- Philippe ont été traversées par des émeutes et des insurrections incessantes. L'affaire du cloître Saint- Merry chantée par Victor Hugo dans les Misérables, le soulèvement ouvrier de Lyon en 1831 sont restés, parmi d'autres, les épisodes les plus célèbres. La répression de ces tentatives révolutionnaires détermina des rencontres sanglantes, des épisodes terribles, — nous le verrons tout à l'heure ; — il y eut ensuite des procès et des condamnations. La plupart des émeutiers, membres des sociétés secrètes, qui se trouvèrent ainsi frappés étaient d'anciens vainqueurs de 1830 retournés contre le régime et le jeu fut facile pour la Caricature ou le Charivari de souligner l'ingratitude du prince, dont les juges s'acharnaient contre ceux-là même qui l'avaient porté au pouvoir. Daumier est revenu à plusieurs reprises sur ce thème. Le morceau que nous publions est d'une invention et d'une force incomparables. La fausse bonhomie du roi, la figure chafouine et sinistre du juge sont re jetées au second plan par l'intérêt plastique et dramatique de ce moribond modelé avec une puissance singulière et mis en lumière avec un sens de l'effet très sûr. Comme morceau d'art, il y a là, sur qui regarde, une emprise certaine.

L'équité veut que nous fassions des réserves sur le rôle attribué ici à Louis-Philippe. Victor Hugo nous porte sur ce point un témoignage que les documents pieusement accumulés par le duc d'Aumale ont confirmé : « L'homme est bon, proclamait Hugo ; il est bon parfois jusqu'à être admirable. Souvent, au milieu des plus graves soucis, après une journée de lutte contre la diplomatie du continent, il rentrait le soir dans son appartement, et là, épuisé de fatigue, accablé de sommeil, que faisait-il ? Il prenait un dossier, et il passait la nuit à réviser un procès criminel, trouvant que c'était quelque chose de tenir tète à l'Europe, mais que c'était une plus grande affaire encore que d'arracher un homme au bourreau. »

La lithographie de Daumier parut dans la Caricature, le 11 septembre 1834. On instruisait alors devant la Chambre des pairs, le procès des accusés d'avril dans lequel étaient englobés tous les chefs de sociétés secrètes. Daumier comprit l'importance de la partie. En une suite célèbre de portraits passionnés et âpres, il ridiculisa les juges et tenta de les rendre odieux. Le gouvernement triompha : les sociétés secrètes furent disloquées et désormais l'ordre régna dans la rue.

Bientôt après, la loi du 9 septembre 1835 compléta l'œuvre de répression en rendant impossible la caricature politique.

Ce jour-là Daumier, avant de déposer les armes, représenta, dans un dernier dessin, les morts de 1830 sortis de leur tombeau pour assister à ce spectacle et s'écriant : u C'était bien la peine de nous faire tuer. »

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